Dire par l’émotion : quand les mots ne parlent pas

Par Noémie Desarzens

D’après William Faulkner / mise en scène Séverine Chavrier / du 25 septembre au 12 octobre 2014 / Théâtre Vidy Lausanne / plus d’infos

Copyright : Samuel Rubio

A travers la lente « descente aux enfers » d’un couple dépeinte dans Les Palmiers sauvages, inspiré d’un roman de William Faulkner, Séverine Chavrier réussit à substituer le langage sensoriel au langage verbal – au risque de rendre l’histoire quelque peu incompréhensible pour ceux qui la chercheraient.

L’obscurité règne et des bruits de basse font vibrer la salle. Une voix chuchote dans un micro. Des flashs de lumière dévoilent par à-coups l’intimité d’un couple. L’importance des sens est mise en exergue dès les premières minutes des Palmiers sauvages. Cette adaptation de Faulkner se focalise sur les sensations que peuvent procurer des médias tels que l’éclairage et le son, pour mieux plonger le spectateur dans l’intimité de ce couple en quête d’évasion.

La mise en scène de Séverine Chavrier s’inspire de l’univers que William Faulkner dépeint dans son roman Les Palmiers sauvages, paru en 1939, composé de deux nouvelles, dont les histoires s’entremêlent et se répondent. Pour transposer ce roman à la scène, Séverine Chavrier a travaillé avec les deux comédiens, Deborah Rouach et Laurent Papot, dans le but de créer un langage qui est propre au couple formé par Charlotte Rittenmeyer et Harry Wilbourne. L’objectif de Séverine Chavrier de « faire matière de tout » est atteint. L’évanescence de cette histoire d’amour est transmise à la fois par le discours et surtout au travers de ce langage sensoriel ; éclairage, son et projections parviennent à traduire les émotions de ce désespoir amoureux. Les Palmiers sauvages parvient ainsi à détrôner la prévalence du discours en faisant recours aux sens.

Le décor frappe par son foisonnement d’objets – des matelas, des cadres métalliques de lit, un tourne-disque, une étagère remplie de boîtes de conserve, des chaises, des luminaires, etc. De plus, l’espace scénique est prolongé par la présence d’un écran en arrière-plan. Cet écran complexifie l’espace par la diversité de ses projections – à la fois utilisé pour suggérer un changement de lieu dans la trame dramatique, prolonger la scène en elle-même ou encore varier le point de vue sur l’action que le spectateur a sous les yeux. A cette complexité spatiale et à cette accumulation d’objets s’ajoute une riche nappe sonore. Des basses à faire trembler les murs à une délicate sonate de piano, en passant par du « hard métal » et une symphonie classique, ces variations musicales transmettent l’état émotionnel des personnages. A tout cet assortiment scénique, il faut encore ajouter l’importance de l’éclairage.

Si l’utilisation de ces divers médias est donc extrêmement riche, leur accumulation minimise leur potentiel explicatif individuel. Cet amoncellement parvient à retranscrire le déchaînement émotionnel que peut provoquer une passion amoureuse, mais la juxtaposition et la simultanéité des effets empêchent une certaine clarté, nécessaire à la saisie de l’histoire. L’imbrication de ces divers langages sensoriels complexifie la compréhension de l’action dramatique et, avouons-le, perd le spectateur dans ce foisonnement scénique.

 

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