{"id":11203,"date":"2017-03-19T15:23:58","date_gmt":"2017-03-19T14:23:58","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=11203"},"modified":"2025-02-09T18:04:08","modified_gmt":"2025-02-09T17:04:08","slug":"amour-et-psyche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2017\/03\/amour-et-psyche\/","title":{"rendered":"Amour et Psych\u00e9"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Amour et Psych\u00e9<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">D\u2019apr\u00e8s Moli\u00e8re \/ Mise en sc\u00e8ne Omar Porras \/ Teatro Malandro \/ TKM &#8211; Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau \/ du 14 mars au 9 avril 2017 \/ Critiques par Margot Prod&rsquo;hom et Marek Chojecki. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 mars 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/margot-prodhom-2\/\">Margot Prod&rsquo;hom<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Retour au mythe<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"720\" height=\"468\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/DSC0336-720x468.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11199\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/DSC0336-720x468.jpg 720w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/DSC0336-720x468-250x163.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/DSC0336-720x468-300x195.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/DSC0336-720x468-624x406.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 720px) 100vw, 720px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"> \u00a9TKM<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Mardi 14 mars, c\u2019est devant une salle comble que se levait le rideau sur la premi\u00e8re cr\u00e9ation lausannoise du Teatro Malandro depuis qu\u2019Omar Porras a repris la direction du TKM-Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau. Du jeu d\u2019acteur au dispositif sc\u00e9nique, en passant par l\u2019\u00e9clairage et la pyrotechnie,&nbsp;<\/em>Amour et Psych\u00e9<em>&nbsp;nous ram\u00e8ne au mythe, et d\u00e9voile simultan\u00e9ment \u00e0 nos yeux l\u2019envers du d\u00e9cor, la machinerie humaine et technique qui donne vie au th\u00e9\u00e2tre. Du mythe de Psych\u00e9 au mythe du th\u00e9\u00e2tre, sur un mode dionysiaque.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019intrigue et une partie des dialogues&nbsp;<em>d\u2019Amour et Psych\u00e9<\/em>&nbsp;sont directement repris de la<em>&nbsp;Psych\u00e9&nbsp;<\/em>de Moli\u00e8re, trag\u00e9die-ballet cr\u00e9\u00e9e sur ordre du Roi Louis XIV pour le Carnaval de 1671, avec la collaboration de Pierre Corneille (pour les vers), Philippe Quinault (pour les paroles chant\u00e9es et la musique) et Lully (pour la plainte italienne). Le mythe de Psych\u00e9 \u2013 autrement connue sous le nom de Pandore \u2013 raconte l\u2019histoire d\u2019une mortelle qui, incapable d\u2019aimer aucun homme, s\u2019\u00e9prend profond\u00e9ment de celui qu\u2019elle ignore \u00eatre le dieu Amour. Ce dernier est en fait charg\u00e9 par sa m\u00e8re, V\u00e9nus, de se d\u00e9barrasser de la jeune fille dont la beaut\u00e9 lui fait concurrence. Il va lui aussi succomber \u00e0 ses attraits et tomber fou amoureux d\u2019elle. Lorsque Psych\u00e9, corrompue par ses deux viles, perfides et jalouses soeurs, rompt sa promesse et demande \u00e0 Amour de lui r\u00e9v\u00e9ler son identit\u00e9, les deux amants sont condamn\u00e9s \u00e0 \u00eatre s\u00e9par\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre. Psych\u00e9 d\u00e9fie alors V\u00e9nus en entreprenant d\u2019accomplir les \u00e9preuves que celle-ci lui impose afin de r\u00e9cup\u00e9rer son Amour. La pi\u00e8ce de Moli\u00e8re est n\u00e9anmoins r\u00e9adapt\u00e9e, retravaill\u00e9e chez Porras par la suppression de certains \u00e9l\u00e9ments et l\u2019ajout d\u2019autres, tir\u00e9s de diff\u00e9rentes versions du mythe comme celle de La Fontaine (<em>Les Amours de Psych\u00e9 et de Cupidon<\/em>), de l\u2019op\u00e9ra italien de Francesco Cavalli (<em>Amore innamorato<\/em>), de l\u2019op\u00e9ra fran\u00e7ais de Lully (<em>Psych\u00e9<\/em>), du conte d\u2019Apul\u00e9e (<em>Les M\u00e9tamorphoses<\/em>) versifi\u00e9 par Marino, ou celle de Pedro Calderon de la Barca (<em>Psiquis y Cupido<\/em>). Hormis quelques \u00e9carts effectu\u00e9s pour ajouter au comique, les r\u00e9pliques de la pi\u00e8ce de Moli\u00e8re, dans les sc\u00e8nes conserv\u00e9es, sont respect\u00e9es \u00e0 la lettre. Un peu plus d\u2019une demi-douzaine de sc\u00e8nes (sur vingt-cinq originellement) sont \u00f4t\u00e9es \u2013 ce qui, il faut le reconna\u00eetre, n\u2019enl\u00e8ve rien \u00e0 la clart\u00e9 et \u00e0 la puissance de la fable \u2013 tandis que sont int\u00e9gr\u00e9es, en alternance avec des moments de r\u00e9cit, des sc\u00e8nes pr\u00e9sentant les \u00e9preuves que doit traverser Psych\u00e9 dans sa r\u00e9demption \u2013 dont Moli\u00e8re faisait mention, mais qu\u2019il ne racontait pas. Cette composition ne fait qu\u2019accro\u00eetre la force symbolique de ce mythe&nbsp;: les souffrances endur\u00e9es par et pour l\u2019amour de Psych\u00e9 suscitent chez le spectateur un sentiment fort d\u2019empathie \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette h\u00e9ro\u00efne frapp\u00e9e en plein coeur et racontent ce que l\u2019Amour, lorsqu\u2019il nous touche, peut nous conduire \u00e0 accomplir de beau, mais aussi de douloureux. Omar Porras rejoue Moli\u00e8re en d\u00e9ployant toute la force du mythe qui le sous-tend&nbsp;: il le travaille en mythologie th\u00e9\u00e2trale.<\/p>\n\n\n\n<p>Au commencement \u2013 c\u2019est ce que raconte ici le spectacle \u2013 furent les dieux et les mythes. C\u2019est sur une sc\u00e8ne \u00e0 dimension archa\u00efque, tribale, inond\u00e9e d\u2019une fum\u00e9e renvoyant peut-\u00eatre \u00e0 l\u2019opacit\u00e9 des origines, et aux tonalit\u00e9s dionysiaques que s\u2019ouvre&nbsp;<em>Amour et Psych\u00e9<\/em>. D\u2019embl\u00e9e, la dimension narrative du th\u00e9\u00e2tre, le fait qu\u2019il repr\u00e9sente en racontant des histoires, est mise en abyme&nbsp;: autour d\u2019un feu de camp, dieux, monstres, z\u00e9phyrs et humains se souviennent et racontent, \u00e0 travers un voile rappelant le th\u00e9\u00e2tre des ombres chinoises, le mythe de Pandore, victime des dieux et de l\u2019amour, que l\u2019Amour sauvera. Et puisque les mythes sont \u00e0 la fois les premi\u00e8res histoires par lesquelles les \u00eatres humains sont parvenus \u00e0 donner un sens \u00e0 la vie humaine, aux bonheurs et aux malheurs qui lui sont inh\u00e9rents, mais aussi des r\u00e9cits construits et invent\u00e9s de toute pi\u00e8ce, ce qui se d\u00e9ploie sur sc\u00e8ne est un m\u00e9lange d\u2019univers fictionnel, onirique, une Olympe mat\u00e9rialis\u00e9e, et de machinerie exhib\u00e9e que l\u2019on actionne devant nos yeux. L\u2019Olympe, tout en drap\u00e9s, en dorures, en \u00e9clats de couleurs chaudes, s\u00e9par\u00e9e du monde des mortels par une mer de nuages, \u00e9merge \u00e0 nos regards, au milieu de la sc\u00e8ne, entour\u00e9e du dispositif technique qui lui donne vie. C\u2019est le mythe de Psych\u00e9 que l\u2019on reconstruit en le racontant, et c\u2019est le mythe du th\u00e9\u00e2tre que l\u2019on montre, ce qui fait son essence et son humanit\u00e9. Projecteurs, manivelles, c\u00e2blage, coulisses, techniciens et machinistes, tout y peut \u00eatre vu. Subtilement, entre ce qui est montr\u00e9 et ce qui est cach\u00e9, c\u2019est ce qui fait le processus du th\u00e9\u00e2tre, la construction d\u2019un monde magique mais tangible et vitalis\u00e9 depuis l\u2019envers du d\u00e9cor, de l\u2019imaginaire \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 brute, qui nous est finalement cont\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce porte la double signature et le style singulier Porras&nbsp;: Fredy Porras signe le d\u00e9cor tandis qu\u2019Omar, son fr\u00e8re, en est le ma\u00eetre en sc\u00e8ne. Et la marque de fabrique fait \u00e0 nouveau son effet. Comme dans toutes les cr\u00e9ations du metteur en sc\u00e8ne colombien, notamment celle de&nbsp;<em>La Visite de la vieille dame<\/em>, cr\u00e9\u00e9e en 1993, reprise en 2004 puis pr\u00e9sent\u00e9e au TKM en 2015, le dispositif sc\u00e9nique dans son ensemble est employ\u00e9 pour mettre en valeur le jeu d\u2019acteur, la performance en tant que conscience du corps dans l\u2019espace, pour faire des corps sur sc\u00e8ne un seul et m\u00eame choeur. Car malgr\u00e9 tous les artifices techniques, ce sont les corps eux-m\u00eames qui sont au centre&nbsp;: les costumes, les masques et les d\u00e9cors ne servent qu\u2019\u00e0 permettre \u00e0 la corpor\u00e9it\u00e9 de s\u2019exprimer, de jouer avec elle-m\u00eame, avec celle des autres. Il faut le dire&nbsp;: ce jeu est \u00e9poustouflant de pr\u00e9cision, de finesse, de justesse, de dynamisme et de richesse. Des yeux aux orteils, en passant par la bouche, la voix et les mains, les com\u00e9diens incarnent et font vivre les personnages sur le plateau avec une \u00e9nergie d\u00e9bordante. Les corps aussi parlent du th\u00e9\u00e2tre puisque certains personnages masculins sont jou\u00e9s par des femmes, et inversement, mais qu\u2019il ne s\u2019agit pas de le faire oublier&nbsp;: il s\u2019agit pr\u00e9cis\u00e9ment de jouer, et de montrer qu\u2019on joue.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019utilisation des masques, quant \u00e0 elle, \u2013 qui fait la r\u00e9putation et la singularit\u00e9 des mises en sc\u00e8nes pr\u00e9c\u00e9dentes d\u2019Omar Porras \u2013 est ici &nbsp;rare, mais lorsqu\u2019ils apparaissent sur le plateau, les masques contribuent avec les autres accessoires \u00e0 creuser la profondeur du mythe de Psych\u00e9 et sont \u00e9galement mis au service de la r\u00e9flexion transversale sur ce qu\u2019est le th\u00e9\u00e2tre. Les personnages qui ne portent ni masque, ni ailes, et qui ne se dressent pas sur des \u00e9chasses, sont ceux qui sont \u00e9pris d\u2019amour&nbsp;: Psych\u00e9, les deux princes Cl\u00e9om\u00e8ne et Ag\u00e9nor \u2013 et le dieu Amour lorsque, pris au pi\u00e8ge de son propre pouvoir, il appara\u00eet \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce d\u00e9nu\u00e9 de ses artifices. &nbsp;Sa nudit\u00e9 \u2013 qui contraste alors avec le costume Louis XIV qu\u2019il portait jusque l\u00e0 \u2013 nous rappelle, \u00e0 l\u2019occasion, que m\u00eame les dieux ne sont pas exempts des dangers de l\u2019amour. Les masques sont port\u00e9s \u00e0 bout de bras par les com\u00e9diens lorsqu\u2019ils racontent l\u2019intrigue, ils laissent para\u00eetre les visages, font changer les identit\u00e9s, les personnages devenant successivement narrateurs et objets de la narration. Ils permettent de jouer sur l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 entre le drame et la narration. Ils sont finalement \u00e0 l\u2019articulation de deux r\u00e9alit\u00e9s&nbsp;: celle o\u00f9 l\u2019on raconte le mythe, le th\u00e9\u00e2tre, et celle du mythe, de la fiction.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Omar Porras, le th\u00e9\u00e2tre doit faire r\u00eaver, voyager dans l\u2019imaginaire, mais aussi faire rire. Il nous transmet la passion du th\u00e9\u00e2tre, le d\u00e9ployant dans tout son aspect dionysiaque, mettant en sc\u00e8ne l\u2019ivresse qu\u2019il procure, en exhibant, avec une rigueur exigeante et une grande subtilit\u00e9, l\u2019amour du jeu, l\u2019amour du rire dans le jeu, gr\u00e2ce \u00e0 un mythe qui fonde, dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, la grandeur de l\u2019Amour.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 mars 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/margot-prodhom-2\/\">Margot Prod&rsquo;hom<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 mars 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/marek-chojecki\/\">Marek Chojecki<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019\u00e9quilibre des surprises<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"720\" height=\"468\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/DSC3782-720x468.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11253\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/DSC3782-720x468.jpg 720w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/DSC3782-720x468-250x163.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/DSC3782-720x468-300x195.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/DSC3782-720x468-624x406.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 720px) 100vw, 720px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"> \u00a9 Maria Del Curto<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Un vrai travail d\u2019\u00e9quilibriste. La derni\u00e8re cr\u00e9ation du Teatro Malandro propose la relecture d\u2019une trag\u00e9die-ballet de Moli\u00e8re,&nbsp;<\/em>Amour et Psych\u00e9<em>, en cherchant \u00e0 rendre accessible en 2017 ce texte peu connu qui fut repr\u00e9sent\u00e9 en 1671.&nbsp; Un dispositif sc\u00e9nique dont on peut voir les machineries, ouvert \u00e0 la vue de tous, et pourtant plein de surprises. Du jeu naturel au surjou\u00e9, du comique au tragique, des vers \u00e0 la prose, de l\u2019explosion de lumi\u00e8res jusqu\u2019au noir total, ici chaque proposition sc\u00e9nique conna\u00eet son contrepoids, chaque direction vient avec son contraire, tout juste entre le \u00ab&nbsp;trop&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;pas assez&nbsp;\u00bb. L\u2019\u00e9quilibre entre Amour et Psych\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour sa premi\u00e8re cr\u00e9ation au sein du TKM dont il est le directeur depuis 2015, Omar Porras a choisi&nbsp;<em>Psych\u00e9<\/em>, \u00e9crite conjointement par Moli\u00e8re, Corneille et Quinault. Le sujet est inspir\u00e9 de la mythologie grecque&nbsp;: une mortelle, Psych\u00e9, par sa beaut\u00e9 rend jalouse V\u00e9nus, la d\u00e9esse de la beaut\u00e9 elle-m\u00eame. Pour se venger, la d\u00e9esse envoie son fils, Amour, contraindre la jeune fille \u00e0 aimer une cr\u00e9ature hideuse. Mais Amour s\u2019\u00e9prend de Psych\u00e9. Cette histoire d\u2019amour entre une mortelle et un dieu est finalement d\u00e9truite par la jalousie des s\u0153urs de Psych\u00e9. V\u00e9nus, dans l\u2019espoir de se d\u00e9barrasser de Psych\u00e9, ordonne \u00e0 la mortelle diverses taches pour retrouver son amant, toutes plus difficiles les unes que les autres, jusqu\u2019\u00e0 un voyage aux Enfers. Un long chemin de r\u00e9demption jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019intervention de Jupiter r\u00e9unisse \u00e0 nouveau le couple.<\/p>\n\n\n\n<p>Le XVIIe si\u00e8cle, la mythologie grecque&nbsp;: le texte a d\u00e9j\u00e0 de quoi faire voyager les spectateurs contemporains \u00e0 travers le temps. Pourtant Omar Porras \u00e9largit encore le parcours de ce voyage, et nous fait traverser toutes les \u00e9poques . Tout commence autour d\u2019un feu de camp, autour duquel un chef d\u2019une tribu nomade commence \u00e0 conter l\u2019histoire de Psych\u00e9. C\u2019est ensuite la cour fran\u00e7aise et le classicisme qui sont \u00e0 l\u2019honneur&nbsp;: robes, perruques, maquillage. Le monde grec appara\u00eet lorsqu\u2019un hoplite messager apporte la grave nouvelle de l\u2019oracle annon\u00e7ant que Psych\u00e9 se mariera avec un monstre. L\u2019esth\u00e9tique Renaissance surgit aussi dans le jeu des acteurs qui par moment se fige, offrant ainsi des tableaux vivants qui rappellent des angelots de Rapha\u00ebl, ou encore \u00ab&nbsp;La cr\u00e9ation d\u2019Adam&nbsp;\u00bb de Michel-Ange. Et l\u2019\u00e9poque contemporaine&nbsp;? Un univers \u00e0 la Tolkien semble se dessiner sur sc\u00e8ne&nbsp;: Psych\u00e9 a tout d\u2019une elfe vivant dans une for\u00eat sauvage, les princes semblent \u00eatre des Hobbits qui, pieds nus, s\u2019\u00e9lancent pour l\u2019aider, alors que le monstre, le terrifiant dragon, n\u2019est autre que l\u2019Amour. Un m\u00e9lange tr\u00e8s dense, mais qui garde un \u00e9quilibre, puisqu\u2019aucune de ces \u00e9poques ne semble dominer les autres. C\u2019est un assemblage temporel qui, comme le mythe, assume sa distance avec le spectateur, tout en donnant aux spectateurs l\u2019impression qu\u2019ils regardent toujours quelque chose de familier.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre la cr\u00e9ation d\u2019une fiction et le rappel de l\u2019illusion th\u00e9\u00e2trale se cr\u00e9e aussi un autre jeu d\u2019\u00e9quilibre. L\u2019espace de jeu o\u00f9 se d\u00e9roule l\u2019essentiel de l\u2019action est r\u00e9duit \u00e0 un carr\u00e9 en bois sur\u00e9lev\u00e9, \u00e0 l\u2019avant-sc\u00e8ne. Sur les c\u00f4t\u00e9s, et \u00e0 la vue du spectateur, toute l\u2019installation technique&nbsp;: les lumi\u00e8res, des c\u00e2bles, mais aussi des moulinets et des cordes reli\u00e9s aux d\u00e9cors et manipul\u00e9s par les acteurs eux-m\u00eames. M\u00eame les changements de costumes se font souvent directement sur sc\u00e8ne. Omar Porras rappelle au spectateur qu\u2019il est au th\u00e9\u00e2tre et ne cherche pas toujours \u00e0 construire un quatri\u00e8me mur&nbsp;; certaines sc\u00e8nes sont m\u00eame \u00e0 l\u2019adresse directe du spectateur. Mais cela n\u2019\u00e9carte pas pour autant le spectateur de l\u2019histoire de Psych\u00e9, qui garde toute son intensit\u00e9&nbsp;: nous n\u2019en sommes distraits que pour mieux nous y replonger.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte lui-m\u00eame est un \u00e9quilibre entre le sc\u00e9nario de Moli\u00e8re, les vers de Corneille et les interm\u00e8des de Quinault. Son interpr\u00e9tation est ici orient\u00e9e vers un jeu naturel, \u00e0 en faire oublier les rimes. Mais, l\u00e0 aussi, il s\u2019agit d\u2019une direction qui trouve son contrepoids avec des vers rajout\u00e9s qui, mis en exergue, rappellent \u00e0 l\u2019exc\u00e8s la pr\u00e9sence de la versification classique, par exemple lorsque les princes racontent leur propre mort en s\u2019exclamant \u00ab&nbsp;nous tomb\u00eemes dans l\u2019ab\u00eeme&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Impossible de ne pas rire \u00e9galement lorsque les exclamations caract\u00e9ristiques des textes classiques (\u00ab&nbsp;Oh ciel&nbsp;!&nbsp;\u00bb) sont interpr\u00e9t\u00e9es avec tant d\u2019exag\u00e9ration lors de la mort de Psych\u00e9. Humour,donc, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, mais aspect tragique aussi parfois. Le personnage de V\u00e9nus soumet Psych\u00e9 \u00e0 des t\u00e2ches quasi impossibles, comme affronter le dragon de la fontaine de Jouvence ou descendre aux Enfers, dans des ambiances des plus inqui\u00e9tantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette lecture contemporaine de&nbsp;<em>Psych\u00e9<\/em>&nbsp;par Omar Porras comporte plusieurs changements par rapport \u00e0 la pi\u00e8ce originale&nbsp;: certaines sc\u00e8nes sont modifi\u00e9es, d\u2019autres sont coup\u00e9es, notamment toute la partie dans\u00e9e, des passages d\u2019autres \u0153uvres sont ins\u00e9r\u00e9s. Cette trag\u00e9die-ballet initialement pr\u00e9vue pour une dur\u00e9e de cinq heures est ici r\u00e9duite \u00e0 une heure et demie. Pourtant,on reconna\u00eet la pi\u00e8ce originale. La proposition sc\u00e9nique permet un acc\u00e8s facile \u00e0 ce texte peu connu, tout en gardant une distance&nbsp;: elle ne propose pas de d\u00e9placement vers un contexte actuel. Une mise en sc\u00e8ne qui permet au public apr\u00e8s avoir vu une pi\u00e8ce classique \u00e0 sujet grec de sortir du th\u00e9\u00e2tre avec l\u2019impression d\u2019avoir lu Tolkien.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>14 mars 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/marek-chojecki\/\">Marek Chojecki<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.t-km.ch\/representation\/amour-et-psyche\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019apr\u00e8s Moli\u00e8re \/ Mise en sc\u00e8ne Omar Porras \/ Teatro Malandro \/ TKM &#8211; Th\u00e9\u00e2tre Kl\u00e9ber-M\u00e9leau \/ du 14 mars au 9 avril 2017 \/ Critiques par Margot Prod&rsquo;hom et Marek Chojecki.<\/p>\n","protected":false},"author":784,"featured_media":11204,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,170],"tags":[188,186],"class_list":["post-11203","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-tkm-theatre-kleber-meleau","tag-marek-chojecki","tag-margot-prodhom"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11203","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/784"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11203"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11203\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20908,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11203\/revisions\/20908"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11204"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11203"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11203"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11203"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}