{"id":11923,"date":"2017-10-20T15:33:16","date_gmt":"2017-10-20T13:33:16","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=11923"},"modified":"2025-02-09T17:54:40","modified_gmt":"2025-02-09T16:54:40","slug":"romeo-et-juliette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2017\/10\/romeo-et-juliette\/","title":{"rendered":"Rom\u00e9o et Juliette"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Rom\u00e9o et Juliette<\/h2>\n\n\n<p><span style=\"font-size: 1rem\"><em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em> \/ De William Shakespeare \/ Mise en sc\u00e8ne d\u2019Omar Porras \/ TKM \/ du 19 septembre au 8 octobre 2017 \/ Critiques par Aur\u00e9lien Maignant, Coralie Gil, Thomas Flahaut, Laure Salath\u00e9, Lucien Zuchuat, Pierre-Paul Bianchi, Julia Cela et Roberta Alberico.<\/span><\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Hara-kiri<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/aurelien-maignant\/\">Aur\u00e9lien Maignant<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/PQ8SJQN-1050x700-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11899\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/PQ8SJQN-1050x700-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/PQ8SJQN-1050x700-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/PQ8SJQN-1050x700-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/PQ8SJQN-1050x700-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/PQ8SJQN-1050x700-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/PQ8SJQN-1050x700.jpg 1050w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 MARIO DEL CURTO\n<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Omar Porras, directeur du TKM, ouvrait sa saison avec une mise en sc\u00e8ne du classique&nbsp;<\/em>Rom\u00e9o et Juliette.&nbsp;<em>Mais, en bon globe-trotter dramaturgique, il pr\u00e9sente le drame shakespearien\u2026 au Japon. L\u2019occasion de questionner notre rapport aux mythes fondateurs de notre soci\u00e9t\u00e9, d\u2019interroger leur universalit\u00e9, leur actualit\u00e9. Bilan&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Se suicider avec un couteau, c\u2019est tout de m\u00eame tr\u00e8s japonais&nbsp;\u00bb s\u2019interloquera, en quittant la salle, une spectatrice, qui n\u2019avait pas relu Shakespeare : d\u00e9placer&nbsp;<em>Rom\u00e9o et Juliette&nbsp;<\/em>au Japon ? C\u2019est en effet toute la question. La question qui se pose en quittant la salle et qui, finalement, est \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame que celle qui planait dans la salle au lever du rideau.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la beaut\u00e9 du geste, sans doute. Car le geste est ind\u00e9niablement esth\u00e9tique. L\u2019histoire d\u2019amour la plus c\u00e9l\u00e8bre de tous les temps se transpose visuellement dans un Japon m\u00e9di\u00e9val, peupl\u00e9 de clans rivaux, de samoura\u00efs et de maquillages&nbsp;<em>kabuki<\/em>. Un monde que font vivre des com\u00e9diens japonais et suisses rivalisant d\u2019expressivit\u00e9 et d\u2019emphase, d\u00e9cor\u00e9 d\u2019une \u00e9trange structure de bois, immuable en fond de sc\u00e8ne, qui fait signe vers un temple shinto\u00efste sans le repr\u00e9senter vraiment. Tr\u00e8s vite, on interroge le geste du d\u00e9placement. Les d\u00e9cors sugg\u00e8rent au spectateur lausannois une alt\u00e9rit\u00e9 intrigante, mais pourquoi, alors, les costumes et les objets rel\u00e8vent-ils ici d\u2019un usage plus univoque, qui consiste \u00e0 montrer plus explicitement les visuels japonisants que conna\u00eet presque trop bien le spectateur occidental ? D\u2019embl\u00e9e, on s\u2019\u00e9tonne&nbsp;: \u00e0 l\u2019image de ces th\u00e9i\u00e8res bidimensionnelles en papier d\u00e9coup\u00e9, la repr\u00e9sentation porrassienne du Japon manque parfois d\u2019\u00e9paisseur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le langage, quant \u00e0 lui, fait partie int\u00e9grante du geste. L\u2019essentiel des dialogues, en japonais, est surtitr\u00e9 en fran\u00e7ais. Mais lorsque les acteurs francophones s\u2019expriment, leurs r\u00e9pliques apparaissent \u00e9galement sur les \u00e9crans, traduites en japonais. Ce geste, qui pourrait para\u00eetre vain au vu du public lausannois, r\u00e9v\u00e8le pourtant une intention d\u2019universalit\u00e9 profonde, rendant le spectacle enti\u00e8rement accessible aux deux cultures, ind\u00e9pendamment de la sc\u00e8ne qui l\u2019accueille. Par moment, on se prend m\u00eame \u00e0 suivre l\u2019action, sans regarder les titreurs, l\u2019expressivit\u00e9 des corps et des voix suffit.<\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9er&nbsp;<em>Rom\u00e9o et Juliette&nbsp;<\/em>en japonais, c\u2019est aussi poser la question du mythe. Le drame de l\u2019amour est-il occidental&nbsp;? Certainement pas. Ce drame-ci l\u2019est-il&nbsp;? Est-il bien un drame, d\u2019ailleurs&nbsp;? Le metteur en sc\u00e8ne a voulu un jeu hyper-expressif et une gestuelle chor\u00e9graphi\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame qui s\u2019inscrivent,&nbsp;<em>in fine<\/em>, dans les deux cultures. Certes, le&nbsp;<em>kabuki&nbsp;<\/em>domine \u2013 Capulet (Tsuyoshi Kijima) et la Nourrice (Morimasa Takeishi) par exemple \u2013 mais le personnage de P\u00e2ris (Yves Adam), pr\u00e9sent\u00e9 comme un p\u00e9dant classique, r\u00e9jouira \u00e9galement les amateurs de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise. Quelque chose dans cette esth\u00e9tique de l\u2019exc\u00e8s entre en r\u00e9sonance profonde avec le texte. Tout se passe comme si Porras et ses com\u00e9diens voulaient nous emp\u00eacher de prendre le parti du tragique ou du comique, maintenant leur spectateur dans un \u00e9tat d\u2019ind\u00e9cision complet entre le rire et les larmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle suivant son cours, on se demande finalement comment le d\u00e9placement g\u00e9ographique questionnera la classicit\u00e9 du texte. A quoi bon les balcons (ou les jardins japonais), les tirades mi\u00e8vres et les suicides synchronis\u00e9s quand il suffit d\u2019un&nbsp;<em>swap&nbsp;<\/em>tinder, aujourd\u2019hui, pour jeter les bases d\u2019une grande fable amoureuse&nbsp;? Question majeure de la modernit\u00e9, que Porras n\u2019affronte pas directement. La sc\u00e8ne du TKM se peuple de personnages secondaires cr\u00e9atifs, certes, r\u00e9invent\u00e9s, \u00e0 l\u2019image d\u2019un Tybalt caricatural de la cruaut\u00e9 universelle ou d\u2019un Fr\u00e8re Laurence \u00e9voquant le rapport entre l\u2019Occident et l\u2019Orient. Mais, si le spectacle repense ind\u00e9niablement&nbsp;<em>Rom\u00e9o et Juliette,<\/em>&nbsp;il semble oublier un peu de repenser Rom\u00e9o et Juliette. En d\u00e9pit de sa perruque manga-esque, Rom\u00e9o est ici tr\u00e8s attendu, st\u00e9r\u00e9otype d\u2019une adolescence conqu\u00e9rante et n\u00e9vros\u00e9e, herm\u00e9tique \u00e0 toute remise en question. Et il ne suffit pas \u00e0 Juliette d\u2019\u00eatre mise en pudeur par un drap\u00e9 qui la laisse appara\u00eetre en ombre chinoise pour sortir d\u2019une certaine niaiserie sublime qui sonne creux. Trop conventionnel, le couple est incongru pour le spectateur contemporain. Et l\u2019on se d\u00e9tourne ainsi des personnages \u00e9ponymes pour se concentrer sur les intrigues secondaires, beaucoup plus innovantes, alors que l\u2019intrigue principale d\u00e9ploie sa fable sans surprise.<\/p>\n\n\n\n<p>Assumant nettement le parti pris de l\u2019universalit\u00e9, seule la sc\u00e8ne finale rend au couple un sublime surprenant. Le cinqui\u00e8me acte est amput\u00e9 de beaucoup de ses encombrants dialogues et r\u00e9duit presque exclusivement au suicide (hara-kiri&nbsp;?) que Porras chor\u00e9graphie avec brio. On y voit Juliette se donner la mort, arm\u00e9e de ce fameux couteau \u00ab&nbsp;si japonais&nbsp;\u00bb, dans un silence catatonique que relaie le hurlement muet de Laurence, offrant au spectateur une ic\u00f4ne pure qui, par l\u00e0-m\u00eame, r\u00e9ussit bien le pari du transculturel&nbsp;: sans doute n\u2019a-t-elle plus besoin de langage.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette approche plurielle, ce th\u00e9\u00e2tre dans lequel chacun trouvera sans doute quelque chose sur quoi ricocher, ne p\u00e8che-t-il pas quelque peu par exc\u00e8s de prudence&nbsp;? On pourrait en effet regretter qu\u2019\u00e0 prendre tous les partis d\u2019un coup, le&nbsp;<em>Rom\u00e9o et Juliette&nbsp;<\/em>d\u2019Omar Porras ne finisse par en prendre aucun. Un japon esth\u00e9tique, mais convenu. Des personnages secondaires r\u00e9invent\u00e9s en orbite autour d\u2019un couple fade. Lorsqu\u2019il sugg\u00e8re, le spectacle accroche l\u2019universalit\u00e9 du mythe&nbsp;; lorsqu\u2019il montre, il nous confronte \u00e0 une alt\u00e9rit\u00e9 culturelle. Et cette h\u00e9sitation brouille le message, laissant le spectateur face \u00e0 un joyeux chaos tragi-burlesque de couches agglom\u00e9r\u00e9es qui, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un oignon qu\u2019on p\u00e8le, ne r\u00e9v\u00e8le finalement aucun noyau.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est sans doute l\u2019intention de Porras, la finalit\u00e9 de ce voyage qu\u2019il propose au texte shakespearien comme \u00e0 son spectateur&nbsp;: donner \u00e0 penser. Ne pas restreindre le propos revient \u00e0 nous laisser libres de questionner notre soci\u00e9t\u00e9, son rapport \u00e0 l\u2019Autre et notre capacit\u00e9 collective \u00e0 engager un dialogue transculturel. La question qui se posait au lever du rideau demeure une fois les lumi\u00e8res du th\u00e9\u00e2tre \u00e9teintes, elle \u00e9tait l\u00e0 avant Porras et elle lui survivra. Pourtant, dans ses ind\u00e9cisions m\u00eame, son&nbsp;<em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em>&nbsp;est v\u00e9ritablement lib\u00e9rateur, subtilement provocant. Une exp\u00e9rience \u00e0 ne pas manquer.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/aurelien-maignant\/\">Aur\u00e9lien Maignant<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quand Shakespeare se danse<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/coralie-gil\/\">Coralie Gil<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/Romeo-et-Juliette-K.Miura_-1050x700-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11909\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/Romeo-et-Juliette-K.Miura_-1050x700-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/Romeo-et-Juliette-K.Miura_-1050x700-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/Romeo-et-Juliette-K.Miura_-1050x700-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/Romeo-et-Juliette-K.Miura_-1050x700-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/Romeo-et-Juliette-K.Miura_-1050x700-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/Romeo-et-Juliette-K.Miura_-1050x700.jpg 1050w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 MARIO DEL CURTO<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La troupe d\u2019acteurs japonais du Shizuoka Performing Art Center (dit SPAC) collabore avec le Teatro Malandro et offre un spectacle o\u00f9 les danses cadencent la po\u00e9sie shakespearienne. Se m\u00ealent alors l\u2019Orient et l\u2019Occident. Et la magie op\u00e8re.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Juliette danse avec son couteau. Chacun de ses mouvements tient le spectateur en haleine. Attentif, comme si la fin macabre de l\u2019histoire n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9voil\u00e9e avant ce moment. Une danse de l\u2019instant qui pr\u00e9c\u00e8de la mort. De la peur et de l\u2019h\u00e9sitation faisant place \u00e0 cette r\u00e9signation, ce courage port\u00e9 par l\u2019amour. Juliette ne s\u2019empoisonne pas comme son Rom\u00e9o, elle se fait hara-kiri, elle pulv\u00e9rise toutes les normes sociales li\u00e9es \u00e0 sa condition de femme. Elle refuse les lois de son p\u00e8re et le mariage forc\u00e9 avec P\u00e2ris. Seul l\u2019amour donne du sens. Et l\u2019amour n\u2019est plus. Elle tombe alors, aux c\u00f4t\u00e9s de Rom\u00e9o. Et des p\u00e9tales de roses rouges se mettent \u00e0 pleuvoir, valsant \u00e0 leur tour, seul linceul \u00e0 recouvrir les deux amants.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un bal millim\u00e9tr\u00e9 que propose Omar Porras dans cette reprise du spectacle&nbsp;<em>Rom\u00e9o et Juliette&nbsp;<\/em>cr\u00e9\u00e9 au Japon en 2012. Un bal dans lequel se m\u00ealent les chor\u00e9graphies des rixes \u00e0 l\u2019\u00e9p\u00e9e aux allures de combats de samoura\u00efs et les danses des deux amants, de leur rencontre \u00e0 leur mort. Un ballet o\u00f9 se meuvent les acteurs, les lumi\u00e8res et le d\u00e9cor.<\/p>\n\n\n\n<p>Seul \u00e9l\u00e9ment immobile&nbsp;: une imposante installation de portiques en bois massif par laquelle entrent et sortent les com\u00e9diens. Elle \u00e9voque les portails des temples traditionnels japonais. Une fronti\u00e8re entre le r\u00e9el et la fiction, le com\u00e9dien et le personnage, le monde \u00ab&nbsp;r\u00e9el&nbsp;\u00bb et le lieu sacr\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre. Car Omar Porras fait aussi danser les symboles. Le personnage de Juliette, toute de blanc v\u00eatue au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, se couvre peu \u00e0 peu de rouge apr\u00e8s sa rencontre avec Rom\u00e9o. Sa premi\u00e8re apparition est une ombre derri\u00e8re un paravent (blanc lui aussi) qui deviendra par la suite la fameuse fen\u00eatre, la porte vers le monde ext\u00e9rieur, vers Rom\u00e9o. Chaque objet semble dot\u00e9 d\u2019une signification, rendant le spectateur \u00e0 l\u2019\u00e9coute du moindre indice. Une qu\u00eate, en somme, dans un monde o\u00f9 les l\u00e9gendes japonaises c\u00f4toient les traditions occidentales.<\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00e9lange de com\u00e9diens japonais et francophones est en soi lui aussi symbolique&nbsp;: seul P\u00e2ris et Fr\u00e8re Laurent sont interpr\u00e9t\u00e9s par des acteurs de la troupe du Teatro Malandro, provoquant un effet d\u2019\u00e9tranget\u00e9 comique, quand l\u2019un ou l\u2019autre se met \u00e0 ne plus parler dans sa langue natale. Le personnage de P\u00e2ris (jou\u00e9 par Yves Adam du Teatro Malandro) qui parle en \u00ab&nbsp;fran\u00e7ois&nbsp;\u00bb (ce qui contraste avec la quasi-totalit\u00e9 du reste du spectacle, jou\u00e9 en japonais) a m\u00eame des allures de personnage moli\u00e9resque, un P\u00e2ris bourgeois-gentilhomme qui se tr\u00e9mousse dans un milieu o\u00f9 il est l\u2019\u00e9tranger et o\u00f9 il appara\u00eet comme d\u00e9cal\u00e9, voire ridicule au spectateur. Les aspects comiques du texte ressurgissent aussi chez le personnage de la nourrice. Elle devient, dans la mise en sc\u00e8ne de Porras, un personnage clownesque et parvient m\u00eame le temps de quelques instants \u00e0 faire oublier au spectateur la fin connue et tragique de la pi\u00e8ce..<\/p>\n\n\n\n<p>Le SPAC et le Teatro Malandro s\u2019allient et font en sorte que le drame, la po\u00e9sie et l\u2019humour se croisent et s\u2019entrechoquent. Les deux troupes coordonnent leurs pas. Et danses, th\u00e9\u00e2tres, \u00e9poques et pays fusionnent.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/coralie-gil\/\">Coralie Gil<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les amants de Kyoto<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thomas-flahaut\/\">Thomas Flahaut<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"320\" height=\"180\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/4522675.image_.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-11912\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/4522675.image_.png 320w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/4522675.image_-250x141.png 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/4522675.image_-300x169.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 320px) 100vw, 320px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 MARIO DEL CURTO<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Au TKM en septembre, le Teatro Malandro d\u2019Omar Porras et les com\u00e9diens japonais du Shizuoka Performing Arts Center d\u00e9placent&nbsp;<\/em>Rom\u00e9o et Juliette<em>&nbsp;dans un Japon m\u00e9di\u00e9visant. Le metteur en sc\u00e8ne tente de jouer entre les cultures occidentales et japonaises au d\u00e9triment, parfois, d\u2019une mise en dialogue des traditions th\u00e9\u00e2trales.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Du&nbsp;<em>Rom<\/em><em>\u00e9o et Juliette&nbsp;<\/em>de Shakespeare<em>,&nbsp;<\/em>on ne retient souvent qu\u2019une sc\u00e8ne anthologique, la sc\u00e8ne 2 de l\u2019acte II dite \u00ab&nbsp;sc\u00e8ne du balcon&nbsp;\u00bb. Comme on aime \u00e0 voir Orgon se cacher sous une table qui n\u2019en est pas une, on est en droit d\u2019attendre que le balcon au pied duquel Rom\u00e9o soupire et tr\u00e9pigne n\u2019en soit pas vraiment un. La nouveaut\u00e9 d\u2019une mise en sc\u00e8ne de&nbsp;<em>Rom<\/em><em>\u00e9o et Juliette<\/em>, si tant est qu\u2019elle puisse \u00eatre mesur\u00e9e, peut sans doute l\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019aune de cela : la r\u00e9interpr\u00e9tation de l\u2019espace du balcon. Juliette \u00e9tait accroch\u00e9e \u00e0 une corniche dans la mise en sc\u00e8ne d\u2019Eric Ruf (Com\u00e9die Fran\u00e7aise, 2016), juch\u00e9e sur une simple galerie, pur espace sc\u00e9nique d\u00e9nu\u00e9 de toute r\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9, chez Olivier Py (Od\u00e9on, 2012). Dans le&nbsp;<em>Rom<\/em><em>\u00e9o et<\/em>&nbsp;<em>Juliette&nbsp;<\/em>d\u2019Omar Porras, Juliette se tient sur une jet\u00e9e donnant sur la mare d\u2019un jardin japonais. Rom\u00e9o, lui, ne grimpe pas au lierre, mais marche sur des pierres autour desquelles on imagine, en lieu et place du plateau, l\u2019eau calme de la mare. Car sur sc\u00e8ne, ce n\u2019est pas V\u00e9rone, mais un Japon m\u00e9di\u00e9visant qui rappelle celui de&nbsp;<em>Ran,&nbsp;<\/em>adaptation par Kurosawa d\u2019un autre monument Shakespearien,&nbsp;<em>Le Roi Lear.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une construction de bois citant les portiques des temples nippons structure l\u2019espace sc\u00e9nique. Entre ses colonnes sont parfois tendus des \u00e9crans de papier, parois, portes coulissantes qui deviennent th\u00e9\u00e2tres d\u2019ombres. \u00c0 travers les espaces laiss\u00e9s vides s\u2019organisent les entr\u00e9es et les sorties des com\u00e9diens, pour la plupart japonais. Ce qui est d\u2019abord frappant, c\u2019est la capacit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre d\u2019Omar Porras \u00e0 faire image. La pi\u00e8ce se d\u00e9roule comme une succession de tableaux l\u00e9ch\u00e9s : le balcon devenu jet\u00e9e, bien s\u00fbr, mais aussi la porte coulissante de la chambre de Juliette ouvrant sur une for\u00eat obscure et enfum\u00e9e d\u2019une profondeur visuelle \u00e9tonnante, les rendez-vous secrets entre Romeo et Fr\u00e8re Laurent sous des cerisiers en fleur, la course \u00e0 travers la nuit du jeune amant se rendant au tombeau de Juliette, chor\u00e9graphie o\u00f9 les lampions virevoltent dans l\u2019obscurit\u00e9 de la sc\u00e8ne. Mais l\u2019intention du metteur en sc\u00e8ne n\u2019est pas simplement de d\u00e9placer la tragi-com\u00e9die de Shakespeare dans le Japon de l\u2019\u00e9poque Edo. Cr\u00e9\u00e9e en 2012 \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une collaboration entre Omar Porras, accompagn\u00e9 de sa troupe le Teatro Malandro, et les com\u00e9diens du Shizuoka Performing Arts Center, cette pi\u00e8ce&nbsp; tente de mettre en sc\u00e8ne un dialogue sc\u00e9nique entre deux aires culturelles, deux histoires, deux traditions th\u00e9\u00e2trales, autour d\u2019un texte canonique du th\u00e9\u00e2tre occidental.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne semble se construire en r\u00e9ponse \u00e0 un probl\u00e8me pratique : comment faire jouer ensemble des com\u00e9diens japonais et suisses ? Aussi, le dialogue qui se met en place sur le plateau est d\u2019abord celui des langues. La pi\u00e8ce s\u2019ouvre sur un choeur s\u2019exprimant en japonais. Puis appara\u00eet un Paris emperruqu\u00e9, semblant tout droit sorti d\u2019une com\u00e9die-ballet du dix-septi\u00e8me si\u00e8cle fran\u00e7ais ; jou\u00e9 par un suisse, il s\u2019exprime en fran\u00e7ais. Le jeu se met en place : on r\u00e9pond en fran\u00e7ais \u00e0 une question formul\u00e9e en japonais, Rom\u00e9o, Benvolio et Mercutio, lisant l\u2019invitation au bal, s\u2019amusent de ne pas parler fran\u00e7ais, Fr\u00e8re Laurent, personnage de passeur, passe d\u2019une langue \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dialogue est ensuite celui des cultures et des histoires occidentales et japonaises. \u00c0 partir de la rencontre entre les deux troupes, Omar Porras con\u00e7oit une fable historique. V\u00e9rone devient un Japon convoit\u00e9 par les puissances coloniales europ\u00e9ennes dont les repr\u00e9sentants sont Fr\u00e8re Laurent, moine parlant le japonais, et P\u00e2ris, un colon fran\u00e7ais que le p\u00e8re de Juliette d\u00e9sire marier \u00e0 sa fille. Se construit, \u00e0 partir de cela, une fable qu\u2019on pourrait supposer soutenue par un discours postcolonial. Elle n\u2019est malheureusement qu\u2019\u00e9bauch\u00e9e. Si le prince, sorte de vieux sage mythique rendant sa justice d\u2019une voix caverneuse et lointaine est finement transpos\u00e9, que la lutte entre Capulet et Montaigu, la trag\u00e9die des deux jeunes amants, ne souffrent pas de la recontextualisation, les deux personnages europ\u00e9ens ne semblent pas solubles dans la fable construite par Porras. Leurs motivations restent troubles, et la piste de l\u2019histoire coloniale ne trouve pas vraiment d\u2019issue.<\/p>\n\n\n\n<p>Le metteur en sc\u00e8ne h\u00e9site entre la fable historique et une suite de num\u00e9ros tr\u00e8s spectaculaires. Et si l\u2019esth\u00e9tique japonisante offre quelques tableaux d\u2019une grande force, c\u2019est peut-\u00eatre par l\u00e0 m\u00eame que la pi\u00e8ce p\u00e8che. La succession d\u2019images tr\u00e8s typiques du Japon pour un spectateur occidental (sc\u00e8nes d\u2019arts martiaux, costumes emprunt\u00e9s au manga, s\u00e9quences chant\u00e9es o\u00f9 les personnages deviennent des sortes de pop-star japonaises) produit une sorte de m\u00e9lange confus de clich\u00e9s. L\u2019impression qui reste est celle d\u2019un geste qui n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 port\u00e9 jusqu\u2019au bout, d\u2019un spectacle trop h\u00e9t\u00e9roclite. On aurait pu appr\u00e9cier qu\u2019au lieu de l\u2019exotisme des combats, des perruques, des estampes, et des musiques, Omar Porras nous donne \u00e0 voir, plus simplement, la rencontre de deux traditions th\u00e9\u00e2trales, traditions ici noy\u00e9es dans un trop-plein d\u2019effets spectaculaires.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thomas-flahaut\/\">Thomas Flahaut<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Amants d\u2019un autre monde<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/laure-salathe\/\">Laure Salath\u00e9<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"719\" height=\"480\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/2012.11.19-455.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11905\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/2012.11.19-455.jpg 719w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/2012.11.19-455-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/2012.11.19-455-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/2012.11.19-455-624x417.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 719px) 100vw, 719px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 MARIO DEL CURTO\n<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Une Juliette na\u00efve, courageuse et affectueuse, un Rom\u00e9o fid\u00e8le, quoiqu\u2019impulsif et pr\u00eat \u00e0 tout par amour, une nourrice comiquement outr\u00e9e, un Fr\u00e8re Laurent bon, doux et g\u00e9n\u00e9reux, des parents intransigeants et la fable de l\u2019amour interdit ; on conna\u00eet les personnages de Shakespeare et le mythe qui traverse les g\u00e9n\u00e9rations. Pourtant, Omar Porras parvient \u00e0 donner \u00e0 cette pi\u00e8ce, revisit\u00e9e encore et encore, un souffle nouveau, rempli d\u2019\u00e9nergie, de douceur et d\u2019humour.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est au Japon que nous emm\u00e8ne cette version de&nbsp;<em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em>. Le d\u00e9cor, les accessoires et les costumes \u2013 pour la plupart \u2013 v\u00e9hiculent un certain regard sur cette culture orientale, un imaginaire des kimonos, des samoura\u00efs ou des mangas \u2013 regard clairement adapt\u00e9 aux attentes des spectateurs europ\u00e9ens, mais rafra\u00eechissant lorsqu\u2019il est appliqu\u00e9 \u00e0 une pi\u00e8ce de Shakespeare. La repr\u00e9sentation \u00e9voque, voire imite, par moments, le&nbsp;<em>Kabuki<\/em>, notamment \u00e0 travers le d\u00e9cor et le maquillage des com\u00e9diens. La pratique japonaise se m\u00eale de mani\u00e8re simple et fluide, presque \u00e9vidente, \u00e0 la tradition occidentale (P\u00e2ris, par exemple, affiche un costume et une \u00e9nonciation moli\u00e9resques). L\u2019interpr\u00e9tation fait de la pi\u00e8ce un v\u00e9ritable&nbsp;<em>patchwork<\/em>&nbsp;d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui, curieusement, se joignent \u00e9l\u00e9gamment les uns aux autres.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est, tout d\u2019abord, une rencontre entre les cultures, dans la fusion des deux troupes japonaise et suisse. Le tragique et le comique se rencontrent aussi, s\u2019entrem\u00ealent, se disputent incessamment le r\u00f4le principal. Les plaisanteries fusent, dans le texte et dans la mise en sc\u00e8ne, et pourtant il \u00e9mane une certaine douceur, une gr\u00e2ce afflig\u00e9e, en particulier dans les sc\u00e8nes entre les deux amants. Les sonorit\u00e9s japonaises, auxquelles nous ne sommes pas habitu\u00e9s et dont les com\u00e9diens jouent \u00e0 coup d\u2019exag\u00e9rations et de cris impr\u00e9visibles, le travestissement de plusieurs acteurs de sexe masculin en personnages f\u00e9minins et leur jeu grotesque, le temp\u00e9rament col\u00e9rique risible de Capulet, sont autant &nbsp;d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui font rire les spectateurs. En contrepartie, la trame principale, celle de l\u2019amour, conserve sa qualit\u00e9 tragique, et atteint son apog\u00e9e dans une derni\u00e8re sc\u00e8ne d\u00e9pourvue de toute parole.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du spectacle appara\u00eet \u00e9galement dans les divers moyens par lesquels se transmet la fable : outre les dialogues &nbsp;(avec de nombreuses coupes par rapport au texte de Shakespeare), de nombreux proc\u00e9d\u00e9s visuels&nbsp;sont mobilis\u00e9s&nbsp;: jeux d\u2019ombre et de lumi\u00e8re, d\u00e9cors mobiles, chor\u00e9graphies\u2026 \u00c0 tout cela s\u2019ajoute un univers auditif tr\u00e8s travaill\u00e9, dans des jeux sur la sonorit\u00e9 de la langue japonaise, l\u2019\u00e9nonciation comique, la musique et le chant, qui se substituent parfois aux dialogues. Cet empilement de proc\u00e9d\u00e9s est, par moments, redondant. Cependant, la sensation de confusion qu\u2019ils produisent contribue \u00e0 l\u2019impression de fra\u00eecheur et de renouvellement de cette interpr\u00e9tation du mythe.<\/p>\n\n\n\n<p>Car, paradoxalement, cette m\u00e9canique fait \u00e9galement preuve de beaucoup de fluidit\u00e9. Les diff\u00e9rents tableaux se suivent et s\u2019encha\u00eenent de mani\u00e8re tr\u00e8s naturelle, notamment gr\u00e2ce aux d\u00e9cors simples et mobiles qui \u00e9vitent les noirs entre deux sc\u00e8nes&nbsp;; le jeu est constamment rythm\u00e9 de mouvements, de danses ou de combats&nbsp;; les nombreuses coupes \u00e9liminent notamment la plupart des monologues, laissant &nbsp;ainsi au spectacle seul le soin de transmettre l\u2019intrigue. Ce parti-pris pourra d\u00e9cevoir les puristes du dialogue shakespearien ; cependant, il permet pr\u00e9cis\u00e9ment une sorte d\u2019\u00e9puration, qui ne conserve que le n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Des langues fran\u00e7aise et japonaise aux instruments auditifs et visuels, d\u2019un humour presque omnipr\u00e9sent \u00e0 des moments de douceur absolue, Omar Porras parvient, le temps d\u2019un spectacle, \u00e0 nous transporter \u2013 et pas uniquement au Japon.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/laure-salathe\/\">Laure Salath\u00e9<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les nipponeries de Ma\u00eetre Porras<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucien-zuchuat\/\">Lucien Zuchuat<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"719\" height=\"480\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/2012.11.19-103.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11918\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/2012.11.19-103.jpg 719w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/2012.11.19-103-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/2012.11.19-103-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/2012.11.19-103-624x417.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 719px) 100vw, 719px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 MARIO DEL CURTO<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>En ouverture de sa nouvelle saison au TKM, le plus colombien des metteurs en sc\u00e8ne romands propose un&nbsp;<\/em>Rom\u00e9o et Juliette&nbsp;<em>\u00e0 la sauce japonaise. Foutraque et survolt\u00e9, le spectacle r\u00e9jouit plus qu\u2019il n\u2019emporte.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La salle est comble&nbsp;; on s\u2019impatiente : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, Omar Porras, bateleur tr\u00e8s officiel de la r\u00e9gion l\u00e9manique, roi de l\u2019\u00e9merveillement avec ses masques et ses fantaisies baroques, de l\u2019autre,&nbsp;<em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em>, ou plut\u00f4t \u00ab&nbsp;Julietu&nbsp;\u00bb, car si les c\u00e9l\u00e8bres amants revivent encore leur triste histoire, c\u2019est en japonais cette fois, dans un V\u00e9rone aux couleurs de Tokyo. La rencontre s\u2019annonce \u00e9tincelante.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>De la farce avant toute chose<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et des \u00e9tincelles, sans doute, il y en a eu\u2026 mais pas o\u00f9 on les attendait. D\u2019embl\u00e9e, le spectacle annonce sa couleur : ce sont le rire et le rythme qui assureront la c\u00e9r\u00e9monie. Tous les d\u00e9tails de ce&nbsp;<em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em>, dont le texte est consid\u00e9rablement coup\u00e9, semblent pass\u00e9s au crible de la farce. Acrobatiques ou loufoques, les effets ne manquent pas qui laissent le public&nbsp;hilare : traitement truculent des personnages secondaires, chor\u00e9graphies rythm\u00e9es et d\u00e9sopilantes qui ne sont pas sans rappeler les&nbsp;<em>lazzi<\/em>&nbsp;de la meilleure tradition italienne, utilisation inventive et joueuse des d\u00e9cors qui font appara\u00eetre, en quelques traits, une cour int\u00e9rieur, un jardin zen, une crypte,\u2026 Le tout s\u2019envole dans un chass\u00e9-crois\u00e9 de tableaux color\u00e9s qui ne laissent de surprendre par leur inventivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La langue, elle aussi, participe de ces joyeuses et captivantes r\u00e9jouissances. Le d\u00e9bit millim\u00e9tr\u00e9 du japonais, dont on suit sans trop de peine la traduction sur deux \u00e9crans, alimente l\u2019impression g\u00e9n\u00e9rale de vitesse et donne lieu \u00e0 quelques habiles quiproquos linguistiques&nbsp;: quand la nourrice r\u00e9p\u00e8te, sans les comprendre, des morceaux d\u2019une tirade de Fr\u00e8re Laurent (le r\u00f4le \u00e9tant interpr\u00e9t\u00e9 en fran\u00e7ais comme celui de P\u00e2ris), le public se tord.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un Japon de bric et de broc<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mais, pass\u00e9e cette premi\u00e8re impression d\u2019\u00e9tranget\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la langue, d\u2019ailleurs vite raval\u00e9e par la machinerie comique, les nipponeries de Ma\u00eetre Porras peinent \u00e0 enchanter : louvoyant sans cesse entre une approche historique ravivant le temps des chevaliers d\u2019Edo et une lecture contemporaine, le spectacle s\u2019inscrit dans un Japon de bric et de broc m\u00ealant geishas et mangas et qui s\u2019av\u00e8re finalement tr\u00e8s convenu.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, dans l\u2019ensemble, la transposition r\u00e9siste (prouvant, s\u2019il le fallait encore, l\u2019universalit\u00e9 du texte de Shakespeare) et donne m\u00eame lieu \u00e0 de s\u00e9duisantes propositions&nbsp;: les sc\u00e8nes de combat au sabre r\u00e9interpr\u00e9tant avec vigueur et gravit\u00e9 les querelles meurtri\u00e8res qui rongent Capulet et Montaigu ou les apparitions fantastiques du prince, monstre \u00e0 la voix ravag\u00e9e, qui administre la cit\u00e9 juch\u00e9 sur une haute colonne enfum\u00e9e, exploitent toute la force ou la magie que la pi\u00e8ce rec\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de ces fulgurances, toutefois, le bouleversement culturel tant esp\u00e9r\u00e9 ne se confirme pas. Et Shakespeare de demeurer familier\u2026 m\u00eame le jeu outr\u00e9 (dans lequel les acteurs excellent par leur sens du rythme et de la posture), qui pourrait rappeler l\u2019emphase du&nbsp;<em>kabuki,<\/em>&nbsp;renvoie plus \u00e0 la&nbsp;<em>commedia dell\u2019arte<\/em>&nbsp;et, confin\u00e9s dans des types \u00ab&nbsp;universels&nbsp;\u00bb, les personnages principaux, tr\u00e8s classiques, semblent presque fades. Le Japon de Porras (h\u00e9las&nbsp;!) ne d\u00e9payse pas.<\/p>\n\n\n\n<p>On finit m\u00eame par se perdre dans ce syncr\u00e9tisme d\u00e9sincarn\u00e9, plus japonisant que japonais, empruntant sans ambages et \u00e0 la tradition de l\u2019estampe (que ce soient les lignes \u00e9pur\u00e9es du dojo qui enclot la sc\u00e8ne ou les \u00e9l\u00e9gantes sc\u00e8nes d\u2019int\u00e9rieur \u00e0 paravent et ombres plaqu\u00e9es) et \u00e0 la plus chatoyante des cultures pop (karaok\u00e9 et perruques folles \u00e0 la&nbsp;<em>Dragon Ball Z&nbsp;<\/em>sont de mise)\u2026 une profusion qui, \u00e0 force de grossir le trait et de chercher le d\u00e9calage farcesque, \u00e9touffe la profondeur tragique de la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un tragique \u00e0 contre-courant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le&nbsp;<em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em>&nbsp;de Porras nous honore certes de moments graves et&nbsp;lyriques&nbsp;: la tr\u00e8s jolie sc\u00e8ne du balcon, devenue sc\u00e8ne du jardin japonais, \u00e9meut par son minimalisme, et la douleur des deux amants, Juliette plongeant dans le noir absolu son long voile de mari\u00e9e \u00e0 la main et Rom\u00e9o courant \u00e0 sa perte dans une danse macabre flottant parmi des lampions, est rendue avec une finesse po\u00e9tique qui touche au sublime, sans parler de la fin, merveilleusement percluse de silence.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ces moments de calme et de secret, durant lesquels la m\u00e9canique comique s\u2019enraie un instant, demeurent (trop) rares et ne parviennent jamais vraiment \u00e0 d\u00e9border le cadre de l\u2019apparition furtive, \u00e0 imposer leur dur\u00e9e propre dans le flux magistral du rire. Fait d\u2019autant plus frustrant que c\u2019est dans leur d\u00e9roulement que la rencontre entre les cultures s\u2019op\u00e8re le plus sensiblement et apporte la plus douce des lumi\u00e8res au texte du dramaturge \u00e9lisab\u00e9thain. En fin de compte, confin\u00e9e \u00e0 ce r\u00f4le \u00e9pisodique, fig\u00e9e dans le royaume de l\u2019esth\u00e9tique, la po\u00e9sie passe comme passent les images&nbsp;: sans toucher pleinement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pire&nbsp;! Certains passages hautement kitsch (la fiole de poison brillant d\u2019un bleu translucide, la premi\u00e8re rencontre de Rom\u00e9o et Juliette c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par une farandole simplette) confineraient presque au ridicule, si la na\u00efvet\u00e9 fig\u00e9e des protagonistes n\u2019apparaissait pas, emport\u00e9e dans la dynamique joyeuse de l\u2019ensemble, comme une touchante maladresse adolescente&nbsp;: devant tant de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et d\u2019inventivit\u00e9, on oublie facilement ces quelques lourdeurs, on admire et on rit sans bouder notre plaisir. Mais, en fin de compte, on ne vibre pas.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/lucien-zuchuat\/\">Lucien Zuchuat<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Transforme-t-on Shakespeare?<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/pierre-paul-bianchi\/\">Pierre-Paul Bianchi<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"719\" height=\"480\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/2012.11.19-153.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11921\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/2012.11.19-153.jpg 719w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/2012.11.19-153-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/2012.11.19-153-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/2012.11.19-153-624x417.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 719px) 100vw, 719px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 MARIO DEL CURTO<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Au TKM, Omar Porras d\u00e9place le trop connu&nbsp;<\/em>Rom\u00e9o et Juliette<em>&nbsp;vers le Japon. Apr\u00e8s s\u2019y \u00eatre lui-m\u00eame rendu, s\u2019y \u00eatre empar\u00e9 de la langue, de certains codes visuels et culturels, il revient \u00e0 Malley, en Suisse. L\u2019aller-retour physique et artistique est boucl\u00e9 \u2013 de l\u2019Europe \u00e0 l\u2019Asie et inversement \u2013 et nous place devant un in\u00e9vitable questionnement identitaire&nbsp;: quel peut \u00eatre un Shakespeare trois fois traduit, une V\u00e9rone peupl\u00e9e de samoura\u00efs&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un tel d\u00e9placement multiplie les identit\u00e9s. D\u2019embl\u00e9e se d\u00e9ploie sur sc\u00e8ne un d\u00e9cor fait d\u2019un arc incurv\u00e9 en bois clair, qui sugg\u00e8re un temple shinto\u00efste devant lequel les acteurs, couronn\u00e9s de chapeaux pointus, r\u00e9citent le prologue. Le voile est lev\u00e9&nbsp;: le texte \u2013 que l\u2019on peut encore avoir en t\u00eate, d\u2019une m\u00e9moire collective ou, devrions-nous dire, culturelle \u2013 est bien en japonais. Omar Porras \u2013 \u00e0 quelques adaptations pr\u00e8s, pour confirmer la r\u00e8gle \u2013 fait le choix de la fid\u00e9lit\u00e9 du texte \u00e0 sa version originale, que l\u2019on trouve sur-titrant (en fran\u00e7ais, nous sommes \u00e0 Lausanne&nbsp;!) le japonais. Ce langage est fait de sonorit\u00e9s et de rythmes que l\u2019on conna\u00eet mal. On per\u00e7oit une interp\u00e9n\u00e9tration entre les cultures et leurs identit\u00e9s. Shakespeare est \u00e9minemment europ\u00e9en. Pour la dur\u00e9e du spectacle, il est oriental. Il n\u2019y a pas n\u00e9anmoins d\u2019univocit\u00e9 absolue&nbsp;; Juliette, Rom\u00e9o, P\u00e2ris, leurs familles&nbsp;: tous sont porteurs de cette d\u00e9multiplication culturelle, comme le montre pragmatiquement le choix de faire appara\u00eetre sur sc\u00e8ne des acteurs francophones, en face de la troupe du SPAC (Shizuoka Performing Arts Center). Les sc\u00e8nes incluent des jeux d\u2019ombres japonais, des masques, des coupes de cheveux expressives rappelant les mangas et\u2026 un pr\u00eatre en soutane et un costume moli\u00e9resque.<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons sur la gen\u00e8se d\u2019un tel projet. La cr\u00e9ation de ce&nbsp;<em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em>&nbsp;date d\u2019abord de 2012, sur sol nippon. L\u2019univers oriental est donc d\u2019abord mont\u00e9 en Orient, et nous sommes en droit de nous demander si l\u2019effet y fut le m\u00eame, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9volution du spectacle entre 2012 et 2017.<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons sur la facult\u00e9 de la pi\u00e8ce \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 ces d\u00e9placements d\u2019abord, et sur les effets de ce joyeux travestissement. Les deux aspects sont li\u00e9s : soit qu\u2019ils sugg\u00e8rent un sens du potentiel universel du th\u00e9\u00e2tre, soit qu\u2019ils trahissent au contraire sa facult\u00e9 \u00e0 muter. Mais vers quoi tend cette mutation, et \u00e0 quel co\u00fbt&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il se trouve que ce spectacle fait beaucoup rire et tend \u00e0 guider l\u2019h\u00e9sitation entre le tragique et le comique du c\u00f4t\u00e9 du second. Le rythme et les intonations du japonais sont expressifs, et souvent accentu\u00e9s sur sc\u00e8ne. Pas seulement&nbsp;: le fondement m\u00eame de cette version de Shakespeare est propice \u00e0 l\u2019amusement. Les acteurs japonais reprennent parfois les paroles \u00e9nonc\u00e9es en fran\u00e7ais, et inversement. C\u2019est l\u00e0 que se glissent quelques plaisanteries explicites fond\u00e9es sur la rencontre des cultures, comme lorsque Rom\u00e9o ajoute au texte un commentaire sur la beaut\u00e9 de la langue fran\u00e7aise, qu\u2019il \u00ab&nbsp;ne comprend pas, mais pourrait \u00e9couter toute la nuit&nbsp;\u00bb. Ailleurs, les \u00ab&nbsp;servantes&nbsp;\u00bb se lancent dans des chor\u00e9graphies \u00e9nergiques avec leur balais. Il y a des rires dans la salle, et des mimiques surjou\u00e9es du c\u00f4t\u00e9 des acteurs&nbsp;: l\u2019histoire de&nbsp;<em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em>&nbsp;est ici, \u00e0 n\u2019en pas douter, ludique.<\/p>\n\n\n\n<p>Il reste que ce spectacle en forme de jeu convoque un univers japonais fr\u00f4lant pour le spectateur occidental le clich\u00e9&nbsp;: les repr\u00e9sentations mentales sollicit\u00e9es pour l\u2019\u00e9rection d\u2019un monde, inconnu concr\u00e8tement il est vrai, semblent&nbsp; puis\u00e9es dans l\u2019univers du spectacle, du cin\u00e9ma ou des mangas \u2013 par le biais de quelque Tom Cruise \u00e9chapp\u00e9 en Orient. On pourrait s\u2019en contenter, sur le mode d\u2019un divertissement assum\u00e9. Mais lorsque les acteurs, la musique et les lumi\u00e8res, en un imm\u00e9diat survol de quelques si\u00e8cles, se retrouvent \u00e0 sugg\u00e9rer le karaok\u00e9, on est un peu troubl\u00e9. On peut ressentir, dans cette pluralit\u00e9 d\u2019\u00e9vocations japonisantes, un quelque chose d\u2019un brin trop h\u00e9t\u00e9roclite, trop ind\u00e9cis. Souvent, on c\u00e8de pourtant \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re juv\u00e9nile de la salle et on rit \u00e0 nouveau. Il est ludique, le Japon des samoura\u00efs et des karaok\u00e9s, il est celui qu\u2019on \u00ab&nbsp;conna\u00eet&nbsp;\u00bb, mais pas, pr\u00e9cis\u00e9ment, d\u2019une mani\u00e8re claudelienne. Il y a dans ce spectacle d\u2019Omar Porras de la f\u00e9\u00e9rie import\u00e9e du Japon.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup de couleurs, dans les lumi\u00e8res, sur les costumes, dans la gait\u00e9 du public. Ce d\u00e9placement, presque travestissement, est efficace&nbsp;: il transpose&nbsp;<em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em>&nbsp;dans un univers joyeux et rafra\u00eechissant. Le texte de Shakespeare, alors, se montre apte \u00e0 la mutation. Dans le m\u00eame temps, il conserve sa cr\u00e9dibilit\u00e9. La derni\u00e8re sc\u00e8ne, au cours de laquelle le texte est tu et seulement donn\u00e9 \u00e0 voir, fait la preuve de la validit\u00e9 \u00ab&nbsp;interculturelle&nbsp;\u00bb des \u00e9motions d\u2019amour v\u00e9hicul\u00e9es par ce mythe litt\u00e9raire. Sur une musique en mineur, qui rappelle le spectateur \u00e0 la trag\u00e9die de ce couple, les acteurs se meuvent une derni\u00e8re fois avec une \u00e9l\u00e9gance et une ma\u00eetrise corporelle dansante sous une pluie de fleurs rouges. La trag\u00e9die continue d\u2019exister, sous une forme douce, qui vient clore les rires avec \u00e9motion, et laisse le spectateur d\u00e9finitivement touch\u00e9, mais avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9.<br>En sortant, on s\u2019interroge encore timidement sur le dessein, sur la raison de ce d\u00e9placement. On ne sait plus tr\u00e8s bien sur quel pied on aurait d\u00fb danser.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/pierre-paul-bianchi\/\">Pierre-Paul Bianchi<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Estampe v\u00e9ronaise<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/julia-cela\/\">Julia Cela<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1050\" height=\"700\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/PNMJQES-1050x700.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11915\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/PNMJQES-1050x700.jpg 1050w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/PNMJQES-1050x700-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/PNMJQES-1050x700-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/PNMJQES-1050x700-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/PNMJQES-1050x700-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/PNMJQES-1050x700-624x416.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1050px) 100vw, 1050px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 MARIO DEL CURTO<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Sous la direction d\u2019Omar Porras,&nbsp;<\/em>Rom\u00e9o et Juliette<em>&nbsp;se pare des couleurs du pays du soleil levant. Une transposition l\u00e9g\u00e8re \u00e0 la plastique soign\u00e9e qui adoucit le drame et fait entendre l\u2019humour dans le texte de Shakespeare.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Au bal masqu\u00e9, on surprend la danse lente d\u2019une geisha et d\u2019une carpe koi rouge et or. Ils bougent presque \u00e0 contretemps, masques attach\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la t\u00eate de leur propri\u00e9taire, comme indiff\u00e9rents \u00e0 l\u2019agitation alentour. Plus tard, on d\u00e9couvre le balcon devenu ponton, les pieds noy\u00e9s dans un \u00e9tang tranquille. Rom\u00e9o, en tenue de samoura\u00ef, perch\u00e9 sur un caillou plong\u00e9 dans l\u2019eau calme, et Juliette, drap\u00e9e d\u2019un long kimono blanc, debout sur le ponton, se murmurent leur secret. Les bambous se refl\u00e8tent dans la surface noire et brillante de l\u2019eau, sur laquelle rebondissent les promesses murmur\u00e9es par le jeune couple. On reconna\u00eet l\u2019estampe, on pense \u00e0 Hiroshige.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces tableaux sont la V\u00e9rone imagin\u00e9e par Omar Porras. Ils se succ\u00e8dent, \u00e0 toute vitesse et pendant que l\u2019on regarde ailleurs. On devine la m\u00e9canique invisible des d\u00e9cors sans jamais la saisir, emport\u00e9 par le flux des images. On a l\u2019impression d\u2019un tour de passe-passe, d\u2019un&nbsp;<em>quick change<\/em>&nbsp;sc\u00e9nographique, o\u00f9 l\u2019espace se pare d\u2019atours toujours plus \u00e9l\u00e9gants. Pourtant, rien n\u2019est jamais pr\u00e9cipit\u00e9. Chaque tableau poss\u00e8de sa propre mesure&nbsp;: lente et douce, rapide et dr\u00f4le ou encore puissante et r\u00e9guli\u00e8re. Ces rythmes illustrent et manifestent selon les cas le tragique ou le comique, \u00e9quilibrant les deux p\u00f4les, sans jamais c\u00e9der enti\u00e8rement \u00e0 l\u2019un d\u2019entre eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Un r\u00e9gime de l\u2019entrem\u00ealement, donc, qui parcourt tout le spectacle dans une dynamique de rencontre. Les paires de contraires sont partout et, pourtant, jamais ils ne s\u2019entrechoquent. L\u2019esth\u00e9tique sc\u00e9nographique nippone renouvelle le texte occidental sans jamais le rendre m\u00e9connaissable. Un jeu d\u2019acteur parfois burlesque, inspir\u00e9 du kabuki japonais, jalonn\u00e9 de travestissements, de comique de gestes et de grimaces c\u00f4toie des attitudes de grand trag\u00e9dien, ponctu\u00e9es de d\u00e9clamations solennelles. Un silence \u00e9pais succ\u00e8de \u00e0 de longues tirades, on parle japonais, fran\u00e7ais et parfois anglais, on porte des robes de bure, des kimonos, des fraises et des katanas \u00e0 la ceinture.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces m\u00e9tissages d\u00e9licats entre Orient et Occident font du spectacle un objet chamarr\u00e9 et l\u00e9ger, devant lequel on renoue avec l\u2019\u00e9merveillement un peu oubli\u00e9 de certains spectacles de cirque. Les prouesses physiques et les costumes racontent autant qu\u2019ils enchantent. La salle r\u00e9sonne parfois des sabres qui s\u2019entrechoquent dans les sc\u00e8nes de duels soigneusement chor\u00e9graphi\u00e9es. Certains moments sont consacr\u00e9s au corps seul, v\u00e9ritables num\u00e9ros de clowns tout en po\u00e9sie qui s\u2019inscrivent parfaitement dans le rythme g\u00e9n\u00e9ral de la repr\u00e9sentation. L\u2019humour, omnipr\u00e9sent, freine l\u2019intellectualisation, rendue superflue. Le jeu fait voir des mimiques plus grandes que nature, loin des esth\u00e9tiques \u00e0 volont\u00e9 r\u00e9aliste.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9quilibre qui \u00e9mane de la proposition d\u2019Omar Porras offre une exp\u00e9rience proche des sens. En se superposant \u00e0 notre connaissance de&nbsp;<em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em>, le spectacle se passe d\u2019explications. On attend impatiemment de d\u00e9couvrir comment sera trait\u00e9e la prochaine sc\u00e8ne culte&nbsp;: on sait comment \u00e7a finit, et pourtant, on ne sait pas. On est pris par surprise, comme dans un tour de magie. On rit de bon c\u0153ur, on est sinc\u00e8rement \u00e9mu et, surtout, on ne se demande pas pourquoi.&nbsp; Une exp\u00e9rience esth\u00e9tique,&nbsp;<em>hic et nunc<\/em>, qui permet de retrouver le pur plaisir de l\u2019exp\u00e9rience spectaculaire.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/julia-cela\/\">Julia Cela<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Shakespeare en kimono<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/roberta-alberico\/\">Roberta Alberico<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"233\" height=\"300\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/RA.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-11927\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/RA.png 233w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/RA-132x170.png 132w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/10\/RA-155x200.png 155w\" sizes=\"auto, (max-width: 233px) 100vw, 233px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 MARIO DEL CURTO<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Au bal des Capulet, les acteurs nous tournent le dos et leurs masques nous font face&nbsp;: renvers\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la t\u00eate, ils nous regardent avec leurs rictus tragicomiques de mort. A leur image, le spectacle se donne sous le signe de la dualit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Omar Porras et le masque c\u2019est toute une histoire d\u2019amour\u2026 et de langage dramaturgique. H\u00e9ritage du th\u00e9\u00e2tre antique et de la&nbsp;<em>commedia dell\u2019arte<\/em>, ce costume facial est, selon le metteur en sc\u00e8ne, \u00ab&nbsp;une purge qui vous d\u00e9leste des acquis&nbsp;\u00bb (Omar Porras \u00e0 propos de la&nbsp;<em>Visite de la vieille dame<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Les visages&nbsp;<em>recto verso&nbsp;<\/em>de cette version de&nbsp;<em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em>&nbsp;renvoient au geste d\u2019Omar Porras : d\u00e9guiser V\u00e9rone et faire parler ses habitants dans une autre langue, en compagnie de la troupe SPAC (Shizuoka Performing Arts Center). Il faut dire que le d\u00e9guisement remplit une fonction proprement dramaturgique au sein du spectacle. Si Rom\u00e9o est jou\u00e9 par une actrice, et que toutes les femmes sauf Juliette sont jou\u00e9es par des hommes (d\u00e9guis\u00e9s en femmes), on se demande parfois si, sous le masque, il y a bien un \u00ab&nbsp;vrai&nbsp;\u00bb visage ou un \u00ab&nbsp;vrai corps&nbsp;\u00bb&nbsp;: les d\u00e9guisements et leurs mises en abyme n\u2019en finissent plus de s\u2019enchev\u00eatrer.&nbsp; Et c\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 le point fort de cette mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains spectacles tombent dans les facilit\u00e9s du th\u00e9\u00e2tre revendiqu\u00e9 comme interculturel, en construisant un propos quelque peu mi\u00e8vre qui prive le dialogue de toute complexit\u00e9, ou en proposant une repr\u00e9sentation exotisante du th\u00e9\u00e2tre Autre (de type touristique). Mais le joyeux carnaval porrassien \u00e9vite ces travers r\u00e9ducteurs en exacerbant ce surjeu d\u00e9guis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>L\u2019incertitude&nbsp;: japonismes ou occidentalismes&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vous n\u2019\u00e9viterez certes pas les repr\u00e9sentations st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es que vous vous faites du Japon m\u00e9di\u00e9val (clans, samoura\u00efs, sabres, kimonos, etc.) ou contemporain (karaok\u00e9, mangas, etc.)&nbsp;: sans \u00eatre experts de la culture japonaise, vous allez avoir un sentiment de familiarit\u00e9 tr\u00e8s (ou \u00ab&nbsp;trop&nbsp;\u00bb) prononc\u00e9. N\u00e9anmoins votre regard sera mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. Car, m\u00eame lorsqu\u2019ils ne sont pas masqu\u00e9s, ce qui est le cas la plupart du temps, les personnages demeurent d\u00e9guis\u00e9s par ce langage th\u00e9\u00e2tral.<\/p>\n\n\n\n<p>Le comique de cette mise en sc\u00e8ne r\u00e9sulte en grande partie de&nbsp;<em>japonismes<\/em>. Le spectateur se prend \u00e0 rire de bon c\u0153ur lorsque les acteurs japonais disent deux mots en fran\u00e7ais, lorsque Tybalt arbore une coupe de manga (voire de Pok\u00e9mon) ou encore lorsque des hommes d\u00e9guis\u00e9s en femme chantent dans leurs micros-balais. Le comique na\u00eet des glissements entre les niveaux de fiction : lorsque le com\u00e9dien, japonais, joue \u00e0 \u00eatre encore plus japonais, c\u2019est le personnage qui s\u2019\u00e9tonne. Rappelons qu\u2019Omar Porras, colombien, met en sc\u00e8ne une pi\u00e8ce anglaise avec des acteurs japonais et suisses. Et dans cette m\u00eame mise en sc\u00e8ne, les acteurs japonais semblent nous faire rire de ou avec la japonisation du texte shakespearien. Joli paradoxe quand m\u00eame. Mais on regrette, alors, le choix du jeu des amoureux qui para\u00eet simplement \u00ab&nbsp;traduit&nbsp;\u00bb d\u2019une langue \u00e0 l\u2019autre, sans que le d\u00e9placement n\u2019apporte de r\u00e9elles transgressions. Jeunes, rebelles et niais&nbsp;: un peu comme nous pouvons nous les imaginer, sauf qu\u2019ils sont habill\u00e9s \u00e0 la mode japonaise m\u00e9di\u00e9vale.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, Omar Porras semble interroger&nbsp;<em>Rom\u00e9o et Juliette&nbsp;<\/em>\u00e0 travers notre regard sur les clich\u00e9s. Si le spectateur accepte ce pacte de visionnage, la caricature, le surjeu et le d\u00e9guisement japonais ostentatoire apparaissent comme autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments susceptibles de questionner sa relation \u00e0 ce grand mythe amoureux qui a travers\u00e9 les \u00e2ges. En effet, la grande force du spectacle, c\u2019est que la repr\u00e9sentation de l\u2019autre y est davantage une fa\u00e7on de repenser le mythe que de distraire par l\u2019exotisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, si ce spectacle \u00e9vite les embuches potentielles du th\u00e9\u00e2tre interculturel, c\u2019est peut-\u00eatre parce que le metteur en sc\u00e8ne a su jouer avec. Ces mises en abymes finissent par d\u00e9guiser, purement et simplement,&nbsp;<em>Rom\u00e9o et Juliette.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Aussi s\u2019interroge-t-on continuellement&nbsp;: ces masques que les personnages mettent et enl\u00e8vent sont-ils ceux de la&nbsp;<em>commedia dell\u2019arte<\/em>&nbsp;ou ceux du&nbsp;<em>kabuki<\/em>&nbsp;? Et ce surjeu artificialisant fait-il plus r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une tradition fran\u00e7aise ou \u00e0 une autre pratique th\u00e9\u00e2trale japonaise ignor\u00e9e du public lausannois ? Ce que nous sommes en train de voir rel\u00e8ve-t-il de la culture th\u00e9\u00e2trale japonaise ou de la n\u00f4tre&nbsp;? Bel effet&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/roberta-alberico\/\">Roberta Alberico<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.tkm.ch\/representation\/romeo-et-juliette\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rom\u00e9o et Juliette \/ De William Shakespeare \/ Mise en sc\u00e8ne d\u2019Omar Porras \/ TKM \/ du 19 septembre au 8 octobre 2017 \/ Critiques par Aur\u00e9lien Maignant, Coralie Gil, Thomas Flahaut, Laure Salath\u00e9, Lucien Zuchuat, Pierre-Paul Bianchi, Julia Cela et Roberta Alberico.<\/p>\n","protected":false},"author":1001607,"featured_media":11909,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,170],"tags":[194,193,155,195,197,191,190,192],"class_list":["post-11923","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-tkm-theatre-kleber-meleau","tag-aurelien-maignant","tag-coralie-gil","tag-julia-cela","tag-laure-salathe","tag-lucien-zuchuat","tag-pierre-paul-bianchi","tag-roberta-alberico","tag-thomas-flahaut"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11923","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1001607"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11923"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11923\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20791,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11923\/revisions\/20791"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11909"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11923"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11923"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11923"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}