{"id":660,"date":"2025-06-02T08:54:03","date_gmt":"2025-06-02T06:54:03","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/?p=660"},"modified":"2026-04-06T10:46:41","modified_gmt":"2026-04-06T08:46:41","slug":"la-emdanse-em-intime-politique-et-liberatrice-emdes-peres-em","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/la-emdanse-em-intime-politique-et-liberatrice-emdes-peres-em\/","title":{"rendered":"La <em>danse<\/em> intime, politique et lib\u00e9ratrice <em>des p\u00e8res<\/em>"},"content":{"rendered":"\n<p>Fortement inspir\u00e9 de la vie de l\u2019auteur, cet ouvrage retrace un voyage int\u00e9rieur, \u00e0 la fois physique et m\u00e9moriel. Cette qu\u00eate de soi passe par la red\u00e9couverte de figures paternelles, autant aim\u00e9es que rejet\u00e9es, et d\u00e9voile comment l\u2019histoire familiale d\u00e9termine notre personnalit\u00e9 et rapport au monde. Aussi intime que politique, ce r\u00e9cit poignant est un chemin vers l\u2019acceptation du pass\u00e9, le pardon et la lib\u00e9ration de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 travers une langue hybride et color\u00e9e que l\u2019univers du narrateur Benjamin (le double de Max Lobe) prend vie. Le texte alterne entre le fran\u00e7ais, l\u2019anglais et la langue camerounaise de son enfance, dans un m\u00e9lange qui refl\u00e8te \u00e0 merveille son identit\u00e9 plurielle. Cette langue, spontan\u00e9e et orale, est teint\u00e9e d\u2019expressions locales, de tournures m\u00e9taphoriques et donne au r\u00e9cit une texture vivante et \u00e9nergique. L\u2019immersion dans les sc\u00e8nes d\u2019enfance est alors intense et imm\u00e9diate\u202f: les sc\u00e8nes sont vibrantes et les \u00e9motions des personnages parfaitement accessibles. Les paroles de son p\u00e8re, figure marquante de son enfance, sont retranscrites dans toute leur brutalit\u00e9\u202f:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-plain is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-subtle-background-background-color has-background has-normal-font-size\">\u00ab\u202fEh, ah man wou\u00e8m, mon fils Benjamin, I swear to God\u202f: Je maudis le jour o\u00f9 je t\u2019ai fait entrer dans ce pays-ci.\u202f\u00bb (p.\u202f60)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ce jeu linguistique et textuel donne ainsi \u00e0 lire un univers intime, riche et g\u00e9n\u00e9reux o\u00f9 les diff\u00e9rents personnages, les lieux et les \u00e9poques interagissent, s\u2019entrelacent et se lisent de concert, dans leur propre singularit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces interactions sont \u00e9voqu\u00e9es et retrac\u00e9es par un rythme narratif toujours ma\u00eetris\u00e9, qui alterne avec habilet\u00e9 entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent. Le r\u00e9cit construit un va-et-vient complexe entre les \u00e9poques et les personnages, mais ne perd pourtant jamais en lisibilit\u00e9 et en clart\u00e9. Refl\u00e9tant la mani\u00e8re dont les instants du pass\u00e9 s\u2019imposent et se cherchent au quotidien, la structure fluide du r\u00e9cit traduit avec justesse une m\u00e9moire qui se r\u00e9active au fil des gestes, des rencontres et des lieux du quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le narrateur fait appel \u00e0 ce pass\u00e9 parfois difficile, c\u2019est parce que celui-ci constitue le point d\u2019orgue de sa qu\u00eate personnelle. En tentant de \u00ab\u202frevivre la relation avec les p\u00e8res qui l\u2019ont fabriqu\u00e9\u202f\u00bb (p.\u202f125), Benjamin d\u00e9voile avec justesse et sinc\u00e9rit\u00e9 le poids que le pass\u00e9 repr\u00e9sente parfois et dont on ne sait comment se d\u00e9faire\u202f:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-plain has-subtle-background-background-color has-background is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u202fQue faire de toute cette m\u00e9moire, de ces morceaux d\u2019histoire\u202f?<\/p>\n\n\n\n<p>Moi, Benjamin M\u00fcller.<\/p>\n\n\n\n<p>La tresse de ces voix de p\u00e8res\u202f:<\/p>\n\n\n\n<p>Wolfgang, Kund\u00e8, Mapoubi.<\/p>\n\n\n\n<p>Et ces traits du visage qui trahissent le lien,<\/p>\n\n\n\n<p>Que dois-je en faire\u202f?\u202f\u00bb (p.\u202f104)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Or cette m\u00e9moire n\u2019est pas uniquement la sienne, c\u2019est aussi celle que son p\u00e8re avait de son propre p\u00e8re. Le r\u00e9cit brosse avec finesse le portrait d\u2019une m\u00e9moire transg\u00e9n\u00e9rationnelle. \u00c0 travers les souvenirs de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, on aime \u00e0 lire ici toute une lign\u00e9e qui rena\u00eet dans la m\u00e9moire de Benjamin. Par la rem\u00e9moration d\u2019une vie et de ses \u00e9v\u00e8nements, cet ouvrage propose une cl\u00e9 d\u2019acc\u00e8s \u00e0 une v\u00e9ritable compr\u00e9hension de soi-m\u00eame. Le souvenir n\u2019est ici pas simplement nostalgique, il constitue un outil de lib\u00e9ration et de gu\u00e9rison, et la r\u00e9conciliation se fait autant avec lui-m\u00eame qu\u2019avec ceux qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re cette rem\u00e9moration et cette qu\u00eate personnelle se dessine \u00e9galement une histoire plus grande, une histoire politique. Le r\u00e9cit met en lumi\u00e8re plusieurs destins d\u00e9truits par la migration, par l\u2019homophobie de leur milieu ou par les tensions de la d\u00e9colonisation\u202f: c\u2019est aussi un questionnement social et structurel que l\u2019auteur propose. Le priv\u00e9 rejoint ici le collectif, et l\u2019exp\u00e9rience individuelle se transforme en un discours critique d\u2019une situation politique et sociale dont les m\u00e9canismes sont d\u00e9nonc\u00e9s avec exactitude.<\/p>\n\n\n\n<p>Max Lobe signe ici un ouvrage profond et vibrant, tout en faisant danser les g\u00e9n\u00e9rations et les cultures, \u00e0 l\u2019image de son p\u00e8re dont il se rappelle les pas de <em>funky-makossa<\/em>. En revenant sur la danse de ses p\u00e8res, l\u2019auteur entame une lib\u00e9ration personnelle \u00e0 dimension universelle et nous invite \u00e0 repenser nos h\u00e9ritages pour mieux nous comprendre.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-l-039-atelier-comparatiste wp-block-embed-l-039-atelier-comparatiste\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"4dp9uR0MEh\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/malika-vorlet\/\">Malika Vorlet<\/a><\/blockquote><iframe loading=\"lazy\" class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; visibility: hidden;\" title=\"\u00ab\u00a0Malika Vorlet\u00a0\u00bb &#8212; L&#039;Atelier comparatiste\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/malika-vorlet\/embed\/#?secret=RANDtNqLzQ#?secret=4dp9uR0MEh\" data-secret=\"4dp9uR0MEh\" width=\"580\" height=\"327\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les pas de ceux qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, Max Lobe explore un pass\u00e9 marqu\u00e9 par diff\u00e9rentes cultures, des identit\u00e9s et des h\u00e9ritages familiaux complexes, de son enfance en Afrique \u00e0 sa vie actuelle \u00e0 Gen\u00e8ve.<\/p>\n","protected":false},"author":1003000,"featured_media":664,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[3,194],"tags":[31],"class_list":{"0":"post-660","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-critique","8":"category-critique-litteraire-2025","9":"tag-lobe-max"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/660","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1003000"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=660"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/660\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":667,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/660\/revisions\/667"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/media\/664"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=660"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=660"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=660"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}