{"id":12483,"date":"2018-03-20T15:46:32","date_gmt":"2018-03-20T14:46:32","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12483"},"modified":"2025-02-09T17:40:56","modified_gmt":"2025-02-09T16:40:56","slug":"evel-knievel-contre-macbeth-na-terra-do-finado-humberto","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/03\/evel-knievel-contre-macbeth-na-terra-do-finado-humberto\/","title":{"rendered":"Evel Knievel contre Macbeth na terra do finado Humberto"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Evel Knievel contre Macbeth na terra do finado Humberto<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Cr\u00e9\u00e9 et mis en sc\u00e8ne par Rodrigo Garcia \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du jeudi 15 mars au dimanche 18 mars 2018 \/ Critiques par Ivan Garcia et Coralie Gil. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 mars 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">R\u00eaverie r\u00e9volt\u00e9e<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"654\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/DSCF2473-1024x654.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12481\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/DSCF2473-1024x654.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/DSCF2473-250x160.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/DSCF2473-300x192.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/DSCF2473-768x490.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/DSCF2473-624x399.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/DSCF2473.jpg 1879w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Marc Ginot<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Rodrigo Garcia pr\u00e9sente un spectacle fait de tableaux multiples qui rassemble plusieurs figures de la culture populaire et les fait se confronter. Sous-tendu par un discours politiquement engag\u00e9, la cr\u00e9ation du metteur en sc\u00e8ne argentin pousse l\u2019imaginaire au c\u0153ur de la r\u00e9alit\u00e9, d\u00e9voilant un monde virtualis\u00e9 et insensible \u00e0 ses propres malheurs.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le pavillon du th\u00e9\u00e2tre de Vidy, les spectateurs sont impatients. A l\u2019instar de Rom\u00e9o Castellucci,&nbsp;<em>star<\/em>&nbsp;de la pr\u00e9c\u00e9dente \u00e9dition du&nbsp;<em>Programme commun<\/em>, Rodrigo Garcia suscite de nombreuses attentes. Alors que la lumi\u00e8re d\u00e9cro\u00eet, l\u2019atmosph\u00e8re de la salle est \u00e9lectrique et d\u00e9j\u00e0 enthousiaste.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouverture du spectacle est constitu\u00e9e par une s\u00e9quence vid\u00e9o \u2013 plaisamment intitul\u00e9e&nbsp;<em>Epilogue<\/em>&nbsp;\u2013 montrant Neronga (le&nbsp;<em>kaiju,<\/em>&nbsp;ennemi du h\u00e9ros de manga&nbsp;<em>Ultraman<\/em>) se baladant dans Salvador de Bahia. Neronga, venu du Japon par avion, vient pr\u00eater main-forte au cascadeur am\u00e9ricain Evel Knievel face au tyran Orson Welles (d\u00e9guis\u00e9 en Macbeth) afin de lib\u00e9rer la ville. Construit sur un sch\u00e9ma narratif qui \u00e9voque un peu les films de Quentin Tarantino, le film fonctionne \u00e0 rebours, \u00e0 partir de cet \u00e9pilogue. Plusieurs s\u00e9quences nomm\u00e9es&nbsp;<em>Annexe(s)<\/em>&nbsp;viendront par la suite entrecouper le jeu des com\u00e9diens sur le plateau. En g\u00e9n\u00e9ral, le spectacle est en anglais avec des sous-titres en fran\u00e7ais. Quelques tableaux laissent place \u00e0 des dialogues dynamiques et expressifs en espagnol ou en br\u00e9silien.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne utilise plusieurs supports : film, musique, jeu des com\u00e9diens, peinture. Objets et accessoires signalent successivement&nbsp;la prise de pouvoir de Welles \u00e0 Bahia, ses m\u00e9thodes de financement et son m\u00e9pris des individus locaux. Rodrigo Garcia d\u00e9ploie ici une esth\u00e9tique bas\u00e9e sur l\u2019image. Largement influenc\u00e9 par la&nbsp;<em>pop culture<\/em>&nbsp;et par son travail dans la publicit\u00e9, le metteur en sc\u00e8ne pixelise par exemple sur le mode d\u2019un jeu vid\u00e9o le film qui montre les aventures de Neronga, ou exhibe un clip publicitaire d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de pompes fun\u00e8bres qui aurait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019aide de Philippe Starck, lequel serait lui-m\u00eame un ami d\u2019Orson Welles (celui de la pi\u00e8ce\u2026). D\u2019inspiration brechtienne, le th\u00e9\u00e2tre de Garcia est bas\u00e9 sur l\u2019utilisation de tableaux venant rompre la lin\u00e9arit\u00e9 de l\u2019intrigue. L\u2019ambiance cr\u00e9\u00e9 par le dispositif est ici celle d\u2019une fantasmagorie virtualis\u00e9e o\u00f9 tout se m\u00e9lange&nbsp;: personnages illustres, vid\u00e9os, bruits, musiques et magma color\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Evel Knievel contre Macbeth<\/em>, comme les autres spectacles de Rodrigo Garcia, est politiquement engag\u00e9. Le sous-titre,&nbsp;<em>Na terra do finado Humberto<\/em>, signifie \u00ab&nbsp;Sur la terre du d\u00e9funt Humberto&nbsp;\u00bb et fait probablement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Humberto Castelo Branco, le g\u00e9n\u00e9ral qui avait \u00e9tabli une dictature militaire au Br\u00e9sil dans les ann\u00e9es 1960. En faisant s\u2019affronter Evel Knievel, ic\u00f4ne du r\u00eave am\u00e9ricain et Orson Welles-Macbeth, figure du roi fou, l\u2019affrontement peut symboliquement faire \u00e9cho \u00e0 la division au sein de l\u2019\u00e9tat de Bahia. Du combat entre Welles-Macbeth et Evel Knievel, nous n\u2019avons en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019un bref aper\u00e7u, mais tr\u00e8s frappant. Sur sc\u00e8ne, l\u2019un en tenue de chevalier, l\u2019autre en tenue de cascadeur am\u00e9ricain, ils tirent du sol d\u2019un terrain de golf deux \u00e9p\u00e9es-clubs pour commencer un duel. Ils sont n\u00e9anmoins rapidement arr\u00eat\u00e9s et ma\u00eetris\u00e9s par l\u2019apparition de Neronga. Muni d\u2019un nunchaku, ce dernier les assomme tour \u00e0 tour et les laisse hors de combat. Vainqueur de l\u2019affrontement, Neronga, incarnation de la culture populaire, s\u2019en va jouer du xylophone, dans un jeu de r\u00e9sonance avec des citations projet\u00e9es en m\u00eame temps sur l\u2019\u00e9cran g\u00e9ant. Certaines sont plut\u00f4t philosophiques et d\u2019autres semblent plut\u00f4t hors contexte. Il s\u2019agit d\u2019un moment \u00e0 la fois doux et agr\u00e9able bien que les motivations n\u2019en soient pas forc\u00e9ment claires \u2013 pas plus que ne l\u2019est la transition entre cette sc\u00e8ne de Neronga et celle des deux philosophes qui viennent imm\u00e9diatement ensuite discuter de leur voyage d\u2019\u00e9tudes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un monologue intrigant, un petit gar\u00e7on, faisant sienne la th\u00e9orie darwinienne de l\u2019\u00e9volution, explique que \u00ab&nbsp;l\u2019homme se transformera en escalope pan\u00e9e&nbsp;\u00bb. Comme dans le reste de l\u2019\u0153uvre de Rodrigo Garcia, la nourriture tient ici, de fait, un r\u00f4le central. Pour le metteur en sc\u00e8ne, nous sommes ce que nous mangeons et ce, encore plus \u00e0 l\u2019heure actuelle, o\u00f9 les d\u00e9bats sur l\u2019alimentation sont l\u00e9gion. L\u2019acaraj\u00e9, sp\u00e9cialit\u00e9 culinaire de Bahia \u00e9labor\u00e9e \u00e0 partir de p\u00e2te de haricot, d\u2019oignons et sel, tient une place importante dans ce spectacle. Une c\u00e9r\u00e9monie de pr\u00e9paration de ce met, \u00e0 l\u2019origine plat rituel \u00e0 destination des&nbsp;<em>orishas&nbsp;<\/em>(des esprits repr\u00e9sentant les forces de la nature), est projet\u00e9e sur l\u2019\u00e9cran, et le spectacle forme une sorte de boucle dont l\u2019acaraj\u00e9 serait justement le point central&nbsp;: il semblerait que les acaraj\u00e9s soient l\u2019arme de r\u00e9sistance des locaux face \u00e0 l\u2019envahisseur Welles. Une s\u00e9quence montrant des personnes \u00ab&nbsp;tu\u00e9es&nbsp;\u00bb dans les rues de Bahia, pr\u00e9sente d\u2019abord la d\u00e9ploration des femmes br\u00e9siliennes ayant effectu\u00e9 le rituel de pr\u00e9paration du met. Puis les images des personnes banales tomb\u00e9es face \u00e0 la violence polici\u00e8re et \u00e9tatique sont remplac\u00e9es par des images de joie&nbsp;; le fait d\u2019avoir go\u00fbt\u00e9 \u00e0 cette nourriture les fait r\u00e9cup\u00e9rer de leurs blessures et se relever pour affronter la tyrannie de Welles. Faudrait-il comprendre que la nourriture traditionnelle, en opposition avec les glaces artificielles dont la fabrique est financ\u00e9e par Welles, apporte la vie et non la mort&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>En jouant habilement sur l\u2019imaginaire collectif et la cruaut\u00e9 du r\u00e9el, le spectacle parvient \u00e0 inspirer aux spectateurs une sorte de r\u00eaverie r\u00e9volt\u00e9e qui influencera ses propres exp\u00e9riences: vaut-il mieux manger de l\u2019acaraj\u00e9 local ou des glaces transnationales&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 mars 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 mars 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/coralie-gil\/\">Coralie Gil<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">De textes et d&rsquo;images<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"639\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/DSCF2549-1024x639.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12492\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/DSCF2549-1024x639.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/DSCF2549-250x156.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/DSCF2549-300x187.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/DSCF2549-768x479.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/DSCF2549-624x389.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/DSCF2549.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Marc Ginot<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Rodrigo Garcia met en sc\u00e8ne un spectacle presque aussi myst\u00e9rieux que son titre, qui fait se succ\u00e9der les images dans des tableaux toujours plus inventifs. Le texte m\u00eame devient image et les genres se m\u00ealent&nbsp;: le th\u00e9\u00e2tre rencontre le jeu vid\u00e9o, la bande-dessin\u00e9e, le documentaire ou le manga \u2013 au risque de perdre le contenu critique dans une vari\u00e9t\u00e9 esth\u00e9tique.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle commence par la projection d\u2019une animation similaire \u00e0 un jeu vid\u00e9o qui montre un personnage d\u00e9guis\u00e9 en Neronga, monstre de manga, traversant une ville d\u00e9serte. Une narratrice raconte : Orson Welles, bloqu\u00e9 dans le r\u00f4le du personnage de Macbeth, tyrannise une partie de la ville de Salvador de Bahia. Evel Knievel \u00e0 l\u2019aide de ses alli\u00e9s, dont Neronga, vont tenter de r\u00e9tablir la paix. Le reste du spectacle est constitu\u00e9 d\u2019une succession de tableaux&nbsp; relatifs \u00e0 cette guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez Rodrigo Garcia, le texte a son importance mais les paroles prononc\u00e9es par les acteurs ne sont que l\u2019un des rouages de la machine th\u00e9\u00e2trale \u00e0 raconter&nbsp;: le metteur en sc\u00e8ne fait parfois, au sens propre, lire le spectateur, et lui fait m\u00eame prendre conscience qu\u2019il est en train de lire. Sur l\u2019\u00e9cran dispos\u00e9 au fond de la sc\u00e8ne, presque unique \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9cor, des lettres apparaissent, formant peu \u00e0 peu des phrases. Les spectateurs attendent et cherchent en m\u00eame temps, par avance, la signification, la phrase, avant m\u00eame qu\u2019elles n\u2019apparaissent. Comme un jeu. Dans l\u2019un des tableaux, les actrices, \u00e0 tour de r\u00f4le, lisent un texte sur un petit porte-document \u00e9clair\u00e9 par une lampe. Au rythme de leurs phrases, ce sont les lettres qui apparaissent, une \u00e0 une, tr\u00e8s rapidement, gigantesques et hypnotiques sur l\u2019\u00e9cran, avec un bruit de machine \u00e0 \u00e9crire exag\u00e9r\u00e9ment puissant. Comme si l\u2019on retournait \u00e0 une sorte de contemplation des symboles quand ils ne repr\u00e9sentaient pas encore des lettres, avant l\u2019apprentissage de la lecture. Par ailleurs, le spectacle \u00e9tant principalement en anglais et en espagnol, le spectateur est aussi amen\u00e9 \u00e0 lire des sous-titres. Le metteur en sc\u00e8ne s\u2019en amuse&nbsp;: les sous-titres ne sont pas de simples ajouts projet\u00e9s hors de l\u2019aire du plateau, ils s\u2019incorporent \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique de la sc\u00e8ne. Dans l\u2019un des tableaux, par exemple, pendant que l\u2019une des deux actrices parle, l\u2019autre tient une bulle dans laquelle sont projet\u00e9s ces sous-titres. La sc\u00e8ne se transforme alors en une case de bande-dessin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Rodrigo Garcia ne joue pas seulement avec les textes, il s\u2019amuse aussi avec les m\u00e9dias, dans l\u2019optique, semble-t-il, de diversifier aussi les mani\u00e8res de donner \u00e0 voir. Il ma\u00eetrise l\u2019animation en trois dimensions autant que la cam\u00e9ra. L\u2019\u00e9cran sert de support au jeu vid\u00e9o comme au documentaire et permet de faire en sorte que plusieurs genres se m\u00ealent, \u00e0 en faire perdre leurs rep\u00e8res aux spectateurs. Sur sc\u00e8ne&nbsp;: deux actrices et Neronga dont on d\u00e9couvrira qu\u2019il est jou\u00e9 par un enfant. Leur jeu rel\u00e8ve de la performance physique. Les com\u00e9diennes apparaissent souvent casqu\u00e9es pour montrer le clan dans lequel elles se situent. Il arrive que des chaussures de hauteur in\u00e9gale rendent leur d\u00e9marche difficile, les corps sont exploit\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 leur derni\u00e8re ressource.<\/p>\n\n\n\n<p>De nombreuses images ouvrent \u00e0 la r\u00e9flexion. Sur l\u2019\u00e9cran, les images d\u2019une tuerie sanglante sont suivies d\u2019une curieuse r\u00e9solution&nbsp;: des femmes gavent les morts d\u2019acaraj\u00e9 (sp\u00e9cialit\u00e9 calorique typique de Salvador de Bahia) et les morts reprennent vie. S\u2019agit-il d\u2019une mani\u00e8re de montrer que la soci\u00e9t\u00e9 de consommation gave les individus jusqu\u2019\u00e0 leur faire oublier leur propre mort&nbsp;? Possible. \u00c0 bien des \u00e9gards, le spectacle, qui poss\u00e8de une dimension farcesque (la guerre est parodi\u00e9e, le drame fait rire), demeure myst\u00e9rieux. On peut tout de m\u00eame se demander si, \u00e0 force d\u2019images toujours plus d\u00e9cal\u00e9es, on ne perd pas le sens du geste critique. Parfois, il est bien difficile de r\u00e9ussir encore \u00e0 distinguer ce qui fait partie de la satire sociale de ce qui est un jeu esth\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>15 mars 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/coralie-gil\/\">Coralie Gil<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/evel-knievel-contre-macbeth\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9\u00e9 et mis en sc\u00e8ne par Rodrigo Garcia \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du jeudi 15 mars au dimanche 18 mars 2018 \/ Critiques par Ivan Garcia et Coralie Gil.<\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12491,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[193,176],"class_list":["post-12483","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-coralie-gil","tag-ivan-garcia"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12483","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12483"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12483\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20705,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12483\/revisions\/20705"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12491"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12483"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12483"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12483"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}