{"id":1006,"date":"2025-12-29T17:05:39","date_gmt":"2025-12-29T16:05:39","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/?p=1006"},"modified":"2026-03-27T17:09:23","modified_gmt":"2026-03-27T16:09:23","slug":"quand-la-memoire-chancelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/quand-la-memoire-chancelle\/","title":{"rendered":"Quand la m\u00e9moire chancelle\u00a0: r\u00e9ception et usage de la litt\u00e9rature et du cin\u00e9ma par les personnes confront\u00e9es \u00e0 la maladie d\u2019Alzheimer"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-block-embed-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe title=\"Spotify Embed: Quand la m\u00e9moire chancelle, en mots et en images\" style=\"border-radius: 12px\" width=\"100%\" height=\"152\" frameborder=\"0\" allowfullscreen allow=\"autoplay; clipboard-write; encrypted-media; fullscreen; picture-in-picture\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed\/show\/28yXkNIj04QXrVW2G8RBS9?utm_source=oembed\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans le cadre d\u2019un projet de podcast, j\u2019ai choisi d\u2019explorer la r\u00e9ception ordinaire d\u2019\u0153uvres litt\u00e9raires et filmiques, afin d\u2019interroger la mani\u00e8re dont celles-ci peuvent raisonner avec le v\u00e9cu de certaines personnes. Pour cet \u00e9pisode, je me suis entretenue avec Sophie, dont la m\u00e8re est atteinte de troubles neurocognitifs, ou maladie d\u2019Alzheimer, afin de comprendre le rapport qu\u2019elle entretenait avec des r\u00e9cits fictionnels ou (auto)biographiques traitant de cette maladie.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre entretien s\u2019est construit autour de trois \u0153uvres&nbsp;: <em>Une femme<\/em> (1988) d\u2019Annie Ernaux, o\u00f9 l\u2019autrice \u00e9voque dans les derni\u00e8res pages la maladie de sa m\u00e8re, <em>The Father<\/em> (2020) de Florian Zeller, un film qui donne \u00e0 voir l\u2019exp\u00e9rience int\u00e9rieure d\u2019un p\u00e8re dont la r\u00e9alit\u00e9 s\u2019effrite progressivement, et <em>L\u2019Homme qui tartinait une \u00e9ponge<\/em> (2018) de Colette Roumanoff, recueil d\u2019histoires qui restituent l\u2019intimit\u00e9 du quotidien des personnes atteintes d\u2019Alzheimer.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce travail s\u2019appuie \u00e9galement sur les recherches de la psychologue Pascale Peretti, qui mettent en \u00e9vidence la fonction de la fiction comme espace de transformation psychique permettant de symboliser les pertes et de maintenir un lien avec les repr\u00e9sentations int\u00e9rioris\u00e9es des autres (parents, proches, figures d\u2019attachement), ainsi que sur les travaux de Jean-Marc Talpin et Odile Talpin-Jarrige, psychologue et psychiatre, qui soulignent le r\u00f4le des r\u00e9cits dans la l\u00e9gitimation des affects et la reconnaissance partag\u00e9e des v\u00e9cus li\u00e9s \u00e0 la maladie. Afin d\u2019\u00e9largir ces perspectives, j\u2019ai rencontr\u00e9 C\u00e9dric-C.&nbsp;Boven, psychologue associ\u00e9 du Service universitaire de Psychiatrie de l\u2019\u00e2ge avanc\u00e9 (SUPAA), sp\u00e9cialiste en psychoth\u00e9rapie, qui propose des consultations psychologiques pour proches aidants.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9cits sont susceptibles d\u2019interagir de diff\u00e9rentes fa\u00e7ons avec l\u2019exp\u00e9rience de la maladie. Ils en interrogent par exemple les repr\u00e9sentations collectives ou individuelles, en les confirmant, en les infirmant ou en les d\u00e9pla\u00e7ant. Leur r\u00e9ception peut ainsi favoriser la reconnaissance, la l\u00e9gitimation et parfois la transformation d\u2019une exp\u00e9rience v\u00e9cue. Ces r\u00e9cits peuvent par ailleurs jouer un r\u00f4le dans la pr\u00e9servation du lien entre la personne malade et ses proches, en s\u2019av\u00e9rant l\u2019occasion d\u2019un partage et de discussions \u00e0 propos d\u2019exp\u00e9riences intimes et douloureuses sur lesquelles il est difficile de mettre des mots. \u00c0 ces dimensions relatives \u00e0 la r\u00e9ception des fictions s\u2019articule la production de nouveaux r\u00e9cits par des malades ou des proches, parfois en raison d\u2019un besoin d\u2019expression, parfois dans l\u2019optique que ceux-ci pourront servir \u00e0 d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce compte-rendu s\u2019int\u00e9resse plus particuli\u00e8rement \u00e0 la fa\u00e7on dont l\u2019apparition et l\u2019\u00e9volution de la maladie entrainent des d\u00e9placements identitaires et sur la mani\u00e8re dont nous choisissons de nous raconter nos vies face \u00e0 une exp\u00e9rience qui se fragmente.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\">Sophie<\/h6>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-subtle-background-background-color has-background\">Puis elle a oubli\u00e9 l\u2019ordre et le fonctionnement des choses. Ne plus savoir comment disposer les verres et les assiettes sur une table, \u00e9teindre la lumi\u00e8re d\u2019une chambre (elle montait sur une chaise et essayait de d\u00e9visser l\u2019ampoule). (Ernaux, 1988, p.&nbsp;90)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>C\u2019est avec surprise que Sophie constate que cet \u00e9v\u00e8nement, racont\u00e9 par Annie Ernaux, elle l\u2019a v\u00e9cu presque tel quel avec sa propre m\u00e8re&nbsp;: une bouleversante fa\u00e7on de constater qu\u2019autrui ne comprend plus comment fonctionne le monde. Progressivement, tout devient \u00ab&nbsp;trop compliqu\u00e9, hors d\u2019atteinte&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Colette Roumanoff, dans <em>L\u2019Homme qui tartinait une \u00e9ponge<\/em> (2018, p.&nbsp;13), un titre qui renvoie \u00e0 un autre type de d\u00e9calage. Ce sont alors les proches qui deviennent garants du quotidien. Ce transfert de responsabilit\u00e9s les oblige \u00e0 se red\u00e9finir dans leur rapport \u00e0 la personne malade. Les r\u00e9cits, en mettant en sc\u00e8ne ce basculement, offrent une ressource pr\u00e9cieuse, dans la mesure o\u00f9 ils proposent de mettre en mots une exp\u00e9rience souvent difficile \u00e0 accepter ou m\u00eame \u00e0 exprimer. \u00c0 cet \u00e9gard, ils ouvrent un espace de recomposition identitaire&nbsp;: Pascale Peretti (2016) insiste sur la capacit\u00e9 des r\u00e9cits \u00e0 reconfigurer l\u2019exp\u00e9rience des publics et \u00e0 nourrir \u00ab&nbsp;l\u2019identit\u00e9 narrative<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>&nbsp;\u00bb des individus. Autrement dit, les r\u00e9cits abordant la maladie d\u2019Alzheimer proposent une forme o\u00f9 le sujet peut se reconna\u00eetre et, ce faisant, r\u00e9organiser son rapport \u00e0 lui-m\u00eame et \u00e0 la personne en face de lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Sophie, nos souvenirs deviennent eux-m\u00eames des \u00ab&nbsp;fictions&nbsp;\u00bb, car nous choisissons la mani\u00e8re de les raconter. Cette libert\u00e9 narrative permet d\u2019interroger l\u2019objectivit\u00e9 du v\u00e9cu. Sch\u00e9matiquement, on peut distinguer trois temporalit\u00e9s&nbsp;: d\u2019abord celui de l\u2019\u00e9v\u00e8nement v\u00e9cu dans son imm\u00e9diatet\u00e9&nbsp;; ensuite celui de la m\u00e9moire et de l\u2019imagination \u00ab&nbsp;proto-narrative&nbsp;\u00bb (Schaeffer, 2020, p.&nbsp;15<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>) qui la compl\u00e8te dans une mani\u00e8re de r\u00e9cit que l\u2019on se fait pour soi-m\u00eame&nbsp;; enfin celui des \u0153uvres litt\u00e9raires et filmiques qui vient nourrir et parfois transformer notre mani\u00e8re de (nous) raconter. Le psychologue C\u00e9dric-C.&nbsp;Boven apporte \u00e0 cette r\u00e9flexion un lien au mod\u00e8le psychanalytique&nbsp;: \u00ab&nbsp;raconter, dit-il, c\u2019est donner forme \u00e0 ce qui, \u00e0 l\u2019\u00e9tat brut, reste informe, inconnu, et donc sur lequel on ne peut pas agir. La mise en r\u00e9cit permet d\u2019apprivoiser ce qui demeurait fuyant et douloureux, en rendant l\u2019exp\u00e9rience coh\u00e9rente&nbsp;\u00bb. Dans cette perspective, les r\u00e9cits deviennent une ressource pr\u00e9cieuse, particuli\u00e8rement lorsque la communication avec la personne malade n\u2019est plus possible. Sophie insiste d\u2019ailleurs sur ce point&nbsp;: ce qu\u2019elle trouve le plus int\u00e9ressant dans la fiction, c\u2019est sa capacit\u00e9 de donner \u00e0 voir ce qui se passe dans l\u2019esprit de sa m\u00e8re, alors m\u00eame que celle-ci n\u2019est plus en mesure de le dire, ni m\u00eame de le comprendre. <\/p>\n\n\n\n<p>Films et textes, images et mots sur la maladie d\u2019Alzheimer sont autant de moyens permettant aux lecteurs et lectrices et aux spectateurs et spectatrices de plonger au c\u0153ur de l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue par les malades et leurs proches, rendant palpable l\u2019effacement progressif de la m\u00e9moire. Ils offrent des espaces pour combler les vides, r\u00e9inventer les gestes et les pens\u00e9es, reconnaitre et transformer l\u2019exp\u00e9rience subjective. S\u2019interroger sur les diff\u00e9rences de chaque art et m\u00e9dium ouvre un champ de r\u00e9flexion sur les r\u00f4les que ceux-ci peuvent jouer dans le quotidien de l\u2019individu.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p><strong>\u0152uvres<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>ERNAUX, Annie, <em>Une femme<\/em>, Paris, Gallimard, 2022 (1988).<\/p>\n\n\n\n<p>ROUMANOFF, Colette, <em>L\u2019homme qui tartinait une \u00e9ponge&nbsp;: Mieux vivre avec Alzheimer dans la bienveillance et la dignit\u00e9<\/em>, Paris, \u00c9dition de La Martini\u00e8re, 2018.<\/p>\n\n\n\n<p>ZELLER, Florian (r\u00e9alisateur), <em>The Father<\/em>, UGC, 2020, 97 minutes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Travaux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>BARONI Rapha\u00ebl et PASCHOUD Adrien, \u00ab&nbsp;Introduction. L\u2019h\u00e9ritage de Ricoeur&nbsp;: du r\u00e9cit \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience&nbsp;\u00bb, <em>Cahiers de Narratologie<\/em>, n\u00b0 39, \u00ab&nbsp;L\u2019h\u00e9ritage de Ricoeur&nbsp;: du r\u00e9cit \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience&nbsp;\u00bb, dir. R. Baroni et A. Paschoud, 2021&nbsp;: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/narratologie.12239\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/narratologie.12239<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>PERETTI Pascale, \u00ab&nbsp;M\u00e9moire et fiction&nbsp;: apports de la litt\u00e9rature \u00e0 l\u2019approche psychoth\u00e9rapique des troubles d\u00e9mentiels&nbsp;\u00bb, <em>Psychoth\u00e9rapies<\/em>, vol. &nbsp;36, n\u00b03, \u00ab&nbsp;Parcours et m\u00e9moires&nbsp;\u00bb, dir. Philippe Rey-Belley, 2016, p. 187-194&nbsp;; disponible en ligne&nbsp;: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/psys.163.0187\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/psys.163.0187<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>RICOEUR Paul, <em>Soi-m\u00eame comme un autre<\/em>, Paris, Seuil, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p>RICOEUR Paul, <em>Temps et R\u00e9cit<\/em>, 3 vol., Paris, Seuil, 1983-1985.<\/p>\n\n\n\n<p>SCHAEFFER Jean-Marie, <em>Les Troubles du r\u00e9cit. Pour une nouvelle approche des processus narratifs<\/em>, Paris, Thierry Marchaisse, 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>TALPIN Jean-Marc et TALPIN-JARRIGE Odile, \u00ab&nbsp;L\u2019entr\u00e9e en litt\u00e9rature de la d\u00e9mence de type Alzheimer&nbsp;\u00bb, <em>G\u00e9rontologie et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, vol. 28, n\u00b0114, \u00ab&nbsp;Vieillir dans la litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb, dir. Alain Montandon, 2005, p. 59-73&nbsp;; disponible en ligne&nbsp;: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/gs.114.0059\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/gs.114.0059<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Travail sur le podcast<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p><strong>Ing\u00e9nieur du son&nbsp;:<\/strong> L\u00e9onard de Hollogne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Musique \u00e0 la guitare&nbsp;: <\/strong>Extraits du Pr\u00e9lude no 1 en mi mineur de Heitor Villa-Lobos et de l&rsquo;Adagio de la sonate en sol mineur pour violon solo BWV 1001, interpr\u00e9t\u00e9s par Ricardo Lopes Garcia.<\/p>\n\n\n\n<p>Merci \u00e0 Sophie pour sa confiance.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 propos de l&rsquo;image de couverture<\/h6>\n\n\n\n<p>Le travail parle de la m\u00e9moire et de l\u2019oubli. Des petites bo\u00eetes trouv\u00e9es chez notre grand-m\u00e8re. Des bo\u00eetes trop petites pour contenir quelque chose d\u2019utile. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur, des tr\u00e9sors&nbsp;d\u2019enfants : une bille, du fil et une aiguille, quelques petits papiers, des petits objets inconnus. Ces bo\u00eetes, comme la maison de notre grand-m\u00e8re, ont disparu. Restent des fragments, des petites coques vides, des tentatives multiples de captation d\u2019un pass\u00e9 r\u00e9volu. Ces bo\u00eetes deviennent des coquilles fragiles, r\u00e9ceptacle de ma m\u00e9moire d\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-subtle-background-background-color has-background\">Et maintenant, avec cette porte en fer \u00e0 la cave, j\u2019ai toujours deux corbeilles, que je remplis avec, pas tout, mais mes trucs en \u00e9tain, auxquels je tiens, je n\u2019aurai plus le double, tu vois, je ne pourrai pas me le racheter. Et c\u2019est des souvenirs.<br>Et alors je le mets l\u00e0-dedans, je ferme la porte \u00e0 cl\u00e9, et je range la cl\u00e9 et \u00e7a, c\u2019\u00e9tait pas un secret, et j\u2019ai enlev\u00e9 et je les ai mises dans un tiroir, l\u00e0-haut, quelque part.<br>Deux cl\u00e9s, une petite et une grande.<br><br>(Jeanne Kapp, notre grand-m\u00e8re, 2013)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Cette notion, th\u00e9oris\u00e9e par Paul Ricoeur dans <em>Temps et R\u00e9cit<\/em> (1983-1985), puis approfondie dans <em>Soi-m\u00eame comme un autre<\/em> (1990), repose sur la capacit\u00e9 du sujet \u00e0 configurer les \u00e9v\u00e8nements de son existence au sein d\u2019un r\u00e9cit concordant et coh\u00e9rent. La compr\u00e9hension de soi passe alors par une interpr\u00e9tation de soi m\u00e9diatis\u00e9e par le r\u00e9cit. En se racontant, le sujet parvient \u00e0 maintenir une forme de continuit\u00e9 et de coh\u00e9rence, en d\u00e9pit des changements et des discontinuit\u00e9s qui traversent l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Pour Jean-Marie Schaeffer dans <em>Les Troubles du r\u00e9cit. Pour une nouvelle approche des processus narratifs<\/em> (2020), la proto-narrativit\u00e9 renvoie \u00e0 des formes narratives \u00e9l\u00e9mentaires, le plus souvent inconscientes, qui pr\u00e9c\u00e8dent le r\u00e9cit structur\u00e9. Avant toute \u00e9laboration consciente d\u2019une histoire coh\u00e9rente, ces formes primitives de mise en r\u00e9cit, faites de m\u00e9moire \u00e9pisodique, de ruminations, de r\u00eaves, d\u2019imaginaire ou d\u2019anticipation, contribuent \u00e0 fa\u00e7onner l\u2019identit\u00e9, en reliant pass\u00e9, pr\u00e9sent et futur, sans passer par les sch\u00e9mas narratifs classiques.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-l-039-atelier-comparatiste wp-block-embed-l-039-atelier-comparatiste\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"2dMRevB58q\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/flavia-lopes-garcia\/\">Fl\u00e1via Lopes Garcia<\/a><\/blockquote><iframe loading=\"lazy\" class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; visibility: hidden;\" title=\"\u00ab\u00a0Fl\u00e1via Lopes Garcia\u00a0\u00bb &#8212; L&#039;Atelier comparatiste\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/flavia-lopes-garcia\/embed\/#?secret=jBhRxv87e6#?secret=2dMRevB58q\" data-secret=\"2dMRevB58q\" width=\"580\" height=\"327\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La m\u00e8re de Sophie est atteinte de la maladie d\u2019Alzheimer. C\u2019est un sujet qu\u2019Annie Ernaux, mais aussi Colette Roumanoff et Florian Zeller abordent dans leurs \u0153uvres. Comment Sophie accueille-t-elle ces r\u00e9cits racontant des histoires similaires \u00e0 la sienne ?<\/p>\n","protected":false},"author":1002991,"featured_media":1007,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[163,9,164,165,166,167],"tags":[],"class_list":{"0":"post-1006","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-alzheimer","8":"category-enquetes-et-entretiens","9":"category-ernaux-annie","10":"category-humanites-medicales","11":"category-roumanoff-colette","12":"category-zeller-florian"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1006","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1002991"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1006"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1006\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1015,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1006\/revisions\/1015"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1007"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1006"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1006"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/ateliercomparatiste\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1006"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}