{"id":17357,"date":"2026-04-16T17:28:48","date_gmt":"2026-04-16T15:28:48","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.unil.ch\/alumnil\/?p=17357"},"modified":"2026-04-16T17:28:50","modified_gmt":"2026-04-16T15:28:50","slug":"andres-pinilla-marin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/alumnil\/andres-pinilla-marin\/","title":{"rendered":"Andres Pinilla Marin"},"content":{"rendered":"\n<p><span style=\"font-size: 30px\">Les n\u0153uds et les liens d\u2019Andres Pinilla Marin<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Longtemps, l\u2019infirmier ind\u00e9pendant en sant\u00e9 mentale et en soins psychiatriques a \u00e9t\u00e9 tiraill\u00e9 entre ses deux cultures colombienne et suisse. Aujourd\u2019hui r\u00e9concili\u00e9 avec ses racines, le p\u00e8re de famille s\u2019investit \u00e0 lever ce qui entrave les liens entre les vivants; les autres et soi-m\u00eame. Un besoin de r\u00e9paration entam\u00e9 \u00e0 la Haute-\u00e9cole de Sant\u00e9 du canton de Vaud (HESAV), puis \u00e0 l\u2019Institut universitaire de formation et de recherche en soins (IUFRS), rattach\u00e9 \u00e0 la Facult\u00e9 de biologie de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la Sierra Nevada de Santa Marta, au nord de la Colombie, le peuple d\u2019Am\u00e9rindien\u00b7nes Kogis s\u2019adonne au Neshi. Un rituel ancestral qui interroge les rapports entre la nature et l\u2019Homme et facilite l\u2019expression des pens\u00e9es et des actes qui entravent les liens entre les vivants; les autres et soi-m\u00eame. Le Neshi est aujourd\u2019hui \u00e0 la source et au c\u0153ur du d\u00e9vouement d\u2019Andres Pinilla Marin, infirmier ind\u00e9pendant en sant\u00e9 mentale et sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019accompagnement en soins psychiatriques. Le futur quadrag\u00e9naire, qu\u2019il f\u00eatera en 2026, est surtout un r\u00e9parateur de liens. Lui-m\u00eame s\u2019est longtemps questionn\u00e9 depuis son d\u00e9racinement de Colombie \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 12 ans jusqu\u2019\u00e0 sa vie d\u2019homme aujourd\u2019hui et de p\u00e8re de famille \u00e0 Lausanne.<\/p>\n\n\n\n<p>Un long chemin vers la r\u00e9conciliation de deux identit\u00e9s; une introspection propice aux questionnements de milieu de vie: \u00abC\u2019est important de me rappeler d\u2019o\u00f9 je viens; pourquoi je suis enracin\u00e9 ici et l\u00e0-bas? Suis-je fier de mes racines? Suis-je heureux? J\u2019ai mis beaucoup de temps \u00e0 faire cohabiter les deux cultures, reconna\u00eet-il. Aujourd\u2019hui, je joue ma partition colombienne et en parall\u00e8le ma partition organisationnelle suisse. J\u2019aime bien naviguer entre ces deux eaux selon les contextes. Mes interrogations identitaires m\u2019ont permis de d\u00e9velopper un \u00e9quilibre sain et de m\u2019ancrer dans le quotidien.\u00bb Comme dans toute la diversit\u00e9 de richesses des parcours migratoires, rien ne pr\u00e9destinait le quadrag\u00e9naire \u00e0 cette trajectoire de vie en terres vaudoises.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes en 1986. Andres Pinilla Marin voit le jour dans une Colombie gangr\u00e9n\u00e9e par la violence. Les premiers souvenirs sont douloureux&nbsp;: \u00abMes parents se s\u00e9parent tr\u00e8s vite. Ma m\u00e8re nous \u00e9l\u00e8ve seule, mon fr\u00e8re et moi. Je n\u2019ai d\u2019ailleurs jamais compris le d\u00e9part de mon p\u00e8re. Mais nous avons eu la chance de pouvoir compter sur le soutien familial et l\u2019amour de notre m\u00e8re. Ce noyau familial m\u2019a permis d\u2019avoir des souvenirs joyeux.\u00bb Le p\u00e8re de famille marque une pause dans son r\u00e9cit de vie et revient au pr\u00e9sent: \u00abLe mois dernier, mon p\u00e8re est venu en Suisse. Je voulais l\u2019inviter pour qu\u2019il voit sa petite-fille de cinq mois. Le fait de devenir p\u00e8re m\u2019a permis de reparcourir mon identit\u00e9; de questionner la filiation. \u00c7a m&rsquo;a permis de r\u00e9parer ou du moins apaiser des liens qui avaient \u00e9t\u00e9 violent\u00e9s. Mon p\u00e8re est reparti il y a quelques jours. Je suis toujours dans l\u2019assimilation de sa visite et de ce que cela a pu m\u2019apporter en tant qu\u2019homme.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Retour en Colombie, mais dans les ann\u00e9es 1990. Andres Pinilla Marin vit une fin d\u2019enfance et une pr\u00e9 adolescence difficile. La situation politique du pays y contribue. Sa m\u00e8re songe \u00e0 l\u2019\u00e9migration. Biologiste, elle a l\u2019opportunit\u00e9 de venir \u00e9tudier une ann\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne. Elle saisit cette chance, soutenue par son clan. Lui et son fr\u00e8re sont confi\u00e9s \u00e0 une tante. Ils ne verront pas leur m\u00e8re pendant un an. Et puis, gr\u00e2ce aux mesures de regroupement familial, elle peut faire venir ses fils en Suisse: \u00abOn a d\u00fb partir dans un d\u00e9cor que l\u2019on ne conna\u00eet pas. J\u2019ai mis plusieurs mois \u00e0 comprendre que cela allait \u00eatre ma nouvelle vie. J\u2019ai fait ma petite r\u00e9bellion \u00e0 12 ans.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui le sauve, c\u2019est le foot. Il int\u00e8gre le FC La Sallaz, sur les hauts de Lausanne: \u00abJ\u2019ai pass\u00e9 des heures \u00e0 m\u2019entra\u00eener sur les terrains de Grand-Vennes et de Praz-S\u00e9chaud, se souvient-il. J\u2019ai aussi trouv\u00e9 refuge aupr\u00e8s de mon coach. Il est devenu un peu le p\u00e8re que je n\u2019ai pas eu. Il a su me parler pour me faire accepter de rester en Suisse. Il m\u2019a donn\u00e9 le bon dosage de ma\u00efzena pour que mes deux cultures vivent en moi. J\u2019ai compris gr\u00e2ce \u00e0 lui que pour ma m\u00e8re c\u2019\u00e9tait une n\u00e9cessit\u00e9 de rester ici. Elle voulait nous faire vivre autre chose.\u00bb Ce bon dosage s\u2019exprime \u00e0 l\u2019adolescence avec le sport, les sorties dans les bo\u00eetes latino de Lausanne et la danse. Mais aussi gr\u00e2ce au soutien de son petit fr\u00e8re Christian.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 son arriv\u00e9e en Suisse, Andres Pinilla Marin fr\u00e9quente les classes d\u2019accueil du coll\u00e8ge de B\u00e9thusy: \u00abL\u00e0 aussi, l\u2019enseignante a r\u00e9ussi \u00e0 me faire comprendre deux-trois trucs pour r\u00e9ussir mon int\u00e9gration en Suisse et dans la scolarit\u00e9 classique.\u00bb Le jeune homme continue son cursus \u00e0 Villamont. C\u2019est un \u00e9l\u00e8ve un peu rebelle qui fait juste ce qu\u2019il faut pour passer l\u2019ann\u00e9e. Il int\u00e8gre pourtant le Gymnase du Bugnon et obtient sa maturit\u00e9. Le jeune homme s\u2019int\u00e9resse d\u00e9j\u00e0 aux soins \u00e0 la personne et se destine \u00e0 l\u2019\u00e9cole de physioth\u00e9rapie, mais rate de justesse l\u2019examen d\u2019entr\u00e9e: \u00abUne amie de ma m\u00e8re m\u2019a alors propos\u00e9 de venir faire un stage d\u2019observation \u00e0 l\u2019h\u00f4pital orthop\u00e9dique du CHUV. \u00c7a m&rsquo;a beaucoup plu, surtout le lien \u00e0 la personne. Il s\u2019est pass\u00e9 quelque chose en moi.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette exp\u00e9rience marquante, c\u2019est sa premi\u00e8re confrontation avec la mort. Celle d\u2019un patient \u00e2g\u00e9 qu\u2019il a accompagn\u00e9 au quotidien et jusqu\u2019au bout jusqu\u2019\u00e0 lui prodiguer les soins post-mortem: \u00abJe me suis senti utile et je trouvais beau de pouvoir accompagner une personne jusqu\u2019\u00e0 sa finitude.\u00bb Sans h\u00e9siter, Andres Pinilla Marin int\u00e8gre la Haute-\u00e9cole de soins infirmiers \u2013 aujourd\u2019hui rebaptis\u00e9e Haute-\u00e9cole de Sant\u00e9 (HESAV) \u2013 avec le projet ensuite de se lancer dans l\u2019humanitaire. Mais un stage de deuxi\u00e8me ann\u00e9e \u00e0 la Fondation de Nant va contrecarrer ses plans. L\u2019infirmier travaille alors pour la premi\u00e8re fois dans un service de psychiatrie g\u00e9n\u00e9rale. Le soir, quand il rentre chez lui, la charge mentale est lourde.<\/p>\n\n\n\n<p>Son cerveau d\u00e9borde des histoires entendues au quotidien: \u00abJ\u2019en ai parl\u00e9 \u00e0 mon praticien-formateur. Un homme en or qui m\u2019a expliqu\u00e9 que c\u2019est un apprentissage empirique de r\u00e9ussir \u00e0 tisser du lien avec les patients tout en se prot\u00e9geant. Parfois les silences soignent.\u00bb Un argument qui finira de le convaincre. Exit l\u2019humanitaire, il fera carri\u00e8re dans les soins infirmiers et la psychiatrie. Par amour, il part s\u2019installer \u00e0 Paris, o\u00f9 il travaille dans un h\u00f4pital public, mais revient r\u00e9guli\u00e8rement pour faire des veilles le week-end \u00e0 la Fondation de Nant et compenser son petit revenu. L\u2019exp\u00e9rience parisienne va durer trois ans et demi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 son retour \u00e0 Lausanne, Andres Pinilla Marin poursuit avec un Master en soins infirmiers \u00e0 l\u2019Institut universitaire de formation et de recherche en soins (IUFRS), rattach\u00e9 \u00e0 la Facult\u00e9 de biologie de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne: \u00abJ\u2019ai fait ce master dans l\u2019id\u00e9e d\u2019enseigner plus tard. Mais c\u2019\u00e9tait une tr\u00e8s mauvaise exp\u00e9rience. Le travail de Master m\u2019a traumatis\u00e9, tant dans le suivi que dans l\u2019organisation.\u00bb Son dipl\u00f4me en poche, on lui propose un poste dans une toute nouvelle unit\u00e9 de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Cery, baptis\u00e9e les Roseaux: \u00abC\u2019\u00e9tait une unit\u00e9 un peu extraterrestre, car une exp\u00e9rience pilote, qui visait \u00e0 accompagner int\u00e9gralement les situations les plus lourdes de l\u2019h\u00f4pital avec des m\u00e9decins, des psychiatres, des ergoth\u00e9rapeuthes, des physioth\u00e9rapeuthes, des \u00e9ducateurs et j\u2019en passe. Les patients ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de tout l\u2019arsenal th\u00e9rapeutique.\u00bb Un projet couronn\u00e9 de succ\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Au sein de l\u2019Unit\u00e9, lui et les \u00e9quipes se sp\u00e9cialisent dans la clinique de l&rsquo;h\u00e9bergement, c\u2019est-\u00e0-dire dans la reconqu\u00eate des patient\u00b7es, de leur habitat et de leur environnement: \u00abIl s\u2019agissait de leur donner toutes les cl\u00e9s et tous les outils pour qu\u2019ils gagnent en ind\u00e9pendance et se sentent pr\u00eats \u00e0 naviguer dans la vie malgr\u00e9 leur trouble psychique.\u00bb Apr\u00e8s six ann\u00e9es d\u2019investissement, les sir\u00e8nes de l\u2019ind\u00e9pendance se font entendre. En 2023, il fait le grand saut. D\u2019abord \u00e0 temps partiel. Puis \u00e0 plein temps depuis le mois de juin 2025.<\/p>\n\n\n\n<p>Il inaugure Neshi, son cabinet de soins infirmiers et de psychiatrie dans lequel il accompagne les patient\u00b7es dans cette reconqu\u00eate de l\u2019habitat et leur r\u00e9insertion sociale: \u00abJ\u2019accueille les souffrances et les blessures, mais je mobilise surtout les acquis et leurs ressources.\u00bb Aujourd\u2019hui, Andres Pinilla Marin nourrit un autre projet en parall\u00e8le; celui d\u2019un caf\u00e9-restaurant, d\u00e9di\u00e9 au 17-25 ans, et dans lequel s\u2019inviteraient les questions de sant\u00e9 mentale et de psychiatrie avec une forte composante sociale. Une autre mani\u00e8re de tisser du lien.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Lausanne, le 10 avril 2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Article de Mehdi Atmani<br>Portrait de Andres Pinilla Marin \u00a9 Felix Imhof<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les n\u0153uds et les liens d\u2019Andres Pinilla Marin<\/p>\n","protected":false},"author":1003040,"featured_media":17358,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[56241],"tags":[56281,56259,56373,56282,56285],"class_list":["post-17357","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-portrait","tag-fbm","tag-international","tag-iufrs","tag-sante","tag-social"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/alumnil\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17357","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/alumnil\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/alumnil\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/alumnil\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1003040"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/alumnil\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17357"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/alumnil\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17357\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17362,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/alumnil\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17357\/revisions\/17362"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/alumnil\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17358"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/alumnil\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17357"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/alumnil\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17357"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/alumnil\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17357"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}