{"id":9260,"date":"2018-10-04T08:18:49","date_gmt":"2018-10-04T06:18:49","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=9260"},"modified":"2020-07-22T15:01:20","modified_gmt":"2020-07-22T13:01:20","slug":"elle-court-elle-court-la-fourmi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/elle-court-elle-court-la-fourmi\/","title":{"rendered":"Elle court, elle court la fourmi"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_9263\" aria-describedby=\"caption-attachment-9263\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9263\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/09\/fourmi_1_70.jpg\" alt=\"\" width=\"590\" height=\"394\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/09\/fourmi_1_70.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/09\/fourmi_1_70-389x260.jpg 389w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9263\" class=\"wp-caption-text\">Tapinoma magnum. Cette esp\u00e8ce a envahi Cully (VD) et s\u2019est r\u00e9pandue dans le quartier d\u2019Ouchy \u00e0 Lausanne. \u00a9Julie de Tribolet\/L\u2019illustr\u00e9<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Des fourmis venues d\u2019ailleurs ont soudain envahi le village de Cully (VD). Puis Saint-Sulpice, Lausanne, Ecublens, Pully. Si cet \u00e9v\u00e9nement a surpris, il n\u2019est pourtant pas isol\u00e9. Certaines esp\u00e8ces de formicid\u00e9s voyagent volontiers, au gr\u00e9 de la mondialisation. Et plus elles bourlinguent, plus elles ont de chance de s\u2019\u00e9tablir l\u00e0 o\u00f9 on ne les attend pas, comme l\u2019ont d\u00e9couvert des biologistes de l\u2019UNIL.\u00a0<\/em><\/p>\n<p>L\u2019histoire a commenc\u00e9 \u00e0 Cully en 2017, quand des fourmis \u00e9chapp\u00e9es d\u2019un cimeti\u00e8re, semble-t-il, ont envahi une garderie. Puis un chantier, d\u2019autres villes, le quartier d\u2019Ouchy&#8230; L\u2019esp\u00e8ce <em>Tapinoma magnum<\/em>, probablement m\u00e9diterran\u00e9enne, est pass\u00e9e en quelques mois du million aux centaines de millions d\u2019individus. \u00abJe pense que ces fourmis sont l\u00e0 depuis plusieurs ann\u00e9es, signale Laurent Keller, directeur du <a href=\"https:\/\/unil.ch\/dee\">D\u00e9partement d\u2019\u00e9cologie et \u00e9volution<\/a> (DEE) de la Facult\u00e9 de biologie et m\u00e9decine de l\u2019UNIL, myrm\u00e9cologue, sp\u00e9cialiste de la g\u00e9n\u00e9tique des populations. Leur nombre et les surfaces importantes qu\u2019elles occupent ne peuvent \u00eatre atteintes qu\u2019apr\u00e8s quatre ou cinq ans minimum.\u00bb Et d\u2019ajouter que Cully n\u2019est probablement pas la source de l\u2019invasion. \u00abElles ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9es dans ce village comme elles ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9es \u00e0 d\u2019autres endroits. S\u00fbrement par l\u2019interm\u00e9diaire de plantes.\u00bb<\/p>\n<p>Sur 13 000 fourmis d\u00e9crites dans le monde, la <em>Tapinoma magnum<\/em> fait partie des 241 esp\u00e8ces introduites accidentellement par l\u2019Homme en dehors de leur aire originelle que Laurent Keller et Cleo Bertelsmeier, premi\u00e8re assistante au DEE et sp\u00e9cialiste de la biologie des invasions, ont d\u00e9nombr\u00e9es dans une \u00e9tude publi\u00e9e dans <em>Nature Ecology &amp; Evolution<\/em> en collaboration avec des chercheurs fran\u00e7ais et am\u00e9ricains. Ils ont aussi d\u00e9couvert qu\u2019elles se d\u00e9pla\u00e7aient en fonction de la mondialisation et que plus elles voyageaient, plus elles avaient de chance de s\u2019\u00e9tablir loin de chez elles. Petite excursion, l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a fourmille&#8230;<\/p>\n<p><strong>La \u00abfourmi de Cully\u00bb n\u2019\u00e9tait pas la premi\u00e8re<\/strong><br \/>\nSi la \u00abfourmi de Cully\u00bb a beaucoup inqui\u00e9t\u00e9 \u2013 et continue \u00e0 faire l\u2019objet d\u2019\u00e9tudes \u00e0 l\u2019UNIL afin de conna\u00eetre son impact sur la faune et la flore environnantes \u2013 c\u2019est parce qu\u2019elle n\u2019est pas la seule \u00e0 s\u2019\u00eatre infiltr\u00e9e en douce en Suisse. Deux autres esp\u00e8ces ont d\u00e9j\u00e0 envahi une partie du territoire helv\u00e9tique: la fourmi du pharaon et la fourmi envahissante des jardins. Elles appartiennent au groupe des 19 esp\u00e8ces consid\u00e9r\u00e9es comme invasives r\u00e9pertori\u00e9es par l\u2019Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).<\/p>\n<p>\u00abLa fourmi du pharaon (<em>Monomorium pharaonis<\/em>), probablement originaire d\u2019Afrique, s\u2019installe uniquement dans les maisons, les restaurants, les boulangeries, pr\u00e9cise Laurent Keller. Elle aime les endroits tr\u00e8s chauds et humides. Cela doit faire plus d\u2019un si\u00e8cle qu\u2019elle vit chez nous et cr\u00e9e des probl\u00e8mes dans les blocs d\u2019habitation. On ne peut l\u2019\u00e9radiquer qu\u2019en traitant les b\u00e2timents infest\u00e9s en entier. Mais comme elle reste \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, cela ne cause pas de d\u00e9g\u00e2ts sur la faune et la flore.\u00bb<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la fourmi envahissante des jardins (<em>Lasius neglectus<\/em>), elle a \u00e9t\u00e9 introduite en Europe de l\u2019Est il y a une trentaine d\u2019ann\u00e9es. Originaire d\u2019Asie Mineure, elle a pos\u00e9 ses valises \u00e0 B\u00e2le o\u00f9 elle s\u2019attaque principalement aux cultures. \u00abComme c\u2019est l\u2019homme qui transporte les esp\u00e8ces invasives, elles vivent forc\u00e9ment \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, comme dans les plantations, souligne la biologiste Cleo Bertelsmeier. Elles aiment les milieux urbains ou agricoles.\u00bb Ainsi, elles sont pr\u00e9-adapt\u00e9es aux endroits perturb\u00e9s par les humains.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9136\" aria-describedby=\"caption-attachment-9136\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9136\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/09\/foumis_3_70.jpg\" alt=\"\" width=\"590\" height=\"392\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/09\/foumis_3_70.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/09\/foumis_3_70-391x260.jpg 391w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9136\" class=\"wp-caption-text\">Monomorium pharaonis. La fourmi du pharaon, probablement originaire d\u2019Afrique, aime les endroits tr\u00e8s chauds et humides. Elle cr\u00e9e des probl\u00e8mes dans les habitations. \u00a9?Hashim Mahrin\/Shutterstock<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Toutes les m\u00eames, ou presque<\/strong><br \/>\nLes deux chercheurs de l\u2019UNIL ont pu mettre en avant neuf traits communs \u00e0 la plupart des fourmis envahissantes, parmi lesquels: une petite taille, une soci\u00e9t\u00e9 polygyne (un grand nombre de reines par nid), un comportement g\u00e9n\u00e9raliste (elles mangent tout ce qu\u2019elles trouvent avec une pr\u00e9f\u00e9rence pour le miellat des pucerons et les insectes), une reproduction \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du nid plut\u00f4t que lors d\u2019un vol nuptial ou encore l\u2019absence de structure complexe (autrement dit, pas de fourmili\u00e8re).<\/p>\n<p>M\u00eame si elle ne fait pas encore partie des esp\u00e8ces consid\u00e9r\u00e9es comme invasives en raison des dommages qu\u2019elles causent \u00e0 la biodiversit\u00e9, \u00e0 l\u2019agriculture, \u00e0 la viticulture et \u00e0 l\u2019\u00e9conomie locale, la <em>Tapinoma magnum<\/em> correspond en beaucoup de points \u00e0 ces crit\u00e8res, comme le souligne Cleo Bertelsmeier, qui est all\u00e9e voir les insectes sur le terrain.<\/p>\n<p>\u00abElle vit sur de grandes surfaces et s\u2019\u00e9tablit \u00e0 30 cm de profondeur au maximum, dans du sable ou de la terre peu tass\u00e9e. La capacit\u00e9 d\u2019extension de ces fourmis leur permet de construire des galeries rapidement. Quand il y a eu de fortes pluies par exemple, toutes leurs galeries \u00e9taient reconstruites le lendemain.\u00bb Sur place, la chercheuse a pu constater qu\u2019elles avaient cr\u00e9\u00e9 des chemins de fourragement tr\u00e8s larges et qu\u2019elles chassaient de mani\u00e8re tr\u00e8s efficace. \u00abIl n\u2019y a pas besoin de chercher les reines. La densit\u00e9 de fourmis est telle qu\u2019on les voit se balader \u00e0 la surface.\u00bb Petits, mais emb\u00eatants, car tr\u00e8s encombrants, avec une f\u00e2cheuse tendance \u00e0 mordiller, les individus des supercolonies de <em>Tapinoma magnum<\/em> doivent \u00eatre \u00e9limin\u00e9s pour \u00e9viter, aussi, qu\u2019ils ne s\u2019en prennent aux esp\u00e8ces indig\u00e8nes. Comme souvent, c\u2019est l\u2019insecticide qui essaie d\u2019avoir le dernier mot. \u00abExterminer totalement une esp\u00e8ce invasive, c\u2019est possible, remarque Cleo Bertelsmeier. Mais seulement si la colonie n\u2019occupe pas une vaste surface. Dans certaines \u00eeles oc\u00e9aniques, par exemple, on a fait tomber d\u2019h\u00e9licopt\u00e8re de grandes quantit\u00e9s d\u2019app\u00e2ts avec du poison. Toutefois, c\u2019est irr\u00e9alisable lorsque des populations humaines habitent l\u00e0.\u00bb Le professeur Laurent Keller rel\u00e8ve que \u00abce type d\u2019action n\u2019a pas localement d\u2019effets sur la faune et la flore s\u2019il est possible d\u2019employer des produits tr\u00e8s cibl\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_9166\" aria-describedby=\"caption-attachment-9166\" style=\"width: 262px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9166\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/09\/CleoBertelsmeier_70.jpg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/09\/CleoBertelsmeier_70.jpg 262w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/09\/CleoBertelsmeier_70-173x260.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 262px) 100vw, 262px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9166\" class=\"wp-caption-text\">Cleo Bertelsmeier. Premi\u00e8re assistante au D\u00e9partement d\u2019\u00e9cologie et \u00e9volution (Facult\u00e9 de biologie et m\u00e9decine).<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Les actrices de deux vagues de mondialisation<\/strong><br \/>\nEn analysant la fa\u00e7on dont 36 esp\u00e8ces ont voyag\u00e9 sur terre de 1750 \u00e0 2010, les deux sp\u00e9cialistes des fourmis ont pu faire ressortir deux grandes vagues de mondialisation. \u00abOn a regard\u00e9 annuellement combien de pays colonisait chaque esp\u00e8ce, explique Cleo Bertelsmeier. On a pu observer que, depuis 1850, le taux de colonisation de ces esp\u00e8ces augmente. Il y a une inflexion au moment de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, puis avec la crise de 1929, et jusqu\u2019\u00e0 la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. Les taux de colonisation de ces esp\u00e8ces chutent sensiblement. Il faut attendre une vingtaine d\u2019ann\u00e9es pour retrouver des taux de colonisation d\u2019avant-guerre. Et l\u2019augmentation perdure aujourd\u2019hui.\u00bb Gr\u00e2ce \u00e0 un indicateur mesurant le niveau des \u00e9changes commerciaux dans le monde, les chercheurs de l\u2019UNIL ont pu \u00e9tablir une corr\u00e9lation avec le commerce international. \u00abSi ces deux vagues sont une \u00e9vidence pour les \u00e9conomistes, en biologie, cela n\u2019avait encore jamais \u00e9t\u00e9 reconnu, se r\u00e9jouit la biologiste. De plus, nous avons constat\u00e9 que ce ne sont pas forc\u00e9ment les m\u00eames pays qui sont impliqu\u00e9s dans les deux. La premi\u00e8re vague de mondialisation concerne surtout des pays colonisateurs et des \u00e9changes entre leurs colonies. Aujourd\u2019hui, on voit de plus en plus de nouvelles \u00e9conomies \u00e9mergentes qui participent \u00e0 ces \u00e9changes. Je suppose qu\u2019il y a des pays qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9s dans le commerce par le pass\u00e9 et qui, dans le futur, vont envoyer des esp\u00e8ces qu\u2019on n\u2019a pas encore vues.\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_9168\" aria-describedby=\"caption-attachment-9168\" style=\"width: 262px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9168\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/09\/LaurentKeller_70.jpg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/09\/LaurentKeller_70.jpg 262w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/09\/LaurentKeller_70-173x260.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 262px) 100vw, 262px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9168\" class=\"wp-caption-text\">Laurent Keller. Directeur du D\u00e9partement d\u2019\u00e9cologie et \u00e9volution (Facult\u00e9 de biologie et m\u00e9decine). Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Un voyage en bananes avant le raid<\/strong><br \/>\nEt comment voyagent-elles \u00abCe sont les pays exportateurs qui provoquent le ph\u00e9nom\u00e8ne, signale la chercheuse de l\u2019UNIL. Notamment de bananes, qui sont un bon transporteur de fourmis. Certaines esp\u00e8ces, tr\u00e8s opportunistes, arrivent sur toutes sortes de fruits et de plantes. D\u2019autres ne se trouvent que sur des orchid\u00e9es par exemple. Les plantes en pot avec un peu de terre charrient pas mal de fourmis.\u00bb Laurent Keller estime qu\u2019il faut seulement une reine et peut-\u00eatre une vingtaine d\u2019ouvri\u00e8res pour que les envahisseuses puissent s\u2019\u00e9tablir. Pourrait-on imaginer qu\u2019une esp\u00e8ce suisse, telle que la Formica helvetica, parte investir un autre continent \u00abNon, affirme le directeur du DEE. Les fourmis invasives viennent surtout de r\u00e9gions chaudes d\u2019Afrique et d\u2019Am\u00e9rique du Sud. C\u2019est donc peu probable qu\u2019une fourmi suisse envahisse une autre r\u00e9gion.\u00bb D\u2019autres sont r\u00e9ellement parvenues \u00e0 coloniser tous les continents, except\u00e9 l\u2019Antarctique (beaucoup trop glac\u00e9 au go\u00fbt des formicid\u00e9s). La fourmi d\u2019Argentine (<em>Linepithema humile<\/em>) et la fourmi \u00e0 grosse t\u00eate (<em>Pheidole megacephala<\/em>) ont ainsi pos\u00e9 leurs six pattes \u00e0 travers le monde, sans toutefois couvrir toutes les surfaces. \u00abElles ont commenc\u00e9 \u00e0 voyager tr\u00e8s t\u00f4t, au XIXe si\u00e8cle, indique Cleo Bertelsmeier. Elles font des d\u00e9g\u00e2ts consid\u00e9rables. La fourmi \u00e0 grosse t\u00eate, par exemple, oblige certains oiseaux \u00e0 changer de domicile dans les \u00eeles oc\u00e9aniques. Comme certains construisent leur nid par terre, car jusque-l\u00e0 ils n\u2019avaient pas de pr\u00e9dateurs locaux, les fourmis en profitent pour aller chercher les oisillons.\u00bb<\/p>\n<p>La biologiste de l\u2019UNIL note que gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la dynamique des invasions, il est possible de pr\u00e9dire quelles esp\u00e8ces risquent de se r\u00e9pandre dans le futur. \u00abParmi celles qui ont commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9placer durant la deuxi\u00e8me vague de mondialisation, avec une dynamique d\u2019expansion rapide, nous pouvons mettre en \u00e9vidence lesquelles ont manqu\u00e9 d\u2019opportunit\u00e9s dans le pass\u00e9 et ont des chances de s\u2019\u00e9tendre aujourd\u2019hui.\u00bb<\/p>\n<p><strong>L\u2019effet boule de neige des esp\u00e8ces exotiques<\/strong><br \/>\nCes invasions, qui prennent des proportions de plus en plus importantes, sont dues \u00e0 ce que les deux biologistes ont appel\u00e9 un effet boule de neige dans un article publi\u00e9 dans <em>PNAS<\/em> (revue de l\u2019Acad\u00e9mie am\u00e9ricaine des sciences). \u00abPlus une esp\u00e8ce est transport\u00e9e par l\u2019homme, plus elle arrive en grand nombre quelque part, plus elle a de chance de s\u2019y \u00e9tablir, r\u00e9sume Cleo Bertelsmeier. Et plus il y a d\u2019endroits o\u00f9 elle est \u00e9tablie dans le monde, plus il y a de chance qu\u2019elle soit encore une fois d\u00e9plac\u00e9e depuis ces endroits-l\u00e0. Et donc qu\u2019elle soit r\u00e9introduite ailleurs.\u00bb<\/p>\n<p>Pour arriver \u00e0 ces conclusions, les myrm\u00e9cologues ont \u00e9pluch\u00e9 les donn\u00e9es d\u2019interception des a\u00e9roports et ports maritimes des Etats-Unis et de Nouvelle-Z\u00e9lande depuis 1914, ann\u00e9e au cours de laquelle les premi\u00e8res fourmis voyageuses ont \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9es. \u00abNous avons compar\u00e9 les donn\u00e9es des douaniers et celles des zones natives des esp\u00e8ces, continue la biologiste. C\u2019est ainsi que nous avons d\u00e9couvert que la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des fourmis \u2013 sur la cinquantaine d\u2019esp\u00e8ces pr\u00e9sentes \u2013 qui arrivent dans ces deux pays ne viennent pas de leur zone native, mais d\u2019un endroit o\u00f9 elles sont d\u00e9j\u00e0 invasives. Cela repr\u00e9sentait environ 75 % des cas aux Etats-Unis (elles sont r\u00e9introduites via l\u2019Am\u00e9rique latine qui exporte beaucoup de fruits et l\u00e9gumes aux Etats-Unis) et 90 % en Nouvelle-Z\u00e9lande (elles transitent par les \u00eeles Samoa, Tonga et Fidji qui transportent des marchandises pour la Nouvelle-Z\u00e9lande).\u00bb<\/p>\n<p><strong>Vers la grande invasion?<\/strong><br \/>\nQue penser de la venue de la <em>Tapinoma magnum<\/em> dans le canton de Vaud, alors? Elle qui a d\u00e9j\u00e0 vu du pays, comme l\u2019indiquent ses apparitions en Europe du Nord (en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique)&#8230; \u00abIl ne faut pas s\u2019inqui\u00e9ter plus que de mesure, relativise le professeur Laurent Keller. Peut-\u00eatre que leur nombre va augmenter en Suisse romande, mais pour l\u2019instant, personne ne sait quel impact cela aura sur la faune et la flore locales.?<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9chelle mondiale des esp\u00e8ces envahissantes, les fourmis ont une place certaine. \u00abSur la liste des 100 esp\u00e8ces invasives les plus dangereuses de l\u2019UICN, qui regroupe des v\u00e9g\u00e9taux et des animaux, il y a 14 insectes, dont 5 fourmis, observe Cleo Bertelsmeier. Les fourmis invasives vont se r\u00e9pandre de plus en plus, mais sans forc\u00e9ment que cela soit un risque pour la faune et la flore. Sur les 241 qui voyagent, seule une vingtaine est connue pour causer des d\u00e9g\u00e2ts. N\u00e9anmoins, ces derni\u00e8res peuvent avoir un impact grave sur la biodiversit\u00e9, car elles d\u00e9placent d\u2019autres insectes, mais aussi des mammif\u00e8res. Il est n\u00e9cessaire de suivre leur \u00e9volution de pr\u00e8s.\u00bb<\/p>\n<p><strong>\u00c0 lire sur le m\u00eame sujet:<\/strong><br \/>\nRecent human history governs global\u00a0ant invasion dynamics.\u00a0Par Cleo Bertelsmeier, S\u00e9bastien Ollier,\u00a0Andrew Liebhold et Laurent Keller.\u00a0<em>Nature Ecology &amp; Evolution<\/em> volume 1, article 0184 (2017).<br \/>\nRecurrent bridgehead effects\u00a0accelerate global alien ant spread.\u00a0Par Cleo Bertelsmeier, S\u00e9bastien Ollier, Andrew M. Liebhold,\u00a0Eckehard G. Brockerhoff, Darren Ward et Laurent Keller.\u00a0<em>PNAS<\/em> (7 mai 2018).<\/p>\n<h3>Une classification\u00a0des esp\u00e8ces invasives<\/h3>\n<p>Dans l\u2019article paru dans <em>Nature Ecology &amp; Evolution<\/em>, les sp\u00e9cialistes \u00e8s fourmis de l\u2019UNIL ont mis au point une classification des esp\u00e8ces invasives bas\u00e9e sur leur distribution. Ils ont ainsi d\u00e9termin\u00e9 quatre groupes. Un groupe local, qui ne se propage que dans des r\u00e9gions tr\u00e8s proches. Un groupe r\u00e9gional, qui s\u2019\u00e9tend \u00e0 plus grande \u00e9chelle, parfois sur un continent, mais uniquement entre pays limitrophes. Un groupe global, que rien n\u2019arr\u00eate, car il appara\u00eet sur plusieurs continents et dans diff\u00e9rents pays. Et un groupe transcontinental, \u00abun interm\u00e9diaire, le groupe le plus int\u00e9ressant, selon la biologiste Cleo Bertelsmeier. Il voyage sur de longues distances, sur diff\u00e9rents continents, mais \u00e0 chaque fois dans un seul pays, ou quelques-uns. Et les fourmis n\u2019y ont pas colonis\u00e9 de grandes surfaces.\u00bb<\/p>\n<p>Les chercheurs ont ensuite voulu savoir si les groupes confin\u00e9s dans une zone g\u00e9ographiquement restreinte l\u2019\u00e9taient pour des raisons biologiques ou parce qu\u2019ils n\u2019avaient pas eu l\u2019opportunit\u00e9 de se d\u00e9placer. Il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 que les groupes locaux et r\u00e9gionaux \u00e9taient limit\u00e9s par des caract\u00e9ristiques biologiques. \u00abTandis que dans le groupe transcontinental, de nombreuses esp\u00e8ces ont tous les traits n\u00e9cessaires pour devenir des envahisseuses du groupe global et ont juste manqu\u00e9 d\u2019opportunit\u00e9s jusque-l\u00e0, d\u00e9clare la myrm\u00e9cologue. Et ce sont des esp\u00e8ces qui ont commenc\u00e9 \u00e0 voyager t\u00f4t dans la deuxi\u00e8me vague de mondialisation.\u00bb Donc des esp\u00e8ces \u00e0 suivre de tr\u00e8s pr\u00e8s&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des fourmis venues d\u2019ailleurs ont soudain envahi le village de Cully (VD). Puis Saint-Sulpice, Lausanne, Ecublens, Pully. Si cet \u00e9v\u00e9nement a surpris, il n\u2019est pourtant pas isol\u00e9. Certaines esp\u00e8ces de &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":9319,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[718,42177],"tags":[39529],"class_list":{"0":"post-9260","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-nature","8":"category-no-70","9":"tag-virginie-jobe"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9260","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9260"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9260\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9319"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9260"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9260"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9260"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}