{"id":11116,"date":"2017-03-07T00:55:40","date_gmt":"2017-03-06T23:55:40","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=11116"},"modified":"2025-02-09T18:06:05","modified_gmt":"2025-02-09T17:06:05","slug":"reve-et-folie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2017\/03\/reve-et-folie\/","title":{"rendered":"R\u00eave et folie"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">R\u00eave et folie<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">De\u00a0Georg Trakl \/ Mise en sc\u00e8ne de Claude R\u00e9gy \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 28 f\u00e9vrier au 4 mars 2017 \/ Textes par J\u00e9r\u00e9my Berthoud, C\u00e9line Conus, Thomas Cordova, Jehanne Denogent, Ivan Garcia, Margot Prod\u2019hom, Artemisia Romano, Basile Seppey et Joanne Vaudroz. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>28 f\u00e9vrier 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jeremy-berthoud\/\">J\u00e9r\u00e9my Berthoud<\/a>, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/celine-conus\/\">C\u00e9line Conus<\/a>, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thomas-pereira-cordova\/\">Thomas Cordova<\/a>, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jehanne-denogent\/\">Jehanne Denogent<\/a>, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a>, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/margot-prodhom-2\/\">Margot Prod\u2019hom<\/a>, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/artemisia-romano\/\">Artemisia Romano<\/a>, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/basile-seppey\/\">Basile Seppey<\/a> et <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/joanne-vaudroz\/\">Joanne Vaudroz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Cinquante nuances de sombre<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/214-REVE-ET-FOLIE-\u252c\u00aePascal-Victor-2016-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11094\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/214-REVE-ET-FOLIE-\u252c\u00aePascal-Victor-2016-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/214-REVE-ET-FOLIE-\u252c\u00aePascal-Victor-2016-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/214-REVE-ET-FOLIE-\u252c\u00aePascal-Victor-2016-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/214-REVE-ET-FOLIE-\u252c\u00aePascal-Victor-2016-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/214-REVE-ET-FOLIE-\u252c\u00aePascal-Victor-2016-624x416.jpg 624w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/03\/214-REVE-ET-FOLIE-\u252c\u00aePascal-Victor-2016.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00aePascal Victor 2016<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le texte qui suit est issu d\u2019un exercice guid\u00e9 de critique cr\u00e9ative sur le spectacle de Claude R\u00e9gy. Il est compos\u00e9 d\u2019une s\u00e9lection d\u2019extraits de neuf propositions.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas un spectacle. Ce n\u2019est pas une histoire. Ce n\u2019est pas un jeu. Il n\u2019y a que les pens\u00e9es qui traversent les t\u00eates. Des souvenirs qui sont rappel\u00e9s. Il y a une voix et des couleurs, des sensations. Une transe. Un courant \u00e9lectrique et des sons. Je sens. Je pars. Un d\u00e9lire, des phrases\u2026. Cauchemars d\u2019enfants. Une transe. De la g\u00eane, de la vergogne. Soudain des rires emp\u00each\u00e9s qui r\u00e9pondent aux g\u00e9missements de l\u2019\u00e2me en peine. Pourquoi rire&nbsp;ainsi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte violent&nbsp;: pourpre, bleu, ombre, cimeti\u00e8re, gorge, bouche, caverne, mort. Il tourne en boucle, en forme de litanie. Une transe. La voix plane et se pose parfois dans les t\u00eates, comme un oiseau de malheur. Pourquoi s\u2019imposer cela, me dis-je. Mais la voix poursuit. Impossible de s\u2019extraire de cette gangue.&nbsp; Soudain l\u2019ennui et l\u2019envie d\u2019\u00e9chapper \u00e0 tout cela. Une peur de la contagion de tous ces mots, de toutes ces phrases sordides et de ce corps donn\u00e9 \u00e0 voir, lent et tordu. Une transe comme un sort en train d\u2019\u00eatre jet\u00e9. Et la r\u00e9sistance s\u2019\u00e9puise peu \u00e0 peu et rend les armes.&nbsp;<em>Cela<\/em>&nbsp;se sent.&nbsp; L\u2019atmosph\u00e8re se l\u00e2che. Se laisser faire sans savoir pourquoi, sans pouvoir faire autrement. Admirer m\u00eame cette violence impudique, cette \u00e2me nue et brute qui ose se montrer. Ne pas savoir quoi dire ni penser. Ne plus vouloir y retourner. Le d\u00e9sir d\u2019y \u00e9chapper. La pulsion de vie raviv\u00e9e ainsi par la mort qui appara\u00eet sans voile et sans d\u00e9guisement. Ce paradoxe comme voie de salut, car il faut en sortir indemne.&nbsp;<em>(C. C.)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>**<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jour de sang. Une lumi\u00e8re blafarde luit en attendant la fin de la souffrance. Le temps s\u2019est ralenti, enlis\u00e9, enfonc\u00e9. Le corps n\u2019ob\u00e9it plus, il viole et rampe dans le silence d\u2019une vieille \u00e9glise sans vitraux.<\/p>\n\n\n\n<p>Jour de cendre. B\u00eate affreuse, il erre dans la rue avec ses copains les d\u00e9mons. Il esp\u00e8re qu\u2019un Dieu descendra du ciel. Mais l\u2019attente est longue. O\u00f9 est la joie? Sa voix s\u2019amplifie, en un cri path\u00e9tique. Il n\u2019y a plus rien \u00e0 perdre, plus rien \u00e0 gagner.<\/p>\n\n\n\n<p>Jour de sens. Il a lu trop de romans. Dans ses yeux un reflet fugace et indicible d\u2019une mort qu\u2019il ne m\u00e9rite pas et d\u2019une vie qu\u2019il n\u2019a jamais eue, et pour laquelle il n\u2019a jamais lutt\u00e9. Parce qu\u2019on l\u2019a exclu pour sa diff\u00e9rence. Parce qu\u2019avec son imagination d\u00e9bordante d\u2019enfant g\u00e2t\u00e9 violeur r\u00e9cidiviste, il \u00e9corchait des chats sur une terre consacr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Jour de vent. L\u2019aurore luit une derni\u00e8re fois. \u00d4 insupportable souffrance, personne ne veut de toi ni chez les vivants ni chez les morts. Tu devrais te faire une raison. Mais non. Tu pr\u00e9f\u00e8res chercher une autre proie. Ainsi va la vie.&nbsp;<em>(J. B.)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>**<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 que le moment pendant lequel le public a attendu que la lumi\u00e8re s\u2019\u00e9teigne sur les gradins et que la pi\u00e8ce commence a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s long, plus long que d\u2019ordinaire, que ce moment a \u00e9t\u00e9 tellement long que j\u2019ai cru que la lumi\u00e8re ne s\u2019allumerait jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 que le com\u00e9dien bougeait comme au ralenti, levant les bras, faisant de grands pas, marchant comme un pantin d\u00e9sarticul\u00e9, mais crisp\u00e9, rouill\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 qu\u2019il avait l\u2019expression d\u2019un fou, d\u2019un n\u00e9vrotique, d\u2019un extasi\u00e9, la bouche grande ouverte, les yeux \u00e9carquill\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 qu\u2019il paraissait parfois en pleine extase d\u2019un bonheur qui lui tirait tous les traits, et parfois dans une souffrance si intense qu\u2019elle lui crispait le visage.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 avoir pens\u00e9 pour cette raison que la pi\u00e8ce aurait d\u00fb s\u2019appeler \u00ab Cauchemar et n\u00e9vrose \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 que le plateau \u00e9tait recouvert d\u2019un arc de cercle, en toile peut-\u00eatre.&nbsp;<em>(M. P.)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>**<\/p>\n\n\n\n<p>Cinquante nuances de sombre. Les limites de la raison ou l\u2019inabordable&nbsp;: cet espace obscur o\u00f9 les mots n\u2019ont plus cet attachement serein avec le monde. C\u2019est dans cet endroit inconfortable pour l\u2019esprit que Claude R\u00e9gy nous emm\u00e8ne, avec pour turbulent v\u00e9hicule les textes de Georg Trakl.&nbsp; L\u2019entr\u00e9e en mati\u00e8re se fait m\u00e9ditative. Un saut dans l\u2019ombre, si l\u2019on peut dire, mais en douceur. Pas de \u00ab&nbsp;triple-axel-bouc-piqu\u00e9&nbsp;\u00bb furieux et resplendissant non, c\u2019est un plongeon tout en fluidit\u00e9 et presque torpeur dans une liquidit\u00e9 t\u00e9n\u00e9breuse. Mot d\u2019ordre&nbsp;: le silence&nbsp;; d\u00e9cor&nbsp;: l\u2019obscurit\u00e9. On entend la respiration de son voisin, les gargouillis fam\u00e9liques de quelques-uns.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce, l\u2019obscurit\u00e9, le silence. Sur sc\u00e8ne une forme fantomatique se dessine vaguement, lumi\u00e8re laiteuse presque flottante difficile \u00e0 distinguer. Elle s\u2019approche et d\u2019une voix plaintive se fait le passeur des mots de l\u2019artiste allemand Trakl. Impossible de lui donner une identit\u00e9, une forme coh\u00e9rente, elle n\u2019est aucun personnage sinon une voix, sinon une po\u00e9sie en prose qui survole notre r\u00eave collectif. Un r\u00eave avec lequel Claude R\u00e9gy tente de dessiner la carte d\u2019un espace aux abords de la conscience en jouant sur les limites du langage. Un langage coh\u00e9rent mais qui ne dit rien du r\u00e9el, qui exhibe sa nature symbolique. Ainsi nous voil\u00e0 au travers de l\u2019\u0153uvre, balanc\u00e9s entre deux p\u00f4les de notre humanit\u00e9, \u00e0 onduler entre bestialit\u00e9 et symbolisme. Tout un jeu entre la folie et le r\u00eave.&nbsp;<em>(T. C.)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>**<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019attente est longue. Un faisceau vert et des mouvements \u00e9tranges perturbent notre champ visuel. Mes yeux sont d\u00e9rang\u00e9s, ma r\u00e9tine ne peut saisir compl\u00e8tement les formes. Mon cerveau tente de saisir mouvements et jeux de lumi\u00e8re. L\u2019homme se d\u00e9place sur sc\u00e8ne, se pliant, se tordant. Bien d\u2019autres gestes que je peine \u00e0 percevoir. Trop de vert, trop d\u2019obscurit\u00e9, la sensation n\u2019est pas agr\u00e9able. J\u2019entends \u00ab&nbsp;viol, enfant, cris, hurlements&nbsp;\u00bb. Je ne comprends pas, mais ce n\u2019est pas grave. Je visionne la sc\u00e8ne comme un film muet, faisant un va-et-vient entre ma vue et mon arri\u00e8re-monde de la pens\u00e9e. En quittant la sc\u00e8ne, l\u2019acteur avait un petit air de Rocky, non ?&nbsp;<em>(I. G.)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>**<\/p>\n\n\n\n<p>En la selve obscure. Une fois de plus, au cr\u00e9puscule, les sons s\u2019\u00e9gr\u00e8nent et son corps, nou\u00e9 comme suspendu, s\u2019\u00e9gare. Avant qu\u2019ils n\u2019achoppent dans le froid, le golem tourne ses yeux bistr\u00e9s encore avides. Il g\u00e9mit, veule et gueulard.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019aigre salive des crapauds a diapr\u00e9 son front d\u2019une dentelle fuligineuse et des guttules, purpurines et lact\u00e9es, s\u00e8chent sur ses cuisses gonfl\u00e9es. Au long des rainures de ses ailes d\u00e9chir\u00e9es glisse une eau, toujours verte et juteuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a d\u00fb quitter l\u2019int\u00e9rieur de la nef, cet \u00e9crin lumineux qu\u2019arcs et arr\u00eates festonnent. Il a fui cette forge o\u00f9 le vieil orgue hal\u00e8te, o\u00f9 les crucifix clou\u00e9s aux murs sont autant d\u2019oiseaux noirs. Depuis lors il se perd dans cette for\u00eat de pinacles et de contreforts qui d\u00e9chiquettent la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant ruissellent autour de lui les vomissures de ses fr\u00e8res aveugles. Il se souvient des joues rutilantes de l\u2019enfant et du bruit chaud de la nuque d\u2019un chat sauvage sous ses doigts convuls\u00e9s. Mais le souvenir de sa race br\u00fble ses muscles d\u2019airain et de son \u0153il torve la gargouille perce une derni\u00e8re fois le vide.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa grimace raconte enfin les escaliers sombres, les venelles alti\u00e8res et venteuses qui ont scand\u00e9 son supplice. Et tandis que sa peur l\u2019avale, que ternit sa souffrance, l\u2019h\u00e9ritier maudit suit du regard la main absente de son p\u00e8re. Alors le reflet de sa s\u0153ur se morcelle et sa langue blette luit, immobile, au-dessus de la bourgade qui hier encore rissolait au soleil.&nbsp;<em>(B. S.)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>**<\/p>\n\n\n\n<p>Le son de sa voix m\u2019impr\u00e8gne de fa\u00e7on intense apr\u00e8s ces minutes pass\u00e9es dans le noir, le silence cr\u00e9ant une sorte de d\u00e9multiplication des sens. Un fond sonore, toujours r\u00e9gulier, et des gestes corporels en tension, voire tremblants. Le com\u00e9dien est dans l\u2019exercice m\u00eame du texte. Il m\u00e8ne une forme de combat avec les mots, qui semblent l\u2019impr\u00e9gner dans sa propre mat\u00e9rialit\u00e9. Il para\u00eet \u00e9prouv\u00e9 par le texte.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019approche lentement pour nous saluer, et semble \u00e9puis\u00e9 de la performance qui a eu lieu. Il s\u2019en va presque en boitant, nous laissant dans l\u2019obscurit\u00e9 du commencement.&nbsp;<em>(A. R.)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>**<\/p>\n\n\n\n<p>Les traits de son visage sont tir\u00e9s. Congestionn\u00e9s m\u00eame. Souriant. Grima\u00e7ant. Sourire grima\u00e7ant. Il semble en proie \u00e0 une intense \u00e9motion. Sa bouche s\u2019\u00e9largit comme pour laisser \u00e9chapper un cri. Inarticul\u00e9. Serait-ce en fait un sourire&nbsp;? Cette figure d\u2019agonie me glace. Elle me rappelle les peintures de Yue Minjun, un artiste chinois, qui repr\u00e9sentent des hommes aux faces color\u00e9es en rose b\u00e9b\u00e9, rieuses, terribles. Comme pour \u00e9chapper \u00e0 la censure, les visages affichent un optimisme hypocrite et forc\u00e9. Forc\u00e9 jusqu\u2019au grotesque. Que peut bien cacher cet homme devant moi&nbsp;? De la douleur, c\u2019est certain. Du remords aussi, je crois comprendre. La censure n\u2019est pas chez lui une force impos\u00e9e de l\u2019ext\u00e9rieur. Elle est interne, compos\u00e9e d\u2019oubli et de honte. Inhibante. Angoissante. Comme un guerrier japonais, il se bat contre son pass\u00e9. Comme un skieur, il slalome entre les souvenirs. Comme un nageur, il remonte \u00e0 contre-courant. Sous l\u2019effort, ses jambes fl\u00e9chissent, son dos ploie. La lutte intestine tord son corps et son visage.&nbsp;<em>(J. D.)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>**<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens de l\u2019euphorie des gens dans la file d\u2019attente avant de d\u00e9couvrir l\u2019ultime pi\u00e8ce de Claude R\u00e9gy.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens de ce spectre paraissant si loin et se rapprochant si pr\u00e8s du public, comme s\u2019il se tenait au-dessus de moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens de son visage, de ses expressions terribles, d\u2019une bouche qui se tordait de douleur. Je me souviens que cela a suscit\u00e9 au fond de moi un m\u00e9lange d\u2019effroi et de compassion pour cet homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens que la torsion de sa bouche faisait \u00e9cho \u00e0 des mouvements de son corps tr\u00e8s \u00e9tranges. Le personnage se retrouvait dans des positions abracadabrantes qui sugg\u00e9raient l\u2019endolorissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens qu\u2019il marquait un temps d\u2019attente dans chaque posture affligeante.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne me souviens pas du contenu de ce texte d\u00e9cousu.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens des variations sonores de sa voix et je me souviens des frissons ressentis en entendant soudain une voix \u00e2pre sortir de ce corps agenouill\u00e9 sur le devant de la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens m\u2019\u00eatre assoupie, laissant passer le flot de paroles dans ma t\u00eate sans vouloir m\u2019y accrocher, y chercher un sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens des applaudissements ininterrompus, des salutations par trois fois d\u2019un homme revenant doucement \u00e0 lui, \u00e0 nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens d\u2019un mot me traversant l\u2019esprit \u00e0 la sortie du th\u00e9\u00e2tre&nbsp;:&nbsp;<em>exp\u00e9rience<\/em>.&nbsp;<em>(J. V.)<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>28 f\u00e9vrier 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jeremy-berthoud\/\">J\u00e9r\u00e9my Berthoud<\/a>, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/celine-conus\/\">C\u00e9line Conus<\/a>, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/thomas-pereira-cordova\/\">Thomas Cordova<\/a>, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jehanne-denogent\/\">Jehanne Denogent<\/a>, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/ivan-garcia\/\">Ivan Garcia<\/a>, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/margot-prodhom-2\/\">Margot Prod\u2019hom<\/a>, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/artemisia-romano\/\">Artemisia Romano<\/a>, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/basile-seppey\/\">Basile Seppey<\/a> et <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/joanne-vaudroz\/\">Joanne Vaudroz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.vidy.ch\/reve-et-folie\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De\u00a0Georg Trakl \/ Mise en sc\u00e8ne de Claude R\u00e9gy \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 28 f\u00e9vrier au 4 mars 2017 \/ Textes par J\u00e9r\u00e9my Berthoud, C\u00e9line Conus, Thomas Cordova, Jehanne Denogent, Ivan Garcia, Margot Prod\u2019hom, Artemisia Romano, Basile Seppey et Joanne Vaudroz.<\/p>\n","protected":false},"author":784,"featured_media":11118,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[187,177,184,176,22,175,178,186,183],"class_list":["post-11116","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-artemisia-romano","tag-basile-seppey","tag-celine-conus","tag-ivan-garcia","tag-jehanne-denogent","tag-jeremy-berthoud","tag-joanne-vaudroz","tag-margot-prodhom","tag-thomas-cordova"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11116","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/784"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11116"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11116\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20932,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11116\/revisions\/20932"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11118"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11116"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11116"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11116"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}