{"id":9412,"date":"2019-01-31T08:17:30","date_gmt":"2019-01-31T06:17:30","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=9412"},"modified":"2020-07-22T14:42:12","modified_gmt":"2020-07-22T12:42:12","slug":"les-champignons-des-tueurs-trop-souvent-ignores","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/les-champignons-des-tueurs-trop-souvent-ignores\/","title":{"rendered":"Les champignons, des tueurs trop souvent ignor\u00e9s"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_9462\" aria-describedby=\"caption-attachment-9462\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9462\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/champignon_1_72.jpg\" alt=\"\" width=\"590\" height=\"454\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/champignon_1_72.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/champignon_1_72-338x260.jpg 338w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9462\" class=\"wp-caption-text\">C. albicans. Ce champignon est relativement inoffensif sous forme levurique (en rouge). Par contre, il inflige des dommages aux tissus quand il prend une forme hyphale (c\u2019est- \u00e0-dire d\u2019une cellule prolong\u00e9e par des filaments, en vert).<br \/>\u00a9 Institut de microbiologie UNIL-CHUV<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Ces organismes microscopiques, qui vivent en \u00e9quilibre avec l\u2019\u00eatre humain, peuvent devenir de redoutables pathog\u00e8nes. Les maladies fongiques tuent chaque ann\u00e9e plus de 1,5 million de personnes dans le monde \u2013 plus que le paludisme. Un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019autant plus inqui\u00e9tant que ces champignons d\u00e9veloppent des r\u00e9sistances aux m\u00e9dicaments. Notamment \u00e0 cause de l\u2019utilisation de fongicides dans l\u2019agriculture.<\/em><\/p>\n<p>Lorsqu\u2019on \u00e9voque les champignons mortels, on songe aussit\u00f4t aux amanites phallo\u00efdes. Rien \u00e0 voir avec les tueurs qui inqui\u00e8tent chercheurs et m\u00e9decins. Au m\u00eame titre que les virus et les bact\u00e9ries, ce sont des organismes microscopiques \u2013 ils ne mesurent qu\u2019une dizaine de microm\u00e8tres, soit dix fois moins qu\u2019un cheveu. Mais certains d\u2019entre eux peuvent devenir de v\u00e9ritables pestes. Pour les plantes, puisque \u00absi l\u2019on n\u2019utilisait pas de fongicides, un cinqui\u00e8me des r\u00e9serves v\u00e9g\u00e9tales alimentaires de la plan\u00e8te serait d\u00e9truit\u00bb, souligne Dominique Sanglard, professeur associ\u00e9 \u00e0 l\u2019Institut de microbiologie de l\u2019UNIL et du CHUV. Pour certaines esp\u00e8ces animales dont ils provoquent l\u2019extinction, ils sont notamment \u00able principal tueur des batraciens\u00bb.<\/p>\n<p>Ils n\u2019\u00e9pargnent pas non plus les \u00eatres humains. Les maladies fongiques tuent entre 1,5 et 2 millions de personnes chaque ann\u00e9e dans le monde, constate le microbiologiste qui y voit \u00abun v\u00e9ritable probl\u00e8me de sant\u00e9 publique\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Des aspects positifs<\/strong><br \/>\n\u00abNous avons toujours v\u00e9cu avec les champignons, constate le professeur de l\u2019UNIL qui tient \u00e0 souligner qu\u2019ils ont aussi des vertus. Les plantes, avec lesquelles ils vivent en symbiose, ont besoin d\u2019eux pour cro\u00eetre de mani\u00e8re optimale.\u00bb Ils d\u00e9gradent aussi la mati\u00e8re organique et jouent un r\u00f4le important dans les composts. Sans compter que, pour se d\u00e9fendre, ils produisent des mol\u00e9cules \u00abdont on a tir\u00e9 de nombreux m\u00e9dicaments, \u00e0 commencer par la p\u00e9nicilline, le premier antibiotique utilis\u00e9, mais aussi \u00abdes substances faisant baisser le taux de cholest\u00e9rol ou des immunosuppresseurs\u00bb.<\/p>\n<p>Certaines esp\u00e8ces, dites commensales, vivent d\u2019ailleurs en bonne entente avec notre organisme qu\u2019elles ont colonis\u00e9. Elles forment notre mycobiote qui repr\u00e9sente notamment 10% de la flore intestinale. Toutefois, ces micro-organismes au d\u00e9part inoffensifs deviennent pathog\u00e8nes chez les individus dont le syst\u00e8me immunitaire est affaibli, voire supprim\u00e9. C\u2019est le cas des patients qui ont eu subi \u00abune transplantation d\u2019organe ou un traitement anticanc\u00e9reux\u00bb. Mais aussi celui des porteurs du VIH (car ce virus s\u2019attaque directement aux d\u00e9fenses immunitaires), ou encore des personnes ayant eu \u00abun traitement antibiotique \u00e0 long terme, car la destruction des bact\u00e9ries facilite la colonisation par les champignons\u00bb. Le nombre de personnes \u00e0 risque augmentant, partout dans le monde, \u00abl\u2019incidence des infections fongiques cro\u00eet dans les milieux hospitaliers\u00bb, constate Dominique Sanglard qui consid\u00e8re que \u00abc\u2019est le prix \u00e0 payer pour les avanc\u00e9es de la m\u00e9decine\u00bb.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9468\" aria-describedby=\"caption-attachment-9468\" style=\"width: 262px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9468\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/DominiqueSanglard_72.jpg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/DominiqueSanglard_72.jpg 262w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/DominiqueSanglard_72-173x260.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 262px) 100vw, 262px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9468\" class=\"wp-caption-text\">Dominique Sanglard. Professeur associ\u00e9 \u00e0 l\u2019Institut de microbiologie UNIL &#8211; CHUV.<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Candida albicans: \u00abDr Jekyll et Mr Hyde\u00bb<\/strong><br \/>\n\u00abOn estime qu\u2019il existe environ un million d\u2019esp\u00e8ces de champignons, pr\u00e9cise Dominique Sanglard. On n\u2019en a d\u00e9crit qu\u2019environ 5% et, parmi elles, 500 \u00e0 600 esp\u00e8ces sont pathog\u00e8nes pour l\u2019\u00eatre humain.\u00bb<\/p>\n<p>Sous nos latitudes, les plus fr\u00e9quentes sont celles qui appartiennent au genre Candida. \u00c0 commencer par <em>Candida albicans<\/em>, un micro-organisme \u00abopportuniste\u00bb que le chercheur compare \u00e0 \u00abDr Jekyll et Mr Hyde\u00bb. Comme le h\u00e9ros du livre de Robert Louis Stevenson, ce bon m\u00e9decin qui, la nuit venue, devient un monstre, il pr\u00e9sente une double face. Il est relativement inoffensif quand il adopte la forme l\u00e9vurique (qui, comme la levure du boulanger, \u00abressemble \u00e0 un petit bonhomme de neige\u00bb). Mais il devient \u00abbeaucoup plus virulent et inflige des l\u00e9sions aux tissus\u00bb lorsqu\u2019il prend une forme filamenteuse (il est alors constitu\u00e9 d\u2019une cellule prolong\u00e9e par des filaments). Contrairement au Dr Jekyll qui avait concoct\u00e9 une potion pour scinder son \u00e2me en deux, <em>C.\u00a0albicans<\/em>, lui, trouve dans son h\u00f4te, sans lequel il ne peut pas vivre, \u00ables conditions \u2013 temp\u00e9rature corporelle, \u00e9l\u00e9ments nutritifs etc. \u2013 qui favorisent sa transformation\u00bb.<\/p>\n<p>Devenu pathog\u00e8ne, il provoque des candidoses qui peuvent \u00eatre superficielles, comme lorsqu\u2019il colonise la bouche des nouveau-n\u00e9s et engendre le muguet. Mais lorsqu\u2019il \u00abpasse la barri\u00e8re physiologique de la peau et qu\u2019il s\u2019introduit dans la circulation sanguine, il peut se propager dans divers tissus et des organes vitaux\u00bb. Les candidoses sont alors dites invasives et elles \u00ab?sont mortelles dans 40 \u00e0 60% des cas. Elles tuent environ 400 000 personnes par an.\u00bb<\/p>\n<p><strong>De grandes quantit\u00e9s de spores inhal\u00e9es<\/strong><br \/>\n\u00abLe tueur num\u00e9ro 2\u00bb dans nos contr\u00e9es est <em>Candida glabrata<\/em>. Contrairement \u00e0 <em>C. albicans<\/em>, il ne produit pas de filaments, mais il n\u2019en est pas moins aussi mortel que lui. \u00abOn le craint, pr\u00e9cise le microbiologiste de l\u2019UNIL, parce qu\u2019il peut d\u00e9velopper tr\u00e8s rapidement des r\u00e9sistances aux traitements antifongiques classiques.\u00bb<\/p>\n<p>Vient ensuite <em>Aspergillus fumigatus<\/em> qui, lui, est pr\u00e9sent dans l\u2019environnement. Il disperse \u00e9norm\u00e9ment de spores dans l\u2019air. \u00abOn en inhale d\u2019importantes quantit\u00e9s par exemple lorsqu\u2019on retourne des composts \u2013 dans lesquels il s\u2019accumule, car il r\u00e9siste bien \u00e0 la chaleur issue de la d\u00e9composition des mati\u00e8res organiques.\u00bb Il est aussi dangereux \u00e0 l\u2019h\u00f4pital quand il s\u2019attaque aux patients dont le syst\u00e8me immunitaire est affaibli. Il peut alors p\u00e9n\u00e9trer dans les sinus, les poumons ou m\u00eame atteindre le cerveau. \u00abLes aspergiloses invasives sont tr\u00e8s difficiles \u00e0 combattre et leur pronostic est g\u00e9n\u00e9ralement mauvais.\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 cette liste des champignons tueurs, on pourrait en ajouter bien d\u2019autres. Notamment les micro-organismes du genre <em>Cryptococcus<\/em>. L\u2019un d\u2019eux, <em>C. neoformans<\/em>, qui s\u00e9vit surtout dans les pays en d\u00e9veloppement, se transmet de l\u2019environnement \u00e0 l\u2019\u00eatre humain, via le guano des pigeons. Une fois inhal\u00e9s, ses spores \u00abatteignent sp\u00e9cifiquement le syst\u00e8me nerveux central et provoquent des m\u00e9ningites\u00bb, explique Dominique Sanglard. Quant \u00e0 <em>C.\u00a0gattii<\/em>, il est pr\u00e9sent dans les sols ou en suspension dans l\u2019air. L\u2019une de ses souches, tr\u00e8s agressive, fr\u00e9quente dans les r\u00e9gions tropicales et substropicales, a \u00e9merg\u00e9 \u00e0 Vancouver au Canada, au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Infectant le poumon et le cerveau, elle a d\u2019autant plus inqui\u00e9t\u00e9 qu\u2019elle \u00aba affect\u00e9 des personnes immunocomp\u00e9tentes\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire dont le syst\u00e8me immunitaire n\u2019\u00e9tait pas alt\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Moyens de lutte limit\u00e9s<\/strong><br \/>\nLe traitement de ces diverses maladies provoqu\u00e9es par des champignons passe par des m\u00e9dicaments antifongiques. Il en existe quatre classes, aux modes d\u2019action tr\u00e8s diff\u00e9rents, \u00abmais seules trois d\u2019entre elles sont fr\u00e9quemment utilis\u00e9es\u00bb, pr\u00e9cise Dominique Sanglard. La plus ancienne \u2013 elle a \u00e9t\u00e9 mise sur le march\u00e9 dans les ann\u00e9es 50 \u2013 est celle des poly\u00e8nes. Ces substances naturelles d\u00e9stabilisent la membrane des champignons en se fixant \u00e0 l\u2019un de ses composants, l\u2019ergost\u00e9rol. Apparus plus r\u00e9cemment, les azoles \u00abaffectent la production de l\u2019ergost\u00e9rol\u00bb, indispensable \u00e0 la vie du micro-organisme. Enfin, les derniers en date des antifongiques \u2013 ils ont \u00e9t\u00e9 commercialis\u00e9s dans les ann\u00e9es 2000 \u2013 sont les candines qui \u00abtuent le champignon en perturbant la biosynth\u00e8se de sa paroi\u00bb.<\/p>\n<p>M\u00eame si chacune de ces classes comporte plusieurs mol\u00e9cules, \u00abil y a assez peu de m\u00e9dicaments disponibles. Nos moyens de lutte contre les infections fongiques restent donc limit\u00e9s\u00bb, constate le microbiologiste.<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9sistance aux m\u00e9dicaments: une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s<\/strong><br \/>\nCela pose \u00abun gros probl\u00e8me\u00bb car, de m\u00eame que de nombreuses bact\u00e9ries deviennent insensibles aux antibiotiques, les champignons se mettent, eux aussi, \u00e0 faire de la r\u00e9sistance aux antifongiques. \u00abC\u2019est in\u00e9luctable, souligne le professeur de l\u2019UNIL. Apr\u00e8s un certain temps d\u2019exposition aux m\u00e9dicaments, on observe une s\u00e9lection des organismes qui y r\u00e9sistent.\u00bb Les champignons ne font pas exception \u00e0 la r\u00e8gle, m\u00eame si \u00abla transmission de la r\u00e9sistance d\u2019un micro-organisme \u00e0 un autre, qui est fr\u00e9quente chez les bact\u00e9ries, n\u2019existe pas en tant que telle dans les champignons\u00bb. Chez eux, l\u2019\u00e9mergence et la dispersion de la r\u00e9sistance est donc \u00abbeaucoup moins rapide\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne varie d\u2019ailleurs selon l\u2019esp\u00e8ce du micro-organisme et le pays concern\u00e9. \u00abEntre 1 \u00e0 5% des <em>Candida albicans<\/em> sont insensibles aux azoles, contre 10 \u00e0 15% des <em>Candida glabrata<\/em>. Pour<em> Aspergillus fumigatus<\/em>, la proportion s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 plus de 25% aux Pays-Bas, mais elle est bien moindre en Suisse.\u00bb On commence m\u00eame \u00e0 voir appara\u00eetre des champignons devenus insensibles \u00e0 deux antifongiques ou m\u00eame, comme <em>Candida auris<\/em>, \u00e0 l\u2019ensemble des m\u00e9dicaments existants. \u00abLe ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019\u00e9tend non seulement aux champignons pathog\u00e8nes pour l\u2019\u00eatre humain, mais aussi \u00e0 ceux qui touchent les plantes d\u2019int\u00e9r\u00eat agronomique. \u00c0 l\u2019avenir, il va certainement s\u2019amplifier\u00bb, pr\u00e9dit Dominique Sanglard qui le qualifie \u00abd\u2019\u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s\u00bb.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9463\" aria-describedby=\"caption-attachment-9463\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9463\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/champignon_2_72.jpg\" alt=\"\" width=\"590\" height=\"443\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/champignon_2_72.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/01\/champignon_2_72-346x260.jpg 346w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9463\" class=\"wp-caption-text\">A. fumigatus. Coloration de deux conidiophores (spore assurant la multiplication asexu\u00e9e). La t\u00eate aspergillaire en prolongement du filament myc\u00e9lien contient les spores qui ont un diam\u00e8tre de 2-3 \u00b5m (points bleus sur l\u2019image).<br \/>\u00a9 Institut de microbiologie UNIL-CHUV<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>L\u2019agriculture intensive point\u00e9e du doigt<\/strong><br \/>\nComme ses coll\u00e8gues britanniques avec lesquels il a lanc\u00e9 r\u00e9cemment une mise en garde dans la revue Science, le chercheur lausannois consid\u00e8re que l\u2019une des causes de la r\u00e9sistance d\u2019<em>Aspergillus fumigatus<\/em> est l\u2019intensification de l\u2019agriculture. Certaines substances, en particulier les azoles, sont en effet utilis\u00e9es \u00e0 la fois comme fongicides, pour prot\u00e9ger les cultures, et comme antifongiques en m\u00e9decine humaine.<\/p>\n<p>\u00abLes trace de ces produits se retrouvent dans les sols ou dans les composts. Lorsqu\u2019un champignon entre accidentellement en contact avec eux, il arrive qu\u2019il devienne r\u00e9sistant. Ensuite, il disperse ses spores et peut coloniser les \u00eatres humains.\u00bb<\/p>\n<p>Les chercheurs de l\u2019Institut de microbiologie, en collaboration avec leurs coll\u00e8gues des H\u00f4pitaux universitaires de Gen\u00e8ve et de l\u2019Agroscope de Changins, en ont fait la preuve en r\u00e9coltant, en 2016 et 2017, des \u00e9chantillons de sol dans l\u2019Arc l\u00e9manique. \u00ab10% d\u2019entre eux contenaient des champignons de l\u2019esp\u00e8ce <em>Aspergillus fumigatus<\/em> r\u00e9sistants aux azoles, alors que lors d\u2019une pr\u00e9c\u00e9dente \u00e9tude, r\u00e9alis\u00e9e en 2000, nous n\u2019en n\u2019avions trouv\u00e9 aucun. Cela est d\u00fb au fait que l\u2019agriculture utilise beaucoup plus d\u2019azoles qu\u2019auparavant.\u00bb En outre, explique Dominique Sanglard, \u00abnous avons retrouv\u00e9 les m\u00eames signatures g\u00e9n\u00e9tiques dans ces micro-organismes r\u00e9sistants extraits des sols et dans ceux qui infectent des patients\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Exploration de nouvelles pistes<\/strong><br \/>\nQue faire? Difficile de modifier les pratiques de l\u2019agriculture \u00abqui ne peut pas renoncer imm\u00e9diatement aux fongicides\u00bb, admet le microbiologiste. Quant \u00e0 attendre que l\u2019industrie pharmaceutique \u00e9labore de nouveaux antifongiques, il y a peu d\u2019espoir dans la mesure o\u00f9 \u00abelle fait tr\u00e8s peu de recherches dans ce domaine\u00bb.<\/p>\n<p>Il reste donc \u00e0 se tourner vers la recherche fondamentale pour innover. Dominique Sanglard et ses coll\u00e8gues ont entrepris d\u2019explorer \u00abdes substances d\u2019origine naturelle que les plantes produisent pour combattre les champignons\u00bb. En collaboration avec leurs coll\u00e8gues de l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, ils en ont d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 une, la tomatidine. Pour l\u2019instant, l\u2019affaire en est rest\u00e9e au niveau acad\u00e9mique, car \u00abil est difficile de trouver des partenaires industriels pour assurer le d\u00e9veloppement de cette mol\u00e9cule\u00bb.<\/p>\n<p>Une autre piste explor\u00e9e \u00e0 l\u2019Institut de microbiologie, est \u00abde s\u2019attaquer aux acteurs cellulaires qui jouent un r\u00f4le important dans le d\u00e9veloppement de la r\u00e9sistance\u00bb. Avec des coll\u00e8gues am\u00e9ricains de l\u2019Universit\u00e9 de Harvard, les chercheurs ont pass\u00e9 au crible 150 000 mol\u00e9cules parmi lesquelles ils en ont identifi\u00e9 \u00abcinq qui \u00e9taient potentiellement int\u00e9ressantes\u00bb, pour finalement n\u2019en retenir qu\u2019une, qu\u2019ils ont brevet\u00e9e.<\/p>\n<p>Ils ont aussi d\u00e9couvert que certaines substances \u00e9taient capables d\u2019inhiber \u00abla pompe d\u2019efflux, qui est une sorte de pompe utilis\u00e9e par les champignons pour \u00e9vacuer les antifongiques de leurs cellules?. Ces produits, d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9s en m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire pour combattre les parasites, pourraient eux aussi contribuer \u00e0 combattre le ph\u00e9nom\u00e8ne de r\u00e9sistance.<\/p>\n<p><strong>La mycologie, parent pauvre de la microbiologie<\/strong><br \/>\nBien d\u2019autres voies sont explor\u00e9es et les laboratoires de diff\u00e9rents pays ne manquent pas d\u2019id\u00e9es pour lutter contre les champignons pathog\u00e8nes. Une \u00e9quipe am\u00e9ricaine de l\u2019Universit\u00e9 de Californie a m\u00eame \u00e9labor\u00e9 un vaccin, qui est en cours d\u2019essais cliniques, contre les vaginites dues \u00e0 <em>C. albicans<\/em> \u2013 \u00abune maladie qui affecte chaque ann\u00e9e 100 millions de femmes dans le monde\u00bb, pr\u00e9cise Dominique Sanglard.<\/p>\n<p>La course est lanc\u00e9e et, dans le domaine des champignons pathologiques, l\u2019Institut de microbiologie \u00aba des comp\u00e9tence uniques en Suisse\u00bb, selon le professeur lausannois. Il constate toutefois que \u00abla mycologie reste le parent pauvre de la microbiologie\u00bb. Il y a pourtant fort \u00e0 faire pour combattre les maladies fongiques qui, outre qu\u2019elles mettent en danger la vie de patients, \u00abco\u00fbtent tr\u00e8s cher aux h\u00f4pitaux\u00bb, conclut-il.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ces organismes microscopiques, qui vivent en \u00e9quilibre avec l\u2019\u00eatre humain, peuvent devenir de redoutables pathog\u00e8nes. 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