{"id":11280,"date":"2017-03-25T21:14:52","date_gmt":"2017-03-25T20:14:52","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=11280"},"modified":"2025-02-09T18:03:27","modified_gmt":"2025-02-09T17:03:27","slug":"les-moliere-de-vitez","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2017\/03\/les-moliere-de-vitez\/","title":{"rendered":"Les Moli\u00e8re de Vitez : L&rsquo;Ecole des femmes"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Les Moli\u00e8re de Vitez : L&rsquo;Ecole des femmes<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De Moli\u00e8re \/ Mise en sc\u00e8ne de Gwena\u00ebl Morin \/ Les Moliere de Vitez \/ Par le Th\u00e9\u00e2tre Permanent \/ Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais \/ du 14 au 25 mars 2017 \/ Critique par Margot Prod&rsquo;hom. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 mars 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/margot-prodhom-2\/\">Margot Prod&rsquo;hom<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">On vocif\u00e8re avec Moli\u00e8re<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"472\" height=\"315\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/affiche-les-moliere-de-vitez-vignette-moliere-pierre-grosbois.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11278\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/affiche-les-moliere-de-vitez-vignette-moliere-pierre-grosbois.jpg 472w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/affiche-les-moliere-de-vitez-vignette-moliere-pierre-grosbois-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/affiche-les-moliere-de-vitez-vignette-moliere-pierre-grosbois-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 472px) 100vw, 472px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"> \u00a9Pierre Grosbois<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Il fallait oser&nbsp;: Gwena\u00ebl Morin remet en sc\u00e8ne les quatre pi\u00e8ces de Moli\u00e8re que Vitez avait mises en sc\u00e8ne en 1978, en les d\u00e9pouillant jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il ne reste que le texte. Parmi elles&nbsp;<\/em>L\u2019Ecole des femmes,&nbsp;<em>premier spectacle de la t\u00e9tralogie. Le Th\u00e9\u00e2tre Permanent veut proposer un autre th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 travers l\u2019exag\u00e9ration. Une exag\u00e9ration qui implique aussi le risque, lorsqu\u2019elle est pouss\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame, de d\u00e9passer les limites, et de cr\u00e9er un sentiment de surfait.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En 1978, \u00e0 l\u2019occasion du festival d\u2019Avignon, Vitez r\u00e9interpr\u00e8te les quatre grandes com\u00e9dies de Moli\u00e8re, cl\u00e9 de vo\u00fbte de son \u0153uvre&nbsp;<em>\u2013 L\u2019Ecole des femmes<\/em>,&nbsp;<em>Tartuffe<\/em>,&nbsp;<em>Dom Juan<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>Le Misanthrope<\/em>&nbsp;\u2013, avec la volont\u00e9 d\u2019accentuer l\u2019aspect sentimental de ce th\u00e9\u00e2tre. Ce qui int\u00e9resse Vitez, c\u2019est l\u2019id\u00e9e de r\u00e9investir Moli\u00e8re pour faire surgir ses qualit\u00e9s de m\u00e9taphysicien de l\u2019\u00e2me et de penseur des ph\u00e9nom\u00e8nes humains tels que le mariage, la religion ou la soci\u00e9t\u00e9. Pour lui, il ne s\u2019agit pas de faire du nouveau, mais \u00ab&nbsp;de composer autrement le kal\u00e9idoscope perp\u00e9tuel qu\u2019est le travail sur le pass\u00e9&nbsp;\u00bb. Pla\u00e7ant le comique au second plan, il veut mettre en exergue le caract\u00e8re m\u00e9ditatif des pi\u00e8ces de Moli\u00e8re. Il met donc en sc\u00e8ne un dispositif minimaliste qui laisse place \u00e0 ce qui fait l\u2019humanit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre&nbsp;: le jeu d\u2019acteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle de Gwena\u00ebl Morin, d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9 en janvier et en novembre 2016, \u00e0 Nanterre et \u00e0 Tulle, veut retrouver Moli\u00e8re \u00e0 travers l\u2019interpr\u00e9tation de Vitez. On comprend vite, d\u00e8s notre arriv\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais, avant m\u00eame que la pi\u00e8ce ne commence, que ce qu\u2019il s\u2019agit de retrouver chez Moli\u00e8re, c\u2019est le texte&nbsp;: il est placard\u00e9 sur les parois ext\u00e9rieures du th\u00e9\u00e2tre, empil\u00e9 devant l\u2019entr\u00e9e de la salle et offert en feuillets aux spectateurs. Le texte est en effet seul au c\u0153ur du projet th\u00e9\u00e2tral du metteur en sc\u00e8ne: dans la salle, un plateau mis \u00e0 nu, des com\u00e9diens en jeans et baskets, les lumi\u00e8res allum\u00e9es sur le public, tous les artifices du th\u00e9\u00e2tre sont sacrifi\u00e9s au profit de la diction ubuesque des vers de Moli\u00e8re. Les com\u00e9diens, face au public dans&nbsp;<em>L\u2019Ecole des femmes<\/em>, r\u00e9citent \u00e0 toute allure, le plus vite possible, dans une fid\u00e9lit\u00e9 impeccable au texte d\u2019origine \u2013 r\u00e9alisant admirablement, il faut le dire, un exercice de diction des plus complexes \u2013 parfois le plus fort possible, reprenant bruyamment leur respiration, devenant rouges par manque d\u2019air et laissant appara\u00eetre les veines saillantes de leurs cous tant ils forcent le d\u00e9bit. Par ailleurs, au-del\u00e0 de la performance \u00e9locutoire, ils jouent de temps en temps avec le texte, accentuant les di\u00e9r\u00e8ses des vers, prenant en d\u00e9rision certaines formulations, se trompant \u00e0 dessein sur certains mots, en exag\u00e9rant d\u2019autres. Comme pour nous montrer encore plus explicitement que le texte est au centre, l\u2019une des com\u00e9diennes, qui ne joue pas d\u2019autre r\u00f4le dans cette pi\u00e8ce-ci, assise sur le c\u00f4t\u00e9 de la sc\u00e8ne, suit le texte au fur et \u00e0 mesure et corrige r\u00e9guli\u00e8rement les com\u00e9diens. Pour les \u00e9l\u00e8ves pr\u00e9sents dans la salle, le spectacle remplace id\u00e9alement la lecture de la pi\u00e8ce, en un temps record, en pr\u00e9paration d\u2019un test. En revanche, pour les spectateurs connaissant la pi\u00e8ce, il faut admettre que la mise en sc\u00e8ne n\u2019apporte pas grand chose de plus que de nous repasser la captation sonore de la pi\u00e8ce d\u2019origine en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Partant de la conviction que \u00ab&nbsp;Les Moli\u00e8re de Vitez<em>&nbsp;<\/em>? Au fond, ce sont les Moli\u00e8re de tout le monde \u00bb, le Th\u00e9\u00e2tre Permanent se r\u00e9approprie enti\u00e8rement&nbsp;<em>L\u2019Ecole des femmes<\/em>, ne laissant percevoir que difficilement un quelconque lien avec le projet de Vitez. Le jeu exub\u00e9rant et caricatural des com\u00e9diens emp\u00eache de prendre au s\u00e9rieux les enjeux humains et sentimentaux. Il y a un foss\u00e9 entre le projet de Vitez et celui de Gwena\u00ebl Morin&nbsp;: le comique de la pi\u00e8ce originale, loin d\u2019\u00eatre \u00e9vacu\u00e9 ou, du moins, pr\u00e9sent\u00e9 comme secondaire \u00e0 la faveur d\u2019un s\u00e9rieux propice \u00e0 la m\u00e9ditation, est au contraire plac\u00e9 au premier plan et amen\u00e9 tout sauf de mani\u00e8re sensible. Du d\u00e9but \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce, les com\u00e9diens hurlent, vocif\u00e8rent, courent dans tous les sens, se jettent par terre les uns les autres, tapent des pieds, du b\u00e2ton ou de la batte sur la grosse caisse qui rythme les passages d\u2019un acte \u00e0 l\u2019autre, se brutalisent mutuellement dans un brouhaha constant. La volont\u00e9 de transgresser les r\u00e8gles, de faire diff\u00e9remment, en devient elle-m\u00eame excessive. Pour transgresser et montrer qu\u2019on transgresse, faut-il vraiment se d\u00e9shabiller, se mettre tout nu, feindre de d\u00e9f\u00e9quer sur sc\u00e8ne, jouer ou vocaliser des sc\u00e8nes \u00e9rotiques, se jeter des seaux d\u2019eau \u00e0 la figure&nbsp;? En termes de transgression th\u00e9\u00e2trale, on aurait pu imaginer plus subtil.<\/p>\n\n\n\n<p>Gwena\u00ebl Morin dit aimer travailler avec \u00ab&nbsp;l\u2019urgence pour produire un th\u00e9\u00e2tre de l\u2019exc\u00e8s et de l\u2019exag\u00e9ration&nbsp;\u00bb. Il semble que cette ligne directrice, bien qu\u2019elle puisse faire tout l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une d\u00e9marche qui reprend des pi\u00e8ces classiques pour les revisiter et les r\u00e9actualiser de mani\u00e8re \u00e9mancip\u00e9e, pr\u00e9sente \u00e9galement le risque de se retourner contre elle-m\u00eame&nbsp;: l\u2019exc\u00e8s devient banal, voire m\u00eame \u00e9prouvant. Lorsque l\u2019urgence de d\u00e9baller le texte se fait oppressante, une impression de b\u00e2cl\u00e9, de grotesque et de surfait peut na\u00eetre et nous placer, \u00e0 notre tour, dans l\u2019urgence que cela finisse.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 mars 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/margot-prodhom-2\/\">Margot Prod&rsquo;hom<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.saintgervais.ch\/programme\/detail\/les-moliere-de-vitez\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a>\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Moli\u00e8re \/  Mise en sc\u00e8ne de Gwena\u00ebl Morin \/ Les Moliere de Vitez \/ Par le Th\u00e9\u00e2tre Permanent \/ Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais \/ du 14 au 25 mars 2017 \/ Critique par Margot Prod&rsquo;hom.<\/p>\n","protected":false},"author":784,"featured_media":11283,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,8,38],"tags":[186],"class_list":["post-11280","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-maison-saint-gervais","category-spectacle","tag-margot-prodhom"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11280","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/784"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11280"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11280\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20902,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11280\/revisions\/20902"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11283"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11280"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11280"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11280"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}