{"id":1289,"date":"2026-06-12T08:00:00","date_gmt":"2026-06-12T06:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/?p=1289"},"modified":"2026-06-09T16:12:18","modified_gmt":"2026-06-09T14:12:18","slug":"drama-mondain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/drama-mondain\/","title":{"rendered":"Drama mondain"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab <em>C&rsquo;est vers toi que je reviens, pour approcher le r\u00e9el en creux<\/em> \u00bb (p. 10), dit le narrateur \u00e0 son p\u00e8re, durant la nuit de veille aupr\u00e8s de son corps. Ce r\u00e9el dont il lui a \u00e9t\u00e9 si difficile de s&rsquo;approcher. Peut-\u00eatre parce que converser rend le monde possible. Alors il est parti, il s&rsquo;est enfui de l\u00e0 o\u00f9 il a grandi et o\u00f9 il n&rsquo;aurait pas pu exister. Il n&rsquo;est revenu qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;annonce de la mort de son p\u00e8re, et c&rsquo;est alors seulement qu&rsquo;il se livre \u00e0 celui qui fut une figure tut\u00e9laire, froide et monosyllabique. Il sonde cet h\u00e9ritage patriarcal et s&rsquo;interroge : le d\u00e9funt s&rsquo;est-il seulement une fois demand\u00e9 comment faire face au r\u00e9el ? Le fils pose les questions rest\u00e9es en suspens, comme celle de savoir si son p\u00e8re a fait un enfant parce que c&rsquo;\u00e9tait ce qu&rsquo;on attendait d&rsquo;un couple, ou par d\u00e9sir. Dans ce monologue, le narrateur trouve peut-\u00eatre des r\u00e9ponses, ou du moins de l&#8217;empathie l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;y avait que d\u00e9fiance, g\u00eane et incompr\u00e9hension. Il cherche \u00e0 comprendre, en trois temps, comment il a gliss\u00e9 le long du monde comme sur les parois d&rsquo;une baignoire bien astiqu\u00e9e et, une fois la t\u00eate sous l&rsquo;eau, comment il a r\u00e9ussi \u00e0 remonter \u00e0 la surface.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Hors-champ \u00bb (p. 13), la premi\u00e8re partie, raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;amour que le narrateur a v\u00e9cue avec une femme rest\u00e9e sans nom durant un \u00e9t\u00e9. Un amour \u00e0 l&rsquo;\u00e9rotisme convenu, comme tous les rapports qu&rsquo;il entretient avec le genre f\u00e9minin, ob\u00e9issant \u00e0 la logique masculine de son \u00e9ducation. L\u2019hors-champ, c&rsquo;est ce que l&rsquo;on ne voit pas \u00e0 l&rsquo;image, mais qui la prolonge : ce qui d\u00e9borde du cadre, tout en en faisant implicitement partie. Lorsque la femme qu&rsquo;il aime et qu&rsquo;il a fuit le retrouve, le narrateur sait qu&rsquo;il pourrait renouer avec le r\u00e9el&nbsp;: \u00ab&nbsp;sa pr\u00e9sence suffisait \u00e0 remplir une vie fluide entre mes doigts&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;28). Or, il la quitte par peur de la suite, du routinier, de leurs \u00e9changes futurs qui ne d\u00e9borderaient plus du surplus de vie que permettent les rencontres \u00e0 leur commencement. Peut-\u00eatre aussi n\u2019aurait-il pas su s&rsquo;y prendre pour la garder aupr\u00e8s de lui, ne sachant pas vraiment aimer, \u00e0 la fois trop proche et trop loin du monde, perdu dans l\u2019\u00ab&nbsp;invisible&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;63).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Commence alors son errance, sa \u00ab&nbsp;plong\u00e9e&nbsp;\u00bb (p. 33) dans la ville, qui constitue la deuxi\u00e8me partie du r\u00e9cit. La plong\u00e9e, en photographie, c&rsquo;est une prise de vue du motif depuis un point situ\u00e9 au-dessus de lui. Cela peut aussi \u00eatre l&rsquo;impression \u00e9prouv\u00e9e lors d&rsquo;une dissociation, comme si ce qui entoure le sujet perdait tout caract\u00e8re \u00e9vident. D\u00e9bute alors, pour le narrateur, une course \u00e0 travers la ville, en \u00e9vitant les regards des gens bien comme il faut, si loin du ciel immense et de la terre meuble qu\u2019il foulait enfant. Il t\u00e9moigne \u00e0 son p\u00e8re de ses pas perdus, de cette dissolution qu\u2019il a v\u00e9cu dans la foule de la capitale&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-subtle-background-background-color has-background is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Je ne savais plus o\u00f9 j&rsquo;allais. J&rsquo;\u00e9tais paum\u00e9. J&rsquo;ouvrais des parenth\u00e8ses et ne savais plus les refermer. Je devenais trop \u00e9trange pour les autres. Je changeais de trottoir pour \u00e9viter de saluer les rares personnes qui auraient pu me reconna\u00eetre. Je regardais mes pieds, mon ombre. Avec attention, je consid\u00e9rais l&rsquo;invisible, puisque je commen\u00e7ais \u00e0 en faire partie. <\/em>(p. 63)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Devenu invisible parce qu&rsquo;inconnu de tous, il se donne alors une mission : observer les autres personnes consid\u00e9r\u00e9es, elles aussi, comme inexistantes.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-subtle-background-background-color has-background is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Tant de mains, papa, trop de paumes tendues. Parfois je donnais tout ce que j&rsquo;avais et apr\u00e8s il ne restait plus rien pour moi. Tant pis.<\/em> (p. 56)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un soir, il porte secours \u00e0 un homme vivant dans la rue, sans vraiment savoir pourquoi, laissant entendre qu\u2019il aurait tout aussi bien pu ne pas le faire. Celui-ci lui annonce qu\u2019il est d\u00e9sormais l\u2019un des leurs, l\u2019un de ceux qui ont quitt\u00e9 le r\u00e9el, l\u2019un de ceux dont les passants s\u2019\u00e9cartent dans le m\u00e9tro.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tournant en rond, le jeune homme cherche alors \u00e0 exister pour n\u2019importe quoi, pour n\u2019importe qui, jusqu\u2019au moment de bascule o\u00f9, une nuit, il crie dans les rues de la capitale grouillante et indiff\u00e9rente, avant d\u2019\u00eatre embarqu\u00e9 par la police. Il a touch\u00e9 le fond : les \u00ab&nbsp;\u00e7a&nbsp;\u00bb remplacent les noms des choses, tant le r\u00e9el s\u2019est vid\u00e9 de tout son sens. C\u2019est dans sa cellule qu\u2019enfin jaillit un premier flot de paroles. La mue commence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une \u00ab contre-plong\u00e9e \u00bb (p. 77), en photographie, c&rsquo;est une prise de vue du sujet depuis le dessous, lui conf\u00e9rant une impression de puissance et de grandeur. Voici la derni\u00e8re partie du r\u00e9cit, et aussi le retour du jeune homme \u00e0 la vie, qui comprend enfin que l&rsquo;\u00e9nigme ne se situe pas dans le regard des autres, mais dans le sien. Il doit se placer derri\u00e8re un objectif, parce que la photographie permet de \u00ab&nbsp;mieux comprendre la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb (p. 87). La mort de son p\u00e8re lui donnera le d\u00e9clic du retour. C&rsquo;est d&rsquo;abord la for\u00eat qu&rsquo;il retrouve, l&rsquo;odeur de l&rsquo;humus, apr\u00e8s tous ces pas allant nulle part sur le bitume.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Odile Cornuz fait entendre, dans une langue d\u2019une oralit\u00e9 impressionnante, un roman \u00e9trange qui explore les fronti\u00e8res entre le soi et le monde, la communication entre les \u00eatres, ses impossibilit\u00e9s et son caract\u00e8re n\u00e9cessaire \u00e0 la formation de l&rsquo;identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-l-039-atelier-comparatiste wp-block-embed-l-039-atelier-comparatiste\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"qmznAyu2kX\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/elsa-scharrer\/\">Elsa Sch\u00e4rrer<\/a><\/blockquote><iframe loading=\"lazy\" class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; visibility: hidden;\" title=\"\u00ab\u00a0Elsa Sch\u00e4rrer\u00a0\u00bb &#8212; L&#039;Atelier comparatiste\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/elsa-scharrer\/embed\/#?secret=qQxaZ60UGi#?secret=qmznAyu2kX\" data-secret=\"qmznAyu2kX\" width=\"580\" height=\"327\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans une errance urbaine, un jeune homme tente de renouer avec le r\u00e9el. Odile Cornuz met en r\u00e9cit l&rsquo;incommunicabilit\u00e9, la d\u00e9rive et le difficile retour \u00e0 soi apr\u00e8s une d\u00e9pression.<\/p>\n","protected":false},"author":1003125,"featured_media":1290,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_robots_follow":"","_seopress_robots_imageindex":"","_seopress_robots_snippet":"","_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_robots_breadcrumbs":"","_seopress_robots_freeze_modified_date":"","_seopress_robots_custom_modified_date":"","_seopress_robots_canonical":"","_seopress_social_fb_title":"","_seopress_social_fb_desc":"","_seopress_social_fb_img":"","_seopress_social_fb_img_attachment_id":0,"_seopress_social_fb_img_width":0,"_seopress_social_fb_img_height":0,"_seopress_social_twitter_title":"","_seopress_social_twitter_desc":"","_seopress_social_twitter_img":"","_seopress_social_twitter_img_attachment_id":0,"_seopress_social_twitter_img_width":0,"_seopress_social_twitter_img_height":0,"_seopress_redirections_value":"","_seopress_redirections_enabled":"","_seopress_redirections_enabled_regex":"","_seopress_redirections_logged_status":"","_seopress_redirections_param":"","_seopress_redirections_type":0,"_seopress_analysis_target_kw":"","_seopress_news_disabled":"","_seopress_video_disabled":"","_seopress_video":[],"_seopress_pro_schemas_manual":[],"_seopress_pro_rich_snippets_disable_all":"","_seopress_pro_rich_snippets_disable":[],"_seopress_pro_schemas":[],"footnotes":""},"categories":[3,193],"tags":[208],"class_list":["post-1289","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-critique","category-critique-litteraire-2026","tag-cornuz-odile"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1289","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1003125"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1289"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1289\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1293,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1289\/revisions\/1293"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1290"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1289"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1289"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1289"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}