{"id":12513,"date":"2018-03-27T16:04:13","date_gmt":"2018-03-27T14:04:13","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12513"},"modified":"2025-02-09T17:40:09","modified_gmt":"2025-02-09T16:40:09","slug":"tiefer-schweb","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/03\/tiefer-schweb\/","title":{"rendered":"Tiefer Schweb"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Tiefer Schweb<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">\u00c9crit et mis en sc\u00e8ne par Christoph Marthaler \/ En allemand surtitr\u00e9 en fran\u00e7ais \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 23 au 24 mars 2018 \/ Critique par Aur\u00e9lien Maignant. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>23 mars 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/aurelien-maignant\/\">Aur\u00e9lien Maignant<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Tentative(s) d&rsquo;\u00e9vasion<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"538\" height=\"360\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/Sans-titre.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-12511\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/Sans-titre.png 538w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/Sans-titre-250x167.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/Sans-titre-300x200.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 538px) 100vw, 538px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Thomas Aurin<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Sur fond de crise migratoire, la derni\u00e8re cr\u00e9ation de Christoph Marthaler,&nbsp;<\/em>Tiefer Schweb,<em>&nbsp;allie burlesque et satire au vitriol dans un huis-clos aussi minutieux qu\u2019explosif. D\u00e9gringolade furieuse de geste et de langage, la pi\u00e8ce raconte la r\u00e9clusion d\u2019une commission administrative charg\u00e9e de prendre une d\u00e9cision capitale mais que la folie gagne peu \u00e0 peu. Un spectacle que l\u2019on d\u00e9conseille aux gens (trop) s\u00e9rieux.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Tiefer Schweb,&nbsp;<\/em>en dialecte bavarois, d\u00e9signe le point le plus profond du Lac de Constance (Bodensee) qui a la particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre transnational car situ\u00e9 au croisement des fronti\u00e8res suisse, allemande et autrichienne. Dans une Europe futuriste, sur laquelle la pi\u00e8ce dit finalement peu de choses, une commission de fonctionnaires sp\u00e9cialis\u00e9s se r\u00e9unit secr\u00e8tement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une chambre sous-marine au plus profond du lac pour r\u00e9soudre une crise migratoire d\u2019envergure : depuis quelques ann\u00e9es, plusieurs centaines de migrants ont transform\u00e9 des embarcations touristiques en village flottants et vivent \u00e0 la surface du Bodensee dans des habitations de fortune.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectateur se retrouve alors confront\u00e9 \u00e0 un groupe de personnages cherchant par le dialogue les r\u00e9solutions n\u00e9cessaires \u00e0 une sortie de crise. La parodie du discours technocratique offre une exp\u00e9rience de pens\u00e9e aussi simple qu\u2019efficace : comment un rassemblement d\u2019\u00eatres humains peut-il, par la parole, r\u00e9soudre un probl\u00e8me r\u00e9el ?<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019embl\u00e9e, la premi\u00e8re r\u00e9union de la commission annonce le ton loufoque qui gouvernera la suite de la repr\u00e9sentation. Les fonctionnaires de&nbsp;<em>Tiefer Schweb&nbsp;<\/em>s\u2019arrachent les cheveux, et c\u2019est \u00e0 peine une m\u00e9taphore, tant ils se r\u00e9v\u00e8lent incapables de discuter ensemble. Cette situation donne l\u2019occasion \u00e0 Marthaler de jouer avec les d\u00e9formations du langage dans une parodie mordante du discours administratif. Toutes les possibilit\u00e9s de distorsions sont exploit\u00e9es avec une m\u00e9ticulosit\u00e9 implacable&nbsp;: les personnages font des listes alphab\u00e9tiques, r\u00e9citent \u00e9ternellement des statistiques vides, \u00e9num\u00e8rent soixante traductions possibles d\u2019un m\u00eame mot, s\u2019\u00e9tripent sur les subtilit\u00e9s infinies d\u2019une d\u00e9finition\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>A partir de cette impossibilit\u00e9 de l\u2019\u00e9change, la repr\u00e9sentation d\u00e9g\u00e9n\u00e8re rapidement et dans cette situation de s\u00e9questration paradoxale (le gouvernement est enferm\u00e9 sous terre pour d\u00e9battre de la libert\u00e9 des migrants \u00e0 la surface) la folie emporte les personnages dans une lente d\u00e9construction du rationnel. La pi\u00e8ce ne montre finalement qu\u2019un \u00e9chec&nbsp;: nous ne verrons jamais, c\u2019est entendu, une quelconque solution au probl\u00e8me migratoire remonter \u00e0 la surface\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019ensuit un encha\u00eenement de tableaux burlesques au d\u00e9roulement millim\u00e9tr\u00e9 qui utilise subtilement un dispositif \u00ab&nbsp;\u00e0 tiroirs&nbsp;\u00bb r\u00e9v\u00e9lant petit \u00e0 petit ce qui se cache derri\u00e8re les aust\u00e8res parois bois\u00e9es du premier tableau. Dans la partition de Marthaler, les mots, les choses et les gestes sont une m\u00eame mati\u00e8re travaill\u00e9e de boucles et de r\u00e9p\u00e9titions aussi loufoques que c\u00e9r\u00e9brales. Entre les rapports officiels r\u00e9cit\u00e9s dans des urinoirs, la r\u00e9\u00e9criture d\u2019une fable du \u00ab&nbsp;bon sauvage&nbsp;\u00bb avec des personnages du folklore bavarois et l\u2019embo\u00eetement labyrinthique de propos religieux ou psychanalytiques sur l\u2019autorit\u00e9,&nbsp;<em>Tiefer Schweb&nbsp;<\/em>invite \u00e0 une exp\u00e9rience de l\u2019artificialit\u00e9 des discours et des gestes qui joue sur la perplexit\u00e9 des spectateurs et beaucoup de distance et d\u2019humour.<\/p>\n\n\n\n<p>Car, plus le fil de la d\u00e9gringolade se d\u00e9roule, plus les personnages s\u2019obstinent \u00e0 ignorer l\u2019absurdit\u00e9 de leurs comportements respectifs et, dans cette manie qu\u2019ils ont de ne s\u2019\u00e9tonner de rien, se rejoue la d\u00e9sh\u00e9rence logique dans laquelle la pi\u00e8ce plonge son public. Une fois la surface de la terre d\u00e9blay\u00e9e de toute forme de coh\u00e9rence, tous les langages possibles des personnages (la parole, la musique, la danse etc.) finissent par \u00eatre en discordance avec leurs \u00e9motions, leur situation imm\u00e9diate. On notera d\u2019ailleurs que pour certains \u00e9changes particuli\u00e8rement d\u00e9construits, les \u00e9crans sur-titreurs s\u2019\u00e9teignent&nbsp;: allemand ou pas, il n\u2019y a, \u00e0 vrai dire, plus grand chose \u00e0 traduire.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour autant, le spectateur se surprendra peut-\u00eatre \u00e0 \u00e9prouver une certaine compassion tant les cr\u00e9atures qui s\u2019\u00e9battent sous ses yeux peuvent se r\u00e9v\u00e9ler touchantes. Secou\u00e9s dans leur cabine sous-marine, isol\u00e9s du reste \u00e0 monde, amput\u00e9s de leur langage, les pantins de Marthaler immortalisent une humanit\u00e9 tragicomique qui ne laisse pas indiff\u00e9rent. L\u2019envie nous prendrait presque de monter sur sc\u00e8ne pour les tirer de l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Tiefer Schweb&nbsp;<\/em>nous invite finalement \u00e0 une exp\u00e9rience collective du rire, non seulement parce que le spectacle est dr\u00f4le, mais surtout parce qu\u2019il utilise l\u2019absurde pour questionner sans cesse les origines de notre rire. Un personnage enfile un chapeau bavarois et fixe la salle, sans bouger, sans dire un mot, pendant de (tr\u00e8s) longues minutes et l\u2019on entend peu \u00e0 peu un ricanement contagieux gagner le public, bient\u00f4t un rire franc et finalement l\u2019hilarit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale&nbsp;: plus la salle s\u2019entend rire, plus elle se comprend et plus elle se met \u00e0 rire. L\u2019\u00e9tat du monde invite \u00e0 une ironie qu\u2019il faut sans cesse r\u00e9-exp\u00e9rimenter, une ironie qui s\u2019apparente \u00e0 de la r\u00e9sistance, et, en ces temps d\u2019absurdit\u00e9 institutionnelle, on ne va pas s\u2019en priver.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>23 mars 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/aurelien-maignant\/\">Aur\u00e9lien Maignant<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/tiefer-schweb\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9crit et mis en sc\u00e8ne par Christoph Marthaler \/ En allemand surtitr\u00e9 en fran\u00e7ais \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 23 au 24 mars 2018 \/ Critique par Aur\u00e9lien Maignant.<\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12515,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[194],"class_list":["post-12513","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-aurelien-maignant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12513","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12513"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12513\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20697,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12513\/revisions\/20697"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12515"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12513"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12513"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12513"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}