{"id":11224,"date":"2017-03-22T10:19:49","date_gmt":"2017-03-22T09:19:49","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=11224"},"modified":"2025-02-09T18:03:42","modified_gmt":"2025-02-09T17:03:42","slug":"faust","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2017\/03\/faust\/","title":{"rendered":"Faust"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Faust<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De Johann Wolfgang von Goethe \/ Mise en sc\u00e8ne par Darius Peyamiras \/ La Grange de Dorigny \/ du 16 au 19 mars 2017 \/ Critiques par C\u00e9line Conus et Alicia Cuche. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 mars 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/celine-conus\/\">C\u00e9line Conus<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le diable s\u2019habille en \u2026.<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"533\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/Q65A0980.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11222\" style=\"width:auto;height:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/Q65A0980.jpg 533w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/Q65A0980-113x170.jpg 113w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/Q65A0980-133x200.jpg 133w\" sizes=\"auto, (max-width: 533px) 100vw, 533px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"> \u00a9Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Usine<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;L\u00e0 c\u2019est fini. Comment interpr\u00e9ter tout cela&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Les derniers mots de M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s r\u00e9sonnent encore. La question se pose en effet apr\u00e8s qu\u2019on a assist\u00e9 \u00e0 ce&nbsp;<\/em>Faust<em>&nbsp;qui tisse d\u00e9cid\u00e9ment de nombreux liens avec notre pr\u00e9sent. La mise en sc\u00e8ne de Darius Peyamiras cherche \u00e0 nous rappeler \u00e0 quel point&nbsp;<\/em>Faust<em>&nbsp;nous concerne toujours aujourd\u2019hui&nbsp;: \u0153uvre ouverte au temps qui passe, sa signification et sa port\u00e9e traversent les \u00e9poques.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le public est invit\u00e9 \u00e0 entrer par la sc\u00e8ne et se retrouve, surpris, dans le cabinet de curiosit\u00e9s du Docteur Faust. On d\u00e9couvre ce dernier au travail, plong\u00e9 dans l\u2019\u00e9tude. L\u2019histoire, bien connue, va se d\u00e9rouler irr\u00e9m\u00e9diablement, une fois encore : Faust se perd et perd Marguerite, cette jeune femme innocente qu\u2019il aime et dont il est aim\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une nouvelle traduction, par R. Zahnd, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e pour cette mise en sc\u00e8ne, dont la langue est plus actuelle que dans d\u2019autres versions. Les d\u00e9cors m\u00e9langent grimoires d\u2019antan et technologies d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;: un grand praticable mobile au centre de la sc\u00e8ne, mont\u00e9 sur roulettes, des tables couvertes d\u2019objets de curiosit\u00e9s, divers animaux empaill\u00e9s, de gigantesques globes de bois au sol, plusieurs fioles et bouteilles, un ordinateur, une petite cam\u00e9ra qu\u2019on peut glisser partout pour tout filmer et un grand \u00e9cran au fond de la sc\u00e8ne sur lequel seront projet\u00e9es diff\u00e9rentes images, ou qui permettra des jeux de transparence. Si l\u2019on a un peu de peine \u00e0 entrer dans cette esth\u00e9tique de prime abord, d\u00e9stabilis\u00e9 par ce m\u00e9lange d\u2019ancien et de moderne, ne sachant pas vraiment \u00e0 quelle \u00e9poque situer l\u2019action qui nous est propos\u00e9e, au bout de quelques minutes celle-ci nous happe. L\u2019atmosph\u00e8re cr\u00e9\u00e9e par Darius Peyamiras laisse un sentiment d\u2019\u00e9trange et de fantastique, avec quelque chose d\u2019hallucin\u00e9, le plateau souvent baign\u00e9 dans une l\u00e9g\u00e8re fum\u00e9e. Et puis viennent des moments de chansons : les com\u00e9diens empoignent le micro et chantent, du centre de la sc\u00e8ne, souvent \u00e9clair\u00e9s par une poursuite. Ce faisant, ils livrent leurs \u00e9tats d\u2019\u00e2me&nbsp;: voix velout\u00e9es de cabaret sombre et louche, rock dur infernal, voix plaintive d\u2019une ballade triste. C\u2019est une pause dans l\u2019action, un temps suspendu&nbsp;; ces moments de chant sont assum\u00e9s comme artificiels. En effet, c\u2019est un choix ici que de montrer le micro, dans une esth\u00e9tique proche de la com\u00e9die musicale. On pense aussi au processus brechtien de distanciation, o\u00f9 se brise avec ces chansons la perception lin\u00e9aire et passive du spectacle que pourrait avoir le public. Pari r\u00e9ussi&nbsp;: nous sommes maintenus en \u00e9tat d\u2019attention. Le metteur en sc\u00e8ne le dit&nbsp;: il a cherch\u00e9 \u00e0 \u00ab&nbsp;m\u00e9langer les genres, \u00e0 provoquer des chocs et des surprises narratives&nbsp;\u00bb, int\u00e9ress\u00e9 par \u00ab&nbsp;l\u2019aspect fragmentaire&nbsp;\u00bb de l\u2019\u0153uvre de Goethe, en laissant \u00ab&nbsp;l\u2019interpr\u00e9tation libre et ouverte&nbsp;\u00bb. C\u2019est un parti pris qui fonctionne ici parfaitement&nbsp;: cet aspect fragmentaire que le metteur en sc\u00e8ne a senti et travaill\u00e9 touche en nous tout ce qu\u2019il y a de fragmentaire, nos pens\u00e9es, nos d\u00e9sirs secrets qui s\u2019entrechoquent et cette r\u00e9alit\u00e9, inflexible, qui vient impitoyablement et inlassablement imposer sa loi.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains choix de distribution rel\u00e8vent aussi d\u2019une lecture neuve de l\u2019\u0153uvre de Goethe. On pense notamment \u00e0 M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s, personnage tr\u00e8s attendu. Le diable, habill\u00e9 de noir, est \u2026 une femme&nbsp;! Brillamment incarn\u00e9e par Shin Iglesias, menue, tr\u00e8s mince, anguleuse, aux cheveux d\u2019un noir profond, elle est inqui\u00e9tante et sournoise, d\u00e9rangeante, tordue par son personnage, elle se d\u00e9place sans qu\u2019on puisse la voir ni l\u2019entendre. La voix nasillarde trompe et se joue de Faust avec m\u00e9pris et humour. Cela change du M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s qu\u2019on imaginerait barbu, fort, \u00e9pais, costaud, comme un grand m\u00e9chant. On nous pr\u00e9sente ici un vilain diable maigre et sifflant. Voil\u00e0 qui pourrait en faire rire quelques-uns, mais ce choix de distribution est fort int\u00e9ressant&nbsp;; il ajoute une dimension au personnage, le nuance, lui donne d\u2019autres armes, d\u2019autres atouts, d\u2019autres pulsions. Pour un peu, on tremble qu\u2019elle ne se glisse telle un serpent froid et insidieux parmi le public pour aller y chercher une nouvelle \u00e2me \u00e0 perdre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le choix de faire appara\u00eetre H\u00e9l\u00e8ne de Troie est aussi tr\u00e8s heureux. La reine mythologique, que Goethe fait intervenir dans Faust II seulement, fait ici une incursion et n\u2019a que peu de temps pour venir nous conter son histoire. Venue pour prendre la d\u00e9fense de Marguerite, elle s\u2019empare des minutes qui lui sont donn\u00e9es et simplement, au micro, sans costume, se fait la porte-parole des femmes dans un r\u00e9cit qui transcende l\u2019Histoire et le temps. La voix est alors belle, douce, profonde et touchante. Quand elle l\u00e2che le micro, le public est m\u00e9dus\u00e9 et interpell\u00e9. Ce discours d\u2019un autre temps fait sens encore aujourd\u2019hui. On ne peut s\u2019emp\u00eacher de penser \u00e0 la campagne de publicit\u00e9 d\u2019une grande maison de haute couture qui a fait scandale il y a quelques jours, accus\u00e9e de sexisme et d\u2019incitation au viol\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ce&nbsp;<em>Faust&nbsp;<\/em>enjambe donc d\u2019un seul pas et avec une aisance insolente et d\u00e9solante les 209 ann\u00e9es qui nous s\u00e9parent de sa premi\u00e8re publication. Insolente et d\u00e9solante, car les pr\u00e9occupations de ce cher Docteur Faust sont les m\u00eames que les n\u00f4tres et cette mise en sc\u00e8ne nous le prouve, comme si les personnages de l\u2019histoire n\u2019avaient eu qu\u2019\u00e0 se glisser dans le cadre que leur a propos\u00e9 Darius Peyamiras. La technologie avance tant qu\u2019elle nous devance souvent et on ne peut s\u2019emp\u00eacher de penser \u00e0 Faust quand on lit dans les journaux des r\u00e9cits de folies humaines g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par cette m\u00eame soif que celle qui torture le savant&nbsp;: soif de connaissances et de savoir, soif de progr\u00e8s, de jeunesse, jusqu\u2019\u00e0 se perdre. Ce spectacle parle de nous, cela ne fait aucun doute.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 mars 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/celine-conus\/\">C\u00e9line Conus<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 mars 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/alicia-cuche\/\">Alicia Cuche<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00ab Le Diable est donc un \u00e9go\u00efste \u00bb<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"533\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/Q65A0980.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11222\" style=\"width:auto;height:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/Q65A0980.jpg 533w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/Q65A0980-113x170.jpg 113w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/Q65A0980-133x200.jpg 133w\" sizes=\"auto, (max-width: 533px) 100vw, 533px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"> \u00a9Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Usine<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le&nbsp;<\/em>Faust&nbsp;<em>de Darius Peyamiras met en avant non seulement la d\u00e9ch\u00e9ance du savant tourment\u00e9 mais \u00e9galement le destin des femmes qui peuplent la pi\u00e8ce de Goethe. La soif de connaissance et d\u2019exp\u00e9riences est pr\u00e9sent\u00e9e dans cette mise en sc\u00e8ne comme recherche des plaisirs de la chair. R\u00e9flexion tant sur l\u2019homme que sur la femme, la qu\u00eate faustienne du pouvoir et de la libert\u00e9 absolue prend des tours d\u2019\u00e9gocentrisme o\u00f9 la raison est mutil\u00e9e au profit des pulsions&nbsp;: le partage du savoir est remplac\u00e9 par un commerce des corps.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l\u2019adaptation d\u2019un texte de Blaise Cendrars (<em>Bourlinguer<\/em>&nbsp;en 2013), David Peyamiras nous offre ici \u00e0 savourer une nouvelle perspective sur&nbsp;<em>Faust<\/em>, \u00e0 partir d\u2019une traduction r\u00e9cente command\u00e9e \u00e0 Ren\u00e9 Zahnd et H\u00e9l\u00e8ne Mauler. Apr\u00e8s avoir enchant\u00e9 Vevey, le spectacle est \u00e0 d\u00e9couvrir jusqu\u2019au dimanche 19 mars \u00e0 la Grange de Dorigny.<\/p>\n\n\n\n<p>On entre par l\u2019entr\u00e9e des artistes. En haut des escaliers, un homme \u00e0 chapeau haut-de-forme et queue-de-pie nous invite sur la sc\u00e8ne ou plut\u00f4t au \u00ab&nbsp;cabinet de curiosit\u00e9s&nbsp;\u00bb. L\u00e0, on d\u00e9couvre deux grandes sph\u00e8res de bois, une sc\u00e8ne sur\u00e9lev\u00e9e, des animaux empaill\u00e9s, des ordinateurs, des chandeliers, des costumes sur cintres. Des badauds en tutus, complets blancs ou salopettes d\u00e9ambulent et discutent volontiers avec les spectateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Au milieu de ce d\u00e9cor h\u00e9t\u00e9roclite au croisement d\u2019un cabinet de savant, d\u2019un grenier et d\u2019un bureau&nbsp;<em>high-tech<\/em>, un ange nous d\u00e9signe le cr\u00e9ateur du monde, assis paisiblement en hauteur. Ce dernier discute de Faust, avec un personnage tout de noir v\u00eatu. Le savant devient l\u2019objet d\u2019un pari entre Dieu et le Diable. M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s saura-t-il pervertir cet homme de sciences&nbsp;? Mais, d\u00e9j\u00e0, les limites entre le Bien et le Mal sont remises en cause dans la proposition sc\u00e9nique de Peyamiras&nbsp;: \u00ab&nbsp;le vieux&nbsp;\u00bb auquel M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s rend visite, est-ce Dieu ou Satan&nbsp;? Dieu et Diable ne sont-ils que les deux faces d\u2019une m\u00eame entit\u00e9&nbsp;? Dans sa maison, Faust se d\u00e9sesp\u00e8re des limites de sa connaissance et se pla\u00eet d\u00e9j\u00e0 \u00e0 porter le masque blanc de la mort. Appara\u00eet M\u00e9phisoph\u00e9l\u00e8s, lubrique, \u00e9nergique, effront\u00e9 et \u00e0 l\u2019allure de rockeur. Les deux personnages se mettent d\u2019accord&nbsp;: le diable se mettra au service de Faust dans toutes ses qu\u00eates et ses d\u00e9sirs, si ce dernier le sert \u00e0 son tour apr\u00e8s la mort. Mais doucement, le diable \u00e9loigne le savant des sph\u00e8res intellectuelles pour l\u2019emmener dans le monde de la magie et des sens. L\u2019homme s\u2019\u00e9prend de la belle et sage Marguerite et fera tout pour la conqu\u00e9rir. Il y parviendra avant de la laisser \u00e0 son triste sort de vierge d\u00e9flor\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, contrairement \u00e0 ce qui se passe dans la pi\u00e8ce originale, nul duel ici entre Faust et Valentin, le fr\u00e8re de Marguerite, nul empoisonnement de la m\u00e8re, pas de prude et pieuse Marguerite, ni de grands sentiments amoureux chez Faust. Il n\u2019est pas question d\u2019amour, seulement de d\u00e9sir et de plaisir de la chair. La sexualit\u00e9 est au centre de cette mise en sc\u00e8ne<em>.&nbsp;<\/em>Le d\u00e9sir naissant de Marguerite et celui, imp\u00e9rieux, de Faust se d\u00e9voilent et se satisfont presque sous nos yeux&nbsp;: une jeune femme aguicheuse et g\u00e9missante, de multiples rencontres d\u2019un soir, des hommes entreprenants, une f\u00eate orgiaque, une sc\u00e8ne de masturbation cach\u00e9e d\u2019un simple drap au milieu de la sc\u00e8ne. Faust se r\u00e9v\u00e8le physiquement d\u00e9pendant des attraits de Marguerite, \u00e0 tel point que m\u00eame loin d\u2019elle son d\u00e9sir ne fl\u00e9chit pas. La chute de Faust n\u2019est gu\u00e8re th\u00e9ologique mais plus humaine. Entre les rencontres amoureuses et une luxure sans limites ni regrets, o\u00f9 s\u2019agit-il de simple sexualit\u00e9, quand touche-t-on \u00e0 la d\u00e9bauche, et avec quelles cons\u00e9quences&nbsp;? Est-ce son d\u00e9sir de Marguerite qui condamne la jeune femme \u00e0 la mort ou le fait qu\u2019il l\u2019a abandonn\u00e9e au jugement de ses voisins pour satisfaire des besoins personnels de plus en plus vastes&nbsp;? Si l\u2019attitude de Faust est malsaine, n\u2019est-ce pas par sa qu\u00eate \u00e9go\u00efste des plaisirs de la chair&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le personnage de Marguerite revue par Peyamiras s\u2019assume&nbsp;: elle parle franchement, s\u2019enquiert de son amant, se d\u00e9lecte des bijoux qu\u2019il lui offre. Aime-t-elle Faust&nbsp;? Peut-\u00eatre, mais elle le d\u00e9sire aussi. Cela la m\u00e8nera \u00e0 sa perte&nbsp;: en se donnant \u00e0 un homme, elle devient putain. Un ou douze ou toute une ville, comme le rappelle son fr\u00e8re, quelle diff\u00e9rence&nbsp;? H\u00e9l\u00e8ne de Troie, la belle H\u00e9l\u00e8ne, fait aussi une apparition inattendue. Celle qui, selon le mythe, fut la cause de la guerre et de la destruction de Troie incarne la Femme&nbsp;: d\u00e9sirable, d\u00e9sir\u00e9e et pourtant dont on r\u00e9prime la sexualit\u00e9, car trop dangereuse. Entre putain et Vierge Marie, le choix n\u2019est pas le sien. Elle est toujours l\u2019objet sur lequel se projette le d\u00e9sir et la volont\u00e9 des hommes. La question f\u00e9minine sous-tend toute la mise en sc\u00e8ne de ce&nbsp;<em>Faust<\/em>&nbsp;par la volont\u00e9 d\u2019\u00e9mancipation de Marguerite malgr\u00e9 le danger de d\u00e9ch\u00e9ance sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019intemporalit\u00e9 du propos est soutenue par le d\u00e9cor \u00e0 la fois vieillot et moderne o\u00f9 des loupes \u00e9lectroniques c\u00f4toient de vieux grimoires, par une musique rock dans laquelle s\u2019intercalent des chants allemands traditionnels, et par les multiples sources de lumi\u00e8re&nbsp;: \u00e9cran d\u2019ordinateur, ombres impr\u00e9cises, spots et une bougie, seule dans le noir, qui soudain rappelle le duo privil\u00e9gi\u00e9 du \u00ab&nbsp;Saint-Joseph Charpentier&nbsp;\u00bb de Georges de La Tour.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;L\u00e0 c\u2019est fini, comment interpr\u00e9ter \u00e7a&nbsp;?&nbsp;\u00bb nous demande M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s&nbsp;: bien que le spectacle touche \u00e0 sa fin, quelque chose reste. Comme le silence en musique qui est musique en soi, l\u2019absence ne marque que mieux que quelque chose fut et sera peut-\u00eatre encore\u2026. Mais le diable ne veut pas de ce quelque chose, il veut le n\u00e9ant. Il souffle les chandeliers, les grandes lumi\u00e8res et tout ce qui reste, pour un noir absolu. Et cependant les applaudissements cr\u00e9pitent pour saluer l\u2019interpr\u00e9tation originale et \u00e9nergique de ce&nbsp;<em>Faust.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>16 mars 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/alicia-cuche\/\">Alicia Cuche<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/grangededorigny\/faust\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Johann Wolfgang von Goethe \/ Mise en sc\u00e8ne par Darius Peyamiras \/ La Grange de Dorigny \/ du 16 au 19 mars 2017 \/ Critiques par C\u00e9line Conus et Alicia Cuche.<\/p>\n","protected":false},"author":784,"featured_media":11222,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,5,38],"tags":[179,184],"class_list":["post-11224","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-la-grange","category-spectacle","tag-alicia-cuche","tag-celine-conus"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11224","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/784"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11224"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11224\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20904,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11224\/revisions\/20904"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11222"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11224"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11224"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11224"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}