{"id":10301,"date":"2016-10-18T12:28:17","date_gmt":"2016-10-18T10:28:17","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/?p=10301"},"modified":"2025-02-09T18:16:30","modified_gmt":"2025-02-09T17:16:30","slug":"empire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/2016\/10\/empire\/","title":{"rendered":"Empire"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Empire<\/h2>\n\n\n<p>de Milo Rau \/ avec Ramo Ali, Akillas Karazissis, Rami Khalaf et Maia Morgenstern \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 5 au 8 octobre 2016 \/ Critiques par J\u00e9r\u00e9my Berthoud, Fanny Utiger, Basile Seppey et Joanne Vaudroz.\u00a0<\/p>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Chair en canon<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jeremy-berthoud\/\">J\u00e9r\u00e9my Berthoud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"681\" height=\"448\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_8318empire_rmarc_stephan_-_iipm.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10292\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_8318empire_rmarc_stephan_-_iipm.jpg 681w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_8318empire_rmarc_stephan_-_iipm-250x164.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_8318empire_rmarc_stephan_-_iipm-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_8318empire_rmarc_stephan_-_iipm-624x411.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 681px) 100vw, 681px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Marc Stephan<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Apr\u00e8s&nbsp;<\/em>The Civil Wars<em>&nbsp;et&nbsp;<\/em>The Dark ages<em>, le metteur en sc\u00e8ne Milo Rau pr\u00e9sente&nbsp;<\/em>Empire<em>, dernier volet d\u2019une trilogie consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019Europe. Dans ce dernier opus, l\u2019accent est mis sur la qu\u00eate d\u2019une identit\u00e9 europ\u00e9enne commune, polyglotte et pluriculturelle.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Quatre com\u00e9diens de quatre horizons culturels diff\u00e9rents se posent sur une chaise et&nbsp; racontent quelques fragments de leur existence, tant\u00f4t solaire, tant\u00f4t s\u00e8che comme la poussi\u00e8re, dans leur langue maternelle, grecque, roumaine, kurde et arabe (sous-titr\u00e9es en fran\u00e7ais). Akillas, Maia, Ramo et Rami. Akillas joue des trag\u00e9dies, Maia a tourn\u00e9 dans&nbsp;<em>La Passion du Christ&nbsp;<\/em>de Mel Gibson, Ramo a pass\u00e9 quelques mois en prison et Rami cherche son fr\u00e8re disparu sous le r\u00e9gime syrien. Ce qui les s\u00e9pare tous quatre, c\u2019est leur parcours, marqu\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rents niveaux par la religion, la politique ou le voyage&nbsp;; ce qui les rassemble, c\u2019est leur m\u00e9tier de com\u00e9dien.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce statut ambigu de t\u00e9moin-com\u00e9dien pose un certain nombre de questions&nbsp;: ce qu\u2019ils partagent sur sc\u00e8ne rel\u00e8ve-t-il de la fiction ou du r\u00e9el&nbsp;? O\u00f9 se trouvent les limites entre ces deux cat\u00e9gories&nbsp;? Avons-nous affaire \u00e0 des personnages de th\u00e9\u00e2tre, des com\u00e9diens qui jouent ou tout simplement des humains&nbsp;? Sans doute un m\u00e9lange des trois, un m\u00e9lange entre la fragilit\u00e9 des \u00e9motions et la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019un plateau de th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 ce qui se passe a \u00e9t\u00e9 r\u00e9p\u00e9t\u00e9. R\u00e9guli\u00e8rement les com\u00e9diens rappellent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un spectacle et rejouent parfois des sc\u00e8nes de leur vie, prenant v\u00e9ritablement les r\u00f4les de leurs interlocuteurs&nbsp;: Maia nous fait revivre un tournage \u00e0 Auschwitz et Ramo met sous nos yeux son passage en prison. Pour troubler davantage encore les cat\u00e9gories, le d\u00e9cor, petit appartement une pi\u00e8ce, est \u00e0 la fois tr\u00e8s impersonnel et profond\u00e9ment intime&nbsp;: \u00e0 ce que disent nos quatre protagonistes, certains objets leur appartiennent. Quant aux costumes, les intervenants portent sans doute leurs propres v\u00eatements mais ils gardent les m\u00eames tous les soirs\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>De langues diff\u00e9rentes, tous quatre s\u2019\u00e9coutent tout de m\u00eame les uns les autres, se r\u00e9pondent, se retrouvent dans la vie des autres&nbsp;; \u00ab&nbsp;comme toi, j\u2019ai v\u00e9cu ceci\u2026&nbsp;\u00bb, tissant des liens de connivence profonds, cherchant derri\u00e8re l\u2019apparence des mots la marque qui les rend tous humains. A cette complicit\u00e9 de paroles s\u2019ajoute une complicit\u00e9 de plateau intimement li\u00e9e au dispositif sc\u00e9nique&nbsp;: alors que trois d\u2019entre eux se tiennent dans la petite chambre du d\u00e9cor, le quatri\u00e8me se place syst\u00e9matiquement derri\u00e8re une cam\u00e9ra et filme leur visage qui est projet\u00e9 sur grand \u00e9cran. Lorsqu\u2019un des \u00ab&nbsp;narrateurs&nbsp;\u00bb parle, il s\u2019adresse \u00e0 la cam\u00e9ra et, peut-\u00eatre aussi, \u00e0 celui qui se tient derri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dispositif de cam\u00e9ra, filmant les visages en plans serr\u00e9s en noir et blanc, n\u2019est pas sans rappeler le fonctionnement d\u2019un documentaire. S\u2019ajoutant \u00e0 la voix, diff\u00e9rents objets et souvenirs, fonctionnant comme autant de sources historiques, amplifient cet aspect&nbsp;: il y a la m\u00e9daille de Ramo, les photos des morts du r\u00e9gime syrien, projet\u00e9es sans filtre, une vid\u00e9o-amateur prise dans un cimeti\u00e8re\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Comme les com\u00e9diens jouent face \u00e0 la cam\u00e9ra, les figures sur l\u2019\u00e9cran semblent nous regarder directement, cr\u00e9ant avec chaque membre du public une proximit\u00e9 forte et l\u2019impression d\u2019\u00eatre seul avec eux. Le lien, empli de respect mutuel, se teinte parfois de violence lorsque, par exemple, Maia se frappe la t\u00eate contre l\u2019armoire, produisant une onde de choc \u00e0 travers les rang\u00e9es de si\u00e8ges du th\u00e9\u00e2tre. Il devient angoissant lorsque les photos des morts d\u00e9filent alors que Rami cherche celle de son fr\u00e8re disparu. Il s\u2019emplit de joie lorsqu\u2019Akillas nous donne \u00e0 voir son \u00ab&nbsp;minimalisme d\u00e9pressif&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire une face inexpressive ponctu\u00e9e d\u2019un silence significatif, gr\u00e2ce auquel il a d\u00e9croch\u00e9 son premier r\u00f4le au th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle n\u2019est pas uniquement ancr\u00e9 dans le pr\u00e9sent de la salle, il s\u2019\u00e9tire aussi jusqu\u2019au pass\u00e9&nbsp;: divis\u00e9 en cinq parties, il s\u2019inspire de la structure en cinq actes de la trag\u00e9die classique. Il remonte m\u00eame jusqu\u2019aux racines grecques du th\u00e9\u00e2tre, lorsque Maia et Akillas interpr\u00e8tent un extrait de la&nbsp;<em>M\u00e9d\u00e9e&nbsp;<\/em>d\u2019Euripide. Maia est plac\u00e9e sur un balcon situ\u00e9 derri\u00e8re le d\u00e9cor et film\u00e9. Nos deux com\u00e9diens ne joueront donc pas face-\u00e0-face mais mot-\u00e0-mot. L\u2019une sur l\u2019\u00e9cran, l\u2019autre sur le plateau juste en dessous, rappelant la fin de M\u00e9d\u00e9e qui, apr\u00e8s avoir tu\u00e9 ses enfants, s\u2019envole sur le char du soleil, s\u2019\u00e9loignant de la terre o\u00f9 tout le monde, y compris Jason son mari, la traitait en \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 touch\u00e9 le dernier point&nbsp;: la distance. Celle d\u2019une culture \u00e0 une autre, de M\u00e9d\u00e9e la barbare (au sens d\u2019\u00e9trang\u00e8re) \u00e0 Jason le grec, de Maia \u00e0 Akillas, du pass\u00e9 au pr\u00e9sent. Le noir et le blanc de la vid\u00e9o et les t\u00e9moignages appartiennent au pass\u00e9 et nous frappent au pr\u00e9sent, att\u00e9nu\u00e9s par le temps. Le d\u00e9cor \u00e0 deux faces, tourn\u00e9 d\u2019abord c\u00f4t\u00e9 balcon (imbriqu\u00e9 dans une paroi d\u2019un immeuble d\u00e9lav\u00e9), a \u00e9t\u00e9 retourn\u00e9 c\u00f4t\u00e9 appartement au tout d\u00e9but du spectacle, passant ainsi de l\u2019impersonnalit\u00e9 lisse et convenue d\u2019une vieille fa\u00e7ade \u00e0 l\u2019intimit\u00e9 d\u2019un appartement et de quatre t\u00e9moins, amenant avec eux leur force, leurs \u00e9motions et, surtout, leur fragilit\u00e9, marque universelle de notre humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par&nbsp;<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/jeremy-berthoud\/\">J\u00e9r\u00e9my Berthoud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">D\u2019infanticides patries<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/fanny-utiger\/\">Fanny Utiger<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"681\" height=\"448\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_8330empire_rmarc_stephan_-_iipm.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10296\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_8330empire_rmarc_stephan_-_iipm.jpg 681w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_8330empire_rmarc_stephan_-_iipm-250x164.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_8330empire_rmarc_stephan_-_iipm-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_8330empire_rmarc_stephan_-_iipm-624x411.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 681px) 100vw, 681px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Marc Stephan<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Bien malchanceux sont les enfants de M\u00e9d\u00e9e qui ne peuvent \u00e9chapper aux fatales griffes de leur m\u00e8re. Sont-ils mieux lotis, les peuples qui, sous l\u2019autorit\u00e9 de quelque violent despote, risquent leur vie en leur patrie m\u00eame&nbsp;? Rami, Maia, Ramo et Akillas en r\u00e9chapp\u00e8rent. Milo Rau leur c\u00e8de la parole.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Que dire, aujourd\u2019hui, des atrocit\u00e9s que subirent diverses minorit\u00e9s au cours du si\u00e8cle dernier, de l\u2019infortune dans laquelle diff\u00e9rents r\u00e9gimes totalitaires plong\u00e8rent des peuples entiers&nbsp;? Quels mots une plume occidentale pourrait-elle mettre sur les d\u00e9sastres que conna\u00eet actuellement le proche Orient&nbsp;? D\u2019aussi bonne volont\u00e9 qu\u2019elle veuille \u00eatre, il serait complexe voire inconvenant pour une majorit\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e de la population europ\u00e9enne de dire des guerres et des crises vues de loin, en temps comme en lieu. Celles et ceux qui ont connu ou connaissent encore la fuite et l\u2019exil, mais surtout les horreurs derri\u00e8re ceux-ci, en sont en revanche les narrateurs l\u00e9gitimes, rapporteurs de leur propre exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p>Des acteurs pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne alors m\u00eame que s\u2019installe le public, un espace de jeu r\u00e9duit par une sorte de second plateau, des projections vid\u00e9o tant\u00f4t directes, tant\u00f4t rapport\u00e9es\u2026 Tout semblait&nbsp;<em>a priori<\/em>&nbsp;ordinaire, dans l\u2019air du temps, au commencement de la r\u00e9cente cr\u00e9ation du dramaturge bernois. Derri\u00e8re le voile d\u2019une sc\u00e9nographie \u00e0 la mode, servi avec finesse par ces proc\u00e9d\u00e9s, se cache en fait un th\u00e9\u00e2tre documentaire original par son rapport radical \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;: ainsi de vraies personnes racontent-elles leurs vraies histoires, ainsi verrons-nous de vraies images de vrais morts\u2026 Le metteur en sc\u00e8ne, comme l\u2019aurait fait cin\u00e9matographiquement un r\u00e9alisateur documentaire, agence et pr\u00e9sente \u00e0 son public les r\u00e9cits de quatre destins. Co-auteurs avec lui et sujets de leurs propres paroles, les acteurs endossent alors des r\u00f4les multiples, pour l\u2019\u00e9laboration et la repr\u00e9sentation de cette pi\u00e8ce \u00e0 vertu de t\u00e9moignage.<\/p>\n\n\n\n<p>Les atrocit\u00e9s que l\u2019on sait commises \u00e0 des kilom\u00e8tres de chez nous \u2013 ou qui advinrent en plus de cela il y a de nombreuses ann\u00e9es \u2013 ne sont pas ici dispos\u00e9es selon le bon vouloir d\u2019un discours m\u00e9diatique, ni dans les pages d\u2019un livres d\u2019histoire. Il n\u2019y a pas d\u2019interm\u00e9diaire entre ces t\u00e9moins directs et les spectateurs, si ce n\u2019est, globalement, l\u2019\u0153il du metteur en sc\u00e8ne, et, sp\u00e9cifiquement, le dispositif vid\u00e9o mis en place. Au-dessus du petit studio dans lequel \u00e9voluent les quatre protagonistes, tr\u00f4ne en effet un \u00e9cran, sur lequel sont projet\u00e9s divers plans paysagers, marqueurs des parties du spectacle, mais surtout les visages des acteurs lorsqu\u2019ils parlent des acteurs. Cette retransmission pourrait instaurer une distance entre acteur et spectateur&nbsp;: le second regarde moins souvent le premier que l\u2019image de celui-ci, en noir et blanc qui plus est. Pourtant le rapport en devient plus percutant. Le th\u00e9\u00e2tre a ce d\u00e9savantage de ne pas pouvoir toujours offrir \u00e0 chacun la meilleure vision de ce qui se passe en sc\u00e8ne. Ici, du premier au dernier rang et de cour \u00e0 jardin, tout le monde a acc\u00e8s aux plus fins d\u00e9tails des visages, et personne n\u2019\u00e9chappe au discours que lui tiennent droit dans les yeux les protagonistes du spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette \u0153uvre au texte certes arr\u00eat\u00e9, consid\u00e9rablement brut n\u00e9anmoins, Milo Rau montre la r\u00e9alit\u00e9 telle qu\u2019elle est. Le metteur en sc\u00e8ne tisse toutefois un intertexte pr\u00e9cieux avec la fiction, par le biais de la&nbsp;<em>M\u00e9d\u00e9e<\/em>&nbsp;d\u2019Euripide, qu\u2019interpr\u00e8tent ponctuellement Maia Morgenstern et Akillas Karazissis par extraits, au cours m\u00eame de la pi\u00e8ce. Quoique la trag\u00e9die grecque n\u2019y soit dans l\u2019ensemble pas aussi th\u00e9matis\u00e9e que l\u2019argument pouvait le laisser penser,&nbsp; ce rapport reste pr\u00e9cieux et fondamental dans la force dont fait preuve&nbsp;<em>Empire<\/em>. Le mot de trag\u00e9die y est prononc\u00e9, il cl\u00f4t la pi\u00e8ce et offre au spectateur le terme le plus appropri\u00e9 quant \u00e0 la situation que pr\u00e9sentent les r\u00e9cits qu\u2019il vient de d\u00e9couvrir. En outre, moins ostentatoirement peut-\u00eatre, l\u2019allusion \u00e0 l\u2019une des h\u00e9ro\u00efnes tragiques les plus d\u00e9vastatrices de la litt\u00e9rature, la vengeresse et infanticide M\u00e9d\u00e9e, vient comme souligner la cruaut\u00e9 et la folie bien r\u00e9elles des actions dont ont \u00e9t\u00e9 ou sont capables nombre de dirigeants et qui tuent par milliers en ce moment-m\u00eame dans le monde. Nous voici donc \u2013 petits spectateurs suisses pour beaucoup \u2013 face au monstre qui pourchasse des peuples que l\u2019Europe ne sait pas accueillir, mais \u00e0 qui Rau a donn\u00e9 la parole par un langage universel, celui du th\u00e9\u00e2tre, peu importe en quelle langue, droit dans les yeux.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/fanny-utiger\/\">Fanny Utiger<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le documentaire ouvert<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/basile-seppey\/\">Basile Seppey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"681\" height=\"448\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_7842empire_rmarc_stephan_-_iipm.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10302\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_7842empire_rmarc_stephan_-_iipm.jpg 681w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_7842empire_rmarc_stephan_-_iipm-250x164.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_7842empire_rmarc_stephan_-_iipm-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_7842empire_rmarc_stephan_-_iipm-624x411.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 681px) 100vw, 681px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Marc Stephan<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Milo Rau, avec&nbsp;<\/em>Empir<em>e, cl\u00f4t sa trilogie europ\u00e9enne, du 5 au 8 octobre 2016 au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy. Cet ultime volet est un \u00e9crin, celui d\u2019une rencontre avec quatre com\u00e9diens au parcours atypique qui, \u00e0 travers une s\u00e9rie d\u2019anecdotes personnelles, brossent avec une simplicit\u00e9 d\u00e9sarmante le portrait en creux de notre Europe.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le travail sur le dispositif semble \u00eatre un aspect fondamental de l\u2019\u0153uvre de Milo Rau. Dans&nbsp;<em>Empire,<\/em>&nbsp;comme dans les deux volets pr\u00e9c\u00e9dents, il s\u2019agit d\u2019un petit d\u00e9cor tournant, surmont\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9 par un large \u00e9cran sur lequel est projet\u00e9, en direct, le visage des com\u00e9diens et les diff\u00e9rentes vid\u00e9os que l\u2019on qualifiera de \u00ab&nbsp;documentaires&nbsp;\u00bb. Le th\u00e9\u00e2tre de Milo Rau pr\u00e9tend relever du t\u00e9moignage voire du dialogue avec le public. Le regard cam\u00e9ra, presque continuellement soutenu par les acteurs, distille l\u2019illusion recherch\u00e9e, celle d\u2019une relation privil\u00e9gi\u00e9e, d\u2019une relation de confiance entre le com\u00e9dien et le spectateur. Ainsi Akillas, Maia, Ramo et Rami te parlent, ils se livrent tout simplement, comme si tu passais boire un caf\u00e9 chez eux, dans leur cuisine.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re force de ce dispositif, c\u2019est d\u2019\u00e9viter l\u2019\u00e9cueil des grands discours moralisateurs. On ne t\u2019expliquera pas comment, en tant que spectateur, confortablement assis au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy, tu es complice ou du moins tu jouis de l\u2019\u00e9tat actuel de d\u00e9labrement du monde. On va plut\u00f4t te raconter une premi\u00e8re masturbation ou bien te montrer la photo d\u2019un fr\u00e8re parmi celles des morts sous la torture en Syrie. L\u2019Histoire \u00e0 petite \u00e9chelle te fait savourer un peu d\u2019absurde, le heurt doucereux du tragique et du comique, elle te fait go\u00fbter l\u2019\u00e9paisseur du r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors tu te demandes si c\u2019est vrai ce qu\u2019on te raconte, parce que \u00e7a fonctionne quand m\u00eame bien cette histoire, presque trop. Tu te doutes bien qu\u2019ils ont boss\u00e9 un minimum, qu\u2019ils n\u2019arrivent pas sans avoir appris un texte \u2013 aujourd\u2019hui publi\u00e9 \u2013 que tout est chor\u00e9graphi\u00e9, minut\u00e9, artificiel. Aussi, l\u2019absence de mouvement, la lin\u00e9arit\u00e9 du rythme, les sous-titres et le souverain \u00e9cran auront le temps de te fatiguer, de te rappeler o\u00f9 tu es.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu comprends qu\u2019on te parle de th\u00e9\u00e2tre aussi, de personnages, de jeu. R\u00e9alit\u00e9s et fictions se d\u00e9doublent, se morcellent et finissent par se m\u00e9tisser&nbsp;: les com\u00e9diens se jouent eux-m\u00eames quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, ils jouent les personnages de leurs histoires, les membres de leur familles. Toi aussi, d\u2019ailleurs, tu joues lorsque tu racontes ton histoire. \u00c0 force de frottements, de frictions, les personnages deviennent des personnes, Akillas devient Jason, M\u00e9d\u00e9e est Maia. \u00c0 une seule v\u00e9rit\u00e9, totalitaire, Milo Rau pr\u00e9f\u00e8re un entrelacs d\u2019histoires se nourrissant de leur coudoiement, si anachronique soit-il. Cette relation d\u2019interd\u00e9pendance, cette fusion des points de vues est \u00e9galement visible sur sc\u00e8ne, incarn\u00e9e dans la ronde des com\u00e9diens, \u00e0 tour de r\u00f4le derri\u00e8re la cam\u00e9ra, afin d\u2019ajuster cette derni\u00e8re sur le visage de celui qui prend la parole. Le partage continuel du d\u00e9cor, cet int\u00e9rieur rempli d\u2019objets h\u00e9t\u00e9roclites en lien avec &nbsp;les diff\u00e9rentes histoires, participe \u00e9galement de cette dynamique fraternisante.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec&nbsp;<em>Empire<\/em>, le dramaturge suisse parach\u00e8ve le projet de sa trilogie europ\u00e9enne&nbsp;: inventer une sorte de documentaire prot\u00e9iforme, ouvert et efficace. En arrangeant les fragments de ces quatre vies, Milo Rau tisse une fable polyphonique, celle de notre actualit\u00e9&nbsp;; il compose un quatuor aux accents atemporels qui bouleverse par la simplicit\u00e9 et la justesse de son ton.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/basile-seppey\/\">Basile Seppey<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Diff\u00e9rentes langues pour une m\u00eame voix<\/h3>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/joanne-vaudroz\/\">Joanne Vaudroz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"681\" height=\"448\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_8330empire_rmarc_stephan_-_iipm.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10296\" style=\"width:300px\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_8330empire_rmarc_stephan_-_iipm.jpg 681w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_8330empire_rmarc_stephan_-_iipm-250x164.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_8330empire_rmarc_stephan_-_iipm-300x197.jpg 300w, https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/files\/2016\/10\/img_8330empire_rmarc_stephan_-_iipm-624x411.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 681px) 100vw, 681px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9Marc Stephan<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>La derni\u00e8re pi\u00e8ce du metteur en sc\u00e8ne al\u00e9manique Milo Rau, dont on qualifie volontiers la production de th\u00e9\u00e2tre documentaire, cl\u00f4t la trilogie initi\u00e9e en 2014 par&nbsp;<\/em>The Civil Wars<em>&nbsp;et poursuivie en 2015 par&nbsp;<\/em>The Dark Ages<em>. Cette derni\u00e8re cr\u00e9ation garde le m\u00eame principe que les pr\u00e9c\u00e9dentes&nbsp;: elle se fonde sur les r\u00e9cits de personnes aux biographies similaires malgr\u00e9 leurs cultures diff\u00e9rentes. Ces parcours de vie sont utilis\u00e9s comme mati\u00e8re premi\u00e8re pour la trame de la pi\u00e8ce.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une femme et trois hommes sont pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne, dans un petit appartement d\u2019une pi\u00e8ce compos\u00e9 d\u2019une cuisini\u00e8re, d\u2019un lit et d\u2019une table. Chacun, \u00e0 tour de r\u00f4le, s\u2019adresse \u00e0 une cam\u00e9ra pos\u00e9e \u00e0 gauche du d\u00e9cor, face \u00e0 eux, projetant leurs visages sur un grand \u00e9cran en noir et blanc. L\u2019agrandissement permet d\u2019y d\u00e9celer une expression, un sourire mais \u00e9galement une humidit\u00e9 dans le regard ou encore un tremblement sur les l\u00e8vres.<\/p>\n\n\n\n<p>La femme, c\u2019est Maia Morgenstern, une actrice connue du grand public pour avoir tourn\u00e9 dans divers films au succ\u00e8s non n\u00e9gligeable comme&nbsp;<em>La Passion du Christ<\/em>&nbsp;de Mel Gibson. Cette femme, c\u2019est aussi et surtout une personne au parcours sem\u00e9 d\u2019emb\u00fbches. D\u2019origine juive et vivant en Roumanie, Maia, \u00e2g\u00e9e de 54 ans, relate une histoire de famille ancr\u00e9e dans le contexte antis\u00e9mite de la Deuxi\u00e8me Guerre Mondiale. Son r\u00e9cit m\u00eale des souvenirs d\u2019enfance \u00e0 des faits historiques comme la r\u00e9volution roumaine de 1989 et la mort du dictateur communiste Nicolae Ceausescu. Ses souvenirs se teintent parfois de douleur, avec l\u2019\u00e9vocation de la figure paternelle s\u00e9v\u00e8re, parfois de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 quand le m\u00eame&nbsp;<em>tat<\/em><em>?<\/em>&nbsp;(\u201ep\u00e8re\u201d en roumain) est au centre d\u2019anecdotes cocasses. Ce mot ne surprend plus nos oreilles puisque Maia Morgenstern parle toujours en roumain \u00e0 la cam\u00e9ra (ses paroles sont traduites directement en fran\u00e7ais sur l\u2019\u00e9cran).<\/p>\n\n\n\n<p>Le principe est le m\u00eame pour Akillas Karazissis (Grec), Ramo Ali (Arabe) et Rami Khalaf (Kurde). \u00c0 travers une m\u00e9lodie diversifi\u00e9e des langues, le spectateur d\u00e9couvre, au fur et \u00e0 mesure des cinq parties de la pi\u00e8ce, les biographies des personnages, la migration de leur famille ou l\u2019obligation qu\u2019ils eurent de quitter leur pays. \u00c0 leurs paroles sont joints des objets personnels, pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne. Une photo, un dessin, le son d\u2019une voix issue d\u2019un t\u00e9l\u00e9phone portable ou encore des vid\u00e9os amateurs projet\u00e9es sur l\u2019\u00e9cran accompagnent chacun d\u2019entre eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chemin qu\u2019ils ont parcouru pour devenir acteurs et actrice est mis en avant. Le plus \u00e9tonnant est le lien qui se cr\u00e9e au fil de la pi\u00e8ce entre ces quatre personnages. Ils se font \u00e9cho, se regardent, se sourient comme s\u2019ils avaient r\u00e9ussi \u00e0 surmonter cette barri\u00e8re linguistique qui les s\u00e9pare. Ils sont complices d\u2019une m\u00eame histoire qui les rassemble et forme \u00ab&nbsp;microsociologiquement&nbsp;\u00bb le reflet de notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En l\u2019espace de deux heures,&nbsp;<em>Empire<\/em>&nbsp;aborde des p\u00e9riodes marquantes du si\u00e8cle pass\u00e9 comme la Deuxi\u00e8me Guerre Mondiale, le marxisme et la dictature russe qui entrent en r\u00e9sonnance avec l\u2019actualit\u00e9 de la crise syrienne. \u00c0 force d\u2019\u00e9couter ces histoires dans l\u2019Histoire, le spectateur \u00e9prouve le poids d\u2019une \u00e9poque, celui d\u2019une Europe fragilis\u00e9e depuis 1945 jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, et dont les fronti\u00e8res devenues floues nous transportent vers le Moyen-Orient.<\/p>\n\n\n\n<p>La cam\u00e9ra s\u2019\u00e9teint, les lumi\u00e8res se rallument et les si\u00e8ges se vident.&nbsp;<em>\u00c9tait-ce vraiment une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre&nbsp;?&nbsp;<\/em>Cette question trottera sans doute toute la nuit dans la t\u00eate du spectateur aguerri ou non \u00e0 ce th\u00e9\u00e2tre de confessions. Il a vu des morts syriens sur cet \u00e9cran ce soir. Au milieu de ces cadavres gisait peut-\u00eatre le fr\u00e8re de Rami. Ces morts seront les m\u00eames qu\u2019il verra au journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 demain&nbsp;: au moment o\u00f9 Ramo et Rami parlent de la guerre qu\u2019ils ont v\u00e9cue, cette guerre est encore pr\u00e9sente \u00e0 cet instant en Syrie\u2026<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p>8 octobre 2016<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\">Par\u00a0<a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/lequipe\/joanne-vaudroz\/\">Joanne Vaudroz<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.vidy.ch\/empire\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Voir la page du spectacle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>de Milo Rau \/ avec Ramo Ali, Akillas Karazissis, Rami Khalaf et Maia Morgenstern \/ Th\u00e9\u00e2tre de Vidy \/ du 5 au 8 octobre 2016 \/ Critiques par J\u00e9r\u00e9my Berthoud, Fanny Utiger, Basile Seppey et Joanne Vaudroz.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":784,"featured_media":10302,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[32,34,38,2],"tags":[177,156,175,178],"class_list":["post-10301","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-expired","category-spectacle","category-theatre-de-vidy","tag-basile-seppey","tag-fanny-utiger","tag-jeremy-berthoud","tag-joanne-vaudroz"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10301","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/784"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10301"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10301\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21029,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10301\/revisions\/21029"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10302"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10301"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10301"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercritique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10301"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}