{"id":12203,"date":"2018-01-12T09:28:48","date_gmt":"2018-01-12T08:28:48","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12203"},"modified":"2025-02-14T10:52:46","modified_gmt":"2025-02-14T09:52:46","slug":"nauseabond-edelweiss","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/01\/nauseabond-edelweiss\/","title":{"rendered":"Naus\u00e9abond Edelweiss"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Pi\u00e8ce de Jos\u00e9 Lillo \/ Compte-rendu par Aur\u00e9lien Maignant . <\/p><\/div>\n\n<p>Par<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/aurelien-maignant\/\"> Aur\u00e9lien Maignant<\/a><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/01\/entretien-avec-jose-lillo\/\">Entretien avec Jos\u00e9 Lillo<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/01\/le-rapport-bergier-extrait\/\">Extrait du texte de la pi\u00e8ce <em><em>Le Rapport Bergier<\/em><\/em><\/a><\/li>\n<\/ul>\n<figure id=\"attachment_12265\" aria-describedby=\"caption-attachment-12265\" style=\"width: 200px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-12265\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/01\/unejose_lillojpds-200x200.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/01\/unejose_lillojpds-200x200.jpg 200w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/01\/unejose_lillojpds-170x170.jpg 170w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2018\/01\/unejose_lillojpds.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-12265\" class=\"wp-caption-text\">Jos\u00e9 Lillo<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Comment la Suisse regarde-t-elle sa propre histoire\u00a0? C\u2019est la question que pose le dramaturge Jos\u00e9 Lillo dans sa derni\u00e8re pi\u00e8ce\u00a0: <\/em>Le Rapport Bergier<em>. R\u00e9f\u00e9rence au rapport historique sur les relations entre la Suisse et le III<\/em><em><sup>e<\/sup><\/em><em> Reich, le texte oscille entre philosophie et provocation dans une longue tribune qui n\u2019a pas peur d\u2019exhumer des fragments douloureux de la m\u00e9moire collective helv\u00e9tique. Que l\u2019on ne s\u2019attende pas ici au bercement de l\u2019immersion fictionnelle, trois voix monologuent et adressent directement \u00e0 leur public les paradoxes de l\u2019humain, du politique et de la libert\u00e9. Non pas un th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 on se sent bien, mais un th\u00e9\u00e2tre qui fait du bien. A conseiller aussi aux adolescents. <\/em><\/p>\n<p>Le texte de Jos\u00e9 Lillo, son premier en tant qu\u2019auteur, s\u2019ouvre sur la question du pays\u00a0: \u00ab\u00a0Est-ce que c\u2019est possible \u00e7a de parler \u00e0 un pays\u00a0\u00bb.\u00a0Parler de la Suisse, parler \u00e0 la Suisse, la pi\u00e8ce ne cache pas ses intentions. Les trois personnages de Lillo &#8211; nomm\u00e9s comme les acteurs Felipe, Maurice et Lola &#8211; sont si abstraits qu\u2019ils n\u2019incarnent pas autre chose que des humains capables de voix. Ils commencent par s\u2019\u00e9tonner que la langue soit si politique, que nommer d\u00e9j\u00e0 les responsables suffise \u00e0 questionner la responsabilit\u00e9. Se souvenir, c\u2019est dire les choses et il est n\u00e9cessaire qu\u2019elles soient dites\u00a0: \u00ab\u00a0nous f\u00fbmes class\u00e9s par les vainqueurs parmi les alli\u00e9s objectifs de l\u2019Allemagne\u00a0\u00bb. L\u2019une des grandes qualit\u00e9s du travail de Lillo est le trafic, presque routier, des voix, des messages et des destinataires qui circulent dans nos m\u00e9moires. On entend les mots de Bergier et du rapport, \u00e9videmment, mais aussi de Pilet-Golaz (acteur majeur de la collaboration), de Kant, de Goebbels, de Struder (pr\u00e9sident de l\u2019UBS) et de Paul Rossy (de la Banque Nationale), de Dante, d\u2019Aznavour et de bien d\u2019autres. Cette m\u00e9moire polyphonique devient un parcours accident\u00e9 \u00e0 travers l\u2019histoire de la Suisse r\u00e9cente, de la collaboration avec le r\u00e9gime nazi \u00e0 la crise migratoire du temps pr\u00e9sent. L\u2019occasion pour l\u2019auteur de d\u00e9noncer la responsabilit\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations successives dans cet \u00e9trange \u00eelot de tranquillit\u00e9 qu\u2019est la Conf\u00e9d\u00e9ration, o\u00f9 le peuple \u00ab\u00a0dort d\u2019un sommeil calme\u00a0\u00bb en regardant \u00ab\u00a0sombrer les barques alentour\u00a0\u00bb. Que veut dire encore la neutralit\u00e9\u00a0? Quelle est, dans la repr\u00e9sentation que les Suisses ont d\u2019eux-m\u00eames, la part d\u2019utopie, la part d\u2019aveuglement volontaire\u00a0? Ne pas choisir, un choix de \u00ab\u00a0l\u00e2ches\u00a0\u00bb\u00a0? Le texte nous confronte au silence qui entoure la collaboration et \u00e0 l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du mot puis y d\u00e9gage la possibilit\u00e9 d\u2019une critique de la modernit\u00e9\u00a0: le pouvoir corrompu par l\u2019argent, la gangr\u00e8ne du discours politique, la x\u00e9nophobie qui hante encore la Suisse.<\/p>\n<p>Le vitriol de Lillo s\u2019attaque \u00e0 l\u2019absurdit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me (politique et \u00e9conomique) qui se pr\u00e9sente illusoirement comme une personne, une personne morale. Qu\u2019est-ce que cela veut dire, les excuses d\u2019un Etat, les choix d\u2019un Pays, le libre-arbitre d\u2019une Nation\u00a0? Dans <em>Le Rapport Bergier<\/em>, \u00e0 longueur de r\u00e9pliques, on s\u2019\u00e9tonne que les structures puissent avoir un visage humain. Comme un vallon nouvellement creus\u00e9 pour mettre en sc\u00e8ne un absurde plus contemporain, Lillo fait de l\u2019\u00e9cart entre la bureaucratie et la vie un espace existentiel fort. Il en r\u00e9sulte un m\u00e9lange d\u2019accusations, de r\u00e9miniscences et de divagations \u201cpo-\u00e9thiques\u201d port\u00e9es par des personnages fant\u00f4mes. La grande histoire se recompose comme les trois protagonistes racontent la somme des histoires individuelles, rapportent les mots des autres\u00a0: les mots des autres, c\u2019est important.<\/p>\n<p>Entre envol\u00e9es baroques et phrases \u00e9pur\u00e9es, le texte \u00e9voque les po\u00e8tes de l\u2019Occupation et de la R\u00e9sistance. Eclat\u00e9 sur la page, le texte respire et se lit en effet comme un po\u00e8me. Les rares interactions entre les personnages, accidentelles ou non, sonnent comme des moments d\u2019humanit\u00e9, et donc de r\u00e9pit. On retrouve aussi dans le go\u00fbt qu\u2019a Lillo pour le d\u00e9tail signifiant et la simplicit\u00e9 du drame quelque chose d\u2019une r\u00e9flexion contemporaine sur le th\u00e9\u00e2tre comme lieu d\u2019histoire \u2013 ou l\u2019inverse. Peut-\u00eatre certains spectateurs ou lecteurs iront-ils jusqu\u2019\u00e0 entendre un \u00e9cho, bien que distant, de tragiques plus anciens, antiques, dans ce \u00ab\u00a0terrible destin des hommes que d\u2019avoir \u00e0 se souvenir de ce qu\u2019ils commettent sans y pouvoir rien changer\u00a0\u00bb ou dans ce portrait de l\u2019humain oscillant entre l\u2019animal \u00e0 peine conscient dirig\u00e9 de l\u2019ext\u00e9rieur et le bastion pourtant irr\u00e9ductible de ses \u00e9motions et de sa conscience.<\/p>\n<p>Car <em>Le Rapport <\/em>dit finalement le paradoxe de la subjectivit\u00e9 et du pot-pourri identitaire qui nous constitue face \u00e0 l\u2019impossible unit\u00e9 des r\u00e9gimes et des pays. L\u2019angoisse est palpable parce que le syst\u00e8me et les objets politiques autour desquels nous nous positionnons sont construits par d\u2019autres subjectivit\u00e9s, par leurs voix qui s\u2019entrem\u00ealent, qui d\u00e9clament des discours \u00ab\u00a0officiels\u00a0\u00bb et qui, finalement, laissent la responsabilit\u00e9 enti\u00e8re de la m\u00e9moire et de la morale au seul langage. C\u2019est tout le talent de Lillo et, aussi, tout l\u2019int\u00e9r\u00eat du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pi\u00e8ce de Jos\u00e9 Lillo \/ Compte-rendu par Aur\u00e9lien Maignant . <\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12265,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38],"tags":[194],"class_list":["post-12203","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","tag-aurelien-maignant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12203","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12203"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12203\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22870,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12203\/revisions\/22870"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12265"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12203"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12203"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12203"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}