Un témoin de l’UNIL du XIXe siècle

Obélisque d’Albert de Haller

Johann-Jakob Biedermann, Vüe de la Vill de Lausanne, 1812-1813, estampe, eau-forte, aquarelle, crayon, gomme arabique, 45,5 x 63,5 cm, Musée historique de la ville de Lausanne

Une valeur historique et culturelle considérable se cache derrière cet obélisque aux modestes apparences, certes caché dans le bois de Dorigny, mais dominant néanmoins l’ensemble du site grâce à son positionnement qui surplombe l’Unithèque et les autres bâtiments universitaires. Ce monument porte la mémoire de deux familles importantes pour le développement du domaine de Dorigny et de l’Académie de Lausanne, devenue Université. Il s’agit de la famille de Loys et celle de Haller, réunie en 1816 par le mariage d’Emilie von Haller et d’un membre de la famille seigneuriale, événement pour lequel l’obélisque est aménagé (déplacé ou bâti) sur la colline de Dorigny.

C’est dans la seconde moitié du XVIIe siècle qu’une partie de la famille de Loys, propriétaire du domaine, s’installe aux alentours de la Chamberonne. Elle y fait notamment construire des infrastructures pour l’agriculture ; au fil des ans, la fonction du domaine devient principalement celle d’habitation. On note alors la construction du château et le maintien de granges. Au cours du XXe siècle, la famille de Loys se désintéresse peu à peu de ce domaine, il le loue à des particuliers jusqu’à ce que le Conseil d’Etat l’achète en 1963. Site olympique ou aéroport international, les possibilités qu’offre ce large site alors très convoité sont vastes, la décision finale le destine à abriter les bâtiments de l’Université.

Une précieuse documentation iconographique (plans cadastraux, cartes, gravures, peintures) est disponible aujourd’hui pour comprendre et illustrer le développement de la campagne de Dorigny. Cependant, l’appréhension de ces images doit se faire avec précaution, à travers les peintures et gravures, on observe des œuvres représentant des paysages reconstruits, pas nécessairement fidèles d’un point de vue topographique.

Monument à Albert de Haller, XIXe siècle, obélisque, pierre, bois de Dorigny. Photo: Stramatakis © UNIL

L’artiste agence les éléments comme il le souhaite, ou comme il lui semble le plus juste selon ses critères, s’écartant parfois d’un rendu exact de la nature qui l’entoure. Il est donc difficile de retrouver le point de vue exact duquel l’artiste aurait représenté la vue qui s’offre à lui. Il est cependant intéressant d’essayer de s’en approcher en scrutant les estampes de Johan-Jakob Biedermann par exemple.

Rescapé du temps et témoin des transformations du paysage qui l’entoure, l’obélisque en pierre de presque 3 mètres de haut, sans aucune indication de datation, est relativement simple. Deux légendes – une en latin et une en français – sont inscrites sur deux de ses côtés: ALBERTO HALLER FILIUS EMANUEL et A ALBERT HALLER SON FILS EMANUEL. Nous pouvons en déduire que cet obélisque a été commandé dans le courant du XIXe siècle par le fils d’Albert, Emanuel-Rodolphe Haller, hypothèse affirmée par Marcel Grandjean, historien du patrimoine architectural de la suisse. Plusieurs études mentionnent l’obélisque, l’une d’entre elles (Arthur Weese, Dis Bildnisse Albrecht von Hallers, Berne, 1909) considère Emilie Haller, fille de Rodolphe-Emanuel comme commanditaire, et non héritière de la pièce.

Dans un cas comme dans l’autre, c’est la volonté d’honorer leur aïeul qui apparait. Albert von Haller marque le XVIIIe siècle par la multiplicité des domaines dans lesquels il diffuse ses connaissances. Diplômé en médecine, il enseigne à l’Université de Goettingue, il publie également des poèmes, devient vice-gouverneur au château d’Aigle, directeur des salines de Roche, et publie différents ouvrages sur les plantes suisses. Albert von Haller est une référence aussi pour l’Académie qui le cite comme protecteur et mécène, il participe en 1757 à l’élaboration du Règlement de la Schola lausoniensis.

Lorena Ehrbar, assistante-étudiante en archives