{"id":10781,"date":"2016-12-11T11:59:38","date_gmt":"2016-12-11T10:59:38","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=10781"},"modified":"2025-02-09T18:10:10","modified_gmt":"2025-02-09T17:10:10","slug":"combat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2016\/12\/combat\/","title":{"rendered":"Combat"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Combat<\/h2>\n\n\n<p>Performance de<em> Sonia Rickli Performance Company \/ Th\u00e9\u00e2tre les Halles \u00e0 Sierre \/ du 8 au 18 d\u00e9cembre 2016 \/ Critique par Basile Seppey.<\/em><\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un d\u00e9placement avantageux<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>11 d\u00e9cembre 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/basile-seppey\/\">Basile Seppey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"798\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/12\/2b2f052d-a11e-4eca-a357-a0ad8118c941.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10778\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/12\/2b2f052d-a11e-4eca-a357-a0ad8118c941.jpg 798w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/12\/2b2f052d-a11e-4eca-a357-a0ad8118c941-170x170.jpg 170w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/12\/2b2f052d-a11e-4eca-a357-a0ad8118c941-200x200.jpg 200w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/12\/2b2f052d-a11e-4eca-a357-a0ad8118c941-768x770.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/12\/2b2f052d-a11e-4eca-a357-a0ad8118c941-624x626.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 798px) 100vw, 798px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 TLH SIerre<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>J\u2019\u00e9tais finalement bien content de m\u2019\u00eatre d\u00e9plac\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 Sierre pour ce spectacle. Je l\u2019avoue, au d\u00e9but, j\u2019\u00e9tais un poil ti\u00e8de \u00e0 l\u2019id\u00e9e de voir quelque chose sur le patois et les modzons. Le mot \u00ab&nbsp;performance&nbsp;\u00bb, dans le programme me rassurant un petit peu, je d\u00e9cidai de risquer le voyage. Et bien m\u2019en a pris, figurez-vous, parce que oui, il y avait du patois, mais pas que\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En ce temps-l\u00e0, les f\u00e9es cotoyaient les bergers. Elles \u00e9taient particuli\u00e8rement friandes du lait, ti\u00e8de lui aussi, \u00e0 peine sorti du pis des vaches. Ils avaient donc pris l\u2019habitude, chaque matin, d\u2019en laisser un bol, sur le rebord de la fen\u00eatre. Un jour, une jeune f\u00e9e tomba amoureuse d\u2019un berger nomm\u00e9 Mima \u2013 ce qui, en patois, signifie&nbsp;<em>moi-m\u00eame<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Mima \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fianc\u00e9 \u00e0 une fille de son village qu\u2019il projetait d\u2019\u00e9pouser au printemps prochain. Aussi, pour se d\u00e9barasser de l\u2019importune, il rempla\u00e7a le lait ti\u00e8de par du lait br\u00fblant. La jeune innocente se br\u00fbla atrocement le visage. Ses s\u0153urs, alert\u00e9es par ses cris, accoururent et lui demand\u00e8rent qui donc l\u2019avait d\u00e9figur\u00e9e de la sorte.&nbsp;<em>C\u2019est Mima<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous venez de lire une des historiettes qu\u2019il vous sera donn\u00e9 d\u2019entendre dans&nbsp;<em>Combat<\/em>. On y parle patois, fran\u00e7ais, ou l\u2019on ne dit rien, sans pour autant cesser de parler. La pi\u00e8ce est une ar\u00e8ne, carr\u00e9e, le public occupant chacun des c\u00f4t\u00e9s, au sein de laquelle s\u2019affrontent deux femmes, deux langues, deux modes de repr\u00e9sentation sc\u00e9nique.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, le fran\u00e7ais, langue d\u2019avenir autrefois, que l\u2019on apprend \u00e0 l\u2019\u00e9cole pour avoir un m\u00e9tier, pour avoir quelque chose. Une langue \u00e9crite aussi, comme celles qui nous ont permis de conna\u00eetre ce que plus intelligents ont dit avant nous, qui nous ont permis de ne pas toujours recommencer \u00e0 z\u00e9ro.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019autre, le patois, le mythe d\u2019une langue naturelle, cratylienne, \u00e0 la po\u00e9sie diablement efficace, comme travaill\u00e9e, ponc\u00e9e, cisel\u00e9e depuis des temps imm\u00e9moriaux. Une langue orale, la plus juste peut-\u00eatre parce qu\u2019uniquement v\u00e9cue, comme ces vieilles expressions qui, parce qu\u2019elles rendent parfaitement l\u2019exp\u00e9rience, ont travers\u00e9 des milliers de bouches \u2013 depuis Hom\u00e8re peut-\u00eatre \u2013 sans jamais s\u2019avilir.<\/p>\n\n\n\n<p>Au milieu le silence, celui qui p\u00e8se et qui r\u00f4de entre les duellistes, qui rythme, qui scande la confrontation, qui commence et qui termine. Tandis que la lumi\u00e8re sculpte l\u2019espace de l\u2019ar\u00e8ne, la musique de Brice Catherin transpose l\u2019affrontement, le joue d\u00e9j\u00e0, m\u00ealant le son d\u2019un violoncelle \u00e0 divers bruits enregistr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre longtemps observ\u00e9es, Sonia Rickli et Karelle M\u00e9nine, la patoisanne et l\u2019auteure, se rencontrent, se confrontent, combattent. Le patois occupe le centre, le fran\u00e7ais tourne autour de lui, dans l\u2019ombre, se glissant presque dans le public, curieux, jaugeant son fier adversaire. Les langues sont tir\u00e9es, la parole s\u2019envole de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fran\u00e7ais rappelle alors \u00e9trangement le christianisme, qui dut lutter \u00e9galement, dans l\u2019antique Rome, contre les autres sectes, les cultes \u00e0 myst\u00e8res, Mithra, Isis. L\u2019affrontement se d\u00e9ploie \u00e9galement \u00e0 un autre niveau, celui du mode de repr\u00e9sentation. Le patois devient le vecteur d\u2019une performance, d\u2019un acte physique, souvent silencieux, fusion du jeu et du r\u00e9el, tandis que le fran\u00e7ais, litt\u00e9raire, se d\u00e9ploie d\u2019abord par la fiction, la fable. L\u2019une montre, l\u2019autre raconte. Cette ar\u00e8ne est le th\u00e9\u00e2tre. Un lieu o\u00f9 les com\u00e9diens racontent et montrent quelque chose. On y oscille continuellement entre son et mati\u00e8re, on voyage entre le nuage racont\u00e9 et la brume laiss\u00e9e par le bois de santal br\u00fbl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux langues, convaincues d\u2019avoir trouv\u00e9 adversaire \u00e0 leur mesure, finissent par charger, avides de gloire, belles dans l\u2019effort, les mamelles roides. Alors l\u2019affrontement les \u00e9l\u00e8ve toutes deux, le noir et le silence se font \u00e0 nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette pi\u00e8ce magnifique, loin de relever de la promotion born\u00e9e d\u2019un patriotisme ou d\u2019un folklorisme quelconque, invite vivement \u00e0 la pluriculturalit\u00e9. Il ne peut y avoir de tel&nbsp;<em>combat<\/em>&nbsp;sans ouverture, sans respect mutuel des adversaires, sans quoi aucun mouvement ascendant ne na\u00eetrait de cette dynamique duelle. C\u2019est dans l\u2019\u00e9cart des langues, dans leur confrontation qu\u2019il faut chercher \u00e0 combler la \u00ab&nbsp;perversit\u00e9&nbsp;\u00bb, dirait Mallarm\u00e9, de ces derni\u00e8res, \u00e0 changer son point de vue pour se retrouver. Alors peut on effectuer un \u00ab&nbsp;d\u00e9placement avantageux&nbsp;\u00bb&nbsp;car \u00ab&nbsp;on ne voit presque jamais si s\u00fbrement un mot que de dehors, o\u00f9 nous sommes&nbsp;: c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019\u00e9tranger&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>11 d\u00e9cembre 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/basile-seppey\/\">Basile Seppey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/tlh-sierre.ch\/Home\/Event\/215\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Performance de Sonia Rickli Performance Company \/ Th\u00e9\u00e2tre les Halles \u00e0 Sierre \/ du 8 au 18 d\u00e9cembre 2016 \/ Critique par Basile Seppey.<\/p>\n","protected":false},"author":784,"featured_media":10778,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,14],"tags":[177],"class_list":["post-10781","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-les-halles","tag-basile-seppey"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10781","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/784"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10781"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10781\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20951,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10781\/revisions\/20951"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10778"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10781"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10781"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10781"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}