{"id":12091,"date":"2017-11-22T14:46:55","date_gmt":"2017-11-22T13:46:55","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=12091"},"modified":"2025-02-09T17:52:00","modified_gmt":"2025-02-09T16:52:00","slug":"bienvenue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2017\/11\/bienvenue\/","title":{"rendered":"Bienvenue"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bienvenue<\/h2>\n\n\n<p>Cr\u00e9ation, chor\u00e9graphie et interpr\u00e9tation d\u2019Eug\u00e9nie Rebetez \/ Mise en sc\u00e8ne de Martin Zimmerman \/ Th\u00e9\u00e2tre La Grange de Dorigny \/ du 17 au 25 novembre 2017 \/ Critique par Roberta Alberico.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le mouvement perp\u00e9tuel<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>22 novembre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/roberta-alberico\/\">Roberta Alberico<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/9054161.image_-1024x683.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12081\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/9054161.image_-1024x683.jpeg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/9054161.image_-250x167.jpeg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/9054161.image_-300x200.jpeg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/9054161.image_-768x512.jpeg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/9054161.image_-624x416.jpeg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/9054161.image_.jpeg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Augustin Rebetez<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Eug\u00e9nie Rebetez pose une nouvelle fois ses valises \u00e0 la Grange de Dorigny avec sa nouvelle cr\u00e9ation,&nbsp;<\/em>Bienvenue<em>. De la danse, du chant, de la pantomime, des instruments&nbsp;: elle a plus d\u2019une corde \u00e0 son arc. Seule sur sc\u00e8ne, l\u2019artiste propose une s\u00e9rie de tableaux visant \u00e0 explorer le soi dans son rapport au monde et \u00e0 l\u2019espace.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Eug\u00e9nie Rebetez, artiste prometteuse de la sc\u00e8ne romande, en est \u00e0 son troisi\u00e8me spectacle solo. N\u00e9e en 1984 dans le Jura suisse, elle a derri\u00e8re elle une longue formation de danse contemporaine. Dans sa premi\u00e8re cr\u00e9ation,&nbsp;<em>Gina&nbsp;<\/em>(2010) elle se pr\u00e9sente comme la \u00ab&nbsp;queen of the flesh&nbsp;\u00bb ou la \u00ab&nbsp;fat swiss diva&nbsp;\u00bb&nbsp;; son second spectacle,&nbsp;<em>Encore&nbsp;<\/em>(2013), reprenait le slogan. La cr\u00e9ation qu\u2019elle pr\u00e9sente cette saison,&nbsp;<em>Bienvenue,&nbsp;<\/em>s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 d\u2019une \u0153uvre atypique, d\u00e9complex\u00e9e et pleine d\u2019humour. Car loin de s\u2019arr\u00eater \u00e0 son personnage clownesque, l\u2019artiste est aussi une performeuse au style affirm\u00e9 qui affiche une ma\u00eetrise \u00e9l\u00e9gante des formes, qu\u2019elles soient po\u00e9tiques ou corporelles.<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;<\/em>Comme dans ses deux pr\u00e9c\u00e9dentes cr\u00e9ations, Eug\u00e9nie Rebetez, seule sur sc\u00e8ne, incarne un personnage en perp\u00e9tuelle transformation physique et psychique, emport\u00e9 dans une odyss\u00e9e mutationnelle qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 jouer, tour \u00e0 tour, une femme de m\u00e9nage, une jurassienne \u00e9puis\u00e9e par ses enfants, ou une am\u00e9ricaine aux accents de starlette t\u00e9l\u00e9visuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle se compose d\u2019une s\u00e9rie de sayn\u00e8tes dont les transitions sont assur\u00e9es par des moments de danse, des d\u00e9sarticulations ou des convulsions, comme si la femme que nous regardons avalait une potion de m\u00e9tamorphose afin de passer d\u2019un corps \u00e0 l\u2019autre. La continuit\u00e9 du r\u00e9cit \u00ab&nbsp;sous-jacent&nbsp;\u00bb, quant \u00e0 elle, semble plus obscure&nbsp;: &nbsp;l\u2019artiste parcourt-elle les changements d\u2019univers sociaux \u00e0 travers lesquels il nous faut voyager dans le quotidien&nbsp;? Est-ce une r\u00e9miniscence fragmentaire inspir\u00e9e de sa propre vie, comme pourrait l\u2019indiquer l\u2019incarnation, temporaire, de sa m\u00e8re ?<\/p>\n\n\n\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, Eug\u00e9nie Rebetez choisit de se mettre en sc\u00e8ne \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019une statue vivante et surexpressive et nous fait vivre ou revivre toute une palette d\u2019\u00e9tats d\u2019\u00e2me : la tristesse, l\u2019hypocrisie, la rage, la psychose sociale et bien d\u2019autres. Le talent de la danseuse, c\u2019est la pluralit\u00e9 des destins \u00e9ph\u00e9m\u00e8res qu\u2019elle donne \u00e0 son corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Le corps, selon Rebetez, c\u2019est aussi ce qui se d\u00e9coupe sur le d\u00e9cor, car, sur la sc\u00e8ne de&nbsp;<em>Bienvenue&nbsp;<\/em>(bienvenue dans quoi&nbsp;? dans son univers, sans doute) l\u2019actrice et les accessoires orbitent autour d\u2019une \u00e9trange palissade de fen\u00eatres et de portes rose pastel assembl\u00e9e de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9voluer elle aussi au rythme du spectacle. Des volets s\u2019ouvrent, des murs s\u2019effondrent, des rideaux apparaissent, des ouvertures qui laissent entrevoir le visage, les jambes ou les bras du personnage. On reconna\u00eet la patte du co-metteur en sc\u00e8ne Martin Zimmermann dans cette utilisation presque illusionniste du d\u00e9cor. Le corps r\u00e9agit, en permanence, \u00e0 tout ce qui le touche. Et ce parti pris maximaliste assum\u00e9 rend le personnage clownesque.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce corps tout puissant organise l\u2019espace sc\u00e9nique, il en est le centre n\u00e9vralgique. Rebetez se roule sur le sol, se cogne dans les murs, s\u2019enfonce dans d\u2019immenses oreillers collants, se remplit de coussins d\u2019allaitement, se m\u00e9lange, se d\u00e9compose, s\u2019\u00e9tale, se raffermit, se mod\u00e8le dans un mouvement qui semble d\u00e9cid\u00e9ment impossible \u00e0 arr\u00eater. L\u2019artiste excelle \u00e0 faire ressentir \u00e0 ses spectateurs un panel de sensations physiques, nous ramenant par l\u00e0 un peu \u00e0 notre propre mat\u00e9rialit\u00e9. Le geste est d\u2019ailleurs aussi sonore que visuel, car la composition audio est tr\u00e8s travaill\u00e9e, notamment le mixage de bruits corporels (craquements de doigt, rots, borborygmes) qui accompagne certaines sayn\u00e8tes, les entourant ainsi de leur intimit\u00e9 un peu glauque.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le corps, dans&nbsp;<em>Bienvenue,&nbsp;<\/em>n\u2019est pas une fin en soi&nbsp;; c\u2019est aussi le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une humanit\u00e9 multiple que Rebetez observe et dont elle se moque avec bienveillance. Il porte la voix d\u2019un nuancier de tous les corps de la soci\u00e9t\u00e9 moderne&nbsp;: le corps heureux, asservi, \u00e9puis\u00e9, sexualis\u00e9, bless\u00e9, revendicateur, \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ce corps-personnage se montre aussi dans ses espaces d\u2019intimit\u00e9. Rebetez aime donner \u00e0 voir les moments de solitude, questionner le mouvement hors du regard des autres. Ainsi, une femme de m\u00e9nage ouvre le spectacle en r\u00e9curant la sc\u00e8ne. C\u2019est un dimanche, les locaux sont vides et elle est seule&nbsp;: il faut que la sc\u00e8ne soit propre et rang\u00e9e pour y accueillir l\u2019explosion qui arrive. Avec son portable, elle lance&nbsp;<em>Shine bright like a diamond&nbsp;<\/em>de Rihanna, l\u2019un des morceaux les plus populaires du moment. Elle se met \u00e0 danser avec fr\u00e9n\u00e9sie, v\u00eatue de son habit de travail et de ses gants en caoutchouc jaunes, elle se prend pour une femme fatale. Expression, ext\u00e9riorisation : la serpill\u00e8re devient un micro (\u00e9videmment) et la femme de m\u00e9nage, avec son accent jurassien trrrr\u00e8s prrrononc\u00e9 s\u2019exprime avec son corps jusqu\u2019\u00e0 toucher du doigt une forme de b\u00e9atitude d\u00e9mente. Le spectacle s\u2019ouvre donc sous le signe de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, presque de la com\u00e9die romantique. La sc\u00e8ne du \u00ab&nbsp;je me prend pour une star et j\u2019en deviens burlesque&nbsp;\u00bb, popularis\u00e9e par Hollywood, combien de fois l\u2019avons-nous vue ? Eug\u00e9nie Rebetez reprend en charge quelques clich\u00e9s de la culture hollywoodienne avec son corps atypique.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque le corps n\u2019est pas seul, il est psychotique, comme bipolaire. En soci\u00e9t\u00e9, l\u2019am\u00e9ricaine n\u2019en finit plus avec les compliments et les formules de politesses qu\u2019elle ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter. Le corps devient dysfonctionnel et ray\u00e9. Il veut se montrer beau, mais les pressions ext\u00e9rieures lui font finalement perdre le contr\u00f4le. Un spectacle qui se construit donc autour de petits probl\u00e8mes humains et d\u2019une auto-contemplation et qui, pour cette raison m\u00eame, pourra aussi bien \u00e9merveiller par la puissance des \u00e9motions incarn\u00e9es que laisser les spectateurs sur leur faim de sens.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>22 novembre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/roberta-alberico\/\">Roberta Alberico<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/grangededorigny\/event\/bienvenue\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9ation, chor\u00e9graphie et interpr\u00e9tation d\u2019Eug\u00e9nie Rebetez \/ Mise en sc\u00e8ne de Martin Zimmerman \/ Th\u00e9\u00e2tre La Grange de Dorigny \/ du 17 au 25 novembre 2017 \/ Critique par Roberta Alberico.<\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12081,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[190],"class_list":["post-12091","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-roberta-alberico"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12091","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12091"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12091\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20746,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12091\/revisions\/20746"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12081"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12091"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12091"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12091"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}