{"id":12458,"date":"2018-03-12T11:06:45","date_gmt":"2018-03-12T10:06:45","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12458"},"modified":"2025-02-09T17:41:23","modified_gmt":"2025-02-09T16:41:23","slug":"luxe-calme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/03\/luxe-calme\/","title":{"rendered":"Luxe, calme"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Luxe, calme<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Texte et mise en sc\u00e8ne de Mathieu Bertholet \/ Th\u00e9\u00e2tre Vidy-Lausanne \/ du 8 au 18 mars 2018 \/ Critiques par Louis Vodoz et Fanny Utiger. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 mars 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/louis-vodoz\/\">Louis Vodoz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00ab\u00a0Tous les chemins m\u00e8nent au m\u00eame cul de sac\u00a0\u00bb<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/ADS5423-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12456\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/ADS5423-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/ADS5423-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/ADS5423-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/ADS5423-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/ADS5423-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/ADS5423.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mathild\u00e0 Olmi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans un h\u00f4tel de luxe perdu quelque part dans les montagnes alpines avec vue sur le lac, de riches clients viennent finir leurs jours dans un faste d\u00e9cor du XIX<sup>e&nbsp;<\/sup>si\u00e8cle. La repr\u00e9sentation tourne sans cesse autour de la mort, l\u2019effleure, la caresse et la questionne dans une danse \u00e9th\u00e9r\u00e9e, rythm\u00e9e par une polyphonie de paroles \u00e9clat\u00e9es, l\u2019\u00e9cho du souffle et quelques notes de piano.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s un temps d\u2019arr\u00eat et de silence, les personnages commencent lentement \u00e0 se mouvoir et lancent quelques paroles en l\u2019air, entre des canap\u00e9s de velours et des lits de soie, sous un immense lustre \u00e9tincelant. Des politesses qui r\u00e9sonnent dans le vide&nbsp;: on n\u2019y r\u00e9pond pas, on rajoute d\u2019autres mots d\u00e9li\u00e9s, les couches de non-sens s\u2019empilent, s\u2019assomment et s\u2019assemblent. Sans attaches autres que des nombres qui les pr\u00e9c\u00e8dent syst\u00e9matiquement, les paroles s\u2019\u00e9vaporent dans le silence de la salle que quelques rires g\u00ean\u00e9s et biens\u00e9ants tentent de combler. Le calme se prolonge et devient doucement \u00e9touffant&nbsp;; sur les si\u00e8ges \u00e7a remue, \u00e7a gigote, \u00e7a tousse \u2013 le clic de mon stylo r\u00e9sonne comme des maracas qui fouettent l\u2019air. Est-ce qu\u2019il se passera quelque chose&nbsp;? Dans un mouvement qui ressemble \u00e0 celui d\u2019une ronde, on rentre et on sort de l\u2019h\u00f4tel indiff\u00e9remment&nbsp;: \u00ab&nbsp;Bienvenue \u00e0 l\u2019H\u00f4tel\u2026 Un agr\u00e9able s\u00e9jour\u2026&nbsp;\u00bb.&nbsp; Les phrases sont les m\u00eames, la reprise renforce leur vacuit\u00e9. Les personnages semblent r\u00e9gl\u00e9s, ils marchent droit, convaincus. Pas d\u2019\u00e9cart, la sc\u00e8ne est r\u00e9gl\u00e9e comme du papier \u00e0 musique. M\u00eame l\u2019amour est aseptis\u00e9&nbsp;: on le fait froidement, devant le miroir, comme on reboutonnerait sa chemise bien repass\u00e9e. Les gens d\u00e9filent en boucle et semblent des jouets interchangeables, par leur arrogance visqueuse, par leur sourire de poup\u00e9e de cire, par une p\u00e9nible envie de se diff\u00e9rencier des masses. On se demande si cela va encore durer longtemps&nbsp;; le&nbsp;<em>kitsch&nbsp;<\/em>commence \u00e0 d\u00e9gouliner. Un personnage crie quelque chose comme&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 quoi bon mettre \u00e7a en sc\u00e8ne&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>De la vitesse, enfin. Le tourniquet est pris au pi\u00e8ge de son propre mouvement centrifuge, tout commence \u00e0 s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer. Les personnages parlent plus fort, marchent plus vite, ils se d\u00e9shabillent, ils se d\u00e9sarticulent, ils vacillent, ils tombent, ils se rel\u00e8vent, ils rampent, ils retombent. Ils parlent toujours mais ils n\u2019y croient plus, les sourires se faussent et s\u2019effacent. C\u2019est un ballet de fant\u00f4mes, un man\u00e8ge d\u00e9senchant\u00e9. La lumi\u00e8re se tamise, et c\u2019est dans la nuit qu\u2019on se r\u00e9v\u00e8le. Maintenant, les personnages nous jettent leur amertume \u00e0 la figure&nbsp;: \u00ab&nbsp;La vie est une fum\u00e9e, et puis il y a la mort&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;l\u2019amour est devenu d\u00e9gueulasse&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;tous les chemins m\u00e8nent au m\u00eame cul de sac&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;les autres partent, je suis seul&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;ma vie se d\u00e9lie&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours pas de conversation&nbsp;: seulement un brouhaha de complaintes qui s\u2019empilent et puis disparaissent. Solitude. Les corps sont vieux, meurtris, consum\u00e9s par la ronde de l\u2019insignifiance ; il est trop tard pour vivre. La longueur de la premi\u00e8re partie prend&nbsp;<em>a posteriori<\/em>&nbsp;une nouvelle coloration : c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il fallait agir, c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019on pouvait encore \u00eatre et faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, de nouveau, le calme. La danse est finie&nbsp;; ext\u00e9nu\u00e9 on ne peut m\u00eame plus s\u2019\u00e9crouler. Ce calme-l\u00e0, c\u2019est le dernier, celui qui nous p\u00e9n\u00e8tre un peu plus chaque jour, celui qui creuse m\u00eame les plus grosses montagnes, celui qui \u00e9touffe tout dans son \u00e9treinte. Asphyxie. On cherche un souffle, encore un dernier, m\u00eame us\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la moelle, on ne veut pas dispara\u00eetre. Avec la lenteur d\u2019une agonie, le spectacle se termine, doucement, nous rappelant la pesanteur de l\u2019ennui, l\u2019aigreur de la lassitude et l\u2019attente douloureuse du point final. On a beau avoir les poches qui d\u00e9bordent d\u2019or, \u00ab tous les chemins m\u00e8nent au m\u00eame cul de sac&nbsp;\u00bb : on inspire, on tournoie, on hal\u00e8te&nbsp;; on expire.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u00e0, tout n\u2019est qu\u2019ordre et beaut\u00e9 \/ Luxe, calme et volupt\u00e9<\/em>&nbsp;: l\u2019invitation au voyage&nbsp;de Baudelaire et le tableau qu\u2019en a fait Matisse \u00e9voquent quelque paradis originel, quelque nature idyllique peupl\u00e9e de nues. Mathieu Bertholet en propose une interpr\u00e9tation dystopique. C\u2019est l\u2019artificialit\u00e9 qui d\u00e9borde et qui triomphe, aspirant tout sur son passage. Artificialit\u00e9 de la richesse, de la parole, de la relation avec autrui, du sens transcendantal. Toute la repr\u00e9sentation gravite autour de l\u2019absence d\u2019authenticit\u00e9, le luxe est critiqu\u00e9 mais il fascine, \u00e0 la mani\u00e8re du feu qui brille mais qui br\u00fble. Le trop est assum\u00e9 et revendiqu\u00e9. Finalement, dans un mouvement autot\u00e9lique, la sur-monstration du faux, l\u2019inlassable d\u00e9voilement du para\u00eetre par son propre exc\u00e8s renvoie \u00e0 la dimension profond\u00e9ment artefactuelle qui r\u00e9side au fondement m\u00eame du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le n\u00e9ant est auscult\u00e9 sous toutes ses nuances d\u2019obscurit\u00e9, on aimerait peut-\u00eatre, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019une solution, que le mouvement de d\u00e9structuration se poursuive jusqu\u2019\u00e0 la destruction m\u00eame de la structure morbide et l\u2019espoir d\u2019un salut, au-del\u00e0 du balcon \u00e9clair\u00e9 duquel les com\u00e9diens, ensemble cette fois, saluent, p\u00e2le lueur au fond des t\u00e9n\u00e8bres qui cl\u00f4t le spectacle.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 mars 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/louis-vodoz\/\">Louis Vodoz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 mars 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/fanny-utiger\/\">Fanny Utiger<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">H\u00f4tel du mort<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/ADS5288-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12452\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/ADS5288-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/ADS5288-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/ADS5288-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/ADS5288-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/ADS5288-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/03\/ADS5288.jpg 1801w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Mathild\u00e0 Olmi<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Dans une atmosph\u00e8re sombre, baudelairienne presque caricaturalement, Mathieu Bertholet aborde une difficile th\u00e9matique, celle du suicide assist\u00e9, en des temps o\u00f9 certains n\u2019ont d\u2019autre choix que de passer notre fronti\u00e8re pour y avoir acc\u00e8s. Le pass\u00e9 converse avec ce pr\u00e9sent, dans un cadre p\u00e9renne, luxueux. En apparence du moins.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un h\u00f4tel, un \u00e9tablissement luxueux, avec vue \u00e9tourdissante sur le lac et personnel d\u00e9vou\u00e9. En entrant dans la salle, l\u2019ami qui m\u2019accompagne, tromp\u00e9 par une lumi\u00e8re blafarde, un grand bouquet de lys blancs et un mobilier fun\u00e8brement arrang\u00e9, crut pourtant y voir une chambre mortuaire ou un cimeti\u00e8re, dans la p\u00e9nombre du plateau d\u00e9j\u00e0 ouvert. Confusion annonciatrice du spectacle \u00e0 venir, de son ambiance d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment enserr\u00e9e entre luxe presque absurde et morbidit\u00e9. On y verra une douzaine de personnes venues rendre leur dernier souffle dans l\u2019air pur des montagnes suisses. Mathieu Bertholet traite ici d\u2019un sujet ultra-contemporain, celui du \u00ab&nbsp;tourisme mortuaire&nbsp;\u00bb possible en terres helv\u00e9tiques, qu\u2019il croise avec un temps o\u00f9 l\u2019on venait s\u2019y ressourcer, voire y gu\u00e9rir. Aussi dresse-t-il, ins\u00e9rant \u00e9galement dans son texte quelques passag\u00e8res allusions \u00e0 l\u2019actualit\u00e9, \u00ab&nbsp;un portrait de la Suisse en creux&nbsp;\u00bb, comme l\u2019a r\u00e9cemment dit Vincent Baudriller.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout n\u2019est au d\u00e9but que silence, calme tra\u00eenant. Des clients p\u00e9n\u00e8trent dans l\u2019h\u00f4tel et s\u2019y installent, repartent sans s\u2019attarder trop. Quelques minutes ainsi, puis des hommes et des femmes d\u00e9j\u00e0 vus reviennent. Avec eux commence \u00e0 poindre la parole et \u00e0 s\u2019instaurer une it\u00e9ration qui rythmera en crescendo la suite du spectacle. Les phrases s\u2019y pr\u00e9sentent par fragments, num\u00e9rot\u00e9s mais expos\u00e9s sans ordre. Des nombres pr\u00e9c\u00e8dent en effet les r\u00e9pliques, lanc\u00e9es \u00e7\u00e0 et l\u00e0, sans destinataires sp\u00e9cifiques, se succ\u00e9dant sans n\u00e9cessairement se r\u00e9pondre. On croirait souvent entendre un r\u00e8glement, que rappellent les majordomes en m\u00eame temps que les clients le d\u00e9couvrent. Ce sont en d\u2019autres moments des complaintes, parfois des protestations. Les voix s\u2019enchev\u00eatrent, jusqu\u2019\u00e0 former un brouhaha, tout en gardant une teinte routini\u00e8re, figurant toute l\u2019impersonnalit\u00e9 qu\u2019engendre un tel endroit. Impersonnel, cet h\u00f4tel-ci l\u2019est d\u2019ailleurs particuli\u00e8rement&nbsp;: quelque intimes que soient les paroles ou les moments qui y prennent place, tout est ouvert. Quiconque y passe va sans cesse du dedans au dehors, de chambres en chambres, qui s\u2019\u00e9changent entre h\u00f4tes, et les \u00e9tages ont vue les uns sur les autres, laissant r\u00e9sonner entre elles jusqu\u2019\u00e0 se fondre les trajectoires des douze individus qui \u00e9voluent sous nos yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Les leurs, d\u2019abord \u00e9bahis devant le paysage \u2013 Lac L\u00e9man, Alpes, Lavaux&nbsp;? Le public imagine, puisqu\u2019il se trouve pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 o\u00f9 vont leurs regards \u2013 sont donc r\u00e9unis pour se fermer d\u00e9finitivement. Reproduisant dans un premier temps la vie mondaine qu\u2019accueillent les grands h\u00f4tels, le spectacle voit dans un deuxi\u00e8me moment la mort s\u2019insinuer progressivement. L\u2019\u00e9tablissement se m\u00e9dicalise, le piano fait place \u00e0 l\u2019orgue, les voix \u00e9voquent le d\u00e9part, le choix de partir, dignement. Elles se partagent une litanie&nbsp;: \u00ab&nbsp;je serai s\u00fbrement partie&nbsp;lorsque vous reviendrez \u00bb. Un troisi\u00e8me temps donne aussi la parole \u00e0 ceux qui resteront, se rappelleront les morts, conserveront leurs \u00ab&nbsp;traces&nbsp;\u00bb et leur \u00ab&nbsp;souvenir&nbsp;\u00bb. Les voix se font enfin fantomatiques, quand les corps, peu \u00e0 peu, s\u2019\u00e9vanouissent, pr\u00eats \u00e0 s\u2019\u00e9vaporer pr\u00e8s d\u2019un nuage de fumig\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil de la pi\u00e8ce, l\u2019ambiance s\u2019assombrit. Ou plut\u00f4t elle s\u2019alourdit. Son titre \u00e9voquait un po\u00e8me de Baudelaire fort peu lugubre. Le spectacle vient y r\u00e9injecter du spleen, sans mod\u00e9ration. Aussi court-on le risque, pour peu que l\u2019on entre dans la salle un peu cafardeux, d\u2019en ressortir compl\u00e8tement d\u00e9prim\u00e9. Les clients et patients ont beau se laisser aller \u00e0 une derni\u00e8re d\u00e9bauche, l\u2019extase accompagner leur agonie, quelques instants grotesques ou cocasses susciter parfois le rire \u2013&nbsp;jaune&nbsp;\u2013, la situation, certes grave,&nbsp;est abord\u00e9e dans un registre excessivement sinistre. L\u2019atmosph\u00e8re pesante, qui insiste sur l\u2019aspect d\u00e9sesp\u00e9rant de toute existence, \u00e9tonne, voire d\u00e9range, pour un spectacle dont le texte et le cadre semblent pourtant pr\u00e9senter le suicide assist\u00e9 comme une solution v\u00e9ritable et digne, postulant que bien mourir serait peut-\u00eatre mieux vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il reste que l\u2019\u0153uvre met en \u00e9vidence et fait r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 un fait tr\u00e8s actuel et potentiellement probl\u00e9matique&nbsp;: des citoyens d\u2019\u00c9tats voisins, o\u00f9 le suicide assist\u00e9 n\u2019est pas l\u00e9gal, viennent mettre fin \u00e0 leurs jours en Suisse. On pouvait certainement s\u2019enorgueillir des sanatoriums dans lesquels les malades venaient jadis trouver soins et repos. Nul doute aussi que l\u2019afflux de touristes dans d\u2019\u00e9l\u00e9gants palaces et de beaux paysages ait toujours contribu\u00e9 \u00e0 polir l\u2019image du pays. Mais comment composer avec le fait que des hommes et des femmes viennent \u00ab&nbsp;voir les Alpes et mourir&nbsp;\u00bb&nbsp;? C\u2019est une libert\u00e9, mais elle est pol\u00e9mique&nbsp;: s\u2019il est honorable qu\u2019on puisse en profiter, il serait d\u00e9plac\u00e9 que certains \u00e9tablissements en fassent la promotion, pire encore qu\u2019ils en tirent lucrativement profit. Ce sont autant de questions que pose ce spectacle \u2013 en Suisse du moins. On peut imaginer que monter cette pi\u00e8ce en France lui donnerait une toute autre r\u00e9sonnance, face \u00e0 un public encore \u00ab&nbsp;de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9&nbsp;\u00bb, susceptible de prendre un jour un discret aller simple pour le Lavaux, le L\u00e9man, l\u2019Oberland, pourquoi pas.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 mars 2018<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/fanny-utiger\/\">Fanny Utiger<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/vidy.ch\/luxe-calme-0\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte et mise en sc\u00e8ne de Mathieu Bertholet \/ Th\u00e9\u00e2tre Vidy-Lausanne \/ du 8 au 18 mars 2018 \/ Critiques par Louis Vodoz et Fanny Utiger.<\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12452,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[156,201],"class_list":["post-12458","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-fanny-utiger","tag-louis-vodoz"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12458","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12458"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12458\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20709,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12458\/revisions\/20709"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12452"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12458"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12458"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12458"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}