{"id":12525,"date":"2018-03-30T15:12:05","date_gmt":"2018-03-30T13:12:05","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12525"},"modified":"2025-02-09T17:39:55","modified_gmt":"2025-02-09T16:39:55","slug":"le-cromlech","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/03\/le-cromlech\/","title":{"rendered":"Le Cromlech"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Le Cromlech<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Mise en sc\u00e8ne d\u2019Oscar G\u00f3mez Mata \/ TLH-Sierre \/ 25 mars 2017 \/ Critique par Roberta Alberico. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 mars 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/roberta-alberico\/\">Roberta Alberico<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un psychodrame postmoderne<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"600\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/csm_IMG_1066_0807b4b6c9.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12522\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/csm_IMG_1066_0807b4b6c9.jpg 800w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/csm_IMG_1066_0807b4b6c9-227x170.jpg 227w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/csm_IMG_1066_0807b4b6c9-267x200.jpg 267w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/csm_IMG_1066_0807b4b6c9-768x576.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/csm_IMG_1066_0807b4b6c9-624x468.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Alakran<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Le Cromlech<em>, quatri\u00e8me des \u00ab&nbsp;psychodrames&nbsp;\u00bb propos\u00e9s par G\u00f3mez Mata, invite le public \u00e0 participer \u00e0 une installation collective sur le plateau du TLH. Outre une remise en jeu du rapport entre le spectateur et l\u2019acteur, ce dernier discutant individuellement avec chaque participant, le projet propose \u00e0 son spectateur une immersion \u00e9motive dans sa propre m\u00e9moire et son rapport au manque.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fragments m\u00e9moriels d\u2019une s\u00e9ance de spiritisme psycho-philosophique autour du vide, de la cupidit\u00e9 et de la m\u00e9moire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais oubli\u00e9 de retirer de l\u2019argent et on ne pouvait pas payer par carte, j\u2019ai pu faire un virement \u00e0 la personne qui vendait les billets contre de l\u2019argent liquide. 2h20 de train&nbsp;: j\u2019avais vraiment soif. On se sent un peu chez soi au TLH. Quelques b\u00e9n\u00e9voles construisent des tables et des fauteuils avec des palettes&nbsp;: le printemps arrive, il faut am\u00e9nager les terrasses. Une dame passe de table en table pour demander si nous sommes l\u00e0 pour le&nbsp;<em>Cromlech.<\/em>&nbsp;Elle a l\u2019air assez stress\u00e9e, elle doit faire en sorte que les choses soient synchros. Elle est un peu d\u00e9pass\u00e9e. Quand on se sent pr\u00eat, il faut le lui dire et, apr\u00e8s un moment, elle vient te chercher \u00e0 ta table et elle t\u2019am\u00e8ne \u00e0 l\u2019ECAV, l\u2019\u00e9cole cantonale d\u2019art du Valais, qui se situe juste en face du TLH. A partir de l\u00e0, tu te fais escorter par un type. Et tu arrives dans une classe. Pas de chichis, c\u2019est simple, tu ne sais pas vraiment ce que tu fais l\u00e0\u2026 on te dit d\u2019aller t\u2019asseoir \u00e0 une des tables. A chacune d\u2019entre elles il y a quelqu\u2019un, un performeur ou une performeuse qui t\u2019attend.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>A ma table m\u2019attendait une bougie sur un chandelier d\u2019argent et une femme au sourire presque trop calme. J\u2019ai d\u00fb allumer la bougie en arrivant et j\u2019ai eu l\u2019impression d\u2019assister \u00e0 un genre de s\u00e9ance psycho-th\u00e9rapeutique dou\u00e7\u00e2tre. J\u2019avais envie de rire&nbsp;: ce type de moment o\u00f9 on te demande de tisser un lien fort avec une personne en dix minutes alors qu\u2019avec tes amis, cela prend des ann\u00e9es. Et puis les bougies, c\u2019est connot\u00e9. On les allume pour c\u00e9l\u00e9brer une sorte d\u2019intimit\u00e9 g\u00eanante, pour construire des r\u00e9cits de nos vies. Dans les cimeti\u00e8res, parce qu\u2019il&nbsp;<em>faut<\/em>&nbsp;communier avec la perte et la pri\u00e8re&nbsp;; dans les restaurants, pour les rendez-vous galants et c\u2019est embarrassant&nbsp;; dans tout un tas de c\u00e9r\u00e9monies n\u00e9o-spirituelles d\u2019actualit\u00e9 o\u00f9 il faut essayer d\u2019aligner tes chakras et ton signe astrologique chinois avec la passion du Christ. Donc j\u2019ai allum\u00e9 cette bougie pos\u00e9e sur un chandelier d\u2019argent avec un l\u00e9ger sourire au coin de la bouche.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>Les cromlechs sont des monuments m\u00e9galithiques form\u00e9s de menhirs plac\u00e9s en cercle. Personne ne sait exactement pourquoi ils \u00e9taient construits. On en trouve en Ecosse par exemple. La troupe Alakran aime \u00e0 penser qu\u2019ils n\u2019avaient aucune utilit\u00e9 particuli\u00e8re, qu\u2019ils \u00e9taient l\u00e0 pour signifier un vide. Une absence circonscrite par de la pr\u00e9sence. Si l\u2019on d\u00e9finit l\u2019\u0153uvre d\u2019art par le fait qu\u2019elle s\u2019abstrait du circuit de production et de consommation utilitariste, c\u2019est peut-\u00eatre la premi\u00e8re \u0153uvre d\u2019art au monde. Et la premi\u00e8re \u0153uvre d\u2019art aurait \u00e9t\u00e9 construite pour signifier le vide. Comment dire le vide et le manque, si ce n\u2019est par la pr\u00e9sence&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voulons construire un cromlech. Nous avec vous. Alors vous devez personnaliser des pierres pour ensuite les poser sur ce cromlech collectif qui se situe dans une salle de th\u00e9\u00e2tre. Et sur notre cromlech il y a de la paille, c\u2019est un symbole de cupidit\u00e9 au Moyen-\u00c2ge. Tu connais J\u00e9r\u00f4me Bosch&nbsp;? Alors on construit un vide autour de la paille.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>Le cromlech c\u2019est comme un trou noir et on y jette tout ce dont il faut se d\u00e9faire. Quand je pense \u00e0 ceux qui sont pass\u00e9s l\u00e0 avant et \u00e0 ceux qui viendront, je me dis que le th\u00e9\u00e2tre devient une psychoth\u00e9rapie collective, un lieu de r\u00e9paration et de gu\u00e9rison&nbsp;: catharsis. Purgation des passions cupides, lib\u00e9ration affective du manque, dramaturgie th\u00e9rapeutique\u2026 Mais on ne te demande pas de pleurer assis sur ta chaise \u00e0 regarder. On ne te fait pas la morale. C\u2019est important, je crois, de ne pas faire la morale pour G\u00f3mez Mata. Et moi je pr\u00e9f\u00e8re qu\u2019on ne me la fasse pas.<\/p>\n\n\n\n<p><em>***<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Plus j\u2019essaie de me souvenir d\u2019une amie, qui n\u2019est plus l\u00e0, plus je casse mes souvenirs, je les construis, je les d\u00e9fais et je les refais \u00e0 ma guise. Le ressouvenir expose la m\u00e9moire \u00e0 l\u2019oxydation en la faisant remonter \u00e0 l\u2019air. Est-ce qu\u2019il faut que je cesse de me souvenir&nbsp;pour prot\u00e9ger ma m\u00e9moire&nbsp;? C\u2019est un vide&nbsp;: quand on essaie de le combler, on le rend toujours plus grand. Alors quand elle me dit tout \u00e7a je pense aux souvenirs que l\u2019on oublie un moment et qui surgissent des ann\u00e9es apr\u00e8s pour la premi\u00e8re fois. Ils sont tout frais et intacts. Je me demande s\u2019ils sont vraiment plus r\u00e9els. Je pense aussi \u00e0 ce dessin que j\u2019avais fait petite. Il y avait des oiseaux multicolores, une maison futuriste et plein de jonquilles. Quand je l\u2019ai revu, il \u00e9tait \u00e0 la cave, il n\u2019y avait qu\u2019un oiseau et la maison n\u2019\u00e9tait pas si futuriste que \u00e7a, il y avait juste un toit plat. C\u2019\u00e9tait un faux souvenir, construit. Ou peut-\u00eatre \u00e9tait-ce le souvenir de mon regard d\u2019enfant. Et d\u2019ailleurs, plus j\u2019essaie de me souvenir de cette performance, plus je m\u2019\u00e9loigne de ce qu\u2019elle \u00e9tait r\u00e9ellement.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait un psychodrame conscient d\u2019\u00eatre un psychodrame. Comme quand on se dispute vraiment fort, qu\u2019on en fait des tonnes et des tonnes et que tout \u00e0 coup on a envie de rire, parce que c\u2019est ridicule, parce qu\u2019on a jet\u00e9 une assiette par terre et que cette sc\u00e8ne, on l\u2019a vue des milliers de fois dans les films. C\u2019est un peu la m\u00eame chose, cette performance. Elle cherche \u00e0 se construire sur la base de nos \u00e9motions, elle se veut intimiste, alors quand tu le remarques, c\u2019est un peu g\u00eanant. Oscar G\u00f3mez Mata, m\u2019a dit la performeuse, dit toujours \u00e0 ses com\u00e9diens&nbsp;: \u00ab&nbsp;pas de psychodrame s\u2019il vous pla\u00eet&nbsp;!&nbsp;\u00bb et l\u00e0 il nous en propose un. Il faut toujours un peu de recul&nbsp;: sinon c\u2019est ridicule.<\/p>\n\n\n\n<p>Puisque cette femme m\u2019a offert plusieurs belles citations d\u2019auteurs \u00e0 mettre en relation avec ce que nous \u00e9tions en train de nous dire, j\u2019aimerais lui en offrir une aussi. C\u2019\u00e9tait, il me semble, un psychodrame postmoderne&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La r\u00e9ponse post-moderne au moderne consiste \u00e0 reconna\u00eetre que le pass\u00e9, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il ne peut \u00eatre d\u00e9truit parce que sa destruction conduit au silence, doit \u00eatre revisit\u00e9&nbsp;: avec ironie, d\u2019une fa\u00e7on non innocente. Je pense \u00e0 l\u2019attitude post-moderne comme \u00e0 l\u2019attitude de celui qui aimerait une femme tr\u00e8s cultiv\u00e9e et qui saurait qu\u2019il ne peut lui dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je t\u2019aime d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment&nbsp;\u00bb parce qu\u2019il sait qu\u2019elle sait (et elle sait qu\u2019il sait) que ces phrases, Barbara Cartland les a d\u00e9j\u00e0 \u00e9crites. Pourtant, il y a une solution. Il pourra dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Comme dirait Barbara Cartland, je t\u2019aime d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment.&nbsp;\u00bb Alors, en ayant \u00e9vit\u00e9 la fausse innocence, en ayant dit clairement que l\u2019on ne peut parler de fa\u00e7on innocente, celui-ci aura pourtant dit \u00e0 cette femme ce qu\u2019il voulait lui dire&nbsp;: qu\u2019il l\u2019aime et qu\u2019il l\u2019aime \u00e0 une \u00e9poque d\u2019innocence perdue. Si la femme joue le jeu, elle aura re\u00e7u une d\u00e9claration d\u2019amour. Aucun des deux interlocuteurs ne se sentira innocent, tous deux auront accept\u00e9 le d\u00e9fi du pass\u00e9, du d\u00e9j\u00e0 dit que l\u2019on ne peut \u00e9liminer, tous deux joueront consciemment et avec plaisir au jeu de l\u2019ironie\u2026 Mais tous deux auront r\u00e9ussi une fois encore \u00e0 parler d\u2019amour.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Umberto Eco,&nbsp;<em>Apostille au \u00ab&nbsp;Nom de la Rose&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>25 mars 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/roberta-alberico\/\">Roberta Alberico<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/tlh-sierre.ch\/Home\/Event\/261\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mise en sc\u00e8ne d\u2019Oscar G\u00f3mez Mata \/ TLH-Sierre \/ 25 mars 2017 \/ Critique par Roberta Alberico.<\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12527,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,14],"tags":[190],"class_list":["post-12525","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-les-halles","tag-roberta-alberico"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12525","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12525"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12525\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20695,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12525\/revisions\/20695"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12527"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12525"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12525"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12525"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}