{"id":9686,"date":"2019-05-09T08:15:22","date_gmt":"2019-05-09T06:15:22","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=9686"},"modified":"2020-07-22T14:21:03","modified_gmt":"2020-07-22T12:21:03","slug":"cocaine-sur-sol-vaudois-les-premiers-chiffres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/cocaine-sur-sol-vaudois-les-premiers-chiffres\/","title":{"rendered":"Coca\u00efne sur sol vaudois, les premiers chiffres"},"content":{"rendered":"<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-9686 gallery-columns-1 gallery-size-medium'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/cocaine_72_1.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"188\" height=\"260\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/cocaine_72_1-188x260.jpg\" class=\"attachment-medium size-medium\" alt=\"\" aria-describedby=\"gallery-1-9783\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/cocaine_72_1-188x260.jpg 188w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/cocaine_72_1-768x1063.jpg 768w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/cocaine_72_1.jpg 867w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-9783'>\n\t\t\t\tSource: MARSTUP &#8211; Photo: zorandimzr \/ iStock by Getty Images. Infographie Stephanie Wauters\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n<p><em>Des feuilles de coca aux vendeurs de rue, une \u00e9tude passionnante d\u00e9taille les \u00e9tapes du trafic et donne pour la premi\u00e8re fois les volumes de coca\u00efne consomm\u00e9s dans le canton de Vaud. Texte Sabine Pirolt<\/em><\/p>\n<p>Une premi\u00e8re. C\u2019est ainsi que Pierre Esseiva, professeur \u00e0 l\u2019<a href=\"https:\/\/unil.ch\/esc\">\u00c9cole des sciences criminelles<\/a>, d\u00e9finit les r\u00e9sultats de l\u2019\u00e9tude MARSTUP (1) sur le march\u00e9 de la coca\u00efne et les autres stimulants, dans le canton de Vaud. \u00abNous avons estim\u00e9 les volumes consomm\u00e9s en sondant les consommateurs et en analysant les eaux us\u00e9es, c\u2019est la premi\u00e8re fois que cela a \u00e9t\u00e9 fait.\u00bb Fruit de la collaboration entre l\u2019UNIL, l\u2019Institut universitaire de m\u00e9decine sociale et pr\u00e9ventive et la fondation Addiction Suisse, ce rapport de deux cents pages r\u00e9v\u00e8le des chiffres in\u00e9dits. Il brosse \u00e9galement un tableau tr\u00e8s instructif du march\u00e9 de la coca\u00efne, de ses origines \u00e0 sa consommation dans le canton de Vaud. C\u2019est Robin Udrisard, doctorant \u00e0 l\u2019\u00c9cole des sciences criminelles, qui a \u00e9tudi\u00e9 les volumes consomm\u00e9s. Le sujet de sa th\u00e8se porte sur l\u2019application de l\u2019analyse des eaux us\u00e9es dans le cadre du march\u00e9 des stup\u00e9fiants. \u00abOn a une approche <em>bottom up<\/em>, on se base sur ce qui est consomm\u00e9, car il y a tr\u00e8s peu de donn\u00e9es fournies par les douanes et d\u00e8s que l\u2019on remonte les \u00e9chelons du march\u00e9, il est tr\u00e8s difficile d\u2019y voir clair. On lit et on entend beaucoup de choses bas\u00e9es sur peu de faits. Avec cette \u00e9tude, nous apportons des \u00e9l\u00e9ments factuels.\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est en Am\u00e9rique du Sud, dans les r\u00e9gions montagneuses de la Colombie, du P\u00e9rou et de la Bolivie, que sont cultiv\u00e9s la majorit\u00e9 des coca\u00efers (voir l\u2019infographie). Cette culture repr\u00e9sente quelque 156000 hectares, soit \u00e0 peu pr\u00e8s la surface du canton de Lucerne. Les buissons de coca sont plant\u00e9s par de petits agriculteurs sur des surfaces qui ne d\u00e9passent pas 5000 m\u00e8tres carr\u00e9s. Les feuilles qui servent \u00e0 la production de coca\u00efne sont r\u00e9colt\u00e9es plusieurs fois par an. Un tiers de cette production est directement transform\u00e9e par les paysans. Les deux premi\u00e8res \u00e9tapes de production, soit l\u2019extraction de la p\u00e2te de coca \u00e0 partir des feuilles et la purification de cette p\u00e2te en coca\u00efne base, ne n\u00e9cessitent pas de grandes connaissances techniques.<\/p>\n<p><strong>Production en Am\u00e9rique du Sud<\/strong><br \/>\nSur l\u2019\u00e9cran de son ordinateur, Pierre Esseiva montre un reportage au c\u0153ur de la jungle colombienne: pieds nus, des hommes pi\u00e9tinent des feuilles dans un bassin contenant un peu d\u2019eau. Le p\u00e9trissage termin\u00e9, un homme jette un seau de chaux dans la cuve, puis un autre de k\u00e9ros\u00e8ne. Il go\u00fbte le m\u00e9lange et le recrache dans la cuve. La mixture est \u00e0 son go\u00fbt. Encore deux op\u00e9rations chimiques et le tour est jou\u00e9: la coca\u00efne appara\u00eet sous forme de gomme jaun\u00e2tre, la p\u00e2te de coca. En 2016, les forces de l\u2019ordre colombiennes ont d\u00e9truit environ 4 600 de ces \u00abateliers\u00bb. La troisi\u00e8me \u00e9tape, soit la transformation de la coca\u00efne base en hydrochloride (coca\u00efne HCI), dure environ six heures et se d\u00e9roule dans des laboratoires qui requi\u00e8rent souvent des investissements importants. Ces petites entreprises ill\u00e9gales font le lien entre la production agricole et le trafic international.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9802\" aria-describedby=\"caption-attachment-9802\" style=\"width: 262px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9802\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/PierreEsseiva_72.jpg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/PierreEsseiva_72.jpg 262w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/PierreEsseiva_72-173x260.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 262px) 100vw, 262px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9802\" class=\"wp-caption-text\">Pierre Esseiva. Professeur \u00e0 l\u2019\u00c9cole des sciences criminelles (Facult\u00e9 de droit, des sciences criminelles et d\u2019administration publique).<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Voyage vers l\u2019Europe<\/strong><br \/>\nLa coca\u00efne transite de plus en plus par les ports de marchandises d\u2019Am\u00e9rique centrale, du Venezuela et du Br\u00e9sil. Elle y est amen\u00e9e par voie terrestre et aussi gr\u00e2ce \u00e0 de petits avions qui d\u00e9collent de pistes d\u2019atterrissage ill\u00e9gales dans la jungle. \u00abOn estime que la valeur de la coca\u00efne qui est transport\u00e9e chaque ann\u00e9e du P\u00e9rou au Br\u00e9sil repr\u00e9sente 4,5 milliards de dollars (idem en francs suisses, <em>ndlr<\/em>)\u00bb, d\u00e9taille Pierre Esseiva. La m\u00e9thode la plus connue pour transporter la drogue est celle du <em>rip on\/rip off<\/em> qui s\u2019appuie sur le transport l\u00e9gal de marchandises dans des containers. Des dizaines, voire des centaines de kilos de coca\u00efne y sont cach\u00e9s. Le plus souvent, les exp\u00e9diteurs des marchandises licites n\u2019ont rien \u00e0 voir avec ce trafic. Par contre, des employ\u00e9s portuaires et des douaniers y collaborent, en retirant la coca\u00efne \u00e0 son arriv\u00e9e et en refermant les containers avec de faux scell\u00e9s qui portent le m\u00eame num\u00e9ro que les originaux. Parfois, les complices n\u2019ont pas le temps de retirer la coca\u00efne. Cela am\u00e8ne \u00e0 des saisies comme celle de B\u00e2le (190 kilos) en 2015.<\/p>\n<p><strong>Distribution en Suisse<\/strong><br \/>\nArriv\u00e9e en Europe, la coca\u00efne est stock\u00e9e \u00e0 proximit\u00e9 des grands ports. Pour la Suisse, les principaux lieux d\u2019arriv\u00e9e sont l\u2019Espagne et les Pays-Bas, mais aussi le Portugal, la Belgique et l\u2019Italie. Parfois la coca\u00efne transite par l\u2019Afrique de l\u2019Ouest avant d\u2019arriver en Europe. Ce sont ensuite les mules ou les transporteurs qui am\u00e8nent la drogue dans les lieux de d\u00e9p\u00f4t en Suisse. Ils l\u2019ing\u00e8rent, la transportent dans leurs bagages, la cachent sur eux ou dans un v\u00e9hicule. Une autre pratique, sp\u00e9cifique aux groupes ouest-africains, consiste \u00e0 dissimuler des <em>fingers<\/em> de coca\u00efne (sortes de gros suppositoires contenant 10 grammes) dans l\u2019anus. Les quantit\u00e9s transport\u00e9es tous moyens confondus? Entre 0,5 et 5 kilos. Une mule professionnelle peut faire plusieurs voyages par mois. Les trafiquants nig\u00e9rians &#8211; qui dominent \u00e9galement le march\u00e9 suisse &#8211; pratiquent les transports group\u00e9s. Des semi-grossistes font des commandes aupr\u00e8s de plusieurs grossistes \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Elles sont rassembl\u00e9es dans le pays de d\u00e9part et la livraison se fait dans un appartement en Suisse. Des coursiers qui travaillent pour les semi-grossistes viennent r\u00e9cup\u00e9rer leur marchandise dans les 24 \u00e0 36 heures. Un semi-grossiste peut alimenter plusieurs dizaines de vendeurs au d\u00e9tail et \u00eatre lui-m\u00eame vendeur, car il garde sa client\u00e8le acquise en tant que d\u00e9taillant. C\u2019est \u00e0 travers des liens dans le r\u00e9seau qu\u2019un bon vendeur peut devenir semi-grossiste. Il doit alors acheter le contact du grossiste \u00e0 son fournisseur (de 5000 \u00e0 10000 francs).<\/p>\n<figure id=\"attachment_9803\" aria-describedby=\"caption-attachment-9803\" style=\"width: 262px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-9803 size-full\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/RobinUdrisard_72.jpg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/RobinUdrisard_72.jpg 262w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/RobinUdrisard_72-173x260.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 262px) 100vw, 262px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9803\" class=\"wp-caption-text\">Robin Udrisard. Doctorant \u00e0 l\u2019\u00c9cole des sciences criminelles (Facult\u00e9 de droit, des sciences criminelles et d\u2019administration publique).<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Des barons aux mules<\/strong><br \/>\nCe sont les r\u00e9seaux nig\u00e9rians qui sont les plus importants, en nombre d\u2019individus et en parts de march\u00e9. Pays le plus peupl\u00e9 d\u2019Afrique, avec plus de 190 millions d\u2019habitants, le Nig\u00e9ria compte l\u2019une des populations les plus jeunes au monde. Pierre Esseiva, qui s\u2019y est rendu, constate: \u00abLa moiti\u00e9 des habitants vit dans une pauvret\u00e9 extr\u00eame car l\u2019\u00c9tat ne remplit pas son r\u00f4le de redistribution des richesses. La corruption est profond\u00e9ment ancr\u00e9e, et si une personne ne na\u00eet pas dans la bonne famille, elle n\u2019a aucun espoir de rien.\u00bb Des barons aux vendeurs en passant par les logisticiens et les mules appel\u00e9es \u00abNnunus\u00bb, l\u2019\u00e9tude d\u00e9crit cinq r\u00f4les. Pierre Esseiva explique: \u00abIl n\u2019y a pas de structure hi\u00e9rarchique claire comme dans la mafia, mais des cellules de 10 \u00e0 12 hommes dont les r\u00f4les sont interchangeables. C\u2019est leur force, ils sont tr\u00e8s inventifs et d\u00e9brouillards.\u00bb Ces r\u00e9seaux l\u00e2ches fonctionnent \u00e0 la confiance (liens familiaux, locaux, ethniques). Si les r\u00f4les sont interchangeables, n\u2019est pas baron ou \u00abBig Oga\u00bb qui veut. Au Nig\u00e9ria, il faut \u00eatre proche du pouvoir et avoir de l\u2019argent pour \u00eatre gros trafiquant. Certains hommes d\u2019affaires n\u2019importent pas que des appareils \u00e9lectroniques ou des voitures. Les \u00abBig Oga\u00bb s\u2019appuient sur des interm\u00e9diaires qui ont des connexions et donnent toutes sortes de conseils (approvisionnement, routes, emballage). Quant aux mules, elles pullulent. \u00abLe probl\u00e8me, c\u2019est de trouver des courriers capables d\u2019avaler plus d\u2019un kilo de coca\u00efne sous forme de fingers. Certains s\u2019aident avec une sauce tr\u00e8s grasse\u00bb, d\u00e9taille Pierre Esseiva. Au Nig\u00e9ria, le revenu mensuel moyen est de 200 francs. Faire la mule rapporte 2000 francs par voyage.<\/p>\n<p><strong>Vendeurs de rue<\/strong><br \/>\nAu bout de la cha\u00eene: les vendeurs. Ils viennent en majorit\u00e9 de pays africains, dont la Guin\u00e9e, la Gambie, le S\u00e9n\u00e9gal et le Cameroun. Arriv\u00e9s en Europe, s\u2019ils en ont les moyens, ils tenteront un mariage blanc. Si ce n\u2019est pas le cas, il leur reste la clandestinit\u00e9 ou la demande d\u2019asile, qui n\u2019a pas de chance d\u2019aboutir. Ils travaillent gr\u00e2ce aux contacts qui leur ont \u00e9t\u00e9 fournis. Les novices font une sorte d\u2019apprentissage aux c\u00f4t\u00e9s de leurs pairs: occuper un bout de rue, apprendre \u00e0 identifier les clients et les policiers, s\u2019initier \u00e0 la confection et au transport de boulettes dans la bouche, en s\u2019exer\u00e7ant avec des cacahu\u00e8tes, apprendre \u00e0 les avaler en cas d\u2019arrestation, savoir alors que faire et raconter. Les apprentis vendeurs font leurs premi\u00e8res armes aupr\u00e8s des consommateurs socialement peu ins\u00e9r\u00e9s, en leur vendant de la coca\u00efne de mauvaise qualit\u00e9. Les vendeurs sont g\u00e9n\u00e9ralement ind\u00e9pendants, mais travaillent parfois en groupe pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9. La vente de rue est une premi\u00e8re \u00e9tape marqu\u00e9e par la concurrence et le risque d\u2019arrestation. Le but des trafiquants? Se faire une client\u00e8le fid\u00e8le qui commande par t\u00e9l\u00e9phone pour \u00eatre servie \u00e0 domicile ou ailleurs. Pierre Esseiva: \u00abFaire des boulettes, c\u2019est du travail. Il faut peser, couper la coca\u00efne avec de la poudre de lait pour b\u00e9b\u00e9 par exemple, homog\u00e9n\u00e9iser le m\u00e9lange, l\u2019emballer avec de nombreuses couches de cellophanes au cas o\u00f9 il faudrait l\u2019avaler. Du temps pr\u00e9cieux qui n\u2019est pas pass\u00e9 \u00e0 vendre.\u00bb Le vendeur par t\u00e9l\u00e9phone, lui, pourra \u00e9couler de plus grandes quantit\u00e9s de coca\u00efne (15 \u00e0 20 grammes). Elle sera de meilleure qualit\u00e9 afin de fid\u00e9liser sa client\u00e8le.<\/p>\n<p><strong>Deux profils de consommateurs<\/strong><br \/>\nExcept\u00e9 le cannabis, la coca\u00efne est le stup\u00e9fiant le plus important en termes de volume et de consommateurs. Ces derniers ont des profils tr\u00e8s diff\u00e9rents. L\u2019\u00e9tude MARSTUP les classe en deux cat\u00e9gories: les consommateurs peu ins\u00e9r\u00e9s et ceux qui sont ins\u00e9r\u00e9s (consommation occasionnelle ou r\u00e9guli\u00e8re). Les premiers sont d\u2019anciens ou d\u2019actuels usagers d\u2019h\u00e9ro\u00efne. Ils ach\u00e8tent de la coca\u00efne principalement dans la rue, sous forme de boulettes.<\/p>\n<p>Les consommateurs ins\u00e9r\u00e9s ach\u00e8tent dans la rue ou des lieux de sortie pour limiter leur consommation et \u00e9viter d\u2019\u00eatre tent\u00e9s de puiser dans une r\u00e9serve de plusieurs grammes. Ils se font \u00e9galement livrer \u00e0 domicile. Vice-directeur d\u2019Addiction Suisse, Frank Zobel, qui est un des auteurs de l\u2019\u00e9tude MARSTUP, constate que les gens consomment de la coca\u00efne pour diverses raisons: certains consommateurs ne veulent pas choisir entre faire la f\u00eate ou travailler, d\u2019autres veulent tenir plus longtemps lorsqu\u2019ils sont de sortie, d\u2019autres encore en prennent pour \u00eatre plus performants dans leur vie professionnelle. La coca\u00efne donne un sentiment de toute-puissance. Selon lui, l\u2019immense majorit\u00e9 des consommateurs ne sont pas d\u00e9pendants. Mais certains passent la fronti\u00e8re, sans s\u2019en rendre compte.<\/p>\n<p><strong>6300 usagers dans le canton de Vaud<\/strong><br \/>\nPour estimer le volume consomm\u00e9 sur sol vaudois, les chercheurs se sont bas\u00e9s sur deux m\u00e9thodes. La premi\u00e8re est l\u2019estimation \u00e0 partir de la demande. Elle s\u2019appuie notamment sur une enqu\u00eate t\u00e9l\u00e9phonique en Suisse, une enqu\u00eate europ\u00e9enne en ligne (avec les r\u00e9ponses de 1306 consommateurs de stup\u00e9fiants en Suisse). R\u00e9sultat: le nombre total d\u2019usagers dans la population vaudoise est estim\u00e9 \u00e0 environ 6 300, dont environ 5 200 consommateurs occasionnels, environ 500 r\u00e9guliers et environ 600 peu ins\u00e9r\u00e9s. Leur consommation hebdomadaire est de 0,2 g (occasionnels), de 4 g (r\u00e9guliers) et 3 g (peu ins\u00e9r\u00e9s). Les deux derni\u00e8res cat\u00e9gories repr\u00e9sentent 17 % des usagers, mais 78 % du volume consomm\u00e9. La consommation totale des trois cat\u00e9gories est estim\u00e9e \u00e0 377 kilos par ann\u00e9e.<\/p>\n<p>La seconde m\u00e9thode d\u2019estimation repose sur l\u2019analyse des eaux us\u00e9es. Robin Udrisard explique: \u00abL\u2019un des param\u00e8tres les plus importants pour ce calcul est le taux d\u2019excr\u00e9tion de benzoylecgonine qui varie d\u2019un individu \u00e0 l\u2019autre. Ce taux est \u00e9galement influenc\u00e9 par le mode d\u2019administration: sniff, fumigation ou injection.\u00bb Ce travail minutieux a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 en collaboration avec la STEP de Vidy, \u00e0 Lausanne. D\u2019autres pr\u00e9l\u00e8vements ont \u00e9t\u00e9 faits \u00e0 Yverdon, Vevey, Montreux et Roche. Constatation: si la consommation augmente durant le week-end, la hausse a lieu d\u00e8s le jeudi. Robin Udrisard commente: \u00abNous arrivons ainsi \u00e0 un volume annuel de 461 kilos de coca\u00efne consomm\u00e9e sur sol vaudois. C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019une telle estimation est r\u00e9alis\u00e9e.\u00bb La diff\u00e9rence entre les deux r\u00e9sultats? La m\u00e9thode par la demande pourrait minimiser les volumes (mensonges), la puret\u00e9 moyenne de la coca\u00efne a \u00e9t\u00e9 sous-estim\u00e9e par les chercheurs (ce qui augmenterait artificiellement le volume consomm\u00e9) ou ce sont les usagers hors canton qui font augmenter le taux de benzoylecgonine dans les eaux us\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Qualit\u00e9 en hausse<\/strong><br \/>\nUn constat de Pierre Esseiva: la qualit\u00e9 de la coca\u00efne augmente. \u00abLa production a augment\u00e9 et les m\u00e9thodes de fabrication se sont am\u00e9lior\u00e9es. Pour ce qui est du march\u00e9, la concurrence est en hausse, les trafiquants ajoutent donc moins de produits de coupage dans l\u2019espoir de fid\u00e9liser leurs clients.\u00bb<\/p>\n<p>Saisies entre 2014 et 2016 par la police, 198 boulettes \u2013 unit\u00e9 la plus vendue en rue &#8211; ont \u00e9t\u00e9 analys\u00e9es par l\u2019\u00c9cole des sciences criminelles. La puret\u00e9 moyenne est de 39,4 % (la m\u00e9diane de 37,4). Pour ce qui est du prix, il se situe aux alentours de 100 fr. le gramme. Les clients se font syst\u00e9matiquement arnaquer sur la quantit\u00e9. En moyenne, les boulettes ne contiennent que 0,80 gramme de coca\u00efne. La puret\u00e9 quant \u00e0 elle ne semble pas li\u00e9e au prix. L\u2019achat ressemble plut\u00f4t \u00e0 une loterie. En regard de la puret\u00e9, le prix des boulettes varie de 79 \u00e0 1479 francs.<\/p>\n<p>Le revenu g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par le march\u00e9 annuel de la coca\u00efne dans le canton de Vaud se situerait dans une fourchette allant de 28 \u00e0 39 millions de francs. Les calculs des chercheurs de MARSTUP, bas\u00e9s sur un certain nombre d\u2019hypoth\u00e8ses, permettent d\u2019estimer les revenus annuels des uns et des autres. Un importateur qui fait venir 12 kilos par an peut gagner de 300000 \u00e0 430000 francs. S\u2019il n\u2019importe que 5 kilos, son gain sera de 245000 \u00e0 300000 fr. Le revenu d\u2019un vendeur avec client\u00e8le priv\u00e9e est estim\u00e9 de 73000 \u00e0 98000 fr. Le vendeur de rue gagne environ 39000 francs par an et le d\u00e9butant peut compter sur un gain de 12500 fr.<\/p>\n<p><strong>\u00c9radication utopique<\/strong><br \/>\nPierre Esseiva en est convaincu: \u00abVous pouvez lutter tout ce que vous voulez: s\u2019il y a une demande, l\u2019offre suivra. \u00c9radiquer le march\u00e9 est donc utopique.\u00bb Quant \u00e0 une possible r\u00e9gularisation, la coca\u00efne reste une substance trop dangereuse. \u00abElle a un potentiel de d\u00e9pendance qui n\u2019est pas n\u00e9gligeable\u00bb, rappelle le professeur vaudois. Frank Zobel, lui, propose de prendre le probl\u00e8me \u00e0 l\u2019envers: \u00abIl faudrait r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 un autre type de substance pour tous ceux qui consomment de toute fa\u00e7on des stimulants. Une telle r\u00e9flexion est encore taboue. On en est \u00e0 150 millions d\u2019ann\u00e9es-lumi\u00e8re&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>(1)MARSTUP, structure et produits du march\u00e9 des stup\u00e9fiants. Le march\u00e9 des stup\u00e9fiants dans le canton de Vaud. Partie 2. Coca\u00efne et autres stimulants 2018. Auteurs: Frank Zobel (Addiction Suisse), Pierre Esseiva et Robin Udrisard (\u00c9cole des sciences criminelles, UNIL), St\u00e9phanie Lociciro et Sandra Samitca (IUMSP, CHUV)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des feuilles de coca aux vendeurs de rue, une \u00e9tude passionnante d\u00e9taille les \u00e9tapes du trafic et donne pour la premi\u00e8re fois les volumes de coca\u00efne consomm\u00e9s dans le canton &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":9784,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[42182,42172],"tags":[42166],"class_list":{"0":"post-9686","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-no-72","8":"category-sciences-criminelles","9":"tag-sabine-pirolt"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9686","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9686"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9686\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9784"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9686"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9686"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9686"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}