{"id":11988,"date":"2017-11-06T10:54:05","date_gmt":"2017-11-06T09:54:05","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=11988"},"modified":"2025-02-09T17:53:57","modified_gmt":"2025-02-09T16:53:57","slug":"la-recherche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2017\/11\/la-recherche\/","title":{"rendered":"La Recherche"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La Recherche<\/h2>\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s<em> A la recherche du temps perdu<\/em> de Marcel Proust \/ Cr\u00e9ation et mise en sc\u00e8ne de Yves-No\u00ebl Genod \/ L\u2019Arsenic \/ du 1er au 5 novembre 2017 \/ Critiques par Ivan Garcia et Thomas Flahaut.\u00a0<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Fum\u00e9e blanche et masse noire<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>5 novembre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/aux-bouffes-du-nord-yves-noel-genod-se-confond-avec-marcel-proustM424614-683x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11984\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/aux-bouffes-du-nord-yves-noel-genod-se-confond-avec-marcel-proustM424614-683x1024.jpg 683w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/aux-bouffes-du-nord-yves-noel-genod-se-confond-avec-marcel-proustM424614-113x170.jpg 113w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/aux-bouffes-du-nord-yves-noel-genod-se-confond-avec-marcel-proustM424614-133x200.jpg 133w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/aux-bouffes-du-nord-yves-noel-genod-se-confond-avec-marcel-proustM424614-768x1152.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/aux-bouffes-du-nord-yves-noel-genod-se-confond-avec-marcel-proustM424614-624x936.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/aux-bouffes-du-nord-yves-noel-genod-se-confond-avec-marcel-proustM424614.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Christine Monlezun<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Elabor\u00e9e \u00e0 partir du mat\u00e9riau proustien, la performance d\u2019Yves-No\u00ebl Genod d\u00e9montre que ce\u00a0classique de la litt\u00e9rature peut \u00eatre autant lu que v\u00e9cu. Par une mise en sc\u00e8ne sensorielle, le com\u00e9dien nous fait \u00e9prouver \u00ab\u00a0la marche du temps\u00a0\u00bb et am\u00e8ne le spectateur \u00e0 se questionner sur l\u2019exp\u00e9rience m\u00e9talitt\u00e9raire qu\u2019est\u00a0<\/em>La Recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>En cette froide soir\u00e9e d\u2019automne, dans la chambre noire de l\u2019Arsenic, une lecture se pr\u00e9pare. C\u2019est dans l\u2019obscurit\u00e9, avec quelques applaudissements fictifs, que d\u00e9bute la repr\u00e9sentation. Sur le plateau, personne\u2026 Un canap\u00e9 vert, une lampe et un lutrin occupent le grand espace. Puis entre Yves-No\u00ebl Genod, style androgyne, tout en rouge, long manteau de fourrure, qui va chercher sa tablette plac\u00e9e sur le lutrin et commence \u00e0 lire des extraits choisis de&nbsp;<em>La Recherche<\/em>. Et avec la formule&nbsp;: \u00ab&nbsp;j\u2019esp\u00e8re que le temps pass\u00e9 ensemble ne sera pas du&nbsp;<em>temps perdu<\/em>&nbsp;\u00bb, notre exploration peut d\u00e9buter.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fois long r\u00e9cit et interrogation sur les conditions de possibilit\u00e9 du \u00ab&nbsp;devenir \u00e9crivain&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>La Recherche<\/em>&nbsp;de Proust est ici reprise par le com\u00e9dien pour interroger notre rapport \u00e0 la temporalit\u00e9&nbsp;: le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent, l\u2019ailleurs et l\u2019ici. Dans cette performance, Yves-No\u00ebl Genod oscille entre admiration pour le texte original et commentaires comiques sur celui-ci. Au premier abord, on est surpris&nbsp;: une lecture d\u2019un classique au th\u00e9\u00e2tre&nbsp;?&nbsp;<em>La Recherche<\/em>&nbsp;serait-elle une \u0153uvre \u00e0 entendre plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 lire? Proust \u00e9tant un \u00e9crivain de la phrase longue, la lecture de ses textes est parfois lourde et ardue, ce qui d\u00e9courage plus d\u2019un lecteur potentiel de s\u2019aventurer en ces terres hostiles. Mais lire un texte (pour autrui), c\u2019est \u00e9galement lui insuffler une nouvelle vie, une tournure propre. Cette lecture de Proust \u00e0 travers la voix d\u2019autrui permet aux spectateurs d\u2019appr\u00e9cier le texte, \u00e0 petites doses, sans \u00ab&nbsp;trouver le temps long&nbsp;\u00bb. Pour le performeur, le temps est compos\u00e9 de fragments qui ne sont pas forc\u00e9ment continus ou lin\u00e9aires et qui, illustrant des moments quotidiens, permettent aux amateurs et aux n\u00e9ophytes de se laisser guider dans cette aventure par la voix du com\u00e9dien.<\/p>\n\n\n\n<p>Parler de l\u2019auteur de&nbsp;<em>La Recherche<\/em>, c\u2019est aussi parler des autres auteurs qui l\u2019ont influenc\u00e9 dans son activit\u00e9 d\u2019\u00e9crivain. Yves-No\u00ebl Genod fait de sa performance une fresque o\u00f9 Racine, Baudelaire, Chateaubriand et bien d\u2019autres s\u2019invitent pour y c\u00f4toyer la figure de Proust. Ce dernier, leitmotiv de la repr\u00e9sentation, est souvent amen\u00e9 \u00e0 dialoguer avec la figure de Marguerite Duras. Pourtant, tout semble opposer Proust et Duras&nbsp;: le verbe, le style, les th\u00e8mes\u2026 sont-ils r\u00e9ellement si diff\u00e9rents&nbsp;? Dans sa mise en sc\u00e8ne, le com\u00e9dien d\u00e9voile les points de convergence entre ces figures bien connues de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, non seulement dans leurs questionnements, mais \u00e9galement au sein de leurs \u0153uvres, \u00e0 travers lesquelles les lecteurs peuvent reconna\u00eetre les influences des uns sur les autres. On se souvient de cette fameuse querelle entre Proust et Sainte-Beuve sur le statut de l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire et son rapport avec l\u2019\u00e9crivain. Pour le premier, le \u00ab&nbsp;moi social&nbsp;\u00bb n\u2019est pas le m\u00eame que le \u00ab&nbsp;moi-\u00e9crivain&nbsp;\u00bb. C\u2019est cette derni\u00e8re instance, la plus intime au sein de l\u2019\u00eatre, qui est mise en r\u00e9sonance dans la performance avec d\u2019autres conceptions tr\u00e8s similaires de l\u2019\u00e9criture. Pour Yves-No\u00ebl Genod, cette part intime obscure et profond\u00e9ment enfouie en nous est celle dont parle Baudelaire lorsqu\u2019il r\u00e9dige \u00ab&nbsp;les t\u00e9n\u00e8bres&nbsp;\u00bb. Puis, tandis que le performeur convoque \u00e0 nouveau Duras, la repr\u00e9sentation op\u00e8re un rapprochement entre elle et Proust, entre ce qu\u2019elle appelait \u00ab&nbsp;la masse noire de l\u2019\u00e9criture&nbsp;\u00bb &nbsp;et le moi cr\u00e9ateur proustien.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette exploration, le spectateur appr\u00e9ciera particuli\u00e8rement la sc\u00e9nographie des diff\u00e9rents jeux de lumi\u00e8re. Occult\u00e9 derri\u00e8re le canap\u00e9, un tuyau gris commence petit \u00e0 petit \u00e0 envelopper la salle dans une \u00e9paisse fum\u00e9e blanche. Une fois dans le brouillard, les projecteurs bleus viendront \u00e9clairer cette \u00e9trange brume, conf\u00e9rant ainsi une atmosph\u00e8re fantomatique \u00e0 la repr\u00e9sentation, dont la vision n\u2019est pas sans rappeler&nbsp;<em>Le voyageur contemplant une mer de nuages<\/em>&nbsp;de Caspar David Friedrich. Face \u00e0 ce plateau envahi par la blanche fum\u00e9e, le spectateur se laissera entra\u00eener par le texte dans une l\u00e9g\u00e8re r\u00eaverie.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec&nbsp;<em>La Recherche<\/em>, Yves-No\u00ebl Genod rend un hommage \u00e0 Marcel Proust et \u00e0 sa conception de l\u2019\u0153uvre artistique. Loin de ne proposer qu\u2019une simple lecture du texte original, la performance du com\u00e9dien d\u00e9montre qu\u2019un texte n\u2019est pas seulement lu mais v\u00e9cu. Cette exp\u00e9rience du v\u00e9cu est notamment mise en avant par la sc\u00e9nographie, qui interroge les spectateurs sur cette masse noire de laquelle se d\u00e9gagent les \u0153uvres importantes.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>5 novembre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Marcel la nuit<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>5 novembre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thomas-flahaut\/\">Thomas Flahaut<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"290\" height=\"434\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/Sans-titre.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-12029\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/Sans-titre.png 290w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/Sans-titre-114x170.png 114w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/11\/Sans-titre-134x200.png 134w\" sizes=\"auto, (max-width: 290px) 100vw, 290px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Christine Monlezun<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;On peut conna\u00eetre l\u2019\u0153uvre de Proust de trois mani\u00e8res : la conna\u00eetre tr\u00e8s bien, un peu, ou pas du tout.&nbsp;\u00bb D\u00e9clare Yves-No\u00ebl Genod, chevelure blonde, silhouette longiligne et noueuse d\u2019un Iggy Pop perch\u00e9 sur les talons hauts de bottines argent\u00e9es, seul au milieu de l\u2019obscurit\u00e9 de la sc\u00e8ne dans un improbable costume de satin rouge. \u00ab&nbsp;Moi, je suis dans ces trois cas&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Adapter les trois mille pages de&nbsp;<em>La<\/em>&nbsp;<em>Recherche du temps perdu&nbsp;<\/em>au th\u00e9\u00e2tre peut sembler, \u00e0 juste titre, une gageure. Mais&nbsp;<em>La Recherche<\/em>&nbsp;ne dure que deux heures. Ce solo ne pr\u00e9tend pas faire tenir toute une \u0153uvre dans ces quelques dizaines de minutes et ces quelques dizaines de m\u00e8tres carr\u00e9s de sc\u00e8ne, mais offrir une lecture en partage. On pourrait craindre d\u2019\u00eatre submerg\u00e9 par la masse de textes, de paroles, de personnages, d\u2019\u00eatre noy\u00e9 dans le flux de la phrase proustienne. On se tromperait.&nbsp;<em>La Recherche<\/em>&nbsp;est une conversation. Loin des d\u00e9clamations bruyantes et surann\u00e9es d\u2019un Luchini, elle se fait souvent sur le ton du&nbsp; murmure. La phrase proustienne, cette&nbsp;construction tentaculaire, possiblement infinie, Yves-No\u00ebl Genod lui donne un souffle, un rythme. Il traduit en voix cette syntaxe si particuli\u00e8re. Usant d\u2019une large palette, Yves-No\u00ebl murmure, susurre Proust, s\u2019amuse de la longueur des phrases, des images que l\u2019auteur convoque. S\u2019\u00e9tonne de leur force, souvent. Yves-No\u00ebl lit des fragments du livre de Marcel et nous parle de sa lecture, la commente avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, d\u00e9rision, s\u2019interrompt pour se raconter lui, raconter sa relation au texte et plus g\u00e9n\u00e9ralement au th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 la litt\u00e9rature.<\/p>\n\n\n\n<p>De cette l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, du caract\u00e8re impromptu des commentaires, de l\u2019ironie du com\u00e9dien, de sa nonchalance se d\u00e9gagent l\u2019impression qu\u2019Yves-No\u00ebl Genod erre, se prom\u00e8ne dans&nbsp;<em>La Recherche<\/em>. \u00c0 cette impression&nbsp; participent les jeux de lumi\u00e8re, l\u2019usage des musiques, des sons. Figurant parfois la mer lorsqu\u2019il est question de Balbec (la station baln\u00e9aire o\u00f9 s\u00e9journa le narrateur), ou un champignon atomique de fum\u00e9e artificielle lorsque surgit le spectre de la guerre mondiale dans la douce torpeur du quotidien mondain, elles ne sont pas, la plupart du temps, des signes lisibles. Elles glissent sur le corps du com\u00e9dien, captent des arabesques de fum\u00e9e, travaillent l\u2019obscurit\u00e9 du plateau. Tout ici est t\u00e2tonnement. Tout ici montre des tentatives de lecture. Lumi\u00e8re, voix, tentent de saisir quelque chose des ambiances, des impressions, du rythme des phrases, de trouver, pour suivre la m\u00e9taphore utilis\u00e9e par Genod, les correspondances des notes proustiennes sur leur propre clavier. Le spectacle court sur un fil que tendent le texte de Proust, sa lecture et la relation que le com\u00e9dien entretient avec les spectateurs. La seule lumi\u00e8re constante est ainsi celle, blanche et crue, que projette la liseuse du com\u00e9dien sur son visage.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Longtemps je me suis couch\u00e9 de bonne heure&nbsp;\u00bb, ainsi commence&nbsp;<em>\u00c0 la recherche du temps perdu<\/em>. Cette obscurit\u00e9 de la sc\u00e8ne, cette \u00ab&nbsp;bo\u00eete noire&nbsp;\u00bb ainsi que la qualifie Genod, est celle de la nuit dont le motif traverse l\u2019\u0153uvre. Car le com\u00e9dien donne \u00e0 lire&nbsp;<em>La Recherche&nbsp;<\/em>comme un livre de la nuit. Le narrateur est, chez lui, un homme de la nuit. C\u2019est l\u00e0 que se situe sans doute une des cl\u00e9s de ce spectacle vaporeux comme un demi-sommeil. V\u00eatu de son costume extravagant rappelant autant un pyjama qu\u2019une panoplie de drag queen, de celle des groupes glam-rock des ann\u00e9es 70, Bowie, New-York Dolls, assis lascivement sur un canap\u00e9 de velours Belle \u00c9poque, Yves-No\u00ebl Genod est, \u00e0 n\u2019en pas douter, une cr\u00e9ature de la nuit. Et il cherche la complicit\u00e9 de ses semblables, Marcel \u2014 \u00e0 travers les ann\u00e9es \u2014 et les spectateurs \u2014 face \u00e0 lui. Cette obscurit\u00e9 nocturne est d\u2019abord celle du th\u00e9\u00e2tre, ce lieu o\u00f9 des communaut\u00e9s se r\u00e9unissent, ainsi que l\u2019\u00e9crivait Jean-Loup Rivi\u00e8re<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2017\/11\/marcel-la-nuit\/#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>, \u00ab&nbsp;\u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit&nbsp;\u00bb pour \u00ab&nbsp;l\u2019amour&nbsp;\u00bb de cette chose \u00e9trange qu\u2019est un spectacle th\u00e9\u00e2tral. Le spectateur et le lecteur sont \u00e0 l\u2019image du narrateur, Marcel. Comme lui, ils se plaisent dans ce doux intervalle entre l\u2019abandon \u00e0 la r\u00eaverie et l\u2019\u00e9veil que sont la lecture et la repr\u00e9sentation. Cette obscurit\u00e9 est aussi celle dans laquelle est plong\u00e9e cette \u00ab&nbsp;race&nbsp;\u00bb des \u00ab&nbsp;invertis&nbsp;\u00bb que d\u00e9crit Proust et dont il faisait partie : les homosexuels. C\u2019est d\u2019ailleurs d\u2019eux que la plus longue phrase de l\u2019\u0153uvre parle ; grave et belle dans la bouche de Genod, elle est un des derniers fragments du spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>Ressortant de la salle de th\u00e9\u00e2tre pour plonger dans une nuit bien r\u00e9elle, bien plus froide, il nous reste l\u2019impression d\u2019un spectacle doux et cotonneux qu\u2019on emporte jusque chez soi, jusqu\u2019\u00e0 se laisser glisser dans le sommeil. La certitude, aussi, que dans cette douceur grandit une parole sans doute plus politique qu\u2019il n\u2019y para\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>5 novembre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thomas-flahaut\/\">Thomas Flahaut<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/arsenic.ch\/spectacle\/yves-noel-genod\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s A la recherche du temps perdu de Marcel Proust \/ Cr\u00e9ation et mise en sc\u00e8ne de Yves-No\u00ebl Genod \/ L\u2019Arsenic \/ du 1er au 5 novembre 2017 \/ Critiques par Ivan Garcia et Thomas Flahaut.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":12013,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,3,38],"tags":[176,192],"class_list":["post-11988","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-theatre-de-larsenic","category-spectacle","tag-ivan-garcia","tag-thomas-flahaut"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11988","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11988"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11988\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20778,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11988\/revisions\/20778"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12013"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11988"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11988"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11988"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}