{"id":919,"date":"2008-05-10T13:57:21","date_gmt":"2008-05-10T11:57:21","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=919"},"modified":"2010-10-26T16:59:37","modified_gmt":"2010-10-26T14:59:37","slug":"quelques-tableaux-de-balthus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/quelques-tableaux-de-balthus\/","title":{"rendered":"Quelques tableaux de Balthus\u2026"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2008\/05\/balthus1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-922\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2008\/05\/balthus1.jpg\" alt=\"Quelques tableaux de Balthus...\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2008\/05\/balthus1.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2008\/05\/balthus1-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>Quelques \u00e9clairages par Philippe Kaenel, professeur de l&rsquo;histoire de l&rsquo;art \u00e0 l&rsquo;UNIL.<\/em><\/p>\n<h2>Le passage du commerce Saint-Andr\u00e9, 1952-1954<\/h2>\n<p>C\u2019est un tableau remarquable et singulier, ne serait-ce que par ses dimensions monumentales (294 \/ 330 cm). Il demande \u00e0 \u00eatre vu de loin et sa construction g\u00e9om\u00e9trique implique un spectateur assez \u00e9loign\u00e9 de la repr\u00e9sentation, observe Philippe Kaenel, qui enseigne l\u2019histoire de l\u2019art \u00e0 l\u2019UNIL. Il renvoie \u00e0 une des premi\u00e8res oeuvres de Balthus expos\u00e9es \u00e0 la galerie Pierre Loeb, \u00abLa Rue\u00bb (1933).<\/p>\n<p>\u00abExtr\u00eamement construit, son arri\u00e8replan fait penser \u00e0 une toile peinte. Dans cette sorte de d\u00e9cor de th\u00e9\u00e2tre clos, d\u00e9cor urbain, se d\u00e9placent des acteurs qu\u2019aucun v\u00e9ritable contact ne rapproche. Que font ces figures dans cet espace? Qui est le personnage assis, recroquevill\u00e9 et quasiment sans bras? Quant au chien, seul au centre de la repr\u00e9sentation, c\u2019est un sujet classique indiquant les sentiments de d\u00e9r\u00e9liction, d\u2019abandon et de solitude.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abLa figure masculine portant une baguette, qui s\u2019\u00e9loigne, de dos, pourrait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un autoportrait de l\u2019artiste. On trouve en effet dans le catalogue de l\u2019exposition de Venise (2002) une photographie de Balthus dans cette m\u00eame position qui a \u00e9t\u00e9 mise en parall\u00e8le avec cette toile.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abDispos\u00e9s dans l\u2019espace ind\u00e9pendamment les uns des autres, les personnages t\u00e9moignent d\u2019une sorte d\u2019incommunicabilit\u00e9 humaine, et l\u2019on peut \u00e9voquer \u00e0 son sujet l\u2019expression freudienne \u00abd\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9\u00bb. L\u2019inqui\u00e9tude en question est aussi provoqu\u00e9e par la perspective elle-m\u00eame, qui est un peu manipul\u00e9e, de m\u00eame que par certains \u00e9l\u00e9ments renvoyant \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9nigme comme la cl\u00e9, sur la fa\u00e7ade en arri\u00e8re-plan, et la fl\u00e8che semblant indiquer que le sens est ailleurs. Le tableau \u00e9voque \u00e9galement les sources italiennes, la peinture m\u00e9taphysique de Giorgio De Chirico ainsi que le mouvement allemand de la Nouvelle objectivit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<h2>Le Roi des chats, 1935<\/h2>\n<p>Ce tableau important date de 1935, \u00e9poque inaugurale o\u00f9 Balthus se pr\u00e9sente au public. Il le fait, et c\u2019est le meilleur moyen, \u00e0 travers un autoportrait dans lequel il figure en dandy, note Philippe Kaenel, qui enseigne l\u2019histoire de l\u2019art \u00e0 l\u2019UNIL. Du point de vue des proportions humaines, le portrait est antinaturalist: cette figure allong\u00e9e est impossible, les jambes sont trop longues.<\/p>\n<p>\u00abCe qu\u2019il est important de remarquer, c\u2019est la mani\u00e8re dont il int\u00e8gre le chat, son animal f\u00e9tiche. Avec, en l\u2019occurrence, des d\u00e9tails int\u00e9ressants, comme le fouet pos\u00e9 sur le tabouret, qui peut pr\u00eater \u00e0 de multiples interpr\u00e9tations, celle du dompteur d\u2019un animal indomptable, par exemple. Beaucoup d\u2019autres artistes se sont passionn\u00e9s pour cette figure du chat qui, chez Balthus, prend une place presque embl\u00e9matique. Avec Manet et son Olympia \u2013 dans lequel figure \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite un chat, la queue dress\u00e9e, qui a attir\u00e9 tous les quolibets &#8211; il est associ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9rotisme. Mais dans l\u2019histoire de l\u2019art, il a des significations multiples.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abLe chat est aussi associ\u00e9, sous la R\u00e9volution, \u00e0 la personnification all\u00e9gorique de la libert\u00e9. Et tout au long du XIXe et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, il repr\u00e9sente une figure libertaire un peu anarchisante, par exemple avec Steinlen et le Cabaret du chat noir de Rodolphe Salis.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abDans le cas de Balthus, sa premi\u00e8re oeuvre, alors qu\u2019il avait une dizaine d\u2019ann\u00e9es, racontait dans un album illustr\u00e9 l\u2019histoire de Mitsou, un chat abandonn\u00e9. C\u2019est un r\u00e9cit autobiographique, qui se d\u00e9roule sur les bords du L\u00e9man \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la m\u00e8re de Balthus et le po\u00e8te Rainer Maria Rilke \u00e9taient amants. Le plus int\u00e9ressant, dans cette histoire, c\u2019est que le fr\u00e8re, Pierre, est compl\u00e8tement \u00e9vacu\u00e9 de la relation familiale. Balthus et sa m\u00e8re ont toujours eu des rapports tr\u00e8s particuliers. Dans ses lettres, elle parle de son petit amoureux et son vocabulaire affectif \u00e9tait tr\u00e8s proche de celui qu\u2019on a entre amants. On peut imaginer que cette relation \u00e0 la m\u00e8re a d\u00fb marquer Balthus.\u00bb<\/p>\n<h2>Th\u00e9r\u00e8se r\u00eavant, 1938<\/h2>\n<p>Les figures de r\u00eaveuses, de joueuses et de lectrices abondent dans l\u2019oeuvre de Balthus, explique Philippe Kaenel, qui enseigne l\u2019histoire de l\u2019art \u00e0 l\u2019UNIL. Il leur arrive fr\u00e9quemment de se regarder dans un miroir. Elles sont saisies, absorb\u00e9es par une activit\u00e9 qui les rend apparemment inconscientes du regard port\u00e9 sur elles par l\u2019artiste et le spectateur de la toile.<\/p>\n<p>\u00abTh\u00e9r\u00e8se Blanchard est une des Lolita pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es de Balthus. Elle pose avec ses petits souliers rouges, sa jupe assortie, relev\u00e9e, qui d\u00e9voile sa culotte blanche entre les cuisses \u00e9cart\u00e9es. Une lumi\u00e8re assez forte l\u2019\u00e9claire de la gauche. Le peintre profite du sujet pour glisser une nature morte et un chat embl\u00e9matique, qui lape avec plaisir du lait moins blanc que le slip de Th\u00e9r\u00e8se, car plac\u00e9 dans l\u2019ombre.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abLe titre est de pure convention. On voit mal comment la jeune fille pourrait dormir ou r\u00eaver dans une pareille posture, le pied en \u00e9quilibre, les mains crois\u00e9es sur la t\u00eate, sans donner le sentiment d\u2019un rel\u00e2chement qu\u2019un coussin bleu adoss\u00e9 ne saurait garantir.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abBalthus a l\u2019art de placer ses figures f\u00e9minines dans des postures compliqu\u00e9es, presque tortur\u00e9es: \u00e0 quatre pattes, tordues de c\u00f4t\u00e9, tendant les bras, s\u2019avan\u00e7ant de mani\u00e8re d\u00e9sarticul\u00e9e. De toute \u00e9vidence, il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la g\u00e9om\u00e9trie des anatomies (les bras en losange). Il s\u2019agit donc de mod\u00e8les model\u00e9 : le peintre fa\u00e7onne leurs corps par la pose avant de les brosser au pinceau et de les offrir \u00e0 la caresse du regard.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Propos recueillis par Elisabeth Gordon<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelques \u00e9clairages par Philippe Kaenel, professeur de l&rsquo;histoire de l&rsquo;art \u00e0 l&rsquo;UNIL. 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