{"id":12128,"date":"2018-01-12T09:13:52","date_gmt":"2018-01-12T08:13:52","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12128"},"modified":"2025-02-10T14:47:30","modified_gmt":"2025-02-10T13:47:30","slug":"barometre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/01\/barometre\/","title":{"rendered":"Barom\u00e8tre"},"content":{"rendered":"<p>De <a href=\"https:\/\/www.compagnietecem.com\/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=148&amp;Itemid=210\">Mali Van Valenberg<\/a>\u00a0\/ Une pi\u00e8ce cr\u00e9\u00e9e en 2017 dans le cadre d&rsquo;une r\u00e9sidence artistique \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Mal\u00e9voz\u00a0\/ Texte int\u00e9gral \/ <a href=\"https:\/\/www.lecourrier.ch\/152694\/mali_van_valenberg_barometre\">Plus d&rsquo;infos<\/a><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/01\/il-te-va-bien-mon-sourire\/\">Critique sur<em> Barom\u00e8tre<\/em><\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2018\/01\/entretien-avec-mali-van-valenberg\/\">Entretien avec Mali Van Valenberg<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: center\"><em><br \/>\nElle. A l&rsquo;\u00e9troit dans son jeans, debout dans ses baskets. Une canette \u00e0 la main, un sac, une chemise et rien d&rsquo;autre sur le dos. Elle, parmi les visiteurs, les visit\u00e9s, les blouses, les pyjamas, les robes \u00e0 fleurs. Au milieu des parasols et des chaises en plastique, du blanc malade et des couleurs qui se la p\u00e8tent, elle me rep\u00e8re. A l&rsquo;\u00e9troit dans mon jeans, debout dans mes baskets.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em> <strong>ELLE<\/strong><\/p>\n<p>Failli ne pas te reconna\u00eetre, tu te rends compte? Faire semblant de ne pas te reconna\u00eetre, passer tout droit et t&rsquo;\u00e9viter, filer en douce incognito. Un instant j&rsquo;ai failli parce que j&rsquo;ai eu piti\u00e9. Oui, de toi un instant et la piti\u00e9, tu comprends, c&rsquo;est r\u00e9pugnant, alors je voulais t&rsquo;\u00e9viter, t&rsquo;\u00e9pargner. Mais c&rsquo;est pass\u00e9 vitesse \u00e9clair, tu as l&rsquo;air paum\u00e9 et je trouve \u00e7a plut\u00f4t attendrissant maintenant. On peut s&rsquo;asseoir maintenant. Je t&rsquo;en prie, assieds-toi, moi je m&rsquo;assieds, tu vois? Je m&rsquo;assieds, je me mets \u00e0 l&rsquo;aise, mets-toi \u00e0 l&rsquo;aise, je t&rsquo;en prie. J&rsquo;ai soif, tu en veux? De l&rsquo;eau qui fait pschitt. C&rsquo;est l\u00e9ger, \u00e7a p\u00e9tille, tu devrais essayer. Te d\u00e9tendre un peu. Bois de l&rsquo;air, des bulles, respire! On est \u00e0 l&rsquo;abri ici, il fait beau, tu peux sourire, il te va bien mon sourire! Il fait beau, on se sourit, on se regarde. Et on cherche, mine de rien on cherche, quelque chose, un indice, une paire de mains moites, une paupi\u00e8re qui palpite, une rougeur qui fait t\u00e2che, quelque chose, un indice. Tu cherches, n&rsquo;est-ce pas? Qu&rsquo;est-ce que tu vois? Tu ne vois rien? Un millier d&rsquo;aiguilles, autant de petits trous et rien? Cette femme est translucide, on voit ses os ses poumons son cerveau et tu ne trouves rien? Suffit d&rsquo;un rien parfois tu sais. Un rien suffit et \u00e7a tu sais, tu connais, on conna\u00eet, toi et moi on se reconna\u00eet, n&rsquo;est-ce pas? Dans ce rien. Dans ce grain. Une poussi\u00e8re, une \u00e9toile, une mol\u00e9cule qui se fait la malle. Une peau de banane. Un pneu d\u00e9gonfl\u00e9. Un robinet rouill\u00e9 et \u00e7a fuit, de partout, tu perds tes eaux, te voil\u00e0 incontinente, le septi\u00e8me continent qui ne sait plus sur quelle mer se poser. On va trouver, pas si grave, faut se d\u00e9tendre, il fait beau. \u00c7a ne durera pas. Regarde! Un nuage, il arrive, \u00e7a arrive, \u00e7a arrive, \u00e7a arrive \u00e0 tous, \u00e7a peut arriver, \u00e0 tous, de d\u00e9river. D\u00e9caler. D\u00e9caler, c&rsquo;est \u00e7a. Tu te sens d\u00e9cal\u00e9e? D\u00e9cal\u00e9e par rapport \u00e0 quoi? A toi? A moi? Aux pyjamas aux robes \u00e0 fleurs aux blouses? Tu as un barom\u00e8tre pour calculer \u00e7a? Dans quelle mer tu le plonges, ton barom\u00e8tre? \u00c7a m&rsquo;int\u00e9resse. De savoir \u00e0 peu pr\u00e8s o\u00f9 j&rsquo;en suis o\u00f9 tu en es, parce qu&rsquo;il y a un d\u00e9calage, c&rsquo;est \u00e9vident. Tout ce blanc entre nous, \u00e7a d\u00e9cale, forc\u00e9ment. M\u00eame si j&rsquo;essaie de nous convaincre, de me convaincre, que ce n&rsquo;est rien, que \u00e7a arrive, \u00e7a peut arriver, \u00e0 tous, de se retrouver l\u00e0, nuag\u00e9e, naufrag\u00e9e, m\u00eame si je sais que dans le fond, m\u00eame dans le fond, toi et moi on se reconna\u00eet, m\u00eame si j&rsquo;essaie, m\u00eame si je sais, il y a quelque chose qui grince, qui n&rsquo;est pas d&rsquo;accord, quelque chose qui fait qu&rsquo;on n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait tout \u00e0 fait \u00e0 l&rsquo;aise, ni toi, ni moi, ici, et \u00e7a se voit. \u00c7a s&rsquo;entend. C&rsquo;est bruyant, \u00e7a transpire. \u00c7a d\u00e9gouline. \u00c7a d\u00e9teint sur tes joues j&rsquo;en ai plein les mains, regarde! C&rsquo;est d\u00e9gueulasse. Tu pourrais faire attention, il faut faire attention. Faire semblant. On pourrait faire semblant, il fait beau! Et je suis coinc\u00e9e dans mes baskets entre deux nuages. D\u00e9gueulasse. Quasi rien sur la peau et pourtant on est lourd ici, n&rsquo;est-ce pas? Il nous faut de l&rsquo;air, des bulles. Trois francs cinquante la canette c&rsquo;est cher mais \u00e7a fait pschitt, c&rsquo;est l\u00e9ger, \u00e7a p\u00e9tille, on ach\u00e8te? Respire. Respire, claque des doigts, fais quelque chose, imagine. On est en Californie \u00e0 Kho Phi Phi au Guatemala du sable jusqu&rsquo;au cou et la t\u00eate hors de l&rsquo;eau. On y va? Tu veux? Au caf\u00e9 de la Gare, y en a toujours un quelque part. On se retrouve comme l&rsquo;autre jour et on se dit \u00e7a y est cette fois on est dehors. Mais on est d\u00e9j\u00e0 dehors, regarde! Le ciel, le soleil, les arbres, les oiseaux, la poussi\u00e8re, les fleurs, le sable, les parasols, la mer, tout \u00e7a. Regarde, il suffit de quelques pas, quelques m\u00e8tres et on sort! On sort du cadre. On se d\u00e9cadre. On jette le barom\u00e8tre. On veut? On n&rsquo;a pas le droit, tu sais bien, c&rsquo;est interdit, on ne peut pas, et puis on ne veut pas en sortir de l\u00e0. On est \u00e0 l&rsquo;abri ici. Prot\u00e9g\u00e9e surveill\u00e9e. On est mal \u00e0 l&rsquo;aise mais \u00e0 l&rsquo;abri. Ici. N&rsquo;est-ce pas? N&rsquo;est-ce pas? Mais imaginons, on peut toujours imaginer, \u00e7a oui on a le droit, alors claque des doigts, on est \u00e0 Bora Bora du sable dans la t\u00eate au caf\u00e9 de la Gare, on commande un Perrier, un Perrier s&rsquo;il vous pla\u00eet! On serait mieux, plus \u00e0 l&rsquo;aise, ce serait plus conforme, plus confort \u00e0 la terrasse de ce caf\u00e9 plut\u00f4t que dans cette situation, l\u00e0. Pourtant ce serait le m\u00eame soleil, les m\u00eames bulles, on serait les m\u00eames toi et moi \u00e0 la terrasse de ce caf\u00e9, et je trimbalerais avec moi le m\u00eame sac, et dans le sac: porte-monnaie t\u00e9l\u00e9phone stylo-bille pastilles bonbons tic-tacs quelques tocs cigarettes allumettes tout ce qui gratte qui br\u00fble qui bave ecz\u00e9ma et cetera. Toi, peut-\u00eatre un petit bout de ton pass\u00e9 mal dig\u00e9r\u00e9, que tu ressasses&#8230; Non! Je t&rsquo;arr\u00eate tout de suite, on n&rsquo;en parle pas, on garde \u00e7a pour soi, on ne veut rien savoir, on n&rsquo;a pas envie, pas le temps de tout d\u00e9baller, alors tu ranges, tu ravales. On est venue toi et moi pour se d\u00e9tendre. Pour boire un Perrier l\u00e9ger l\u00e9ger. C&rsquo;est tout. Tout. Mais tout est contenu dans ce petit bout, petit bout qu&rsquo;on n&rsquo;arrive plus \u00e0 planquer, petit bout de rien du tout qui d\u00e9passe de ta chemise, qui colle \u00e0 mes baskets, une \u00e9tiquette qui d\u00e9cale, qui effraie. \u00c7a m&rsquo;effraie, oui. J&rsquo;ai la frousse. Faut la planquer aussi cette frousse, parce que c&rsquo;est contagieux, regarde les chiens ils aboient. Un chien aboie quand il a peur, et l&rsquo;autre r\u00e9pond, et tout le monde se met \u00e0 aboyer, et tout le monde se met \u00e0 avoir peur, je ne veux pas que tu aies peur, tu n&rsquo;as pas peur, n&rsquo;est-ce pas? De moi, je veux dire, tu n&rsquo;as pas peur? Je comprendrais tu sais, parfois aussi j&rsquo;ai peur de moi, mais il ne faut pas, il ne faut pas. Je t&rsquo;ai fait peur? Je te fais peur? Je suis d\u00e9sol\u00e9e de t&rsquo;avoir effray\u00e9e comme \u00e7a. Maintenant tu ressens ce que je ressens quand je te regarde et que j&rsquo;ai peur. Peur de toi, peur de moi, peur de moi dans tes yeux \u00e0 toi. Qu&rsquo;on soit ici ou ailleurs \u00e7a change tout mais \u00e7a ne change rien, tu me regardes encore comme si tu cherchais quelque chose. Quelque chose de toi dans mes yeux \u00e0 moi. Si tu trouves quelque chose, d\u00e9p\u00eache-toi, prends-le, c&rsquo;est le moment, le dernier moment, je compte jusqu&rsquo;\u00e0 cinq, \u00e0 cinq c&rsquo;est termin\u00e9. Cinq, quatre, trois, deux, un, pschitt! Tu peux t&rsquo;en aller maintenant.<\/p>\n<p>Va-t-en.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Mali Van Valenberg\u00a0\/ Une pi\u00e8ce cr\u00e9\u00e9e en 2017 dans le cadre d&rsquo;une r\u00e9sidence artistique \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Mal\u00e9voz\u00a0\/ Texte int\u00e9gral \/ Plus d&rsquo;infos Critique sur Barom\u00e8tre Entretien avec &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12157,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[38],"tags":[],"class_list":["post-12128","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-spectacle"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12128","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12128"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12128\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22779,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12128\/revisions\/22779"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12157"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12128"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12128"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12128"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}