{"id":12216,"date":"2018-01-12T09:21:34","date_gmt":"2018-01-12T08:21:34","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12216"},"modified":"2025-02-14T10:54:18","modified_gmt":"2025-02-14T09:54:18","slug":"survivre-ensemble","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/01\/survivre-ensemble\/","title":{"rendered":"Survivre ensemble"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Pi\u00e8ce de Jo\u00ebl Maillard \/ Compte-rendu par Josefa Terribilini . <\/p><\/div>\n\n<p>Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/josefa-terribilini\/\">Josefa Terribilini<\/a><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/01\/entretien-avec-joel-maillard\/\">Entretien avec Jo\u00ebl Maillard<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/01\/quitter-la-terre-extrait\/\">Extrait du texte de la pi\u00e8ce <em><em>Quitter la Terre<\/em><\/em><\/a><\/li>\n<\/ul>\n<figure id=\"attachment_12150\" aria-describedby=\"caption-attachment-12150\" style=\"width: 227px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-12150\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/12\/JoelMaillard2017-216x200.jpg\" alt=\"\" width=\"227\" height=\"210\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/12\/JoelMaillard2017-216x200.jpg 216w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/12\/JoelMaillard2017-184x170.jpg 184w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/12\/JoelMaillard2017.jpg 470w\" sizes=\"auto, (max-width: 227px) 100vw, 227px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-12150\" class=\"wp-caption-text\">Jo\u00ebl Maillard<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Imaginer des d\u00e9cennies d\u2019humanit\u00e9 avec seulement deux personnages, c\u2019est le principe de la derni\u00e8re pi\u00e8ce de Jo\u00ebl Maillard. Identit\u00e9s brouill\u00e9es, plans d\u2019\u00e9nonciation confondus\u00a0: entre th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde et p\u00e9riple science-fictionnel, <\/em>Quitter la Terre<em> fait se rencontrer, avec inventivit\u00e9, cynisme et une touche d\u2019optimisme, des \u00eatres forc\u00e9s \u00e0 vivre ensemble.<\/em><\/p>\n<p>Pi\u00e8ce d\u2019anticipation, <em>Quitter la Terre<\/em> projette l\u2019histoire d\u00e9mente d\u2019une fraction d\u2019humanit\u00e9 qui, pour mieux sauver sa plan\u00e8te-m\u00e8re, est contrainte de la fuir. Dans des vaisseaux spatiaux en forme d\u2019\u00e9normes cylindres-ananas s\u2019entassent quelques centaines d\u2019\u00eatres humains priv\u00e9s de m\u00e9moire \u00e0 court-terme, avec des lits pour unique confort et pour seule distraction des carnets vierges et des crayons.<\/p>\n<p>Tout commence comme une conf\u00e9rence\u00a0:<\/p>\n<h6>\u00a0 \u00a0 \u00a0\u00ab\u00a0JO\u00cbL\u00a0: Tout d\u2019abord, j\u2019aimerais adresser un grand merci aux organisateurs de ce colloque,<br \/>c\u2019est une tr\u00e8s belle id\u00e9e, et c\u2019est un grand honneur pour nous d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s. Bon voyage<br \/>\u00e0 toutes et \u00e0 tous.\u00a0\u00bb<\/h6>\n<p>Les intervenants, Jo\u00eblle et Jo\u00ebl, r\u00e9troprojecteur \u00e0 l\u2019appui, pr\u00e9sentent un projet document\u00e9 par des documents trouv\u00e9s dans un carton : offrir \u00e0 Ga\u00efa une p\u00e9riode de r\u00e9silience en envoyant une partie de l\u2019humanit\u00e9 dans l\u2019espace, tandis que l\u2019autre est destin\u00e9e \u00e0 mourir. \u00c0 cause d\u2019une \u00e9pid\u00e9mie de st\u00e9rilit\u00e9, semble-t-il ; mais cela, au fond, n\u2019a pas beaucoup d\u2019importance. Ce plan \u00e9cologico-farfelu pose une question simple\u00a0: exp\u00e9di\u00e9s dans une capsule spatiale, comment survivraient des individus condamn\u00e9s \u00e0 vivre ensemble\u00a0?<\/p>\n<p>Le projet est celui d\u2019un concepteur anonyme, inquiet pour sa plan\u00e8te et sp\u00e9cialiste de pas grand-chose. Dans son carton, rien n\u2019est vraiment scientifique, mais tout se tient. Jo\u00ebl et Jo\u00eblle y trouvent des plans, des maquettes, des carnets, surtout, qui racontent la vie \u00e0 bord des vaisseaux\u00a0: le premier r\u00e9veil de ces \u00e9lus en orbite et leur recherche imm\u00e9diate de WC, la\u00a0 premi\u00e8re d\u00e9f\u00e9cation en open-space, la premi\u00e8re fornication collective, la deuxi\u00e8me, la troisi\u00e8me\u2026 Mais qui est cens\u00e9 avoir \u00e9crit ces lignes\u00a0? Ces spationautes d\u2019un genre particulier ont-ils vraiment exist\u00e9, dans cette histoire\u00a0? Comme pour couper court \u00e0 ces questions, Jo\u00eblle s\u2019empare d\u2019une maquette et la d\u00e9crit. Ici, des lits et des oreillers, l\u00e0 une plantation de cucurbitac\u00e9es. Et une trappe pour se d\u00e9barrasser des cadavres. Le cadavre de sa petite amie que Jo\u00ebl a transport\u00e9 sur son dos, raconte-t-il. L\u2019exp\u00e9rience de pens\u00e9e, alors, s\u2019autonomise et la conf\u00e9rence qui servait de cadre \u00e0 la pi\u00e8ce, doucement, s\u2019efface. Tandis que les identit\u00e9s des personnages se m\u00e9langent, que Jo\u00ebl l\u2019intervenant devient Terrien sexag\u00e9naire et que Jo\u00eblle l\u2019intervenante se fait spationaute, fille de spationaute et petite fille de spationaute, on embarque \u00e0 bord du vaisseau et on oublie le concepteur anonyme, ses lettres et son carton\u2026<\/p>\n<h6>\u00a0 \u00a0 \u00a0\u00ab\u00a0JO\u00cbL\u00a0: \u2018Vu l\u2019\u00e9tat de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me plan\u00e9taire, l\u2019urgence est telle que je me r\u00e9sous \u00e0 prendre<br \/>la plume.\u2019<br \/>Par contre c\u2019est pas vrai, c\u2019est pas du tout \u00e9crit \u00e0 la plume.\u00a0\u00bb<\/h6>\n<p>Le style est \u00e0 la fois incisif et nonchalant. Si l\u2019\u00e9tat de cette humanit\u00e9 extra-terrestre est grave et que les situations sont souvent proches du morbide, l\u2019\u00e9criture, elle, ne cesse de faire rire. Par \u00e9clats, par surprise. Petites touches de couleur qui r\u00e9chauffent un canevas glacialement (pseudo)scientifique, jusqu\u2019\u00e0 former un tableau clownesque. Le clown, triste dans ce tableau, aurait les traits de Jo\u00ebl, l\u2019\u00e9tonnant, qui s\u2019amuse \u00e0 nous happer dans la morne description du projet de son concepteur au carton, pour brusquement nous secouer de ses commentaires d\u00e9cal\u00e9s, tant\u00f4t na\u00effs, tant\u00f4t cyniques. Et qui, toujours, font mouche.<\/p>\n<h6>\u00a0 \u00a0 \u00a0\u00ab\u00a0JO\u00cbL\u00a0: On a un peu regard\u00e9, et on a eu quelques id\u00e9es pour une extinction indolore et<br \/>non-violente de l\u2019humanit\u00e9.<br \/>JO\u00cbLLE\u00a0: Mais on a coup\u00e9.\u00a0\u00bb<\/h6>\n<p>Les plans d\u2019\u00e9nonciation se croisent et se chevauchent. Tr\u00e8s souvent, on s\u2019y perd. Qui parle\u00a0? Qui a coup\u00e9 quoi\u00a0? Sont-ce les pr\u00e9sentateurs du colloque, ou les artistes eux-m\u00eames\u00a0? H\u00e9sitations. Auxquelles s\u2019ajoutent, toujours, de nouvelles histoires ouvrant d\u2019autres niveaux possibles. Car les spationautes ne sont pas les seuls \u00e0 peupler ce d\u00e9lire science-fictionnel. Jorge Luis Borges s\u2019invite aussi \u00e0 bord lorsqu\u2019une spationaute plagie de m\u00e9moire l\u2019une de ses nouvelles, <em>Les ruines circulaires<\/em>. Dans les carnets vierges des vaisseaux, en effet, les habitants, rapidement, se mettent \u00e0 \u00e9crire. Des recettes de cuisine et des romans, \u00ab\u00a0l\u2019Encyclop\u00e9die de Tout de dont on Croit se Souvenir\u00a0\u00bb. Petit \u00e0 petit, la communaut\u00e9 se reconstitue une m\u00e9moire et redevient soci\u00e9t\u00e9. D\u00e9nu\u00e9s de connaissances techniques, les spationautes retrouvent leurs marques\u00a0: syst\u00e8me judiciaire, po\u00e9sie, dessins. Danse (souvenir de Pina Bausch)\u00a0: elle se jette dans ses bras, il la laisse tomber et elle aussi, elle se laisse tomber. Elle se rel\u00e8ve. Elle se jette dans ses bras, il la laisse tomber et elle aussi, elle se laisse tomber. Elle se rel\u00e8ve\u2026 Comme un cycle, tout recommence, et en un peu mieux. Alors, ce qui avait d\u00e9but\u00e9 comme un cauchemar beckettien, avec ses \u00eatres semi-amn\u00e9siques enferm\u00e9s sans but et sans identit\u00e9, devient presque un r\u00eave. Et quelques centaines d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s sa propulsion dans l\u2019espace, l\u2019humanit\u00e9 extra-terrestre \u00e0 la solidarit\u00e9 surd\u00e9velopp\u00e9e, revient sur terre.<br \/>Le clown n\u2019\u00e9tait donc pas si triste.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pi\u00e8ce de Jo\u00ebl Maillard \/ Compte-rendu par Josefa Terribilini . <\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12150,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38],"tags":[158],"class_list":["post-12216","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","tag-josefa-terribilini"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12216","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12216"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12216\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22874,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12216\/revisions\/22874"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12150"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12216"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12216"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12216"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}