{"id":12130,"date":"2018-01-12T09:19:16","date_gmt":"2018-01-12T08:19:16","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12130"},"modified":"2025-02-10T14:51:24","modified_gmt":"2025-02-10T13:51:24","slug":"le-projet-extrait","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/01\/le-projet-extrait\/","title":{"rendered":"Le Projet &#8211; extrait"},"content":{"rendered":"<p>De\u00a0<a href=\"https:\/\/www.ecoledesloisirs.fr\/auteur\/luisa-campanile\">Luisa Campanile<\/a>\u00a0\/ Une pi\u00e8ce cr\u00e9\u00e9e en 2017 au Centre Dramatique National de Poitou-Charentes \/ Extrait \/ <a href=\"https:\/\/www.lecourrier.ch\/152769\/luisa_campanile_le_projet\">Plus d&rsquo;infos<\/a><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/01\/chez-ces-gamins-la\/\">Critique sur <em>Le Projet<\/em><\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/01\/entretien-avec-luisa-campanile\/\">Entretien avec Luisa Campanile<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<div class=\"page\" title=\"Page 1\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p style=\"text-align: center\">4.<\/p>\n<p style=\"text-align: left\">MARIE : Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, nous avons lu quelques po\u00e8tes\u00a0contemporains et nous avons r\u00e9fl\u00e9chi au lieu de la parole.\u00a0Je vous invite \u00e0 avancer dans notre r\u00e9flexion sur la parole comme\u00a0lieu possible aujourd\u2019hui, et le lieu comme possibilit\u00e9 de lien.<br \/>\nALEX : Redites un peu tout \u00e7a.<br \/>\nJENNIFER : Rien capt\u00e9.<br \/>\nMARIE : Ne vous inqui\u00e9tez pas. Entrons dans la mati\u00e8re et\u00a0ce sera plus clair.<br \/>\nCHES : Entrez profond\u00e9ment dans la mati\u00e8re, Madame. Je serai\u00a0sage.<br \/>\n<em>Marie se rapproche de ses \u00e9l\u00e8ves et lit \u00e0 voix haute.<\/em><br \/>\nMARIE : Titre \u2013 Po\u00e8me d\u2019un jour<br \/>\nEux d\u2019un c\u00f4t\u00e9, nous de l\u2019autre<br \/>\nNous marchions dans le village<br \/>\nLa place et le clocher silencieux<br \/>\nLes branches des cerisiers ployaient<br \/>\n? \u00c0 qui sont ces cerises ?<br \/>\n? Pourrons?nous en manger ?<br \/>\nEux d\u2019un c\u00f4t\u00e9, nous de l\u2019autre<br \/>\nNous avons poursuivi notre chemin<br \/>\nL\u2019ombre du jour a aussit\u00f4t gliss\u00e9<br \/>\n<em>Roberta siffle.<\/em><br \/>\nCHES : Vous \u00eates pro comme vous lisez.<br \/>\nJENNIFER : Rien de rien capt\u00e9.<br \/>\nROBERTA : Trop, la vibration qu\u2019elle d\u00e9gage. C\u2019est du show, \u00e7a.\u00a0Dites, vous vous \u00eates pas tromp\u00e9e de m\u00e9tier, vous ? La t\u00e9l\u00e9, c\u2019est\u00a0mieux : il y a plus de gens qui vous regardent et vous devenez\u00a0riche tout de suite.<br \/>\nALEX : Elle a une bonne voix. Son fils \u00e0 elle, il a de la\u00a0chance de l\u2019entendre comme \u00e7a, le soir, en train de bien lire. Moi\u00a0aussi, \u00e7a me plairait. Apr\u00e8s qu\u2019on te parle dessus, toute la journ\u00e9e\u00a0on te remplit la t\u00eate avec \u00e7a et encore \u00e7a, une voix comme \u00e7a qui te\u00a0calme un peu, \u00e7a change, \u00e7a me d\u00e9tend tout.<br \/>\nJENNIFER : Le soir, tu as encore besoin de ton lait chaud, toi.<br \/>\nCHES : Trop mignon, le gamin.<br \/>\nMARIE : Cessez les chamailleries. Ce n\u2019est plus de votre \u00e2ge.<br \/>\nROBERTA :<em> Elle montre Alex.<\/em> C\u2019est lui qui a commenc\u00e9.<br \/>\nJENNIFER : C\u2019est vrai : d\u00e8s qu\u2019il ouvre la bouche, \u00e7a sent\u00a0encore le lait. D\u2019ici quelques minutes, Madame, vous aurez m\u00eame\u00a0droit \u00e0 ses risettes.<br \/>\nMARIE : Jennifer, sortez et faites un fois le tour du parc. Et\u00a0vous revenez. Si vous croisez quelqu\u2019un dans les couloirs, vous\u00a0dites que vous avez mon autorisation.<br \/>\nJENNIFER : Je sors ? Vous \u00eates s\u00e9rieuse ?<br \/>\nMARIE : Oui.<br \/>\nROBERTA : C\u2019est pas juste. Ches et Alex, eux, ils font n\u2019importe\u00a0quoi. Alex vous parle mal, Ches, fait son num\u00e9ro de Kung?fu et de\u00a0sex bomb. Et avec eux, vous \u00eates toute pr\u00eate \u00e0 applaudir. Mais,\u00a0quand c\u2019est une fille qui dit ce qu\u2019elle pense, c\u2019est tout de suite\u00a0dehors.<br \/>\nJENNIFER : <em>Accolade \u00e0 Roberta.<\/em> Toi, t\u2019es quelqu\u2019un de bien.<br \/>\nMARIE : Maintenant, vous pouvez sortir. Jennifer sort. Et\u00a0quand Jennifer revient, Roberta, c\u2019est \u00e0 votre tour, avec la m\u00eame\u00a0consigne. Quelqu\u2019un d\u2019autre pour la promenade ? N\u2019h\u00e9sitez pas, je\u00a0peux rapidement \u00e9tablir l\u2019ordre de passage. Rester assis, je vous\u00a0l\u2019accorde, c\u2019est loin d\u2019\u00eatre dr\u00f4le. Profitez donc de ma proposition.\u00a0Personne ? Dommage.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><em>Le factotum appara\u00eet, enl\u00e8ve la chaise de Jennifer, la rempile, puis\u00a0dispara\u00eet.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center\">5.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><em>Appara\u00eet MCx2 pr\u00e8s de Marie.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left\">MCx2 : Moins Maman?Pilier et plus Maman?Mobile, moins\u00a0Maman?Stress\u00e9e et plus Maman?Souple. Moins et plus \u00e0 la fois,\u00a0une maman qui fera crever de jalousie tous les copains. De temps\u00a0en temps, \u00e7a fait du bien d\u2019en imposer. Mais, attention, Mamantout?\u00a0court, cette fois, tu ne devras plus jamais m\u2019embrasser\u00a0devant les copains, m\u00eame si l\u2019envie te vient tout d\u2019un coup.\u00a0Promis ?<br \/>\nMARIE : Je n\u2019ai pas tout suivi.<br \/>\nMCx 2 : Les c\u00e2lins, c\u2019est fini, j\u2019ai pass\u00e9 l\u2019\u00e2ge.<br \/>\nMARIE : Oui, oui, j\u2019ai compris cette fois et promis, je n\u2019oublie pas.\u00a0C\u2019est tout ce que tu voulais me dire ?<br \/>\n<em>Silence.<\/em><br \/>\nJe suis fatigu\u00e9e, je ne vois plus clair, \u00e7a doit \u00eatre le manque de\u00a0lumi\u00e8re.<br \/>\nMCx2 : Pose tes valises et prends vite tes jambes \u00e0 ton cou.<br \/>\nMARIE : Il est l\u00e0, Paul ?<br \/>\nMCx2 : Il est sorti faire ses trente?trois minutes de cardio.<br \/>\n<em>Au public.<\/em> Paul?papa, vous devez savoir que c\u2019est un papa pas\u00a0m\u00e9chant. Juste un peu trop souvent \u00e0 la maison, \u00e9tendu sur le\u00a0canap\u00e9, les yeux comme quand on fait un voyage intersid\u00e9ral. \u00c0\u00a0part ce petit truc?l\u00e0 un peu sp\u00e9cial, il ne fait pas de mal \u00e0 une\u00a0mouche. Nous, on vit en ville, de toute fa\u00e7on, il n\u2019y en a pas.<br \/>\nMARIE : Tu lui dis d\u00e8s que tu le vois que je suis tr\u00e8s remont\u00e9e\u00a0contre lui.<br \/>\nMCx2 : Tu sais pour l\u2019\u00e9cole, j\u2019ai un chiffre : on est 35 % \u00e0\u00a0vouloir quitter. Tu vois, je ne suis pas le seul. Je te donne les autres\u00a0chiffres \u00e0 ton retour \u00e0 la maison. J\u2019ai appris plein de choses\u00a0int\u00e9ressantes, je suis tr\u00e8s content. Maman?Pilier, je t\u2019aime, je\u00a0t\u2019aime d\u00e9j\u00e0 comme \u00e7a. Et puis, tant pis si tu n\u2019es pas encore\u00a0Maman?Souple. C\u2019est pour plus tard, quand j\u2019aurai mang\u00e9 toute\u00a0ma soupe, et que j\u2019aurai aussi enlev\u00e9 le \u00ab L \u00bb blanc sur fond bleu \u00e0\u00a0l\u2019arri\u00e8re de la voiture.<br \/>\nAh, revoil\u00e0 Paul?Papa. Il souffle fort.<br \/>\n<em>Paul appara\u00eet tout pr\u00e8s de MCx2. Il est habill\u00e9 comme MCx2.<br \/>\n<\/em>MARIE : Tu travailles dur ?<br \/>\nPAUL : Un peu.<br \/>\nMARIE : Tu pourais me demander comment \u00e7a va ? Si je survis ?<br \/>\nPAUL : Comment \u00e7a va ? Tu survis ?<br \/>\nMARIE : Je ne suis pas encore morte.<br \/>\nPAUL : Tu es tr\u00e8s f\u00e2ch\u00e9e.<br \/>\nMARIE : Je ne peux rien te cacher, n\u2019est?ce pas ?<br \/>\nPAUL : Rien de neuf.<br \/>\nMARIE : Tu ne m\u2019as appel\u00e9 pour me demander mon avis.<br \/>\nPAUL : Quand tu travailles, je n\u2019appelle pas.<br \/>\n<em>Silence.<\/em><br \/>\nOn se voit ce soir, de toute fa\u00e7on.<br \/>\nMARIE : Je pourrais aussi ne pas rentrer.<br \/>\nPAUL : Tu dis n\u2019importe quoi.<br \/>\nMARIE : Je me sens trahie.<br \/>\nMCx2 : Non, c\u2019est trop. Trahie ?<br \/>\nMARIE : MCx2, repasse?moi ton p\u00e8re.<br \/>\nPAUL : Tu as quelque chose \u00e0 me dire?<br \/>\nMARIE : C\u2019est sans importance.<br \/>\nPAUL : C\u2019est quoi le probl\u00e8me maintenant ?<br \/>\nMARIE : MonCoeurx2 fait ce qu\u2019il veut et toi, tu le regardes faire\u00a0du fond de ton canap\u00e9. On va o\u00f9 comme \u00e7a ?<br \/>\nMCx2 : C\u2019est plut\u00f4t sympa qu\u2019on me laisse faire. Moi, j\u2019aime\u00a0cette vision \u00ab d\u00e9tendue \u00bb de l\u2019\u00e9ducation. Maman?Pilier, rassure?toi,\u00a0j\u2019ai appliqu\u00e9 au pied de la lettre le r\u00e8glement en cas d\u2019absence. Je\u00a0te communiquerai les d\u00e9tails, ce soir, noir sur blanc, tu vas y voir\u00a0clair.<br \/>\n<em>Au public<\/em>. \u00c0 vous adultes pr\u00e9sents, aux r\u00f4les et fonctions vari\u00e9s, \u00e0\u00a0vous, parents, enseignants, soignants du corps, soignants de l\u2019\u00e2me,\u00a0juges, \u00e9galement, je vous pr\u00e9senterai avec plaisir mon projet\u00a0d\u2019absence \u00e0 long terme. Les lignes de force sont coh\u00e9rentes,\u00a0convaincantes et compl\u00e8tement dingues.<br \/>\nMARIE : MCx2, repasse?moi ton p\u00e8re. Ce n\u2019est pas \u00e0 toi que je\u00a0veux parler.<br \/>\nMCx2 : Moi, aussi, \u00e7a tombe bien. \u00c0 Paul. Elle a de l\u2019acidit\u00e9 qui\u00a0monte, elle ne va pas bien. Promis que tu ne le prends pas sur toi ?<br \/>\nMARIE : Encore moi.<br \/>\nPAUL : Tu rentres vers quelle heure ce soir ?<br \/>\nMARIE : Je n\u2019ai pas termin\u00e9. Je voulais te dire que pour venir\u00a0jusqu\u2019\u00e0 mon travail, je fais face \u00e0 des \u00e9preuves. Quand je travaille,\u00a0je fais face \u00e0 d\u2019autres \u00e9preuves. Pour rentrer chez nous, je fais\u00a0encore face \u00e0 des \u00e9preuves. Tu trouves \u00e7a normal, toi ? Et pour\u00a0conclure, quand je ne suis pas \u00e0 la maison, le bateau prend l\u2019eau.<br \/>\nPAUL : Ton concept de charge mentale, je le connais.<br \/>\nMARIE : Entre?temps, qu\u2019est?ce que tu fais, toi ? Tu peux me le\u00a0dire ?<br \/>\nPAUL : Je contemple.<br \/>\n<em>Silence.<\/em><br \/>\nTu veux me dire autre chose ?<br \/>\n<em>Silence.<\/em><br \/>\nMCx2 : Le traffic, la pollution, les psychopathes, je vois. Toute\u00a0cette masse de n\u00e9gativit\u00e9 peut cr\u00e9er des phobies, beaucoup de\u00a0phobies, et on se retrouve \u00e0 avoir peur de tout. PAN? Phobie. <em>Au\u00a0public.<\/em> Vous avez eu peur ?<br \/>\nMARIE : MCx2, ton p\u00e8re, illico.<br \/>\nMCx 2 : Oui, Maman?Capitaine. Sur?le?champ. Honneur \u00e0 Paul?Papa.<br \/>\nPAUL : Cette communication me bouffe. Je sais ce que tu vas me\u00a0reprocher. J\u2019ai encore une conscience malgr\u00e9 tout ce que tu peux\u00a0bien penser : oui, j\u2019avoue, je n\u2019ai pas assez insist\u00e9 aupr\u00e8s de MCx2\u00a0pour qu\u2019il aille \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Mea culpa, voil\u00e0, c\u2019est bon ? Non. Non, je\u00a0ne choisis pas sciemment la facilit\u00e9. Est?ce que pour cet \u00e9pisode\u00a0unique, tu me pr\u00e9pares une soir\u00e9e d\u2019enfer? Sa lettre avec ta\u00a0signature, j\u2019en sais trop rien. Vous \u00eates p\u00e9nibles tous les deux.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><em>MCx 2 et Paul disparaissent.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center\">6.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><em>Jennifer revient. Le factotum la suit. Roberta se l\u00e8ve et donne une\u00a0accolade \u00e0 Jennifer.<\/em><\/p>\n<p>ROBERTA \u00e0 Jennifer : \u00c7a va ?<br \/>\nMARIE : Roberta, je vous en prie, c\u2019est votre tour.<br \/>\n<em>Roberta se l\u00e8ve.<br \/>\n<\/em>ROBERTA : Non, pas question, je reste ici.<br \/>\n<em>Silence.<br \/>\n<\/em><em>Le factotum prend la chaise de Roberta et va l\u2019empiler.<br \/>\n<\/em>J\u2019ai pas mes papiers en ordre, vous me sortez pas d\u2019ici. Si je me\u00a0balade dix minutes dehors et pas de chance, y a un contr\u00f4le, c\u2019est\u00a0le renvoi assur\u00e9, moi, ma famille. Et vous, \u00e7a va vous laisser mal\u00a0des mois et des mois.<br \/>\n<em>Face au public.<\/em> <em>Le factotum s\u2019assied dans le public.<\/em> Je sais, \u00e7a casse\u00a0l\u2019ambiance, je voulais pas parler de ma situation. \u00c7a cr\u00e9e du\u00a0malaise de parler vrai. Maintenant, vous savez.<br \/>\n<em>Silence.<br \/>\n<\/em>Moi, je dis que chacun a qu\u2019\u00e0 se d\u00e9brouiller avec le malaise. Moi, \u00e7a\u00a0fait depuis l\u2019\u00e2ge de sept ans que j\u2019y suis tous les jours \u00e0 fond\u00a0dedans. \u00c7a fait dix ans que je fr\u00f4le les murs et \u00e7a m\u2019a pas\u00a0emp\u00each\u00e9e de tracer ma vie. Si quelqu\u2019un veut que \u00e7a s\u2019arr\u00eate, qu\u2019il\u00a0veut aller me d\u00e9noncer, il peut se lever. C\u2019est maintenant qu\u2019il faut\u00a0le faire. Et y a pas besoin d\u2019explication.<br \/>\n<em>Silence.<br \/>\n<\/em><em>Marie vient rechercher Roberta.<br \/>\n<\/em>MARIE : Tu ne les connais pas, tu ne sais pas comment ils\u00a0peuvent r\u00e9agir. Tu ne trouves pas qu\u2019on est mieux entre nous ?\u00a0Tous ensemble, on va continuer.<br \/>\nALEX : \u00c0 jouer.<br \/>\nCHES : On veut jouer. Jouer, oui, jouer.<br \/>\nJENNIFER : Oui, jouons encore.<br \/>\n<em>Alex monte sur une chaise.<\/em><br \/>\n<em>Aux \u00e9l\u00e8ves et au public.<\/em><br \/>\nALEX : Choisissons tous ensemble un jeu qui nous pla\u00eet bien :\u00a0Call of duty, Assassin\u2019s creed, Gran Turismo. Ce sont des jeux\u00a0vid\u00e9os, bien s\u00fbr, mais avec un peu d\u2019imagination, on se raconte les\u00a0actions et on fait, nous, les mouvement. Compris ?<br \/>\n<em>Silence.<\/em><br \/>\nOh, I see. Not much fun ? Ok, ok, let\u2019s go with another idea, yes. On\u00a0se fait tous ensemble une soir\u00e9e jeu. Le samedi soir, je travaille \u00e0\u00a0Espace Game. Je vous invite. Le jeu qui fait trembler tout le monde\u00a0en ce moment, c\u2019est le jeu de la mafia. Pardon, petit d\u00e9tail : je peux\u00a0pas vous inviter tous. Je peux inviter qu\u2019une personne. Les autres,\u00a0je vais voir comment on peut s\u2019arranger entre nous. Je vais d\u00e9j\u00e0\u00a0choisir l\u2019invit\u00e9e, comme \u00e7a c\u2019est fait. Vous, par exemple \u2013 il d\u00e9signe\u00a0quelqu\u2019un dans le public ? \u00e7a vous plairait bien que je vous invite ?<br \/>\nMARIE : Moi ?<br \/>\nALEX : Pas vous. Vous \u00eates trop has been. Et vous faites trop\u00a0prof. Oui, j\u2019ai choisi, vous. Vous voulez pas ? Pourquoi ? Vous avez\u00a0peur de moi ? Bon, dommage. Qui, alors ?<br \/>\nBEATA : Moi.<br \/>\n<em>Elle monte aussi sur une chaise.<br \/>\n<\/em>CHES : Tu es s\u00fbre, Beata ?<br \/>\nJENNIFER : Alex, il peut faire peur.<br \/>\nALEX : Oui, et dans les jeux, je dois faire peur. Mais, je sais\u00a0avoir des limites. Je fais peur, but not too much.<br \/>\nMARIE : Vous pouvez descendre de votre chaise, Beata.<br \/>\n<em>Le factotum s\u2019approche de Beata.<\/em><br \/>\nC\u2019est pr\u00e9f\u00e9rable que soyez assise.<br \/>\nROBERTA : Beata, descends de ton cube. Y a pas de\u00a0projecteurs, pas de poursuite. Tes grands yeux de gazelle captent\u00a0rien, ma parole. Ici, y a rien, rien de rien pour faire un show qui les\u00a0flambe tous.<br \/>\nCHES : Oh les jambes, les jambes, tenez?moi, s\u2019il vous\u00a0pla\u00eet. Ah, Madame, comment dit?on, quand la jambe, elle est\u00a0comme \u00e7a ? Il dessine la ligne des jambes de Beata.<br \/>\nMARIE : Galb\u00e9e.<br \/>\n<em>Silence.<br \/>\n<\/em>Excusez?moi.<br \/>\nJENNIFER : Vous auriez pas d\u00fb dire. C\u2019est pas dans votre\u00a0programme.<br \/>\nALEX : O\u00f9 est le probl\u00e8me ?<br \/>\nCHES : Cela restera entre nous.<br \/>\nROBERTA : Ce d\u00e9rapage, \u00e7a peut aller loin. Vous avez de la\u00a0chance de nous avoir, parce qu\u2019on sait se taire.<br \/>\nJENNIFER<em> \u00e0 Ches<\/em>: Petit po\u00e8me d\u2019amour et jambes galb\u00e9es. Tu vois\u00a0o\u00f9 elle en est l\u2019autre, la pauvre ? Tout \u00e7a, \u00e0 cause de tes envies de\u00a0d\u00e9guelasse de frustr\u00e9.<br \/>\n<em>Ches hurle \u00e0 la lune.<br \/>\n<\/em>MARIE : Du calme.<br \/>\nBEATA : Silence, s\u2019il vous pla\u00eet. Je veux dire quelque chose.<br \/>\nCHES : Cause avant que je t\u2019attrape.<br \/>\nBEATA : <em>O captain ! My captain !<br \/>\nOur fearful trip is done.<\/em><br \/>\nCHES : \u00c7a en jette. Tout le monde, il l\u2019a l\u00e0, Beata. <em>Il montre\u00a0les dents.<\/em> Tu es g\u00e9nial.<br \/>\n<em>Silence.<br \/>\n<\/em>Je peux pas bouffer du po\u00e8te, \u00e7a se fait pas de mettre la main sur\u00a0une esp\u00e8re rare.<br \/>\nMARIE : Beata, vous connaissez le po\u00e8me de Walt\u00a0Whitmann ?<br \/>\nBEATA : Je ne connais que ces deux vers. Pas plus. C\u2019est fini,\u00a0merci.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><em>Elle redescend de sa chaise. Applaudissements de la part des autres\u00a0\u00e9l\u00e8ves, le factotum aussi.<\/em><\/p>\n<p>MARIE : Notre effroyable voyage n\u2019est pas termin\u00e9.\u00a0J\u2019aimerais revenir au po\u00e8me intitul\u00e9 \u00ab Po\u00e8me d\u2019un jour \u00bb. Difficile\u00a0apr\u00e8s votre succ\u00e8s, Beata.<br \/>\n<em>Silence.<\/em><br \/>\nJe me sens parfois pitoyable.<br \/>\n<em>Silence.<\/em><br \/>\nPersonne ne peut manger les cerises dans le jardin.<br \/>\n<em>Silence.<\/em><br \/>\n\u00c7a n\u2019est pas grave. Oui, \u00e7a arrive, \u00e7a doit \u00eatre \u00e7a.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">7.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><em>Elle est sur son balcon, se penche \u00e0 l\u2019avant de devanture.<\/em><\/p>\n<p>MARIE : On va finir par d\u00e9m\u00e9nager. Le seul qui semble bien, ici,\u00a0c\u2019est MonCoeux2. Ces arbres sous les yeux, tout ce d\u00e9gagement,\u00a0c\u2019est un luxe. Notre voisin, chaque fois qu\u2019il vient prendre le caf\u00e9,\u00a0dit que c\u2019est le m\u00eame vert que la for\u00eat br\u00e9silienne. Ce vert, c\u2019est\u00a0vrai qu\u2019il est dense, c\u2019est une chance de l\u2019avoir sous les yeux, une\u00a0chance, oui, puisqu\u2019on nous le dit. Nous ne sommes jamais all\u00e9s au\u00a0Br\u00e9sil. Pour le moment, nous ne pouvons pas trop y penser.<br \/>\nUne maison \u00e0 la campagne nous permettrait d\u2019\u00eatre plus calmes,\u00a0plus confiants. Il faudrait choisir une maison d\u2019\u00e9poque, quand on\u00a0construisait encore sur de beaux terrains. Mais \u00e0 la campagne, il y\u00a0a, pendant la semaine, le bruit des tracteurs et, le dimanche, le\u00a0bruit des karts. Quand ils embraient avec leur gros jouet, les\u00a0vaches, les pauvres, bloquent leur respiration. Tu imagines les\u00a0d\u00e9g\u00e2ts sur nous, Paul ? Tu ne r\u00e9ponds pas.<br \/>\n<em>Silence.<\/em><br \/>\nPaul, pourquoi as?tu arr\u00eat\u00e9 de douter ? Je te dis \u00e7a, parce que\u00a0depuis que tu as arr\u00eat\u00e9 de fumer, tu ne te poses plus de questions\u00a0et tu me laisses seule sur le balcon, avec le r\u00e9cit de ma journ\u00e9e et\u00a0tout cet espace, tout ce vert, devant moi. Tu ne penses pas que \u00e7a\u00a0fait trop ? <em>Silence.<br \/>\n<\/em>Il faudrait que tu reprennes \u00e0 fumer. Moi, je n\u2019ai jamais fum\u00e9, c\u2019est\u00a0diff\u00e9rent. Au moins autrefois, m\u00eame si j\u2019\u00e9tais trop dans tes volutes\u00a0bleues, grises, et malodorantes, je me sentais exister.\u00a0Paul, arr\u00eate ce bruit., tu peux laisser tremper les assiettes, je m\u2019en\u00a0occupe demain. Ce soir, les assiettes qui s\u2019entrechoquent, je ne\u00a0peux pas. Tu ne veux pas que l\u2019on sorte se promener, juste toi et\u00a0moi ?<br \/>\n<em>Silence.<\/em><br \/>\nNon, tu as raison, moi aussi, je ne suis pas convaincue.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">8.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><em>\u00c0 nouveau l\u2019espace o\u00f9 ont lieu les cours.\u00a0<\/em><br \/>\n<em>Jennifer est sur les genoux de Ches.\u00a0<\/em><br \/>\n<em>Marie regarde ses papiers.<\/em><br \/>\n<em>Le factotum r\u00e8gle quelque chose. Il y a pendant un bref instant\u00a0l\u00e9g\u00e8rement plus de lumi\u00e8re. Puis, noir complet. Le factotum installe\u00a0alors rapidement des bougies \u00e9lectriques.<\/em><br \/>\n<em>Marie fait signe \u00e0 Jennifer de se d\u00e9coller de Ches.<\/em><br \/>\n<em>Roberta fait signe \u00e0 Jennifer qui se l\u00e8ve alors et partage la chaise\u00a0avec Roberta.<\/em><br \/>\n<em>Marie relit rapidement \u00e0 haute voix \u00ab Po\u00e8me d\u2019un jour \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>MARIE : Attelons?nous directement \u00e0 l\u2019analyse s\u00e9mantique.<br \/>\n<em>Silence.<\/em><br \/>\nVous connaissez ce po\u00e8me.<br \/>\nALEX : On l\u2019a entendu m\u00eame deux fois. Et vous voulez quoi de\u00a0nous maintenant ?<br \/>\nMARIE : Que nous transmet donc ce po\u00e8me ? Que veut?il bien\u00a0nous dire ? Je vous demande de me raconter ce qu\u2019il raconte. Elle\u00a0reprend avec conviction : \u00ab Eux d\u2019un c\u00f4t\u00e9 \u00bb<br \/>\nALEX : \u00ab Nous de l\u2019autre \u00bb. Vous voulez qu\u2019on dise quelque\u00a0chose l\u00e0?dessus ?<br \/>\nGLORIA : Alex, arr\u00eate de causer tout le temps.<br \/>\nJENNIFER : Sur la place de ce village, il y en a qui marchent \u00e0\u00a0droite, il y a les autres qui marchent \u00e0 gauche. \u00c7a, au moins \u00e7a se\u00a0comprend.<br \/>\nMARIE : Oui. Ensuite ?<br \/>\nROBERTA : Ceux qui marchent \u00e0 droite sont du village, et les\u00a0autres, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, \u00e0 gauche, sont des \u00e9trangers.<br \/>\nMARIE : C\u2019est une interpr\u00e9tation possible.<br \/>\nGLORIA : Tous ceux qui traversent le village se sentent tellement\u00a0\u00e9trangers qu\u2019ils osent pas prendre les cerises. C\u2019est dommage\u00a0parce qu\u2019aucun des deux groupes appelle le propri\u00e9taire.\u00a0Quelqu\u2019un au moins aurait pu lui dire qu\u2019une cerise, pour lui, c\u2019est\u00a0pas beaucoup, que ce serait sympa d\u2019y go\u00fbter, juste une.<br \/>\nALEX : Attendez. Moi, j\u2019ai compris une chose : le propri\u00e9taire,\u00a0il a vu que des gens traversent le village, alors il s\u2019est cach\u00e9,\u00a0comme \u00e7a, on lui demande rien. Pas b\u00eate, le gars, hein ?<br \/>\nGLORIA : Y a le mur qui s\u00e9pare le jardin de la rue.<br \/>\nALEX : Y a pas \u00e7a dans le po\u00e8me. Pas vrai, Madame ?<br \/>\nMARIE : Cette information, de fait, n\u2019y figure pas, c\u2019est juste.\u00a0Toutefois, nous pouvons imaginer qu\u2019il peut bien y avoir un mur\u00a0qui s\u00e9pare le jardin et la rue.<br \/>\nROBERTA : Quand on veut personne dans son jardin, on met des\u00a0thuyas. Ou m\u00eame, on construit un mur tout autour du jardin, un\u00a0mur assez haut, comme \u00e7a, tout le monde qui passe devant\u00a0d\u00e9range pas et peut quand m\u00eam admirer la maison.<br \/>\nCHES : Il est triste votre po\u00e8me, Madame.<br \/>\nGLORIA : Madame, le propri\u00e9taire derri\u00e8re son mur, il a peut?\u00eatre\u00a0mis un arbre faux, avec des cerises fausses aussi.<br \/>\nMARIE : Je n\u2019y avais pas pens\u00e9.<br \/>\nGLORIA : Les nains de jardin, vous voyez ? C\u2019est la m\u00eame chose.<br \/>\nMARIE : Le propri\u00e9taire a cr\u00e9\u00e9 une illusion d\u2019optique ?<br \/>\nGLORIA : Non, je dis que les cerises sont en pl\u00e2tre.<br \/>\nMARIE : Ah. Cela devient tr\u00e8s \u00e9trange, certes. Passons \u00e0 l\u2019analyse\u00a0de la forme pour nous mettre en qu\u00eate du sens.<br \/>\nALEX : Madame, dites, on peut \u00eatre \u00e0 ce point fou pour enlever\u00a0les vraies cerises et les remplacer par des cerises en pl\u00e2tre ?<br \/>\nGLORIA et les autres \u00e9l\u00e8ves : Oui. Bien s\u00fbr. Des psychopathes, y a\u00a0en beaucoup et l\u00e0 dedans elle\u00a0d\u00e9signe la t\u00eate \u00e7a\u00a0y va fort. T\u2019as\u00a0qu\u2019\u00e0 regarder ce qui se passe dans la vie.<br \/>\n<em>Silence.<br \/>\n<\/em>ALEX : Moi, je veux pas apprendre un truc \u00e0 vous donner de\u00a0dr\u00f4les d\u2019id\u00e9es.<br \/>\nMARIE : Une fois que la lumi\u00e8re sera faite sur le sens de ce\u00a0po\u00e8me, il y a aura moins d\u2019interpr\u00e9tations, moins d\u2019\u00e9motions\u00a0projet\u00e9es.<br \/>\nJENNIFER : Madame, le propri\u00e9taire d\u2019ici, o\u00f9 on est tous\u00a0maintenant, est?ce que vous le connaissez ?<br \/>\nMARIE : Oui. C\u2019est l\u2019\u00c9tat.\u00a0S\u2019il vous pla\u00eet, je souhaite terminer mon analyse. Continuons, je\u00a0vous en prie.<br \/>\nJENNIFER : C\u2019est qui l\u2019\u00c9tat ?<br \/>\nMARIE : L\u2019\u00c9tat , c\u2019est l\u2019\u00c9tat.<br \/>\nROBERTA : Facile comme r\u00e9ponse. Donnez?nous des noms.<br \/>\nCHES : Des noms, comme \u00e7a on peut chercher les visages qui\u00a0vont avec.<br \/>\nMARIE : Vous ferez vos recherches sur Internet tout \u00e0 l\u2019heure, en\u00a0dehors d\u2019ici.<br \/>\nJENNIFER : Vous ne connaissez pas ceux qui vous paient ?<br \/>\nMARIE : Oui et non.<br \/>\nALEX : Vous les connaissez et vous voulez les prot\u00e9ger.<br \/>\nROBERTA<em> \u00e0 ses camarades<\/em> : Elle commence par mentir un peu,\u00a0mais pas trop.<br \/>\nALEX : L\u2019\u00c9tat, c\u2019est vous aussi ?<br \/>\nMARIE : D\u00e9cid\u00e9ment, ce po\u00e8me ouvre bien des questions. Alors,\u00a0oui, pour \u00eatre tr\u00e8s br\u00e8ve, l\u2019\u00c9tat, c\u2019est moi et c\u2019est vous aussi.<br \/>\nROBERTA : Alors, ici, c\u2019est \u00e0 nous.<br \/>\nMARIE : Oui, parce que nous faisons partie de l\u2019\u00c9tat et non aussi,\u00a0parce que nous ne sommes pas propri\u00e9taires directs de ce lieu.<br \/>\nJENNIFER: Encore avec \u00abOuietnon \u00bb.<br \/>\nALEX : \u00c7a sent mauvais.<br \/>\nCHES : \u00c7a sent le mensonge.<br \/>\nROBERTA :Le gros mensonge.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><em>Le factotum appara\u00eet avec des fils pour \u00e9tendre du linge. Il les\u00a0<\/em><em>installe \u00e0 travers l\u2019espace.<\/em><\/p>\n<p>ALEX : Et lui, Madame, vous pouvez nous dire s\u2019il appartient\u00a0aussi \u00e0 l\u2019 l\u2019\u00c9tat?<br \/>\nGLORIA : \u00c7a serait gentil de dire qui il est.<br \/>\n<em>Silence.<\/em><br \/>\nMARIE : Oui, bien s\u00fbr. Il travaille pour l\u2019\u00c9tat.<br \/>\nALEX : On appartient tous \u00e0 l\u2019 l\u2019\u00c9tat ?<br \/>\nROBERTA : \u00c7a va pas le faire.<br \/>\nGLORIA : Y a quelque chose de pas logique que lui et nous, on se\u00a0retrouve du m\u00eame c\u00f4t\u00e9.<br \/>\nMARIE : Oui, du m\u00eame c\u00f4t\u00e9, il travaille pour l\u2019\u00c9tat. Du moins,\u00a0j\u2019imagine.<br \/>\nJENNIFER : Tous du m\u00eame c\u00f4t\u00e9.<br \/>\nROBERTA : De plus en plus gros, le mensonge.<br \/>\nCHES : Si c\u2019est comme vous dites, il devrait au moins nous dire\u00a0une fois bonjour et une fois merde.<br \/>\nALEX : Madame, qu\u2019il y a quelque chose qui ne colle pas. Parce\u00a0que si on est du m\u00eame c\u00f4t\u00e9, tous r\u00e9unis dans le m\u00eame ensemble,\u00a0tous ensemble dans le m\u00eame \u00c9tat, comme vous le dites, d\u2019abord,\u00a0on nous laisserait pas parterre et vous, on vous laisserait pas tout\u00a0ce temps?l\u00e0 l\u00e0 debout sur deux pattes. Vous voyez ce que je veux\u00a0dire ?<br \/>\nMARIE : Personne ne vous laisse parterre. Vous \u00eates assis sur le\u00a0sol comme vous pouvez \u00eatre debout dans les transports publics\u00a0quand ils sont bond\u00e9s. Cessez de faire des interpr\u00e9tations qui vous\u00a0\u00e9garent et qui vous emp\u00eachent de mettre votre \u00e9nergie dans vos\u00a0apprentissages.<br \/>\nROBERTA : Et vous, vous arr\u00eatez de jouer avec les mots et avec\u00a0nous.<br \/>\nJENNIFER : Non mais, Madame, je suis qui moi pour qu\u2019on me\u00a0traite comme on me traite depuis le d\u00e9but ? Et \u00e7a commence \u00e0\u00a0faire long.<br \/>\nCHES : On veut nous jeter.<br \/>\nALEX : Madame, \u00e7a vous d\u00e9range pas trop d\u2019enseigner \u00e0 des\u00a0gens comme nous ?<br \/>\nMARIE : Comme vous ?<br \/>\nCHES : Enseigner \u00e0 des gens qui sont l\u00e0 pour \u00eatre jet\u00e9s ?<br \/>\nMARIE : O\u00f9 est?ce que vous allez chercher de pareilles id\u00e9es ?<br \/>\nALEX : Ici.<br \/>\n<em>Silence.<br \/>\n<\/em>\u00c7a vous d\u00e9range un peu quand m\u00eame? Vous pouvez le dire.<br \/>\nMARIE : Non, absolument pas. \u00c7a m\u2019arrive plus souvent que\u00a0vous vouelez le croire de me lever le matin et d\u2019avoir envie de\u00a0venir ici, de vous retrouver tous pour vous lire des choses qui me\u00a0parlent, que j\u2019estime heureux de vous donner.<br \/>\n<em>Silence.<br \/>\n<\/em>C\u2019est pour \u00e7a que vous voulez me faire un proc\u00e8s?<br \/>\nBEATA : Pour moi, c\u2019est difficile de venir ici, tellement difficile que\u00a0parfois mon petit?d\u00e9jeuner y passe. Vous, \u00e7a ne vous arrive\u00a0jamais ? Sinc\u00e8rement, entre nous soit dit ?<br \/>\nMARIA : Non, jamais.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><em>Le factotum pousse la chaise de Beata ou Ches ou Alex. Il arrive \u00e0\u00a0enlever une chaise.<\/em><\/p>\n<p>CHES : Regardez comment on est. Le plus cruel, Madame c\u2019est que\u00a0l\u2019on nous jette, lentement, lentement et s\u00fbrement. Pour marquer\u00a0la fin du parcours, dans la d\u00e9chetterie, des gens, qu\u2019on a jamais\u00a0vus, ces gens ont plac\u00e9 au terminus une belle femme, <em>il la montre\u00a0de sa main<\/em>, \u00e0 qui tant de fois moi, par exemple, j\u2019aurais eu l\u2019envie\u00a0de faire l\u2019amour. Mais, bon, \u00e7a, \u00e7a se dit pas. On peut pas ici parler\u00a0de \u00e7a. C\u2019est pas dans le programme et on sait pas pourquoi. Bon, je\u00a0mets de c\u00f4t\u00e9 mes envies, \u00e7a c\u2019est pas facile du tout, alors, cette\u00a0belle femme, elle est toujours pr\u00e9sente, avec la pluie, avec le\u00a0soleil, la bonne, la mauvaise lune, avec nos humeurs, souvent\u00a0massacrantes. Et cette femme, bien devant nous, nous tient la\u00a0main jusqu\u2019au dernier moment. Et puis, tout d\u2019un coup, parce que\u00a0le temps passe et y en a tout plein d\u2019autres comme nous derri\u00e8re,\u00a0il faut bien.<br \/>\n<em>Il fait un signe comme si l\u2019on l\u00e2che quelqu\u2019un qui tombe, fait une\u00a0grimace de d\u00e9sarroi, puis un signe d\u2019aurevoir. Et une grimace\u00a0d\u2019horreur.<\/em><br \/>\nBEATA : Non, c\u2019est trop horrible. <em>Elle se cache le visage.<br \/>\n<\/em>JENNIFER : Oui, c\u2019est exactement \u00e7a.<br \/>\nROBERTA : Ches, \u00e7a fait du bien ce que tu dis.<br \/>\nJENNIFER : Quel courage.<br \/>\nBEATA : Non, ce n\u2019est pas comme \u00e7a. <em>Elle sanglote<\/em>. Tu joues\u00a0avec nos peurs \u00e0 tous.<br \/>\nALEX : Un m\u00e2le Alpha qui r\u00e9fl\u00e9chit, c\u2019est le signe que\u00a0quelque chose doit changer.<br \/>\nMARIE : Ches, qui t&rsquo;es?vous pour nous parler ainsi ?<br \/>\n<em>Silence.<\/em><br \/>\nCHES : Un \u00eatre humain. Madame.<br \/>\n<em>Silence.<\/em><br \/>\nQui mange, qui pisse, qui va crever un jour. Comme vous. Mais, l\u00e0,\u00a0maintenant, cet \u00eatre humain veut vivre.<br \/>\n<em>Silence.<\/em><br \/>\nEt vous, Madame, au fond, vous \u00eates qui ? On ne vous conna\u00eet pas,\u00a0pas vrai?<br \/>\nMARIE : Un bouc avant le sacrifice. <em>Elle hurle<\/em> \u00ab B\u00ea, b\u00ea \u00bb.<br \/>\nBEATA, ALEX : Eh, Madame. Arr\u00eatez.<br \/>\nJENNIFER : Oh, la pauvre.<br \/>\n<em>Marie continue \u00e0 b\u00ealer.<\/em><br \/>\nROBERTA : La honte.<br \/>\nJENNIFER : J\u2019esp\u00e8re qu\u2019elle va pas se zigouiller devant nous.<br \/>\n<em>Marie continue \u00e0 b\u00ealer.<\/em><br \/>\nBEATA : C\u2019\u2019est vraiment horrible tout \u00e7a.<br \/>\n<em>Marie s\u2019arr\u00eate subitement.<\/em><br \/>\n<em>Silence.<\/em><br \/>\nMARIE : Ah, \u00e7a va tout de suite mieux.<\/p>\n[&#8230;]\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De\u00a0Luisa Campanile\u00a0\/ Une pi\u00e8ce cr\u00e9\u00e9e en 2017 au Centre Dramatique National de Poitou-Charentes \/ Extrait \/ Plus d&rsquo;infos Critique sur Le Projet Entretien avec Luisa Campanile 4. 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