{"id":12221,"date":"2018-01-12T09:38:37","date_gmt":"2018-01-12T08:38:37","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12221"},"modified":"2025-02-10T12:21:16","modified_gmt":"2025-02-10T11:21:16","slug":"entretien-avec-joel-maillard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/01\/entretien-avec-joel-maillard\/","title":{"rendered":"Entretien avec Jo\u00ebl Maillard"},"content":{"rendered":"<p>Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/josefa-terribilini\/\">Josefa Terribilini<\/a><\/p>\n<p>Un entretien autour de la pi\u00e8ce <em>Quitter la Terre<\/em> \/ De Jo\u00ebl Maillard \/ Le 24 novembre 2017 \/\u00a0 <a href=\"https:\/\/m.lecourrier.ch\/151312\/joel_maillard_quitter_la_terre\">Plus d&rsquo;infos<\/a><\/p>\n<figure id=\"attachment_12150\" aria-describedby=\"caption-attachment-12150\" style=\"width: 202px\" class=\"wp-caption alignright\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-12150\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/12\/JoelMaillard2017-216x200.jpg\" alt=\"\" width=\"202\" height=\"187\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/12\/JoelMaillard2017-216x200.jpg 216w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/12\/JoelMaillard2017-184x170.jpg 184w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/12\/JoelMaillard2017.jpg 470w\" sizes=\"auto, (max-width: 202px) 100vw, 202px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-12150\" class=\"wp-caption-text\">Jo\u00ebl Maillard<\/figcaption><\/figure>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/01\/survivre-ensemble\/\">Critique sur <em>Quitter la Terre<\/em><\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/01\/quitter-la-terre-extrait\/\">Extrait du texte de la pi\u00e8ce <em><em>Quitter la Terre<\/em><\/em><\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: left\"><em><br \/>\nC\u2019est \u00e0 la Brasserie du Cygne, \u00e0 Lausanne, le 24 novembre 2017, que nous retrouvons Jo\u00ebl Maillard pour parler de sa pi\u00e8ce, <\/em>Quitter la Terre<em>.<\/em><\/p>\n<p><strong>Josefa Terribilini, pour l&rsquo;Atelier critique (JT)<\/strong> :\u00a0Comment en \u00eates-vous arriv\u00e9 \u00e0 faire du th\u00e9\u00e2tre, qu\u2019est-ce qui vous a attir\u00e9 dans cet art\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Jo\u00ebl Maillard (JM)<\/strong> : J\u2019allais voir ma tante quand j\u2019\u00e9tais petit, qui faisait du th\u00e9\u00e2tre amateur dans un village dans le canton de Fribourg. Je n\u2019avais pas une \u00e9ducation tr\u00e8s culturelle et le contenu des pi\u00e8ces ne m\u2019int\u00e9ressait alors pas vraiment, mais il y avait quelque chose qui me fascinait, le fait qu\u2019il y avait un autre monde dans le monde. Et dans ce monde-l\u00e0, le monde du th\u00e9\u00e2tre, avec ses d\u00e9cors et ses coulisses, quand l\u2019acteur sortait, je ne comprenais pas ce qui se passait, ce qu\u2019\u00e9tait la coulisse. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s myst\u00e9rieux pour moi. C\u2019est cela qui m\u2019a d\u2019abord int\u00e9ress\u00e9, je crois. Et puis aussi le fait que j\u2019avais bien compris ce qu\u2019\u00e9tait un com\u00e9dien, que ce n\u2019\u00e9tait pas pour de vrai (je savais bien que ma tante n\u2019\u00e9tait pas le personnage qu\u2019elle jouait), mais, justement, j\u2019y voyais un \u00e9norme danger et je n\u2019aurais jamais pu imaginer le faire moi-m\u00eame. Une fois, avec l\u2019\u00e9cole, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 voir <em>Ali Baba et les 40 voleurs\u00a0<\/em>; un personnage tirait un chariot qui contenait des diamants et un diamant est tomb\u00e9 de la sc\u00e8ne car l\u2019acteur a pris un virage trop sec. Un \u00e9l\u00e9ment de l\u2019autre monde a alors travers\u00e9 notre monde et l\u00e0, j\u2019ai bien compris ce qui se passait mais j\u2019ai quand m\u00eame trouv\u00e9 extraordinaire de faire autant d\u2019efforts pour nous faire croire \u00e0 quelque chose alors que personne, finalement, n\u2019est dupe. En fin de compte, je pense que c\u2019\u00e9tait le rapport \u00e0 la fabrique de l\u2019illusion, l\u2019int\u00e9r\u00eat pour les ficelles, qui m\u2019a attir\u00e9 dans cet art.<\/p>\n<p><strong>JT<\/strong> :\u00a0Dans <em>Quitter la Terre<\/em>, on trouve certaines pr\u00e9occupations assez s\u00e9rieuses en filigrane, telles que des inqui\u00e9tudes \u00e9cologiques, la remise en question de certains fonctionnements politiques, et puis la forme du colloque qui sert de \u00ab cadre \u00bb \u00e0 la pi\u00e8ce est mise en place de mani\u00e8re tr\u00e8s r\u00e9aliste ; avez-vous eu d\u2019autres exp\u00e9riences professionnelles ou effectu\u00e9 des \u00e9tudes universitaires avant ou en parall\u00e8le \u00e0 vos activit\u00e9s th\u00e9\u00e2trales ?<\/p>\n<p><strong>JM<\/strong> : C\u2019est dr\u00f4le parce que je n\u2019ai pas assist\u00e9 \u00e0 beaucoup de colloques dans ma vie. Je n\u2019ai pas du tout de contact avec l\u2019universit\u00e9. Je suis boulanger-p\u00e2tissier, en fait. Je me suis arr\u00eat\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole obligatoire et puis j\u2019ai fait des apprentissages. Je reviens \u00e0 cette activit\u00e9 de temps en temps. En \u00e9t\u00e9 par exemple, lorsque mes activit\u00e9s th\u00e9\u00e2trales sont plus calmes, il m&rsquo;arrive de faire des piges en cuisine. Parfois je songe \u00e0 quitter le th\u00e9\u00e2tre pour redevenir boulanger, mais cette envie finit toujours par s&rsquo;estomper.<\/p>\n<p><strong>JT<\/strong> :\u00a0Et comment en \u00eates-vous venu \u00e0 \u00e9crire des pi\u00e8ces\u00a0? Vous \u00e9tiez-vous d\u00e9j\u00e0 essay\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture, sous d\u2019autres formes, avant votre premi\u00e8re pi\u00e8ce (<em>Winkelried<\/em>, en 2005<em>)<\/em> ou y a-t-il eu une sorte de d\u00e9clic\u00a0?<\/p>\n<p><strong>JM<\/strong>\u00a0: Je ne peux pas \u00e9crire autre chose que du th\u00e9\u00e2tre. Quand j\u2019\u00e9tais au Conservatoire on a eu des exercices li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9criture et \u00e7a m\u2019int\u00e9ressait plut\u00f4t. Mais la premi\u00e8re fois que j\u2019ai \u00e9crit une pi\u00e8ce, c\u2019\u00e9tait en 2005. Je regardais les attentats de Londres \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, et puis j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 quelque chose en rapport avec ce que Tony Blair a dit \u00e0 ce moment-l\u00e0. Alors, j\u2019ai pris ma cam\u00e9ra et je me suis film\u00e9\u00a0; j\u2019ai \u00e9crit en parlant, pour ainsi dire, et j\u2019\u00e9cris toujours en parlant aujourd\u2019hui, d\u2019une certaine mani\u00e8re. La parole fait partie de l\u2019\u00e9criture pour moi. Finalement, je crois que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire parce que j\u2019avais vraiment quelque chose \u00e0 dire.<\/p>\n<p><strong>JT<\/strong> :\u00a0Quel est votre rapport au texte\u00a0? Et comment proc\u00e9dez-vous, vis-\u00e0-vis du texte, lorsque vous montez une cr\u00e9ation\u00a0?<\/p>\n<p><strong>JM<\/strong>\u00a0: La mise en sc\u00e8ne prime, je crois, parce que le rythme est dans la mise en sc\u00e8ne. Les personnages, leur difficult\u00e9 \u00e0 raconter ce qu\u2019ils ont \u00e0 raconter et comment ils se font prendre dans leur fiction, c\u2019est plus important que le texte lui-m\u00eame. D\u2019ailleurs, lorsque j\u2019\u00e9cris un texte, celui-ci est largement remani\u00e9 et finalis\u00e9 pendant les r\u00e9p\u00e9titions, qui est finalement une \u00e9tape essentielle du processus d\u2019\u00e9criture. En g\u00e9n\u00e9ral, j\u2019\u00e9cris d\u2019abord un premier jet, une esp\u00e8ce de monstre, et puis apr\u00e8s, ce que j\u2019aime bien faire, c\u2019est d\u2019\u00e9prouver ce monstre au plateau pendant une p\u00e9riode de deux semaines \u00e0 peu pr\u00e8s. Puis, suite \u00e0 cela, il y a toute une p\u00e9riode de r\u00e9\u00e9criture parce que je d\u00e9c\u00e8le tout plein de probl\u00e8mes que j\u2019ai du mal \u00e0 rep\u00e9rer quand j\u2019\u00e9cris. Ensuite, id\u00e9alement, il y a un second passage au plateau o\u00f9 je valide le remaniement et je d\u00e9c\u00e8le d\u2019autres nouveaux probl\u00e8mes, ce qui aboutit \u00e0 une version z\u00e9ro qui est mise en jeu au premier jour de r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n<p><strong>JT<\/strong> :\u00a0Est-ce que certains auteurs de litt\u00e9rature ou de th\u00e9\u00e2tre vous ont inspir\u00e9, du point de vue de la recherche formelle ou des th\u00e8mes que vous privil\u00e9giez ?<\/p>\n<p><strong>JM<\/strong>\u00a0: Je ne suis sp\u00e9cialiste d\u2019aucune litt\u00e9rature ni de quoi que ce soit d\u2019ailleurs. Mais mon influence litt\u00e9raire majeure reste toujours ce texte de Beckett qui s\u2019appelle <em>Le D\u00e9peupleur<\/em>, dont je n\u2019arrive pas \u00e0 me d\u00e9faire et qui se passe dans une sorte de cylindre, lui aussi. <em>Le D\u00e9peupleur<\/em>, c\u2019est la description d\u2019une microsoci\u00e9t\u00e9 enferm\u00e9e dans un monde clos et c\u2019est \u00e9videmment une inspiration pour <em>Quitter la Terre<\/em>. Et puis, de Beckett, il y a aussi <em>Compagnie<\/em>, <em>T\u00eate morte<\/em>,<em> Premier amour, <\/em>o\u00f9 il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 quelque chose qui fait qu\u2019on n\u2019arrive pas \u00e0 \u00eatre, et qu\u2019on est quand m\u00eame, qu\u2019on traverse cette existence\u2026 D\u2019une certaine mani\u00e8re, je pense que Houellebecq m\u2019influence aussi, dans sa mani\u00e8re de poser un regard sur nos habitudes et sur la difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre en rapport avec autrui. Et puis je n\u2019ai pas invent\u00e9 l\u2019id\u00e9e de la gravitation artificielle\u00a0; je suis int\u00e9ress\u00e9 par certains livres de science-fiction \u00e9videmment, comme certaines \u0153uvres d\u2019Asimov ou la trilogie <em>Rama<\/em> d\u2019Arthur C. Clarke. Je pourrais parler aussi de Borges, de tous ses jeux de mises en abyme et de cette fameuse biblioth\u00e8que infinie. Toutes ces choses un peu vertigineuses qui s\u2019amusent avec la logique. En fait, j\u2019ai l\u2019impression que d\u00e8s que l\u2019on me sert quelque chose qui est contre la logique, \u00e7a m\u2019int\u00e9resse.<\/p>\n<p><strong>JT<\/strong> :\u00a0Comment la pi\u00e8ce <em>Quitter la terre<\/em> s\u2019inscrit-elle dans votre \u0153uvre\u00a0? Dans votre \u00ab\u00a0Cycle de Rien\u00a0\u00bb qui comprend trois pi\u00e8ces (<em>Rien voir<\/em>, <em>Ne plus rien dire<\/em> et <em>Pas grand-chose plut\u00f4t que rien<\/em>), vous exploriez le th\u00e8me de la disparition, il y avait \u00e0 chaque fois un \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9ment manquant\u00a0\u00bb (la parole pour un personnage, ou la vue pour les spectateurs, etc.)\u00a0: dans quelle mesure est-ce que <em>Quitter la Terre<\/em> continue cette recherche autour de la disparition ?<\/p>\n<p><strong>JM<\/strong>\u00a0: Moi, je parle finalement toujours de la m\u00eame chose, de vouloir dispara\u00eetre du monde, de s\u2019y sentir mal. C\u2019est toujours mon malaise d\u2019homme occidental blanc du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle qui regarde le monde \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Dans <em>Quitter la Terre<\/em>, le th\u00e8me de la disparition est bien l\u00e0 parce que c\u2019est une grande partie de l\u2019humanit\u00e9 qui dispara\u00eet tout court, et les gens en orbite qui sont disparus pour ceux rest\u00e9s sur terre. Et une grande partie de la culture et de la technique dispara\u00eet aussi. C\u2019est arbitraire et assez invivable pour les personnages. Je crois que j\u2019avais envie que cela soit tr\u00e8s dur pour obliger \u00e0 une survie tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0 une esp\u00e8ce d\u2019hyper-solidarit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>JT<\/strong> :\u00a0En vous engageant dans cette cr\u00e9ation, aviez-vous un but \u00e0 atteindre, un objectif pr\u00e9cis\u00a0?<\/p>\n<p><strong>JM<\/strong>\u00a0: Ce n\u2019est pas qu\u2019un beau matin je me r\u00e9veille et je me dis que j\u2019ai envie d\u2019\u00e9crire cette pi\u00e8ce. C\u2019est qu\u2019un matin j\u2019arrive \u00e0 \u00e9crire un bout de quelque chose et je me dis que je pourrais tirer ce fil. Et \u00e0 force de tirer des fils et de me poser des probl\u00e8mes, la pi\u00e8ce se cr\u00e9e. Je d\u00e9couvre ce que je veux dire en m\u00eame temps que j\u2019essaie de le dire. Et c\u2019est pareil pour la forme. D\u2019abord, j\u2019\u00e9tais parti dans un d\u00e9lire assez beckettien o\u00f9 des gens se r\u00e9veillaient en orbite dans l\u2019espace et \u00e9taient amn\u00e9siques. Alors, je voulais comprendre pourquoi et comment ils en \u00e9taient arriv\u00e9s l\u00e0. Je me suis dit que, puisque comme tout le monde j\u2019\u00e9tais inquiet, la raison de tout cela \u00e9tait la disparition de notre esp\u00e8ce parce que l\u2019humanit\u00e9 avait pouss\u00e9 trop loin le progr\u00e8s technique sans comprendre le danger environnemental que cela g\u00e9n\u00e9rait. Une fois que j\u2019avais formul\u00e9 cela, je me sentais l\u00e9gitime d\u2019\u00e9voluer avec une grande libert\u00e9 dans cette histoire. Quant \u00e0 l\u2019id\u00e9e du carton trouv\u00e9, elle m\u2019a vraiment lib\u00e9r\u00e9 car elle m\u2019a permis d\u2019avoir un alter ego, le personnage qui a invent\u00e9 le projet dans la pi\u00e8ce. C\u2019est un processus dramaturgique tr\u00e8s pratique car cet alter ego peut penser beaucoup plus loin que moi, \u00eatre un peu malade ou se tromper dans ses raisonnements. Cela me d\u00e9douane en quelque sorte de ne pas \u00eatre sp\u00e9cialiste de ces questions sociopolitiques ou a\u00e9rospatiales.<\/p>\n<p><strong>JT<\/strong> :\u00a0Le spectacle s\u2019ouvre \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un colloque qui pr\u00e9sente les plans d\u2019une exp\u00e9rience de pens\u00e9e qui s\u2019autonomise petit \u00e0 petit, et l\u2019on glisse alors dans l\u2019illusion. Comment avez-vous r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la question de la science-fiction sur la sc\u00e8ne\u00a0?<\/p>\n<p><strong>JM<\/strong>\u00a0: Tout part de la logique de d\u00e9part qui est que tout sort du carton, dans l\u2019histoire de la pi\u00e8ce\u00a0: les dessins, les maquettes, etc. Comme je suis cens\u00e9 avoir tout trouv\u00e9 dans un vieux carton, c\u2019est bien \u00e9vident qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019effet sp\u00e9cial et que le projet, propos\u00e9 dans l\u2019histoire par quelqu\u2019un qui n\u2019est pas du tout sp\u00e9cialiste de l\u2019a\u00e9rospatial, est inachev\u00e9. Par cons\u00e9quent, on allait partir de toute fa\u00e7on sur quelque chose de \u00ab\u00a0bricol\u00e9\u00a0\u00bb. J\u2019ai alors pens\u00e9 \u00e0 l\u2019artiste Christian Bovey. Je lui ai demand\u00e9 de nous proposer des plans et des maquettes, dans lesquels on pourrait peut-\u00eatre se balader avec une cam\u00e9ra, par exemple. Cela s\u2019est fait petit \u00e0 petit et de mani\u00e8re empirique, en testant diff\u00e9rentes choses, quitte \u00e0 provoquer des anachronismes entre la date du carton et les projections sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p><strong>JT<\/strong> :\u00a0Avec ses th\u00e8mes tr\u00e8s s\u00e9rieux, <em>Quitter la Terre<\/em> est une pi\u00e8ce qui est aussi bourr\u00e9e d\u2019ironie, de cynisme, de clins d\u2019\u0153il. Quel statut accordez-vous \u00e0 l\u2019humour dans votre \u0153uvre et comment concevez-vous la place du rire ?<\/p>\n<p><strong>JM<\/strong>\u00a0: L\u2019humour, c\u2019est un parti pris. Pour moi, c\u2019est une esp\u00e8ce de postulat de d\u00e9part. Ce n\u2019est pas que je veuille absolument rire quand je vais au th\u00e9\u00e2tre, mais il est plus facile d\u2019\u00eatre touch\u00e9 quand on rit, je pense. Et l\u2019humour facilite aussi l\u2019acc\u00e8s au contenu. D\u2019ailleurs, l\u2019id\u00e9e d\u2019une forme de colloque m\u2019a permis de faire beaucoup de blagues dans <em>Quitter la Terre<\/em>. Cette forme est tr\u00e8s propice \u00e0 faire des commentaires qui sortent de la narration, qui la commentent, permettent de faire des transitions. Et le colloque permet aussi une chose tr\u00e8s pratique, c\u2019est d\u2019ajouter un niveau. Parce qu\u2019on aurait pu imaginer ce m\u00eame sc\u00e9nario en totale immersion. Mais l\u00e0, je vois trois niveaux d\u2019informations, de probl\u00e8mes et de r\u00e9solutions\u00a0: l\u2019immersion dans la r\u00e9alit\u00e9 du carton et le r\u00e9cit des spationautes, les documents bruts o\u00f9 la personne qui l\u2019a con\u00e7u explique son projet, et les commentaires du colloque. La mise en sc\u00e8ne devait aider \u00e0 cerner \u00e0 chaque fois sur quel plan se situait chaque probl\u00e8me, aider les spectateurs \u00e0 comprendre quel niveau d\u2019information \u00e9tait concern\u00e9 \u00e0 quel moment. Apr\u00e8s, on est arriv\u00e9s \u00e0 jouer avec des inter-niveaux, \u00e0 rendre flou tout cela par moments, ce qui est aussi vecteur d\u2019humour. L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 va assez bien avec l\u2019humour je crois.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>JT<\/strong> :\u00a0Savez-vous quelle sera votre prochaine cr\u00e9ation\u00a0? Est-ce qu\u2019elle continuera la r\u00e9flexion entam\u00e9e avec <em>Quitter la Terre <\/em>?<\/p>\n<p><strong>JM<\/strong>\u00a0: J\u2019aimerais beaucoup faire une fois <em>Rien \u00e9crire<\/em>. Ce serait une cr\u00e9ation collective qui devrait se passer sur un laps de temps assez court, en une seule \u00e9tape, o\u00f9 des gens qui n\u2019ont rien pour \u00e9crire ou enregistrer devraient faire tout un spectacle avec la m\u00e9moire. Tout devrait \u00eatre con\u00e7u par oral et stock\u00e9 dans nos m\u00e9moires. Cela rejoint une donn\u00e9e de <em>Quitter la Terre<\/em> qui est que si l\u2019on veut se raconter une histoire, il faut la r\u00e9\u00e9crire. Sauf qu\u2019ici il faudrait l\u2019\u00e9crire mentalement uniquement. J\u2019aime les situations tr\u00e8s contraignantes, c\u2019est assez plaisant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Josefa Terribilini . <\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12150,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[1],"tags":[158],"class_list":["post-12221","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-entretien","tag-josefa-terribilini"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12221","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12221"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12221\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22770,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12221\/revisions\/22770"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12150"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12221"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12221"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12221"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}