{"id":9675,"date":"2019-05-09T08:18:41","date_gmt":"2019-05-09T06:18:41","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=9675"},"modified":"2024-01-31T10:17:32","modified_gmt":"2024-01-31T08:17:32","slug":"promenade-neolithique-pres-de-romainmotier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/promenade-neolithique-pres-de-romainmotier\/","title":{"rendered":"Promenade n\u00e9olithique pr\u00e8s de Romainm\u00f4tier"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_9734\" aria-describedby=\"caption-attachment-9734\" style=\"width: 411px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9734\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_1.jpg\" alt=\"\" width=\"411\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_1.jpg 411w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_1-181x260.jpg 181w\" sizes=\"auto, (max-width: 411px) 100vw, 411px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9734\" class=\"wp-caption-text\">Pierre des Gottettes. Ce bloc porte une gravure pr\u00e9historique (une sc\u00e8ne de chasse).<br \/>\u00a9 Stefan Ansermet<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Le plateau d\u2019Envy serait-il un haut lieu du N\u00e9olithique? De r\u00e9centes d\u00e9couvertes sur les rochers de m\u00e9tagabbro pourraient changer la lecture de l\u2019histoire. Texte Patricia Brambilla<\/em><\/p>\n<p>Quand on randonne dans les environs de Romainm\u00f4tier (VD), le regard revient toujours sur l\u2019abbatiale. Aimant\u00e9 par le charme intense du site, les pierres rougies du monast\u00e8re et les si\u00e8cles de pri\u00e8res clunisiennes. Mais ce jour-l\u00e0, les pas de Stefan Ansermet se dirigent dans une autre direction. A grandes enjamb\u00e9es, il monte vers le plateau d\u2019Envy, qui surplombe la combe et la rive droite du Nozon. \u00abOn a d\u00e9couvert plusieurs \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9historiques \u00e9tonnants dans la r\u00e9gion, qui pourraient remettre en question les th\u00e9ories valides jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui\u00bb, lance myst\u00e9rieusement le chercheur associ\u00e9 au <a href=\"https:\/\/unil.ch\/mcg\">Mus\u00e9e cantonal de g\u00e9ologie<\/a>, toujours escort\u00e9 de son marteau \u2013 \u00abJe ne m\u2019en s\u00e9pare que pour aller au cin\u00e9ma!\u00bb et de sa loupe min\u00e9ralogique. Le ciel devient soudain immense, entre labours et for\u00eat. Une for\u00eat de h\u00eatres et de petits ch\u00eanes aux pieds moussus, qui s\u2019accrochent \u00e0 un plateau de lapi\u00e9s. Ici, l\u2019eau de pluie ne s\u2019arr\u00eate pas, mais ruisselle, s\u2019infiltre, ronge les souterrains de calcaire en profondeur. Et c\u2019est l\u00e0, sur ce sol aride, que se trouve le premier objectif du jour: l\u2019\u00e9nigmatique Pierre des Gottettes. Un bloc erratique, fr\u00e9quent\u00e9 par les ongul\u00e9s, mais qu\u2019un promeneur press\u00e9 n\u2019apercevrait m\u00eame pas. Six m\u00e8tres cubes de roche anguleuse, pos\u00e9e sur un tapis d\u2019an\u00e9mones pulsatilles violettes et de jonquilles au printemps, que l\u2019histoire a class\u00e9e dans le mauvais compartiment. D\u00e9sign\u00e9 comme amphibolite par un g\u00e9ologue distrait en 1978, puis d\u00e9grad\u00e9 au rang de vulgaire gneiss, le modeste caillou a ensuite \u00e9t\u00e9 presque oubli\u00e9.<\/p>\n<p>Certes, la Pierre des Gottettes est connue et reconnue pour sa gravure pr\u00e9historique complexe: une sc\u00e8ne de chasse avec un homme debout portant une sorte de masse et un animal plus difficile \u00e0 identifier. Certains chercheurs parlent d\u2019un cerf, d\u2019autres d\u2019un chien ou encore d\u2019un mammouth. L\u2019hypoth\u00e8se la plus vraisemblable pencherait pour un sanglier, avec le profond sillon creus\u00e9 \u00e0 l\u2019endroit de la d\u00e9fense.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9766\" aria-describedby=\"caption-attachment-9766\" style=\"width: 393px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9766\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/StefanAnsermet_72.jpg\" alt=\"\" width=\"393\" height=\"262\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/StefanAnsermet_72.jpg 393w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/StefanAnsermet_72-390x260.jpg 390w\" sizes=\"auto, (max-width: 393px) 100vw, 393px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9766\" class=\"wp-caption-text\">Stefan Ansermet. Chercheur associ\u00e9 au Mus\u00e9e cantonal de g\u00e9ologie.<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Une roche tr\u00e8s rare<\/strong><br \/>\nMais Stefan Ansermet, insatiable arpenteur de lieux myst\u00e9rieux, s\u2019est arr\u00eat\u00e9 sur un autre d\u00e9tail:\u00abCe qui a attir\u00e9 mon attention, ce sont les inclusions de smaragdite, un min\u00e9ral tr\u00e8s vert, qu\u2019on ne trouve jamais dans une amphibolite. On a pr\u00e9lev\u00e9 un minuscule \u00e9chantillon pour l\u2019analyse et le r\u00e9sultat a confirm\u00e9 qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019agit non pas d\u2019une amphibolite, mais d\u2019un m\u00e9tagabbro de l\u2019Allalin!\u00bb Autrement dit, une roche rarissime, voire exceptionnelle, que l\u2019on ne trouve que dans la r\u00e9gion du glacier de l\u2019Allalin, pr\u00e8s de Saas en Valais.<\/p>\n<p>C\u2019est bien s\u00fbr gr\u00e2ce \u00e0 la derni\u00e8re glaciation que ces blocs sont arriv\u00e9s jusqu\u2019ici, mais l\u2019histoire g\u00e9ologique de cette roche de composition basaltique, le m\u00e9tagabbro, est particuli\u00e8re et fascinante. Lors de la subduction de la cro\u00fbte oc\u00e9anique, pendant la formation des Alpes il y a 40 millions d\u2019ann\u00e9es, elle a plong\u00e9 \u00e0 60 kilom\u00e8tres de profondeur avant de remonter pour se retrouver maintenant \u00e0 3000 m\u00e8tres d\u2019altitude. C\u2019est ce parcours sous tr\u00e8s haute pression qui lui a conf\u00e9r\u00e9 ses principales propri\u00e9t\u00e9s: une grande duret\u00e9 alli\u00e9e \u00e0 une remarquable r\u00e9sistance m\u00e9canique, bref le mat\u00e9riau parfait pour la fabrication de haches et d\u2019outils.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9735\" aria-describedby=\"caption-attachment-9735\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9735\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_2.jpg\" alt=\"\" width=\"590\" height=\"407\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_2.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_2-377x260.jpg 377w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_2-135x93.jpg 135w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9735\" class=\"wp-caption-text\">Smaragdite. Les inclusions de ce min\u00e9ral vert, dans la Pierre des Gottettes, montre que cette derni\u00e8re est un rarissime m\u00e9tagabbro de l\u2019Allalin, que l\u2019on ne trouve que pr\u00e8s de Saas en Valais. Le bloc est arriv\u00e9 pr\u00e8s de Romainm\u00f4tier gr\u00e2ce \u00e0 la derni\u00e8re glaciation.<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p>Mais, \u00e9trangement pour un bloc erratique, alors que la Pierre des Gottettes devrait afficher un faci\u00e8s arrondi, l\u00e9ch\u00e9, poli par les kilom\u00e8tres parcourus, comme toutes les pierres de moraine, elle pr\u00e9sente des angles rentrants et des ar\u00eates tranchantes. \u00abCette diff\u00e9rence anormale peut difficilement s\u2019expliquer par des causes naturelles. L\u2019hypoth\u00e8se privil\u00e9gi\u00e9e \u00e0 ce stade de nos recherches est que ce bloc aurait \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9 comme source de mati\u00e8re premi\u00e8re par les peuples du N\u00e9olithique, qui en faisaient des outils et des armes.\u00bb Pour illustrer le propos, Stefan Ansermet sort alors de son sac une petite pierre lourde et tr\u00e8s dure, trouv\u00e9e \u00e0 Saint-Blaise (NE): une hache polie en m\u00e9tagabbro de l\u2019Allalin, comme l\u2019attestent les grains de smaragdite qui y sont visibles. Sur cet objet vieux de pr\u00e8s de 5000 ans, on distingue encore la trace de colle noire en s\u00e8ve de bouleau qui servait \u00e0 maintenir la pierre dans son logement en bois de cerf.<\/p>\n<p>\u00abDe ce c\u00f4t\u00e9-ci des Alpes et sur le Plateau suisse, les haches n\u00e9olithiques \u00e9taient le plus souvent fabriqu\u00e9es en m\u00e9tagabbro, en \u00e9clogite et en jad\u00e9ite, autant de roches m\u00e9tamorphiques tr\u00e8s dures et tr\u00e8s r\u00e9sistantes. On pensait jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui que ces mat\u00e9riaux, notamment la jad\u00e9ite et l\u2019\u00e9clogite, provenaient tous du Mont Viso dans les Alpes italiennes, mais cette r\u00e9cente relecture de la Pierre des Gottettes pourrait remettre en question la th\u00e9orie admise depuis trente ans. Et modifier les postulats historiques de cette \u00e9poque, ainsi que nos connaissances min\u00e9ralogiques et p\u00e9trographiques.\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_9736\" aria-describedby=\"caption-attachment-9736\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9736\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_3.jpg\" alt=\"\" width=\"590\" height=\"394\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_3.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_3-389x260.jpg 389w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9736\" class=\"wp-caption-text\">Pierre du Bochet. Ce monolithe couch\u00e9 porte une gravure<br \/>qui \u00e9voque une maison n\u00e9olithique.<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Une gravure de maison?<\/strong><br \/>\nD\u2019ailleurs, \u00e0 environ 500 m\u00e8tres de l\u00e0, en direction de Juriens, se trouve un autre site intrigant: la Pierre du Bochet. Dans un petit bois en lisi\u00e8re de route, ce monolithe couch\u00e9 a aussi \u00e9t\u00e9 victime d\u2019une interpr\u00e9tation peut-\u00eatre un peu h\u00e2tive de ses vestiges. Encadr\u00e9e par un tapis de mousses fluorescentes, une gravure se devine pourtant: un carr\u00e9, surmont\u00e9 d\u2019un triangle avec ses deux traits qui se croisent, pourrait bien repr\u00e9senter une maison n\u00e9olithique. Lors de sa d\u00e9couverte initiale, ce dessin \u00e9nigmatique avait \u00e9t\u00e9 class\u00e9 superficiellement comme une mystification, mais les recherches actuelles tendraient \u00e0 d\u00e9montrer son authenticit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00abQuand on conna\u00eet la duret\u00e9 de cette roche, on se demande qui s\u2019amuserait \u00e0 l\u2019inciser? Pour couper en deux un petit galet de m\u00e9tagabbro avec une scie diamant\u00e9e, il faut parfois trente minutes! Je ne pense pas que ce soit un canular, mais une authentique gravure n\u00e9olithique, ass\u00e8ne Stefan Ansermet en pointant encore un petit creux sur le dessus de la roche. L\u2019\u0153il averti y d\u00e9c\u00e8le alors une cupule, une de ces cavit\u00e9s taill\u00e9es par la main de l\u2019homme pr\u00e9historique. \u00abOn trouve souvent plusieurs cupules sur la m\u00eame pierre. Elles sont parfois reli\u00e9es par des lignes g\u00e9om\u00e9triques. Mais on n\u2019a aucune id\u00e9e de leur fonction.\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_9737\" aria-describedby=\"caption-attachment-9737\" style=\"width: 398px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9737\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_4.jpg\" alt=\"\" width=\"398\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_4.jpg 398w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_4-175x260.jpg 175w\" sizes=\"auto, (max-width: 398px) 100vw, 398px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9737\" class=\"wp-caption-text\">Cupule. Cavit\u00e9 taill\u00e9e par l\u2019Homme pr\u00e9historique sur la Pierre du Bochet.<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Rituels de f\u00e9condit\u00e9<\/strong><br \/>\nCe qui laisse le champ libre \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation. Ainsi, une id\u00e9e romantique du XIXe si\u00e8cle voulait que ces cupules aient servi \u00e0 recueillir le sang des sacrifices\u2026 Une hypoth\u00e8se qui fait sourire les scientifiques d\u2019aujourd\u2019hui. Qui pr\u00e9f\u00e8rent y voir une repr\u00e9sentation des constellations, comme un ciel \u00e9toil\u00e9 qui serait inscrit dans la roche. Ou encore un hommage aux divinit\u00e9s de la Terre, la cupule symbolisant la femme, la pierre \u00e9tant un symbole masculin. \u00abToutes ces pistes sont passionnantes, m\u00eame si elles sont inv\u00e9rifiables. Une autre tradition veut que certaines pierres \u00e0 cupules, appel\u00e9es aussi pierres-\u00e0-glissades, aient \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es dans des rituels de f\u00e9condit\u00e9. Les femmes venaient s\u2019y frotter pour augmenter leurs chances de tomber enceintes. C\u2019est le cas de la fameuse Fille-de-mai, une imposante colonne qui se dresse toujours \u00e0 Bourrignon dans le Jura. Cette croyance dans le pouvoir f\u00e9condant des pierres remonte \u00e0 la nuit des temps.\u00bb<\/p>\n<p>Pour revenir \u00e0 la Pierre du Bochet, sa forme anguleuse interpelle \u00e0 nouveau le sp\u00e9cialiste du terrain. Qui pointe \u00e0 certains endroits des nodules cristallis\u00e9s noirs, le magnesiochlorito\u00efde, une esp\u00e8ce min\u00e9rale caract\u00e9ristique du glacier de l\u2019Allalin. On retrouve ici la m\u00eame configuration que pour la Pierre des Gottettes: du m\u00e9tagabbro grav\u00e9 et taill\u00e9 par une main pr\u00e9historique.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9738\" aria-describedby=\"caption-attachment-9738\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9738\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_5.jpg\" alt=\"\" width=\"590\" height=\"394\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_5.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_5-389x260.jpg 389w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9738\" class=\"wp-caption-text\">Hache polie. Trouv\u00e9 \u00e0 Saint-Blaise (NE), cet objet est fait en m\u00e9tagabbro de l\u2019Allalin.<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p>\u00abEt d\u2019autres faits troublants s\u2019ajoutent \u00e0 ces premi\u00e8res constatations, car dans cette m\u00eame r\u00e9gion du pied du Jura, l\u2019\u00e9norme masse de la Pierre Pouilleuse, l\u2019amas cyclop\u00e9en de la Pierre de Bon Ch\u00e2teau et la majorit\u00e9 des blocs qui composent le cromlech de La Praz sont tous compos\u00e9s de m\u00e9tagabbro de l\u2019Allalin, ce qui commence \u00e0 faire beaucoup pour une simple co\u00efncidence. D\u2019autant que les plus grandes concentrations d\u2019outils lithiques seraient apparemment li\u00e9es aux pierres \u00e0 cupules.\u00bb<\/p>\n<p>Ainsi, le plateau d\u2019Envy au pied du Jura se r\u00e9v\u00e8le soudain sous un autre jour. Avec ses deux (et peut-\u00eatre d\u2019autres?) blocs importants, de m\u00eame composition, pr\u00e9sentant des gravures et des entailles de m\u00eame nature, il pourrait bien avoir \u00e9t\u00e9 une haute terre du N\u00e9olithique. Dont le m\u00e9tagabbro, rare et pr\u00e9cieux, servait au quotidien des hommes de la pr\u00e9histoire. S\u2019ils en trouvaient la plupart du temps sous forme de petits galets dans les cours d\u2019eau, nul doute que ces deux monuments ont d\u00fb leur sembler extraordinaires, peut-\u00eatre m\u00eame sacr\u00e9s. Comme l\u2019attestent ces gravures hors norme, qui continuent de chuchoter, au-del\u00e0 des \u00e2ges, \u00e0 l\u2019oreille des chercheurs, des druides et des chamois.<\/p>\n<h3>Une ansermetite en hommage<\/h3>\n<p>Homme de terrain autant que fin connaisseur de la nomenclature des pierres, Stefan Ansermet est chercheur associ\u00e9 et photographe au Mus\u00e9e de g\u00e9ologie de Lausanne, min\u00e9ralogiste, prospecteur et \u00e9crivain. Quand il n\u2019arpente pas les quatre coins du globe, il analyse et d\u00e9crit les esp\u00e8ces in\u00e9dites. Car s\u2019il existe cinq mille esp\u00e8ces de pierres r\u00e9pertori\u00e9es, on en d\u00e9couvre seulement une centaine de nouvelles par ann\u00e9e, ce qui est insignifiant en comparaison avec les esp\u00e8ces vivantes. \u00abC\u2019est par la composition chimique et la structure cristalline que l\u2019on d\u00e9finit l\u2019esp\u00e8ce min\u00e9rale. On sait presque tout de suite s\u2019il s\u2019agit d\u2019une pierre d\u00e9j\u00e0 connue ou non. Mais la description d\u2019un nouveau sp\u00e9cimen est un vrai travail d\u2019\u00e9quipe, dont le r\u00e9sultat est toujours soumis \u00e0 une commission internationale (l\u2019IMA), qui valide ou non la d\u00e9couverte, ainsi que le nom propos\u00e9.\u00bb La nomenclature est d\u2019ailleurs soumise \u00e0 des r\u00e8gles: le nom d\u2019une nouvelle pierre doit \u00eatre en rapport direct avec le lieu de son origine ou avoir un sens sur le plan min\u00e9ralogique. Ainsi, on ne peut pas donner le nom de son chien \u00e0 une pierre ni se l\u2019attribuer&#8230;<\/p>\n<p>Stefan Ansermet, qui a d\u00e9couvert une dizaine d\u2019esp\u00e8ces nouvelles, a eu l\u2019honneur de pouvoir en nommer quelques-unes: la xocolatlite, pour une pierre d\u00e9nich\u00e9e au Mexique et qui ressemble \u00e0 de la poudre de cacao. Ou encore l\u2019argandite, trouv\u00e9e dans la vall\u00e9e de Tourtemagne, en souvenir du grand g\u00e9ologue suisse Emile Argand&#8230; Et d\u2019en avoir une \u00e0 son nom: l\u2019ansermetite! \u00abCe sont mes coll\u00e8gues qui l\u2019ont appel\u00e9e ainsi. J\u2019ai eu la chance d\u2019\u00eatre distingu\u00e9 pour mon travail.\u00bb Un vanadate de mangan\u00e8se hydrat\u00e9, comprendre une petite pierre rouge bordeaux, tr\u00e8s brillante, d\u00e9busqu\u00e9e dans les Grisons, et qui a des propri\u00e9t\u00e9s de stockage d\u2019\u00e9lectricit\u00e9&#8230; Il ne pouvait r\u00eaver mieux.<\/p>\n<h3>Au chevet du n\u00e9olithique<\/h3>\n<p>Suite \u00e0 ces intrigantes d\u00e9couvertes et \u00e0 la publication du livre <em>Guide des lieux myst\u00e9rieux II<\/em> par Stefan Ansermet, une \u00e9quipe de chercheurs s\u2019est agr\u00e9g\u00e9e autour de cette \u00e9nigme: mais d\u2019o\u00f9 viennent vraiment les outils du N\u00e9olithique en Suisse? Proviennent-ils tous des gabbros m\u00e9tamorphis\u00e9s du Mont Viso, en Italie, comme l\u2019affirment les derni\u00e8res th\u00e9ories? Ainsi Jean-Claude Vannay (g\u00e9ologue), Nicolas Meisser (conservateur de min\u00e9ralogie et p\u00e9trographie au Mus\u00e9e cantonal de g\u00e9ologie), Michel Gratier (p\u00e9dologue retrait\u00e9), J\u00e9r\u00f4me Bullinger (conservateur au Mus\u00e9e cantonal d\u2019arch\u00e9ologie et d\u2019histoire), Stefan et son fr\u00e8re Christofer Ansermet (fouilleur pour le Service arch\u00e9ologique du canton de Vaud) ont rassembl\u00e9 leur savoir-faire et leurs comp\u00e9tences dans le but d\u2019\u00e9claircir, entre autres probl\u00e9matiques, l\u2019origine exacte des roches utilis\u00e9es.<\/p>\n<p>Toute la difficult\u00e9 consiste \u00e0 trouver un moyen d\u2019identifier la provenance des mat\u00e9riaux, notamment la jad\u00e9ite \u2013 dont il n\u2019existe qu\u2019une vingtaine de gisements dans le monde entier \u2013 en s\u2019appuyant sur une m\u00e9thode scientifique. \u00abLa spectroradiom\u00e9trie, utilis\u00e9e par les arch\u00e9ologues, n\u2019est pas une m\u00e9thode adapt\u00e9e. Le spectre lumineux d\u2019une pierre ne suffit pas \u00e0 certifier sa provenance\u00bb, avance Stefan Ansermet. C\u2019est pourquoi le groupe de chercheurs a fait appel au Laboratoire d\u2019analyses de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment aux instruments de pointe de Martin Robyr, expert scientifique \u00e0 la Facult\u00e9 des g\u00e9osciences et de l\u2019environnement: microscope \u00e9lectronique \u00e0 balayage (MEB), microsonde \u00e9lectronique et fluorescence X. \u00abCes outils vont nous permettre de chercher des \u00e9l\u00e9ments traces de la roche, des \u00abimpuret\u00e9s\u00bb. C\u2019est leur proportion et leur nature qui d\u00e9terminent une signature et donc la provenance pr\u00e9cise de la pierre. Mais il faut qu\u2019ils soient d\u00e9tectables sans pr\u00e9l\u00e8vement pour ne pas ab\u00eemer l\u2019\u00e9chantillon\u00bb, conclut Stefan Ansermet.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9739\" aria-describedby=\"caption-attachment-9739\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9739\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_6.jpg\" alt=\"\" width=\"590\" height=\"388\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_6.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/04\/gottettes_72_6-395x260.jpg 395w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9739\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Stefanie Wauters. Source?: Guide des lieux myst\u00e9rieux de Suisse romande vol. 2, paru aux \u00e9ditions Favre<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le plateau d\u2019Envy serait-il un haut lieu du N\u00e9olithique? De r\u00e9centes d\u00e9couvertes sur les rochers de m\u00e9tagabbro pourraient changer la lecture de l\u2019histoire. Texte Patricia Brambilla Quand on randonne dans &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":9740,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[42200,39,42182],"tags":[42183],"class_list":{"0":"post-9675","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-balade","8":"category-geosciences","9":"category-no-72","10":"tag-patricia-brambilla"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9675","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9675"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9675\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13799,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9675\/revisions\/13799"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9740"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9675"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9675"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9675"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}