{"id":9428,"date":"2019-01-31T08:13:24","date_gmt":"2019-01-31T06:13:24","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=9428"},"modified":"2020-07-22T14:47:11","modified_gmt":"2020-07-22T12:47:11","slug":"monique-saint-helier-entre-bombardements-et-ecriture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/monique-saint-helier-entre-bombardements-et-ecriture\/","title":{"rendered":"Monique Saint-H\u00e9lier, entre bombardements et \u00e9criture"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_9508\" aria-describedby=\"caption-attachment-9508\" style=\"width: 433px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9508\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/moniquesainthelier_1_72.jpg\" alt=\"\" width=\"433\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/moniquesainthelier_1_72.jpg 433w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/moniquesainthelier_1_72-191x260.jpg 191w\" sizes=\"auto, (max-width: 433px) 100vw, 433px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9508\" class=\"wp-caption-text\">Monique Saint-H\u00e9lier. Portrait reproduit dans Minerva (9 d\u00e9cembre 1934), avec un article sur Bois-Mort, sorti la m\u00eame ann\u00e9e.<br \/>\u00a9 Collection Anne-Claude Briod, Lausanne.<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Le Centre de recherches sur les lettres romandes (UNIL) publie en dix-huit volumes le Journal 1940-1948 de la c\u00e9l\u00e8bre romanci\u00e8re chaux-de-fonni\u00e8re. Un document exceptionnel au c\u0153ur de l\u2019Occupation et d\u2019une \u00e2me assi\u00e9g\u00e9e, par ailleurs, par ses propres tourments.<\/em><\/p>\n<p>Le Centre de recherches sur les lettres romandes (CRLR) f\u00eate un v\u00e9ritable \u00e9v\u00e9nement litt\u00e9raire avec la publication en dix-huit volumes, aux \u00c9ditions de l\u2019Aire, du journal in\u00e9dit de Monique Saint-H\u00e9lier (1895-1955), connue tout particuli\u00e8rement pour ses romans du \u00abcycle des Al\u00e9rac\u00bb. Exceptionnel, ce document l\u2019est \u00e0 plusieurs titres. D\u2019abord, parce qu\u2019il invite le lecteur \u00e0 entrer dans le laboratoire de l\u2019\u0153uvre monumentale et inachev\u00e9e de la romanci\u00e8re, \u00e0 partir \u00e0 la d\u00e9couverte de sa vie int\u00e9rieure, entre souvenirs et r\u00e9voltes intimes. Exceptionnel encore, et peut-\u00eatre surtout, pour certains, parce qu\u2019il nous fait partager, au jour le jour \u2013 parfois m\u00eame minute par minute lorsque les \u00e9v\u00e9nements se bousculent \u2013 le quotidien de l\u2019\u00e9crivaine, clo\u00eetr\u00e9e en raison de sa maladie dans son appartement parisien, sous l\u2019Occupation allemande et jusque dans l\u2019imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n<p>Il en aurait fallu de peu pour que jamais ce journal ne passe \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9. En effet, \u00e0 la mort de Monique Saint-H\u00e9lier, \u00ab?son mari Blaise Briod est revenu vivre en Suisse, o\u00f9 il a refait sa vie, mais une partie des manuscrits sont rest\u00e9s \u00e0 Paris?\u00bb, explique St\u00e9phane P\u00e9termann (responsable de recherche au CRLR), qui a port\u00e9 \u00e0 son ach\u00e8vement ce long travail d\u2019\u00e9dition, commenc\u00e9 plusieurs ann\u00e9es auparavant par Alexandra Weber Berney (licenci\u00e9e en Lettres de l\u2019UNIL et aujourd\u2019hui m\u00e9diatrice culturelle \u00e0 la Biblioth\u00e8que cantonale et universitaire).<\/p>\n<p>\u00abQuand il a quitt\u00e9 leur appartement parisien, ces cahiers se sont retrouv\u00e9s dans une grande corbeille \u00e0 linge, rang\u00e9e dans une remise de la cour de l\u2019immeuble.\u00bb Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la mort de Blaise Briod qu\u2019une voisine s\u2019est inqui\u00e9t\u00e9e de ces manuscrits, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s ensuite par sa deuxi\u00e8me \u00e9pouse.<\/p>\n<p><strong>Un traumatisme comme d\u00e9clic<\/strong><br \/>\nFace \u00e0 ces carnets, les chercheurs ont imm\u00e9diatement \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s de voir \u00e0 quel point le Journal de Monique Saint-H\u00e9lier est intimement li\u00e9 \u00e0 l\u2019Histoire avec un grand H, tant au niveau de sa gen\u00e8se que dans son contenu. C\u2019est en effet le contexte m\u00eame de la Seconde Guerre mondiale qui a pouss\u00e9 la romanci\u00e8re \u00e0 prendre la plume, le 26 novembre 1940, date de l\u2019ouverture du premier cahier, pour ne la poser qu\u2019en septembre 1948. \u00abL\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur, c\u2019est ind\u00e9niablement l\u2019exode\u00bb, note d\u2019embl\u00e9e St\u00e9phane P\u00e9termann. Ou plut\u00f4t \u00abl\u2019\u00e9pisode traumatique de l\u2019exode manqu\u00e9 du couple Briod\u00bb.<\/p>\n<p>Lors de la d\u00e9faite fran\u00e7aise de juin 1940, Monique Saint-H\u00e9lier et son mari ont en effet tent\u00e9, comme beaucoup de Parisiens, de fuir la capitale. Blaise Briod \u00e9tait d\u2019ailleurs appel\u00e9 \u00e0 rejoindre l\u2019Institut international de coop\u00e9ration intellectuelle, un organisme de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations, dont il \u00e9tait l\u2019un des cadres, qui \u00e9tait cens\u00e9 se reconstituer \u00e0 Gu\u00e9rande (Loire-Atlantique). La diariste est alors \u00abtransport\u00e9e dans des conditions difficiles, allong\u00e9e sur une civi\u00e8re dispos\u00e9e dans une voiture r\u00e9quisitionn\u00e9e pour elle\u00bb, contextualisent les chercheurs dans leur introduction. \u00abEn compagnie de Blaise Briod, elle partage le drame d\u2019un pays pris de panique qui s\u2019effondre. Ayant atteint tant bien que mal, sous la menace des Stukas, la ville de Gien o\u00f9 se trouve le dernier pont intact sur la Loire, le couple voit celui-ci litt\u00e9ralement voler en \u00e9clats sous ses yeux.\u00bb Contraints de rebrousser chemin, Monique Saint-H\u00e9lier et son mari regagnent leur domicile parisien pour ne plus le quitter de toute la guerre.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9519\" aria-describedby=\"caption-attachment-9519\" style=\"width: 393px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9519\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/PetermannWeberBerney_72.jpg\" alt=\"\" width=\"393\" height=\"262\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/PetermannWeberBerney_72.jpg 393w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/PetermannWeberBerney_72-390x260.jpg 390w\" sizes=\"auto, (max-width: 393px) 100vw, 393px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9519\" class=\"wp-caption-text\">St\u00e9phane P\u00e9termann et Alexandra Weber Berney. Responsable de recherche au Centre de recherches sur les lettres romandes. Licenci\u00e9e en Lettres de l\u2019UNIL.<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Porter t\u00e9moignage<\/strong><br \/>\nTraumatis\u00e9e par cet \u00e9pisode, incapable de poursuivre son \u0153uvre litt\u00e9raire, Monique Saint-H\u00e9lier ouvre son journal cinq mois apr\u00e8s ce retour forc\u00e9, tra\u00e7ant ces mots lapidaires: \u00abMauvaise \u00e9criture. Pas tenu une plume depuis Gien. (13 au 17 juin 1940. Bombardements).\u00bb \u00abLa romanci\u00e8re vivra toutes les \u00e9tapes de l\u2019Occupation au c\u0153ur de Paris depuis son lit\u00bb, souligne Alexandra Weber Berney. \u00abAu d\u00e9but, elle essaie d\u2019\u00eatre tr\u00e8s syst\u00e9matique. Elle a la ferme volont\u00e9 de t\u00e9moigner, de rendre compte de ce qui se passe.\u00bb La diariste s\u2019y attachera d\u2019ailleurs en restituant les \u00e9v\u00e9nements de la guerre aussi bien sur le plan militaire que diplomatique ou politique.\u00bb Avec une \u00e9nergie obstin\u00e9e, elle se donne pour devoir de r\u00e9colter les nouvelles de tous les fronts, notant au jour le jour l\u2019avanc\u00e9e des troupes, recopiant les discours entendus \u00e0 la radio ou les analyses contradictoires de ses amis\u00bb, rappellent encore les \u00e9diteurs du texte.<\/p>\n<p>St\u00e9phane P\u00e9termann attire l\u2019attention sur l\u2019importance historique de telles traces: \u00abNous qui connaissons tout de cette guerre, nous partageons l\u00e0 le point de vue de quelqu\u2019un qui tente de comprendre, avec ses moyens, ce qui se passe.\u00bb \u00abLors des bombardements, alors que Monique Saint-H\u00e9lier ne peut pas descendre dans les abris, ou au moment de la lib\u00e9ration de Paris, on suit l\u2019actualit\u00e9 dans le direct le plus complet\u00bb, insiste Alexandra Weber Berney. \u00abDans ces moments, la diariste peut \u00e9crire jusqu\u2019\u00e0 trente pages en un seul jour.\u00bb Le journal comporte ainsi des passages frapp\u00e9s d\u2019une terrible urgence: \u00abOn tire \u00e0 balles. Un chien jappe. Des femmes bavardent sous une porte coch\u00e8re. On tire, on tire terriblement fort. Des explosions. Des cris, des hurlements. Des ordres? Bruits de chevaux. On crie en fran\u00e7ais. Mitraillettes \u00e0 plus gros calibres. C\u2019est affreux!\u00bb<\/p>\n<p>\u00abCes carnets se r\u00e9v\u00e8lent extr\u00eamement int\u00e9ressants, car on saisit ce que l\u2019auteur per\u00e7oit, ce qu\u2019elle sait de la situation, mais on mesure aussi ce qu\u2019elle en ignore\u00bb, commente St\u00e9phane P\u00e9termann. \u00abOn entrevoit par l\u00e0 ce que cela signifie que d\u2019\u00eatre dans une position o\u00f9 l\u2019information est dict\u00e9e par les propagandes, et o\u00f9 les populations sont r\u00e9duites \u00e0 suivre les \u00e9v\u00e9nements au jour le jour, sans recul.\u00bb<\/p>\n<p>Si le quotidien sous l\u2019Occupation est au c\u0153ur de ses pr\u00e9occupations, Monique Saint-H\u00e9lier n\u2019en d\u00e9laisse pas pour autant son monde int\u00e9rieur \u2013 bien au contraire. \u00abLorsque la situation se stabilise, que les \u00e9v\u00e9nements s\u2019\u00e9loignent d\u2019elle, elle se recentre sur sa situation personnelle, comme \u00e9crivain, comme personne\u00bb, rappelle le chercheur. Elle livre alors ses plus intimes pens\u00e9es, et d\u00e9crit aussi les effets d\u2019une maladie jamais nomm\u00e9e. Selon les \u00e9diteurs scientifiques de ces volumes, \u00abl\u2019\u00e9volution du journal trahit une descente toujours plus profonde vers la solitude et l\u2019int\u00e9riorit\u00e9\u00bb. Que d\u00e9couvre-t-on? \u00abUne personnalit\u00e9 obsessionnelle, et passablement narcissique\u00bb, d\u00e9clare St\u00e9phane P\u00e9termann. \u00abBien souvent, l\u2019\u00e9criture personnelle de Saint-H\u00e9lier se caract\u00e9rise par la rumination de la souffrance et de la frustration.\u00bb \u00abIl faut se souvenir qu\u2019elle n\u2019a pas quitt\u00e9 son lit depuis 1928. Pour elle, \u00e9crire, c\u2019est un exutoire\u00bb, nuance toutefois Alexandra Weber Berney. \u00abQuand elle est en col\u00e8re, elle ne peut pas se lever et aller prendre l\u2019air.\u00bb<\/p>\n<p>Reste que \u00abMonique Saint-H\u00e9lier a des relations aux autres extr\u00eamement complexes, ob\u00e9issant \u00e0 des sch\u00e9mas r\u00e9currents\u00bb, insiste son confr\u00e8re: \u00abAvec autrui, cela finit toujours par mal tourner&#8230;\u00bb La raison est certainement \u00e0 chercher du c\u00f4t\u00e9 du drame personnel de la romanci\u00e8re, li\u00e9 notamment \u00e0 la perte de sa m\u00e8re, survenue lorsqu\u2019elle avait trois ans et demi. Hant\u00e9 par l\u2019angoisse de l\u2019abandon, l\u2019\u00e9crivaine peine \u00e0 trouver sa place au niveau relationnel. \u00abElle a un tel degr\u00e9 d\u2019exigence que ses amis et connaissances en viennent \u00e0 la fuir\u00bb, selon Alexandra Weber Berney.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9509\" aria-describedby=\"caption-attachment-9509\" style=\"width: 474px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9509\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/moniquesainthelier_2_72.jpg\" alt=\"\" width=\"474\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/moniquesainthelier_2_72.jpg 474w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/moniquesainthelier_2_72-209x260.jpg 209w\" sizes=\"auto, (max-width: 474px) 100vw, 474px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9509\" class=\"wp-caption-text\">Le Cahier pourpre, 31 mars 1943. Les textes de Monique Saint-H\u00e9lier sont ardus \u00e0 \u00e9diter.<br \/>\u00a9 Fonds Monique Saint-H\u00e9lier, Centre de recherche sur les lettres<br \/>romandes<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Une maladie troublante<\/strong><br \/>\nD\u2019aucuns pensent que la maladie de Monique Saint-H\u00e9lier serait psychosomatique. C\u2019est le cas par exemple de Jean-Rodolphe de Salis, qui fut un de ses proches. Dans une lettre dat\u00e9e de 1984, il qualifie son amie de \u00abvampire\u00bb, avant d\u2019ajouter: \u00abJe note toutefois que, inconsciemment sans doute, le besoin de souffrir et la menace qu\u2019il pourrait lui arriver un malheur ont \u00e9t\u00e9 pour Monique, un moyen puissant de domination sur son entourage. Inutile de dire qu\u2019\u00e0 l\u2019exception du mari, m\u00e9decins, bonnes, amis, amies, demi-s\u0153ur, au bout d\u2019un certain temps, ont secou\u00e9 ce joug et se sont retir\u00e9s de cette malade tyrannique.\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est dans cette constellation particuli\u00e8re que, pour Saint-H\u00e9lier, \u00abl\u2019\u0153uvre va se substituer totalement \u00e0 la vie. Elle ne vit plus qu\u2019\u00e0 travers ses personnages et ses souvenirs\u00bb, note St\u00e9phane P\u00e9termann. Quant \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une maladie psychosomatique, le sp\u00e9cialiste ne tranche pas, mais trouve assez s\u00e9duisante \u00abl\u2019id\u00e9e que, sous l\u2019influence de Rilke, elle se soit identifi\u00e9e \u00e0 une figure d\u2019\u00e9crivain malade, ce qui constitue \u00e0 la fois une mal\u00e9diction et une \u00e9lection.\u00bb Le doute a en effet toutes les raisons de persister selon lui: \u00abVisiblement, elle cherchait \u00e0 se couper du monde ext\u00e9rieur \u2013 pour mieux l\u2019observer et le mettre \u00e0 distance&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>\u00abPersonne ne saura jamais ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 cette maladie\u00bb, estime pour sa part Alexandra Weber Berney, qui peine \u00e0 croire \u00e0 une pure projection mentale. \u00abPlusieurs \u00e9l\u00e9ments plaident aussi pour l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une maladie d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative comme la scl\u00e9rose en plaques, une affection qui peut aussi, on le sait aujourd\u2019hui, avoir des effets sur les r\u00e9actions \u00e9motionnelles&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Et c\u00f4t\u00e9 litt\u00e9rature? Ce qui interpelle les chercheurs, c\u2019est le lien que l\u2019on est tent\u00e9 de tisser entre les \u00e9l\u00e9ments r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par le journal et l\u2019univers fictionnel de la romanci\u00e8re, fond\u00e9 sur les souvenirs et le monde int\u00e9rieur. Ainsi, son \u00e9criture, qui avance \u00abselon un double mouvement d\u2019expansion et d\u2019amplification\u00bb (pour reprendre les mots de Jean-Luc Seylaz), refl\u00e8te assez clairement cette personnalit\u00e9 assi\u00e9g\u00e9e par ses ressassements int\u00e9rieurs. Le processus d\u2019\u00e9criture d\u00e9crit dans le journal par la romanci\u00e8re est le miroir de ce que le lecteur d\u00e9couvrira au fil des cahiers: \u00abDes centaines d\u2019accords polyphoniques qui unissent, s\u00e9parent, apprivoisent ou rejettent les pens\u00e9es ou les c\u0153urs de tous les personnages dont certains sont des morts, d\u2019autres des vivants \u2013 plusieurs d\u2019entre eux ne se rencontreront m\u00eame pas, ou alors, dans le secret des pens\u00e9es, l\u00e0 o\u00f9 nous fixons nos rendez-vous les plus ardents.\u00bb Comment aurait-il pu en \u00eatre autrement, puisque la vraie vie de Monique Saint-H\u00e9lier n\u2019a \u00e9t\u00e9 qu\u2019int\u00e9rieure pendant si longtemps?<\/p>\n<h3>Un objet d\u2019exception<\/h3>\n<p>Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que la publication du Journal de Monique Saint-H\u00e9lier a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un soin \u00e9ditorial tout particulier. Le choix s\u2019est ainsi port\u00e9 sur l\u2019\u00e9dition d\u2019un coffret en 18 volumes, respectant la division en cahiers telle que pratiqu\u00e9e par l\u2019auteur, qui tenait parfois plusieurs journaux en parall\u00e8le. Un parti pris qui r\u00e9ussit \u00e0 rendre compte de la mani\u00e8re la plus tangible du processus d\u2019\u00e9criture si particulier de l\u2019\u00e9crivaine, qui aime \u00e0 revenir sur ses \u00e9crits. D\u2019une facture magnifique, cette \u00e9dition critique offre un voyage des plus sensitifs, entre collages de coupures de presse, clich\u00e9s des manuscrits et autres photographies, au c\u0153ur de la vie de Monique Saint-H\u00e9lier.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9498\" aria-describedby=\"caption-attachment-9498\" style=\"width: 100px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9498\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/livre_moniquesainthelier_72.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"148\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9498\" class=\"wp-caption-text\">Journal 1940-1948. Par Monique Saint-H\u00e9lier. \u00c9d. par St\u00e9phane P\u00e9termann et Alexandra Weber Berney. Ed. de l\u2019Aire (2019). 18 volumes sous coffret.<\/figcaption><\/figure>\n<h3>Monique Saint-H\u00e9lier en quelques dates<\/h3>\n<p><strong>1895<\/strong> Naissance le 2 septembre, \u00e0 La Chaux-de-Fonds, de Berthe Eimann.<br \/>\n<strong>1899<\/strong> D\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re.<br \/>\n<strong>1902-1915<\/strong> \u00c9cole primaire puis \u00c9cole sup\u00e9rieure des jeunes filles. Sous l\u2019impulsion d\u2019une institutrice, elle suit des cours de latin et de math\u00e9matiques au gymnase, alors r\u00e9serv\u00e9 aux gar\u00e7ons (photo prise en 1914-15).<br \/>\n<strong>1915<\/strong> D\u00e9part pour Lausanne, o\u00f9 elle pr\u00e9pare ses examens de maturit\u00e9.<br \/>\n<strong>1916<\/strong> \u00c0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne, inscrite en lettres, elle fait la connaissance de son futur mari, \u00e9tudiant en th\u00e9ologie.<br \/>\n<strong>1917<\/strong> Berthe Eimann et Blaise Briod poursuivent leurs \u00e9tudes, en lettres, \u00e0 Berne. Ils se marient en d\u00e9cembre.<br \/>\n<strong>1918<\/strong> Le couple se convertit au catholicisme, cr\u00e9ant de vives tensions avec leurs familles respectives.<br \/>\n<strong>1920<\/strong> Berthe Eimann se fait appeler Monique Briod. Elle interrompt ses \u00e9tudes pour raison de sant\u00e9, doit \u00eatre op\u00e9r\u00e9e \u00e0 la jambe et ne reprendra jamais son cursus. Elle sera hospitalis\u00e9e pendant trois ans.<br \/>\n<strong>1923<\/strong> Rencontre avec Rainer Maria Rilke. Sa proximit\u00e9 avec le po\u00e8te autrichien lui vaudra l\u2019attention et l\u2019amiti\u00e9 du cercle des rilk\u00e9ens parisiens.<br \/>\n<strong>1926<\/strong> D\u00e9part pour Paris, o\u00f9 Blaise Briod est engag\u00e9 \u00e0 l\u2019Institut international de coop\u00e9ration intellectuelle.<br \/>\n<strong>1927<\/strong> Ne pouvant plus se d\u00e9placer, Monique Briod est alit\u00e9e et commence la r\u00e9daction de <em>La Cage aux r\u00eaves<\/em>. Entr\u00e9e en litt\u00e9rature sous le nom de plume de Monique Saint-H\u00e9lier, avec \u00c0 Rilke pour No\u00ebl.<br \/>\n<strong>1932<\/strong> Parution de <em>La Cage aux r\u00eaves<\/em> qui s\u00e9duit la critique litt\u00e9raire parisienne.<br \/>\n<strong>1934<\/strong> Parution de <em>Bois-Mort<\/em>, premier roman de ce qu\u2019on appellera le \u00abcycle des Al\u00e9rac\u00bb. Le succ\u00e8s est imm\u00e9diat. Sur fond de rivalit\u00e9s familiales, le cycle des Al\u00e9rac d\u00e9ploie \u00abun univers o\u00f9 les amours impossibles ou ill\u00e9gitimes, les rivalit\u00e9s et les secrets tissent des liens complexes entre les personnages\u00bb (Maud Dubois). La narration y privil\u00e9gie la vie int\u00e9rieure des personnages, et se caract\u00e9rise par une temporalit\u00e9 r\u00e9duite et une composition fragmentaire.<br \/>\n<strong>1936<\/strong> Parution du <em>Cavalier de paille<\/em>, deuxi\u00e8me volet de sa saga.<br \/>\n<strong>1940-1948<\/strong> R\u00e9daction de son journal.<br \/>\n<strong>1953<\/strong> Parution du <em>Martin-p\u00eacheur<\/em>, troisi\u00e8me roman du cycle des Al\u00e9rac.<br \/>\n<strong>1955<\/strong> En f\u00e9vrier, parution de <em>L\u2019Arrosoir rouge<\/em>, dernier roman du cycle inachev\u00e9 des Al\u00e9rac. Le 9 mars, d\u00e9c\u00e8s de Monique Saint-H\u00e9lier.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9510\" aria-describedby=\"caption-attachment-9510\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9510\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/moniquesainthelier_3_72.jpg\" alt=\"\" width=\"590\" height=\"448\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/moniquesainthelier_3_72.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/moniquesainthelier_3_72-342x260.jpg 342w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/moniquesainthelier_3_72-290x220.jpg 290w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9510\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Collection Anne-Claude Briod<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Centre de recherches sur les lettres romandes (UNIL) publie en dix-huit volumes le Journal 1940-1948 de la c\u00e9l\u00e8bre romanci\u00e8re chaux-de-fonni\u00e8re. Un document exceptionnel au c\u0153ur de l\u2019Occupation et d\u2019une &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":9511,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[13144,42178],"tags":[16433],"class_list":{"0":"post-9428","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-art-et-litterature","8":"category-no-71","9":"tag-anne-sylvie-sprenger"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9428","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9428"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9428\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9511"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9428"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9428"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9428"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}