{"id":1253,"date":"2026-05-19T09:54:46","date_gmt":"2026-05-19T07:54:46","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/?p=1253"},"modified":"2026-05-19T12:09:14","modified_gmt":"2026-05-19T10:09:14","slug":"du-temps-du-feu-au-temps-des-sorcieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/du-temps-du-feu-au-temps-des-sorcieres\/","title":{"rendered":"Du temps du feu au temps des sorci\u00e8res"},"content":{"rendered":"\n<p>Imaginons un ville o\u00f9 la lecture est interdite. Un monde o\u00f9 les femmes sont oblig\u00e9es de procr\u00e9er pour servir le pays. C\u2019est la dystopie que propose Wendy Delorme dans son quatri\u00e8me roman&nbsp;: <em>Viendra le Temps du feu<\/em>. Nous y d\u00e9couvrons, par le biais des personnages d\u2019\u00c8ve, de Gr\u00e2ce, de Louise, de Rosa, de Rapha\u00ebl et de l\u2019Enfant, la dure existence d\u2019un monde o\u00f9 l\u2019espoir en un avenir meilleur est compromis.<\/p>\n\n\n\n<p>Un soir, c\u2019est la cath\u00e9drale qui est incendi\u00e9e, en signe de r\u00e9bellion contre l\u2019\u00c9tat et son r\u00e8glement, contre l\u2019autorit\u00e9 eccl\u00e9siastique, \u00e0 la mani\u00e8re des b\u00fbchers consumant le corps des femmes accus\u00e9es injustement de sorci\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-subtle-background-background-color has-background is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>R\u00e9duire en cendres grises et carcasses calcin\u00e9es les symboles immuables qui structurent les vies, ordonnent l\u2019ob\u00e9issance, inspirent \u00e0 tous la crainte ou la d\u00e9votion, tracent en voies rectilignes les vies et les pens\u00e9es de chacun parmi nous<em>. <\/em>(p.&nbsp;172)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La ville est le lieu du contr\u00f4le, du regard et de l\u2019interdit. Dans ses bas-fonds grouillent les Uraniens, les d\u00e9tracteurices du r\u00e9gime impos\u00e9 par l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant imaginons, aux abords de la ville, une rivi\u00e8re, puis une for\u00eat. Dans celle-ci, un groupe de femmes qui s\u2019entraident, s\u2019aiment, s\u2019\u00e9paulent et se transmettent des savoirs. La nature <em>fait sorci\u00e8res<\/em> ces femmes. C\u2019est autour des braises d\u2019un feu qu\u2019elles se retrouvent pour danser, chanter et ensorceler le monde. Cette \u00e9clatante sororit\u00e9 parle au travers d\u2019un <em>nous<\/em> commun. Certaines d\u2019entre elles traversent la rivi\u00e8re pour rejoindre la ville et vivre sous couverture. \u00c0 la mani\u00e8re de sorci\u00e8res contemporaines, mises au ban par l\u2019\u00c9tat, elles cr\u00e9ent un lieu de s\u00e9curit\u00e9 et de r\u00e9volte.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce fait, l\u2019\u00c9den perdu est recr\u00e9\u00e9 aux abords de cet enfer citadin qui br\u00fble. La for\u00eat soigne le stigmate originel&nbsp;: le corps est libre. Dans cette oasis, les hommes sont absents et les femmes se reconstruisent. Le feu cr\u00e9\u00e9 par ces femmes sorci\u00e8res est contr\u00f4l\u00e9 et perp\u00e9tue les souvenirs. Il est le lieu o\u00f9 elles se retrouvent et se racontent leurs histoires et le r\u00e9cit de leurs d\u00e9funtes s\u0153urs.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-subtle-background-background-color has-background is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Les histoires qu\u2019on raconte sont n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019\u00e2me comme l\u2019eau l\u2019est \u00e0 la terre pour que les plantes fleurissent. Nos \u00e2mes s\u2019\u00e9tiolaient si nous ne prenions le soin d\u2019\u00e9crire, de chanter, de dire des histoires. C\u2019est pourquoi nous avions chacune \u00e9crit la n\u00f4tre [\u2026]<em>.<\/em> (p.&nbsp;208-209)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ainsi, la for\u00eat est \u00e9galement un lieu de souvenir qui permet l\u2019\u00e9criture de soi, de l\u2019autre, voire sa r\u00e9\u00e9criture. Cette recomposition personnelle advient en traversant la rivi\u00e8re qui s\u00e9pare ces deux mondes. Ce espace devient un passage symbolique qui gu\u00e9rit le corps&nbsp;: c\u2019est ici que les femmes se soignent.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019une des femmes donne toute sa forme et sa force \u00e0 cet \u00c9den&nbsp;: \u00c8ve. Elle se bannit elle-m\u00eame de cet oasis f\u00e9minin, afin de retrouver Louve, sa compagne. Le loup, l\u2019un des embl\u00e8mes arch\u00e9typaux de la sorci\u00e8re historique, s\u2019associe \u00e0 la figure mythique chr\u00e9tienne, formant un couple saphique qui concilie les deux espaces&nbsp;: ville et for\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce paradis reconstitu\u00e9 devient le pendant positif de la m\u00e9tropole, o\u00f9 l\u2019on continue de vivre dans un enfer nocif et qui ne permet aucun espoir&nbsp;: \u00ab Il n\u2019y a rien apr\u00e8s, m\u00e8re, tu t\u2019en doutes bien. On meurt et puis c\u2019est tout. Il n\u2019y a pas d\u2019enfer, et pas de paradis \u00bb (p.&nbsp;173). Ce sont dans les bas-fonds de la cit\u00e9, cach\u00e9s, qu\u2019habitent les personnages plac\u00e9s sous le signe de la minorit\u00e9 sociale&nbsp;: personnes homosexuelles, trans, prostitu\u00e9es, etc. Marginalis\u00e9es, celles-ci militent en faveur de leurs droits, du droit \u00e0 la lecture et de leur libert\u00e9, en se r\u00e9unissant dans les caves d\u2019une bo\u00eete de nuit, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un sabbat qui est ici citadin, nocturne et cach\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Viendra le Temps du feu<\/em> offre un \u00e9chantillon d\u2019un monde o\u00f9 les valeurs de l\u2019\u00c9tat s\u2019opposent \u00e0 l\u2019existence de celles et ceux qui ne rentrent pas dans le moule attendu. L\u2019\u00e9criture et la lecture, activit\u00e9s po\u00e9tico-politiques, sont d\u00e9fendues et utilis\u00e9es par ces figures avilies afin de construire et constituer leur histoire d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e. \u00ab&nbsp;Ce qui n\u2019a pas de nom est r\u00e9duit au silence, et nommer rend visible, av\u00e8re une existence&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;191), dira Rapha\u00ebl en lisant un livre interdit. Il s\u2019agit, en effet, de r\u00e9\u00e9crire l\u2019histoire sous l\u2019angle des d\u00e9munis socialement&nbsp;: il existera toujours un \u00c9den possible et recomposable, un \u00c9den habitable, une lumi\u00e8re d\u2019espoir provenant s\u00fbrement d\u2019un brasier allum\u00e9 au loin qui, cette fois, ne sera pas nuisible.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-l-039-atelier-comparatiste wp-block-embed-l-039-atelier-comparatiste\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"FxeUGh3YSO\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/dany-varela-ferreira-lemos\/\">Dany Varela Ferreira Lemos<\/a><\/blockquote><iframe loading=\"lazy\" class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; visibility: hidden;\" title=\"\u00ab\u00a0Dany Varela Ferreira Lemos\u00a0\u00bb &#8212; L&#039;Atelier comparatiste\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/dany-varela-ferreira-lemos\/embed\/#?secret=CSJABOW4Ki#?secret=FxeUGh3YSO\" data-secret=\"FxeUGh3YSO\" width=\"580\" height=\"327\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Et si, apr\u00e8s le temps du feu, venait celui des sorci\u00e8res\u00a0? Dans un monde peupl\u00e9 de personnages exclus et ambigus, les sorci\u00e8res imagin\u00e9es par Wendy Delorme pullulent, en reconstruisant et reconstituant un monde accueillant.<\/p>\n","protected":false},"author":1003130,"featured_media":1254,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","_seopress_analysis_target_kw":"","footnotes":""},"categories":[3,193],"tags":[199],"class_list":{"0":"post-1253","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-critique","8":"category-critique-litteraire-2026","9":"tag-delorme-wendy"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1253","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1003130"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1253"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1253\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1307,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1253\/revisions\/1307"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1254"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1253"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1253"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1253"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}