{"id":10457,"date":"2016-10-29T10:51:06","date_gmt":"2016-10-29T08:51:06","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=10457"},"modified":"2025-02-09T18:14:47","modified_gmt":"2025-02-09T17:14:47","slug":"voyage-a-tokyo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2016\/10\/voyage-a-tokyo\/","title":{"rendered":"Voyage \u00e0 Tokyo"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Voyage \u00e0 Tokyo<\/h2>\n\n\n<p>Mise en sc\u00e8ne Dorian Rossel \/ TPR \/ du 27 au 30 octobre 2016 \/ Critique par Kendra Simons.<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le vide qui est plein<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>29 octobre 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/kendra-simons\/\">Kendra Simons<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"250\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/une_de_mag_par_rodolphe_gonzalez_20.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10455\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/une_de_mag_par_rodolphe_gonzalez_20.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/une_de_mag_par_rodolphe_gonzalez_20-204x170.jpg 204w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/une_de_mag_par_rodolphe_gonzalez_20-240x200.jpg 240w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Rodolphe Gonzalez<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Le TPR accueille ce week-end la Cie STT (SuperTropTop) pour&nbsp;<\/em>Voyage \u00e0 Tokyo<em>. Dorian Rossel, qui pratique beaucoup l\u2019adaptation (roman, BD, cin\u00e9ma), avait d\u00e9j\u00e0 explor\u00e9 la culture japonaise en adaptant au th\u00e9\u00e2tre le manga&nbsp;<\/em>Quartier lointain<em>&nbsp;en 2009. Il transpose cette fois au th\u00e9\u00e2tre le film de Yasujir? Ozu (<\/em>Voyage \u00e0 Tokyo<em>, 1953). Zoom au c\u0153ur de ce voyage. &nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des parents et des enfants. Tout se joue l\u00e0, entre eux. Les parents sont d\u00e9j\u00e0 vieux et vont rendre visite \u00e0 leurs enfants qui vivent loin d\u2019eux, \u00e0 Tokyo. Les enfants devenus adultes ont-ils assez de temps pour leurs parents, dans leurs vies si remplies&nbsp;? Que devient ce lien apr\u00e8s un certain temps&nbsp;? Les r\u00e9ponses \u00e0 ces questions ne se trouveront pas explicitement dans le contenu de l\u2019histoire, mais dans le travail subtil du vide qui marque la forme et l\u2019esth\u00e9tique de Dorian Rossel, dans les pas d\u2019 Ozu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vieux p\u00e8re, incarn\u00e9 par le c\u00e9l\u00e8bre Yoshi O\u00efda, 83 ans, qui a travaill\u00e9 avec P. Brook, entre lentement sur le plateau. Sa fille Kyoko arrive en trombe&nbsp;: \u00ab&nbsp;Papa&nbsp;! Maman&nbsp;!&nbsp;\u00bb. J\u2019imagine d\u2019abord qu\u2019il s\u2019agira de personnages simples, aux contours bien nets&nbsp;: le p\u00e8re, la m\u00e8re, la fille. Mais voil\u00e0 que l\u2019actrice rev\u00eat un long manteau rose p\u00e2le&nbsp;et incarne tout \u00e0 coup la m\u00e8re. Tout se complexifie. Les personnages sont tour \u00e0 tour remplis ou vid\u00e9s par les acteurs, tr\u00e8s concr\u00e8tement, comme avec ce manteau rose p\u00e2le ; \u00e0 la fin du spectacle, il repr\u00e9sentera la m\u00e8re \u00e0 lui tout seul, sans son actrice.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9pliques font au d\u00e9but le m\u00eame effet, celui&nbsp;d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;trop remplies&nbsp;\u00bb : banales, \u00e9nonc\u00e9es haut et fort, tr\u00e8s articul\u00e9es. Avec le temps, je per\u00e7ois le silence qui les accompagne et l\u2019espace entre les mots. D\u2019un plein \u00e0 l\u2019autre, il y a du vide. Sur sc\u00e8ne aussi, le plateau sur\u00e9lev\u00e9 est compos\u00e9 de trois plateformes rectangulaires, s\u00e9par\u00e9es par des couloirs vides&nbsp;; quant aux grandes toiles noires que les acteurs font coulisser de gauche \u00e0 droite, elles emplissent verticalement l\u2019espace et font appara\u00eetre par br\u00e8ches tout son d\u00e9nuement.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette histoire pourtant riche en couleurs, en rires, en bruitages, tout semble \u00eatre ordonn\u00e9 pour mieux faire ressentir le vide. La fum\u00e9e, que ce soit celle des bougies \u00e9teintes ou des cigarettes, avec ses volutes gris\u00e2tres, rend visible et \u00e9vidente la vacuit\u00e9 de l\u2019espace. Les musiciens, plac\u00e9s en fond de sc\u00e8ne derri\u00e8re d\u2019\u00e9pais paravents transparents, qui accompagnent l\u2019histoire par diverses ambiances (aux sons de batterie, de guitare \u00e9lectrique, de saxophone t\u00e9nor, etc.), soulignent le silence quand ils s\u2019arr\u00eatent de jouer. Les accessoires utilis\u00e9s restent dans l\u2019\u00e9vocation : un long b\u00e2ton esquisse le comptoir d\u2019un bar, un cort\u00e8ge d\u2019humains et d\u2019instruments figure le train, une pancarte repr\u00e9sente un petit enfant \u00e0 casquette. Ces accessoires sont m\u00e9tonymiques&nbsp;: ils \u00e9voquent des ambiances par petits bouts, sans jamais tout expliciter ou tout remplir.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi faire ressentir le vide de la sorte&nbsp;? Un peu avant le spectacle, la directrice artistique du TRP, Anne Bisang, nous avait invit\u00e9s \u00e0 passer quelques minutes en compagnie de Dorian Rossel. Lors de cet atelier, le metteur en sc\u00e8ne avait parl\u00e9 de sa pi\u00e8ce et de son parcours. J\u2019en &nbsp;retiens une chose, dite avec un grand sourire et des mains qui voudraient fa\u00e7onner l\u2019air : \u00ab&nbsp;Il y a, dans ce spectacle, plus de vide que de plein. Ou plut\u00f4t, le vide&nbsp;<em>est&nbsp;<\/em>plein.&nbsp;\u00bb. Et c\u2019est bien cela qui a l\u2019air d\u2019int\u00e9resser Dorian Rossel&nbsp;: comment faire ressentir ce vide, pr\u00e9sent dans le film, avec les outils du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce vide n\u2019est donc pas vide. Il est une complexit\u00e9 floue qui s\u2019oppose au plein, trop structur\u00e9. Il est tout en nuances, sans cesse en red\u00e9finition, qui tournoient sur elles-m\u00eames. Il est comme l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 des personnages, des relations entre eux, de tout ce qui ne peut pas se dire et qu\u2019ils tentent d\u2019\u00e9noncer dans leurs r\u00e9pliques banales et leurs mouvements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Il suit le vieux couple des parents, quel que soit l\u2019endroit de la sc\u00e8ne o\u00f9 ils se prom\u00e8nent, l\u2019un derri\u00e8re l\u2019autre. L\u2019espace sc\u00e9nique du th\u00e9\u00e2tre, noir et vide \u00e0 la base, prend soudainement son sens dans cette adaptation, en se transformant en v\u00e9ritable support pour faire ressentir ce vide. L\u00e0, il n\u2019y a pas de \u00ab&nbsp;bons&nbsp;\u00bb ou de \u00ab&nbsp;mauvais&nbsp;\u00bb enfants, comme dans les discours des personnages. Les liens humains y restent suspendus comme dans une vibration, se d\u00e9colorant peu \u00e0 peu, montrant des ombres et des reflets joyeux, tout un m\u00e9lange qui refuse de se clarifier.<\/p>\n\n\n\n<p>Que devient le lien entre parents et enfants quand le temps passe ?&nbsp;<em>Voyage \u00e0 Tokyo<\/em>, par son travail remarquable des contrastes, d\u2019inspiration japonaise, peut s\u00fbrement apporter une forme de r\u00e9ponse. Mais plus qu\u2019un objet de discours, c\u2019est un voyage \u00e0 ressentir, \u00e0 traverser.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>29 octobre 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/kendra-simons\/\">Kendra Simons<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.tpr.ch\/spectacle2016-2017\/voyage-a-tokyo\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mise en sc\u00e8ne Dorian Rossel \/ TPR \/ du 27 au 30 octobre 2016 \/ Critique par Kendra Simons.<\/p>\n","protected":false},"author":784,"featured_media":10458,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,169],"tags":[180],"class_list":["post-10457","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-tpr-la-chaux-de-fonds","tag-kendra-simons"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10457","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/784"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10457"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10457\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21016,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10457\/revisions\/21016"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10458"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10457"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10457"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10457"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}