{"id":10693,"date":"2016-11-26T13:22:54","date_gmt":"2016-11-26T12:22:54","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=10693"},"modified":"2025-02-09T18:11:37","modified_gmt":"2025-02-09T17:11:37","slug":"morbydes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2016\/11\/morbydes\/","title":{"rendered":"Morb(y)des"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Morb(y)des<\/h2>\n\n\n<p>De S\u00e9bastien David \/ mise en sc\u00e8ne Manon Kr\u00fcttli \/ Poche, Gen\u00e8ve \/ du 21 novembre au 29 janvier 2017 \/ Critiques par Kendra Simons et Sarah Simon.\u00a0<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Po\u00e9sie d\u2019\u00e9gout<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 novembre 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/kendra-simons\/\">Kendra Simons<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/11\/20161118-POCHE-MORBYDES-\u252c\u00aeSAMUEL-RUBIO-18-HR.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10691\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/11\/20161118-POCHE-MORBYDES-\u252c\u00aeSAMUEL-RUBIO-18-HR.jpg 1200w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/11\/20161118-POCHE-MORBYDES-\u252c\u00aeSAMUEL-RUBIO-18-HR-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/11\/20161118-POCHE-MORBYDES-\u252c\u00aeSAMUEL-RUBIO-18-HR-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/11\/20161118-POCHE-MORBYDES-\u252c\u00aeSAMUEL-RUBIO-18-HR-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/11\/20161118-POCHE-MORBYDES-\u252c\u00aeSAMUEL-RUBIO-18-HR-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/11\/20161118-POCHE-MORBYDES-\u252c\u00aeSAMUEL-RUBIO-18-HR-624x416.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00aeSamuel Rubio<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Une pi\u00e8ce qui nous fait descendre au demi sous-sol, pour aller dans le trou, voir ce qui se cache dans les \u00e9gouts symboliques des laiss\u00e9s-pour-compte par la soci\u00e9t\u00e9. Y vivent deux s\u0153urs qui tentent de ne pas voir les immondices, chacune \u00e0 sa mani\u00e8re. En filigrane du monstrueux se dessine une po\u00e9sie de la fragilit\u00e9. Un spectacle qui marque.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>St\u00e9phany (\u00ab&nbsp;avec un \u2018y\u2019&nbsp;\u00bb) d\u00e9lire devant son micro. Dans une de ses nombreuses envol\u00e9es kitch-\u00e9th\u00e9r\u00e9es, qui rythment le spectacle sur la musique de Moby, elle devient cette fois les \u00e9gouts de Montr\u00e9al. Avec cet \u00e9trange&nbsp;<em>je<\/em>&nbsp;lyrique \u2013 \u00ab&nbsp;Moi chuis les \u00e9gouts&nbsp;\u00bb \u2013 elle nous narre l\u2019aventure \u00e9pique d\u2019un rat qui, en croquant une pilule antid\u00e9pressive charri\u00e9e par la fange, trouve soudainement un sens \u00e0 sa vie, tandis que les humains qui marchent au-dessus de lui cherchent encore.<\/p>\n\n\n\n<p>La pilule appartenait \u00e0 Sa S\u0153ur. Contrairement \u00e0 St\u00e9phany, elle ne s\u2019\u00e9chappe pas sur des forums internet ou en marchant dans les rues la nuit. Elle a une autre strat\u00e9gie&nbsp;: pos\u00e9e sur le canap\u00e9 depuis une \u00e9ternit\u00e9, elle regarde la t\u00e9l\u00e9vision et la commente \u00e0 coup de jurons qu\u00e9b\u00e9cois.<\/p>\n\n\n\n<p>Si cette pilule, de m\u00eame que les autres de sa plaquette, a fini dans les toilettes puis dans les \u00e9gouts, c\u2019est \u00e0 cause Kevyn (\u00ab&nbsp;avec un \u2018y\u2019&nbsp;\u00bb). Mais pour comprendre exactement pourquoi, il faudrait imaginer ce personnage, parler d\u2019un m\u00e9lange de forum virtuel et de r\u00e9alit\u00e9 glauque, de silence effac\u00e9 et d\u2019ombre omnipr\u00e9sente. Et surtout, il faudrait \u00e9voquer tous ces \u00ab&nbsp;y&nbsp;\u00bb, \u00e9nigme de la pi\u00e8ce, qui reste \u00e0 d\u00e9chiffrer m\u00eame apr\u00e8s l\u2019avoir vue&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Les acteurs incarnant ces trois personnages, respectivement Charlotte Dumartherey, R\u00e9becca Balestra et Fran\u00e7ois Revaclier, r\u00e9alisent ici une v\u00e9ritable performance th\u00e9\u00e2trale. Avec le travail des corps \u2013 affal\u00e9s, bondissants ou rigides \u2013, avec le travail des voix \u2013 geignantes, na\u00efves ou murmur\u00e9es \u2013, ils fa\u00e7onnent pour chaque personnage un petit monde en soi, une \u00ab&nbsp;couche de r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb comme l\u2019\u00e9voque Kevyn, qu\u2019ils portent avec eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le visuel du spectacle contribue \u00e0 modeler ces \u00ab&nbsp;couches de r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;: deux grands cadres blancs et carr\u00e9s remplissent toute l\u2019avant-sc\u00e8ne, tandis qu\u2019une multitude de ballons blancs transparents, de diff\u00e9rentes tailles, tapissent le sol jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arri\u00e8re-sc\u00e8ne. Le fond de sc\u00e8ne est un mur \u00e9pais qu\u2019on prendrait presque pour un vrai mur de sous-sol, avec les tuyaux, les lourdes portes, le blanc massif. Un effet abstrait et plastique se d\u00e9gage de l\u2019ensemble, travaill\u00e9 dans les moindres d\u00e9tails&nbsp;: le costume-peau de Sa S\u0153ur, rempli de ballons&nbsp;; le costume-peau de St\u00e9phany, qui nous fait voir \u00e0 travers le gros pull de l\u2019ob\u00e8se une silhouette fine ; les lumi\u00e8res tant\u00f4t crues et violentes, tant\u00f4t color\u00e9es et douces. Pas de nourriture sur sc\u00e8ne, ni de canap\u00e9. Seulement ces ballons blancs. Pas de t\u00e9l\u00e9vision ou d\u2019ordinateur non plus, le regard-public suffit. Tout est \u00e9pur\u00e9 et stylis\u00e9. Chacune son cadre blanc&nbsp;: Sa S\u0153ur \u00e0 gauche, affal\u00e9e dans les ballons&nbsp;; St\u00e9phany \u00e0 droite, s\u2019agitant dans tous les recoins de son cadre.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 produite sur place, par le Poche \/GVE, dans le cadre de la formule&nbsp;<em>sloop<\/em>, un mode de cr\u00e9ation au temps court de r\u00e9p\u00e9tition et au temps long de repr\u00e9sentation, favorisant la recherche sc\u00e9nique, le jeu vivant et la cr\u00e9ation collective. Avec trois autres spectacles, dont&nbsp;<em>Unit\u00e9 mod\u00e8le<\/em>, \u00e9galement mis en sc\u00e8ne par Manon Kr\u00fcttli, elle int\u00e8gre le&nbsp;<em>Sloop3_i-monsters<\/em>&nbsp;qui raconte \u00ab&nbsp;les crises de l\u2019intime contemporain&nbsp;\u00bb&nbsp;: les&nbsp;<em>i-monsters<\/em>, comme St\u00e9phany et Sa S\u0153ur, sont \u00ab&nbsp;les d\u00e9mons que l\u2019on porte en nous&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;avatars monstrueux tapis dans des recoins de plus en plus retranch\u00e9s de nos \u00eatres, qui nous d\u00e9rangent et nous emp\u00eachent de correspondre-\u00e0, de nous fondre-dans, d\u2019\u00eatre reconnus-comme&nbsp;\u00bb, selon Manon Kr\u00fcttli.<\/p>\n\n\n\n<p>On retiendra des&nbsp;<em>Morb(y)des&nbsp;<\/em>surtout l\u2019humour, malgr\u00e9 un public touch\u00e9 qui ne rit pas beaucoup. Le d\u00e9calage entre cet \u00eatre braillant affal\u00e9 sur ses bulles, cette fille trop enthousiaste en manque de r\u00eave et cet individu grand et sombre qui ne dit mot, fait tout de m\u00eame rire un peu. Le plus dr\u00f4le est le jeu avec la langue, avec&nbsp;<em>les<\/em>&nbsp;langues&nbsp;puisque s\u2019y c\u00f4toient et s\u2019y rudoient le fran\u00e7ais, le qu\u00e9b\u00e9cois et l\u2019anglais. Le texte de S\u00e9bastien David sait jongler avec les mots&nbsp;: \u00ab&nbsp;SA S\u0152UR. Tu m\u2019as faite peur \/ T\u2019es tomb\u00e9e \/ Pi \u00e7\u2019a faite bang \/ STE?PHANY, encore sonn\u00e9e. Le Big Bang \/ SA S\u0152UR. Non \u00e7\u2019a juste faite bang&nbsp;\u00bb. Trouvant un chemin jusqu\u2019au spectateur, l\u2019humour transmet peut-\u00eatre la douleur de ne pas exister vraiment, dans cette bulle d\u2019un demi sous-sol. La fragilit\u00e9 humaine est exprim\u00e9e \u00e0 travers toute la subtilit\u00e9 de la po\u00e9sie visuelle et, davantage encore, \u00e0 travers ces tournures qu\u00e9b\u00e9coises qui vous claquent \u00e0 la figure en toute sinc\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 novembre 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/kendra-simons\/\">Kendra Simons<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Exister dans un monde qui nous efface<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 novembre 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/sarah-simon\/\">Sarah Simon<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"800\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/11\/20161118-POCHE-MORBYDES-\u252c\u00aeSAMUEL-RUBIO-37-a-HR.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10697\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/11\/20161118-POCHE-MORBYDES-\u252c\u00aeSAMUEL-RUBIO-37-a-HR.jpg 1200w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/11\/20161118-POCHE-MORBYDES-\u252c\u00aeSAMUEL-RUBIO-37-a-HR-250x167.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/11\/20161118-POCHE-MORBYDES-\u252c\u00aeSAMUEL-RUBIO-37-a-HR-300x200.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/11\/20161118-POCHE-MORBYDES-\u252c\u00aeSAMUEL-RUBIO-37-a-HR-768x512.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/11\/20161118-POCHE-MORBYDES-\u252c\u00aeSAMUEL-RUBIO-37-a-HR-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/11\/20161118-POCHE-MORBYDES-\u252c\u00aeSAMUEL-RUBIO-37-a-HR-624x416.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00aeSamuel Rubio<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Salut bande de Freaks&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Montr\u00e9al. Deux s\u0153urs tentent d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019ennui. L\u2019une se gave de t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 et de junk food, l\u2019autre est r\u00eaveuse et essaie d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de communiquer avec le monde ext\u00e9rieur. La pi\u00e8ce nous embarque dans un voyage virtuel, entre r\u00eave, r\u00e9alit\u00e9 et hallucinations, questionnant ainsi des angoisses qui sont profond\u00e9ment contemporaines.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Noir&nbsp;! Chu l\u2019univers, chu faite d\u2019atomes\u2026&nbsp;\u00bb. Stefany r\u00eave, elle est tomb\u00e9e parce qu\u2019elle ne mange plus. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la demi-paroi qui s\u00e9pare la sc\u00e8ne en deux, Sa S\u0153ur, Magali, une coupe de cheveux \u00e0 la Amy Winehouse, avachie sur un sol couvert de ballons, devant une t\u00e9l\u00e9vision imaginaire, la tire de son \u00e9vanouissement d\u2019une voix forte \u00e0 l\u2019accent qu\u00e9b\u00e9cois. Ainsi s\u2019ouvre&nbsp;<em>Les Morb(y)des<\/em>. Cette pi\u00e8ce fait partie d\u2019un \u00ab&nbsp;sloop&nbsp;\u00bb&nbsp;: peu d\u2019acteurs, peu de metteurs en sc\u00e8ne, peu de r\u00e9p\u00e9titions et diff\u00e9rents spectacles repr\u00e9sent\u00e9s pendant plusieurs semaines par une m\u00eame \u00e9quipe, c\u2019est le pari du Poche. Hier soir,&nbsp;<em>Les Morb(y)des<\/em>&nbsp;\u00e9tait jou\u00e9 individuellement, mais ce Sloop 3, intitul\u00e9&nbsp;<em>i-monster<\/em>s, se compl\u00e8te par trois autres spectacles qu\u2019on peut voir par deux le week-end.<\/p>\n\n\n\n<p>La lumi\u00e8re est parfois aveuglante, rouge, dansante, imitant la t\u00e9l\u00e9vision ou parfois presque inexistante. Les personnages font face au public et lui donnent tour \u00e0 tour le r\u00f4le de t\u00e9l\u00e9vision, de communaut\u00e9 internet ou m\u00eame celui du chanteur Moby. Nous sommes le m\u00e9dia qui permet aux deux s\u0153urs de communiquer avec l\u2019ext\u00e9rieur et m\u00eame d\u2019exister. Sans nous, elles n\u2019ont plus de raison d\u2019\u00eatre. Finalement, leur questionnement est tr\u00e8s typique de notre \u00e9poque : comment faire pour exister&nbsp;? Qu\u2019est-ce que dispara\u00eetre dans un monde virtuel o\u00f9 nous ne sommes que des \u00ab&nbsp;PrincesseL\u00e9\u00efa250&nbsp;\u00bb, des anonymes, si vivants dans cet univers paradoxal et si d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s et seuls dans la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;? Alors que Sa S\u0153ur s\u2019est r\u00e9sign\u00e9e \u00e0 faire partie du canap\u00e9 et m\u00eame, \u00e0&nbsp;<em>devenir&nbsp;<\/em>le canap\u00e9, Stefany essaie d\u2019\u00e9chapper \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9. Elle r\u00eave de dispara\u00eetre. Elle ne mange plus, essaie de s\u2019effacer et fantasme sur un meurtrier qui s\u00e9vit dans les quartiers de Montr\u00e9al.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout l\u2019int\u00e9r\u00eat de la pi\u00e8ce est de cacher ces questionnements tragiques de l\u2019existence derri\u00e8re une tonalit\u00e9 extr\u00eamement comique. Le langage qu\u00e9b\u00e9cois, les disputes des s\u0153urs, et m\u00eame Kevyn, le scout internaute traumatis\u00e9, sont ludiques, amusants. Le texte fait rire \u00e0 travers les \u00e9changes des deux s\u0153urs aux personnalit\u00e9s exub\u00e9rantes, &nbsp;tandis que le personnage de Kevyn, grave, incarne la d\u00e9ception qui survient lorsque le filtre de l\u2019\u00e9cran dispara\u00eet et laisse voir la r\u00e9alit\u00e9. Son comique repose sur le contraste le plus total avec les fantasmes et id\u00e9alisations de Stefany \u00e0 son \u00e9gard.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce se cl\u00f4t dans un tourbillon de folie avec un souhait contre-nature qui va pourtant de pair avec notre monde : dispara\u00eetre. La pi\u00e8ce illustre le choc entre r\u00e9el et virtuel qui nous efface tous en tant qu\u2019individus de la vraie vie. Magali en oublie m\u00eame son nom, Stefany n\u2019est plus capable de faire la diff\u00e9rence entre Sa S\u0153ur et un canap\u00e9, ni entre du sang et du \u00ab&nbsp;coke&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On a bien ri, mais on sort du spectacle avec une sensation d\u00e9sagr\u00e9able qui plane encore un peu au-dessus de nous, lorsqu\u2019on voit tous ces t\u00e9l\u00e9phones portables dans la rue, utilis\u00e9s comme des lignes de vie, reliant des anonymes \u00e0 leur existence. La question de notre individualit\u00e9 dans cette soci\u00e9t\u00e9 des communaut\u00e9s internet, soulev\u00e9e par la repr\u00e9sentation, reste sans r\u00e9ponse unique. Le r\u00f4le cathartique du th\u00e9\u00e2tre est parfaitement exploit\u00e9&nbsp;: le spectateur repart la t\u00eate pleine de r\u00e9flexions, avec une illustration extr\u00eame de ce qui&nbsp;<em>peut&nbsp;<\/em>se passer dans un tel cadre et une proposition de sens. D\u2019ailleurs, afin de pousser le questionnement plus loin, pourquoi ne pas retrouver les m\u00eames acteurs pour voyager dans les autres r\u00e9alit\u00e9s \u00e0 la carte du sloop&nbsp;<em>i-monsters&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>26 novembre 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/sarah-simon\/\">Sarah Simon<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/poche---gve.ch\/spectacle\/les-morbydes\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De S\u00e9bastien David \/ mise en sc\u00e8ne Manon Kr\u00fcttli \/ Poche, Gen\u00e8ve \/ du 21 novembre au 29 janvier 2017 \/ Critiques par Kendra Simons et Sarah Simon.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":784,"featured_media":10689,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,171,38],"tags":[180,185],"class_list":["post-10693","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-le-poche","category-spectacle","tag-kendra-simons","tag-sarah-simon"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10693","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/784"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10693"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10693\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20973,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10693\/revisions\/20973"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10689"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10693"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10693"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10693"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}