{"id":10971,"date":"2017-01-17T20:59:03","date_gmt":"2017-01-17T19:59:03","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=10971"},"modified":"2025-02-09T18:07:58","modified_gmt":"2025-02-09T17:07:58","slug":"tokaido","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2017\/01\/tokaido\/","title":{"rendered":"Toka\u00efdo"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-post-title\">Toka\u00efdo<\/h2>\n\n<div class=\"wp-block-post-excerpt\"><p class=\"wp-block-post-excerpt__excerpt\">Toka\u00efdo \/ de Fred Mudry et Pierre Mifsud \/ Petith\u00e9\u00e2tre de Sion \/ du 12 au 22 janvier 2017 \/ Critique par Basile Seppey. <\/p><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>12 janvier 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/basile-seppey\/\">Basile Seppey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un Japon<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2017\/01\/tokaido2-F-Mihit.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10966\" style=\"object-fit:cover\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9F\u00e9licie Mihit<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong><em>Le Japon est toujours plus ou moins \u00e0 la mode. Il b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un statut \u00e9trange, celui d\u2019autre, de diff\u00e9rent, de d\u00e9paysant mais sans jamais devenir inconfortable. Comme un envers d\u2019ici, mais pas compl\u00e8tement. Des grandes villes aussi, mais des baguettes. Des vieux villages dans les montagnes, mais des bambous. Fred Mudry et Pierre Mifsud nous entrainent dans leur Japon, celui o\u00f9 ils n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au Petit Th\u00e9\u00e2tre de Sion, on a une mani\u00e8re bien particuli\u00e8re de pr\u00e9senter les spectacles. Dans la salle du haut, o\u00f9 se tiennent le bar, la caisse, quelques tables et chaises, juste avant la repr\u00e9sentation, les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignent et quelques com\u00e9diens montent sur une sc\u00e8ne minuscule pour nous livrer un \u00ab&nbsp;d\u00e9chir\u00e9 de rideau&nbsp;\u00bb. C\u2019est une sayn\u00e8te d\u2019une dizaine de minutes, souvent dr\u00f4le, toujours li\u00e9e au spectacle \u00e0 venir, qui tout en \u00e9vitant l\u2019aride pr\u00e9sentation didactique, cr\u00e9e un v\u00e9ritable sas permettant une entr\u00e9e optimale dans la pi\u00e8ce pr\u00e9sent\u00e9e. Si d\u2019abord ce sont Fred, Alain Mudry ou encore Pierre Mifsud eux-m\u00eames qui ont jou\u00e9 ces \u00ab&nbsp;d\u00e9chir\u00e9s de rideau&nbsp;\u00bb, depuis quelques temps, la t\u00e2che incombe \u00e0 des migrants domicili\u00e9s \u00e0 Sion, accompagn\u00e9s par les intervenant du projet&nbsp;<em>Ateliers 11<\/em>. Ainsi, toutes les repr\u00e9sentations de&nbsp;<em>Toka\u00efdo<\/em>&nbsp;seront pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es du r\u00e9cit du p\u00e9riple de Resa et de sa famille&nbsp;: un petit d\u00e9tour, en somme, de l\u2019Afghanistan jusqu\u2019\u00e0 Sion avant d\u2019emprunter la fameuse route qui relie Edo \u00e0 Kyoto.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant tout voyage, il convient de v\u00e9rifier si les bagages contiennent bien tous les objets dont l\u2019utilisation peut s\u2019av\u00e9rer n\u00e9cessaire. Aussi, le spectacle commence par une pr\u00e9sentation au public de chaque \u00e9l\u00e9ment pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne. On passe donc en revue une multitude de bo\u00eetes, install\u00e9es de mani\u00e8re \u00e0 repr\u00e9senter une sculpture japonaise, chacune contenant un accessoire, plus ou moins japanisant, dont il sera fait usage plus tard. Puis on s\u2019arr\u00eate sur les trois bandes de papier au fond de la sc\u00e8ne, qui feront office de coulisses lors d\u2019un travestissement ou d\u2019une ellipse avant de nous pr\u00e9senter les diff\u00e9rentes couleurs choisies pour l\u2019\u00e9clairage en nous donnant leur code RVB, d\u00e9clenchant par la m\u00eame occasion, \u00ab&nbsp;\u00e0 vide&nbsp;\u00bb, les effets visuels et sonores qui jalonneront la pi\u00e8ce. Puis les com\u00e9diens se pr\u00e9sentent eux-m\u00eames, habill\u00e9s, hormis leurs chaussures, \u00e0 la mode occidentale, et nous livrent alors, directement, sans trop de fioritures, la gen\u00e8se et le projet de&nbsp;<em>Toka\u00efdo<\/em>, \u00e0 savoir raconter un voyage au Japon qu\u2019ils n\u2019ont pu effectuer pour de myst\u00e9rieuses raisons.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute cette partie d\u2019introduction, adress\u00e9e de mani\u00e8re simple et directe au public, qui pourrait sembler au premier abord r\u00e9barbative, est principalement assum\u00e9e par un Pierre Mifsud aussi captivant et affable que dans ses&nbsp;<em>Conf\u00e9rences de choses<\/em>. Avec un langage ch\u00e2ti\u00e9, presque mani\u00e9r\u00e9, il parvient, en nommant et commentant de mani\u00e8re \u00e0 la fois pr\u00e9cise et vaine des objets visibles et communs, \u00e0 rendre une certaine vacuit\u00e9 du langage, un certain absurde des formules \u00e9vid\u00e9es, le comique du bavardage.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9but semble fonctionner comme un repas japonais que l\u2019on cuisine devant vous. On vous pr\u00e9sente d\u2019abord les diff\u00e9rents ingr\u00e9dients de la recette et le spectacle commence. Ce qui, au d\u00e9but, nous paraissait familier, nous laissait dubitatifs, emport\u00e9 dans la dynamique avou\u00e9e de la repr\u00e9sentation, se go\u00fbtera et s\u2019appr\u00e9ciera comme quelque chose d\u2019exotique, de typique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour pallier leur voyage avort\u00e9, les deux com\u00e9diens choisissent d\u2019emprunter dans un premier temps la trame d\u2019une \u0153uvre litt\u00e9raire japonaise intitul\u00e9e&nbsp;<em>\u00c0 la force du mollet sur le Toka\u00efdo (1802-22)<\/em>&nbsp;de Jippensha Ikku. Elle met en sc\u00e8ne deux comp\u00e8res, Yaji et Kita qui d\u00e9cident d\u2019emprunter la longue route du Toka\u00efdo qui relie Edo, l\u2019ancien Tokyo, \u00e0 Kyoto. Mais bient\u00f4t d\u2019autres fictions, exclusivement japonaises, viennent s\u2019imbriquer au sein des diff\u00e9rentes tribulations des deux compagnons. On fera autant appel \u00e0 des films de Kurosawa qu\u2019\u00e0 ceux, plus r\u00e9cents, d\u2019Hitoshi Matsumoto, et l\u2019on aura recours \u00e9galement \u00e0 de nombreux contes et l\u00e9gendes traditionnels aussi bien qu\u2019\u00e0 des mythes plus modernes comme celui de Tetsuo, l\u2019homme-robot.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019image des bo\u00eetes que l\u2019on ouvre et que l\u2019on referme pour s\u2019emparer d\u2019un accessoire, ces fictions ench\u00e2ss\u00e9es comme des poup\u00e9es russes seront sans cesse soumises \u00e0 des ruptures d\u2019illusion, sous la forme de rappels du nom que le com\u00e9dien porte \u00e0 ce moment o\u00f9 des commentaires \u00e9mis par celui-ci envers son personnage. Cependant, ces ruptures ne peuvent \u00eatre r\u00e9duites \u00e0 leur fonction didactique&nbsp;: le jeu qui les investit, tout en facilitant la compr\u00e9hension et l\u2019encha\u00eenement des histoires, les rends comiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces fictions enchev\u00eatr\u00e9es ne se contentent pas d\u2019\u00e9voquer un japon dr\u00f4le et absurde, elles renvoient \u00e9galement par le biais de mises en abymes \u00e0 leur propre repr\u00e9sentation, au th\u00e9\u00e2tre&nbsp;: un samoura\u00ef accompagn\u00e9 de sa fille, captur\u00e9 par le Clan du Poulpe, doit, pendant trente jours, essayer de faire sourire un enfant triste, sous peine de devoir se suicider.<\/p>\n\n\n\n<p>Les liaisons des diff\u00e9rents \u00e9pisodes lors desquels se succ\u00e8dent le chant, la danse et le jeu rel\u00e8vent d\u2019une \u00e9trange po\u00e9sie. Aussi, les com\u00e9diens ont fait le choix de miser sur la souplesse de notre imagination&nbsp;: au \u00ab&nbsp;pourquoi&nbsp;? \u00bb est suppl\u00e9\u00e9 le \u00ab&nbsp;pourquoi pas&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Et c\u2019est ce qui permet \u00e0 la pi\u00e8ce, si le public se sent d\u2019humeur \u00e0 suivre les com\u00e9diens, s\u2019il en \u00ab&nbsp;est d\u2019accord&nbsp;\u00bb, de mettre en sc\u00e8ne un vrai Japon fantasm\u00e9. \u00c0 la pratique du th\u00e9\u00e2tre documentaire, pointilleuse et jamais qu\u2019arrang\u00e9e, \u00e0 une sacro-sainte v\u00e9rit\u00e9, Fred Mudry et Pierre Mifsud ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 un mode de repr\u00e9sentation qui s\u2019avoue en tant que tel, proche de la fiction, du conte. L\u2019exotisme, l\u2019efficacit\u00e9 du spectacle semble d\u2019ailleurs surtout reposer sur sa mise en sc\u00e8ne. Il suffit de quelques rares mots japonais, quelques sons, quelques mimiques pour semer dans nos esprit une suite d\u2019estampes d\u2019Hiroshige, pour cr\u00e9er tout un monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout en simplicit\u00e9, en l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, Pierre Mifsud et Fred Mudry racontent et montrent avec talent un Japon de livres, de films et de r\u00eaves. Ils parviennent, comme les migrants qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s, \u00e0 rendre imaginable, \u00e0 partager, avec un minimum de moyens et beaucoup d\u2019humour, un p\u00e9riple dans l\u2019inconnu, un ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>12 janvier 2017<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/basile-seppey\/\">Basile Seppey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.petitheatre.ch\/spectacle\/05-tokaido\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Toka\u00efdo \/  de Fred Mudry et Pierre Mifsud \/ Petith\u00e9\u00e2tre de Sion \/ du 12 au 22 janvier 2017 \/ Critique par Basile Seppey.<\/p>\n","protected":false},"author":1293,"featured_media":10967,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,122,38],"tags":[177],"class_list":["post-10971","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-petitheatre-sion","category-spectacle","tag-basile-seppey"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10971","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1293"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10971"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10971\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21041,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10971\/revisions\/21041"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10967"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10971"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10971"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10971"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}