{"id":9017,"date":"2018-05-24T08:12:51","date_gmt":"2018-05-24T06:12:51","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=9017"},"modified":"2020-07-23T09:01:47","modified_gmt":"2020-07-23T07:01:47","slug":"hodler-versant-intime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/hodler-versant-intime\/","title":{"rendered":"Hodler, versant intime"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_8887\" aria-describedby=\"caption-attachment-8887\" style=\"width: 427px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-8887\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/05\/hodler_69_1.jpg\" alt=\"\" width=\"427\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/05\/hodler_69_1.jpg 427w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/05\/hodler_69_1-188x260.jpg 188w\" sizes=\"auto, (max-width: 427px) 100vw, 427px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8887\" class=\"wp-caption-text\">\u00abDer Zornige\u00bb, 1881. Autoportrait de Hodler \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il est critiqu\u00e9 par la presse. Huile sur toile. Legs Ch. Edm. von Steiger-Pinson.<br \/>\u00a9Kunstmuseum Bern<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Ce printemps 2018 est marqu\u00e9 par de nombreuses expositions et manifestations c\u00e9l\u00e9brant le centenaire de la mort du c\u00e9l\u00e8bre peintre suisse Ferdinand Hodler. Mais que sait-on de l\u2019homme? Retour sur une vie intense, avec le professeur et historien d\u2019art Philippe Kaenel.<\/em><\/p>\n<p>Le 19 mai 1918, le c\u00e9l\u00e8bre peintre Ferdinand Hodler s\u2019\u00e9teint dans son appartement du quai du Mont-Blanc, \u00e0 Gen\u00e8ve, face au L\u00e9man et \u00e0 la cha\u00eene des montagnes qu\u2019il aimait tant repr\u00e9senter dans ses derni\u00e8res toiles \u2013 certaines laiss\u00e9es inachev\u00e9es sur leur chevalet. A l\u2019\u00e2ge de 65 ans, l\u2019artiste bernois quitte cette terre au sommet de sa gloire, salu\u00e9 comme l\u2019un des plus grands peintres de l\u2019histoire de notre pays. Ce chef de file de la modernit\u00e9 laisse d\u2019ailleurs une \u0153uvre consid\u00e9rable derri\u00e8re lui, soit quelque sept cents paysages, plus de neuf mille dessins et pr\u00e8s de douze mille croquis dans ses carnets, entre symbolisme, r\u00e9alisme soutenu et quelques scandales aussi.<\/p>\n<p>A l\u2019heure o\u00f9 s\u2019ouvrent de nombreuses manifestations et expositions autour du centenaire de sa mort, le professeur Philippe Kaenel, associ\u00e9 \u00e0 la <a href=\"https:\/\/unil.ch\/hart\">Section d\u2019histoire de l\u2019art<\/a>, a accept\u00e9 d\u2019\u00e9voquer pour nous le trajet de vie de cet artiste r\u00e9solument hors norme. L\u2019universitaire est d\u2019ailleurs en pleine pr\u00e9paration d\u2019un livre sur Hodler, \u00e0 para\u00eetre prochainement dans la collection \u00abLe Savoir suisse\u00bb (PPUR): pour cela, il attend encore la parution du dernier volume du catalogue raisonn\u00e9 (SIK\/ISEA), qui sortira cette ann\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Une enfance \u00e0 la Zola<\/strong><br \/>\n\u00abOn ne peut pas comprendre Hodler sans la question de ses origines sociales\u00bb, affirme tout de go le sp\u00e9cialiste. \u00abIl vient vraiment du prol\u00e9tariat bernois: son p\u00e8re \u00e9tait menuisier, sa m\u00e8re sage-femme.\u00bb A\u00een\u00e9 d\u2019une famille de six enfants, Ferdinand Hodler se retrouve en outre orphelin \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 14 ans. \u00abIl voit tr\u00e8s jeune les membres de sa famille mourir, tous de maladies de pauvres\u00bb, rench\u00e9rit le professeur. D\u2019abord son p\u00e8re \u00e0 7 ans, sa m\u00e8re \u00e0 14 ans et tous ses fr\u00e8res et s\u0153urs, atteints de tuberculose, les ann\u00e9es suivantes. C\u2019est donc dans ce contexte extr\u00eamement difficile que se forge alors, chez le jeune homme, plus qu\u2019un d\u00e9sir: une v\u00e9ritable d\u00e9termination \u00e0 r\u00e9ussir dans la vie.<\/p>\n<p>Ferdinand Hodler a d\u00e9couvert la peinture dans l\u2019atelier de son beau-p\u00e8re, peintre d\u00e9corateur, cr\u00e9ateur d\u2019enseignes. L\u2019enfant le seconde, m\u00e9lange des couleurs, nettoie des pinceaux. A 12 ans, il en reprend m\u00eame les r\u00eanes pour faire vivre sa famille \u2013 le nouveau mari de sa m\u00e8re n\u2019en est plus capable, son alcoolisme a pris le dessus.<\/p>\n<p>A la mort de sa m\u00e8re, l\u2019adolescent part \u00e0 Thoune poursuivre son apprentissage. \u00abIl se forme chez Ferdinand Sommer, un peintre paysagiste\u00bb, compl\u00e8te Philippe Kaenel. Hodler s\u2019exerce alors \u00e0 la peinture de vues touristiques, soit des \u0153uvres de commandes pour son patron. \u00abC\u2019\u00e9tait une grande tradition dans la Suisse centrale de produire des gravures, des dessins mais aussi des peintures pour les touristes de passage\u00bb, indique l\u2019historien d\u2019art. Les cartes postales de l\u2019\u00e9poque, en somme.<\/p>\n<p><strong>Hodler est venu \u00e0 pied \u00e0 Gen\u00e8ve<\/strong><br \/>\n\u00abDurant cette p\u00e9riode, Ferdinand Hodler va \u00e9galement se mettre \u00e0 copier des \u0153uvres de deux grands paysagistes genevois, Fran\u00e7ois Diday et Alexandre Calame\u00bb, poursuit le professeur. C\u2019est alors que va germer, dans la t\u00eate du Bernois, un projet plus ambitieux: partir pour Gen\u00e8ve. Pourquoi la Cit\u00e9 de Calvin \u00abPour une raison bien simple, r\u00e9pond le sp\u00e9cialiste. C\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas de centre de formation artistique en Suisse \u00e0 l\u2019\u00e9poque, si ce n\u2019est Gen\u00e8ve qui a une \u00e9cole et le premier Mus\u00e9e des Beaux-Arts construit sur sol helv\u00e8te.\u00bb<\/p>\n<p>La l\u00e9gende veut d\u2019ailleurs que Ferdinand Hodler ait rejoint le bout du lac \u00e0 pied. Depuis Thoune, vraiment? \u00abOui, ce n\u2019est pas un mythe\u00bb, assure le professeur.<\/p>\n<p>\u00abHodler est alors extr\u00eamement pauvre. Dans les quelques t\u00e9moignages qu\u2019il donne sur cette \u00e9poque-l\u00e0, quand il faisait des campagnes de paysages, il partait avec un morceau de pain qu\u2019il trempait dans les fontaines; il n\u2019avait quasiment rien \u00e0 manger.\u00bb A ce titre encore, Gen\u00e8ve avait toutes ses raisons d\u2019\u00eatre pour l\u2019apprenti peintre: \u00abIl y d\u00e9couvre toute une vie artistique, qui offre notamment aux jeunes artistes des moyens de survivre\u00bb, rapporte Philippe Kaenel. \u00abTant Diday que Calame ont en effet instaur\u00e9 des Prix de peinture, qui sont donn\u00e9s r\u00e9guli\u00e8rement, et Hodler va d\u2019ailleurs \u00e0 de nombreuses reprises concourir \u00e0 ces prix pour s\u2019assurer des rentr\u00e9es d\u2019argent.\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_8886\" aria-describedby=\"caption-attachment-8886\" style=\"width: 278px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-8886\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/05\/PhilippeKaenel_69.jpg\" alt=\"\" width=\"278\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/05\/PhilippeKaenel_69.jpg 278w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/05\/PhilippeKaenel_69-184x260.jpg 184w\" sizes=\"auto, (max-width: 278px) 100vw, 278px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8886\" class=\"wp-caption-text\">Philippe Kaenel<br \/>Professeur associ\u00e9 \u00e0 la Section d\u2019histoire de l\u2019art (Facult\u00e9 des lettres).<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Il vit dans une pauvret\u00e9 extr\u00eame<\/strong><br \/>\nD\u00e9barqu\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve, Ferdinand Hodler se fait rapidement rep\u00e9rer par Barth\u00e9lemy Menn, professeur \u00e0 l\u2019\u00e9cole de dessin de Gen\u00e8ve, ami de Corot et ancien \u00e9l\u00e8ve d\u2019Ingres. \u00abHodler dira d\u2019ailleurs \u00e0 son propos: \u201cJe lui dois tout\u201d, commente l\u2019historien d\u2019art. En attendant, l\u2019\u00e9l\u00e8ve continue de vivre une existence des plus pr\u00e9caires: \u00abSa mansarde n\u2019a pas de lit, il d\u00e9croche la porte de son armoire pour dormir dessus\u00bb, raconte le professeur, qui encha\u00eene: \u00abC\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette indigence extr\u00eame dans ces ann\u00e9es-l\u00e0, qui va g\u00e9n\u00e9rer chez lui une volont\u00e9 farouche de s\u2019en sortir \u2013 qui sera d\u2019ailleurs qualifi\u00e9e d\u2019arrivisme par certains. Le fait m\u00eame de concourir aux Prix de peinture, et de les gagner, sera pris comme une strat\u00e9gie de conqu\u00eate des institutions.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Le peintre qui savait se vendre<\/strong><br \/>\nIl est vrai que le jeune Ferdinand s\u2019y est pris avec la mani\u00e8re: \u00abIl savait se vendre\u00bb, dirait-on aujourd\u2019hui. Philippe Kaenel ne le conteste pas: \u00abC\u2019est en effet impressionnant de voir comment c\u2019est un artiste qui a su gagner tr\u00e8s bien sa vie. Dans les ann\u00e9es 1910, il a des revenus astronomiques par rapport \u00e0 ses amis peintres!\u00bb Peut-on d\u00e8s lors effectivement parler de strat\u00e9gie, de man\u0153uvres r\u00e9fl\u00e9chies? Le professeur se refuse \u00e0 juger. \u00abC\u2019est l\u2019histoire de quelqu\u2019un qui, comme beaucoup d\u2019autres artistes, veut s\u2019imposer et a choisi une forme de provoc\u00bb, formule-t-il d\u00e9licatement.<\/p>\n<p><strong>Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que Ferdinand Hodler<\/strong><br \/>\nest un battant, qui croit en son destin singulier. \u00abLes critiques vont lui reprocher son originalit\u00e9. Mais de la part de Hodler, il y a v\u00e9ritablement cette id\u00e9e de se distinguer.\u00bb Le peintre est d\u2019ailleurs reconnu par ses pairs et la critique d\u00e8s les ann\u00e9es 1880. Si sa peinture au r\u00e9alisme \u00e2pre peut parfois d\u00e9contenancer le bourgeois et la critique, c\u2019est surtout sa personne qui d\u00e9cha\u00eene les animosit\u00e9s. \u00abIl faut imaginer ce Bernois qui arrive \u00e0 Gen\u00e8ve avec son accent suisse allemand, qui envoie promener tout le monde, qui les traite de tous les noms!\u00bb pointe l\u2019historien. Et d\u2019ajouter: \u00abIl faut lire sa correspondance qui est d\u2019une tr\u00e8s grande violence et qui t\u00e9moigne d\u2019une \u00e9nergie personnelle et de cette sourde volont\u00e9 de faire son chemin.\u00bb<\/p>\n<p>Pour preuve, cette anecdote. Quand, en 1891, son tableau <em>La Nuit<\/em>, propos\u00e9 pour l\u2019Exposition municipale des beaux-arts, est censur\u00e9 par les Autorit\u00e9s de la ville car jug\u00e9 obsc\u00e8ne, Hodler ne se d\u00e9monte pas. Le lendemain, il loue la salle de garde du B\u00e2timent \u00e9lectoral pour y accrocher le tableau r\u00e9pudi\u00e9 et exige un prix d\u2019entr\u00e9e, \u00e9lev\u00e9 pour l\u2019\u00e9poque, de 1 franc. La foule affluera n\u00e9anmoins. \u00abCette exposition personnelle n\u2019a fait qu\u2019amplifier le scandale et le battage m\u00e9diatique\u00bb autour de cette \u0153uvre, pointe encore Philippe Kaenel.<\/p>\n<p>La recette de ce stratag\u00e8me permettra \u00e0 Ferdinand Hodler de monter \u00e0 Paris pr\u00e9senter sa Nuit. C\u2019est un franc succ\u00e8s. Le peintre est encens\u00e9 par ses pairs, Gustave Moreau, Puvis de Chavanne, Monet, Degas en t\u00eate, ainsi que par les critiques qui le soutiennent, comme Mathias Morhardt, r\u00e9dacteur au Temps. Commence alors sa carri\u00e8re internationale.<\/p>\n<p>A Gen\u00e8ve, pourtant, Ferdinand Hodler continue de d\u00e9ranger. Lorsque la Cit\u00e9 de Calvin accueille l\u2019exposition nationale suisse en 1896, ses peintures ne manquent pas de susciter une nouvelle fois la pol\u00e9mique. \u00abIl obtient une commande officielle, ce qui est d\u00e9j\u00e0 une vraie reconnaissance, et en m\u00eame temps, ses \u0153uvres sont nuitamment enlev\u00e9es\u00bb, commente Philippe Kaenel. La raison de tant d\u2019animosit\u00e9? \u00abLe personnage. Au sein des institutions, Hodler et ses \u00e9l\u00e8ves occuperont une place dominante qui va provoquer un rejet extr\u00eamement violent.\u00bb Dans la trajectoire du peintre, tout semble d\u2019ailleurs r\u00e9v\u00e9ler un artiste s\u00fbr de lui, qui savait pr\u00e9cis\u00e9ment o\u00f9 il allait. \u00c0 18 ans, il aurait m\u00eame lanc\u00e9 \u00e0 son professeur \u00e0 Langenthal: \u00abVous serez encore un stupide ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole quand je serai depuis longtemps un peintre c\u00e9l\u00e8bre.\u00bb Y croyait-il vraiment? \u00abIl y a, dans cette volont\u00e9 de r\u00e9ussir, une part d\u2019arrogance\u00bb, note, \u00absans jugement moral\u00bb, l\u2019historien.<\/p>\n<p><strong>Un champion de l\u2019autoportrait<\/strong><br \/>\nLe peintre savait tr\u00e8s bien jouer de sa personne. \u00abCe n\u2019est pas vraiment un personnage mondain, souligne le professeur, mais il aimait \u00e0 se mettre en sc\u00e8ne dans sa peinture. C\u2019est le peintre avec Rembrandt qui a r\u00e9alis\u00e9 le plus d\u2019autoportraits.\u00bb Comment se l\u2019explique-t-il? \u00abJe pense que l\u2019autoportrait peut \u00eatre vu comme une forme de constat en miroir de ce qu\u2019il est et ce qu\u2019il veut montrer aux autres. A ses d\u00e9buts, il se repr\u00e9sente furieux, se tournant vers le spectateur car c\u2019est un moment o\u00f9 il est critiqu\u00e9 par la presse, il tient d\u2019ailleurs dans la main un journal. Et on le voit ensuite dans des portraits frontaux en train d\u2019essayer de se scruter lui-m\u00eame, avec parfois des expressions ahuries d\u2019\u00e9tonnement ou de stup\u00e9faction face \u00e0 ce qu\u2019il est devenu.\u00bb<\/p>\n<p>Et qu\u2019en est-il des nombreuses liaisons qu\u2019on lui pr\u00eate? \u00abC\u2019est vrai, il avait beaucoup de ma\u00eetresses. C\u2019\u00e9tait un hyper\u00adactif, sur tous les plans\u00bb, l\u00e2che, \u00e9vasif, Philippe Kaenel. Ferdinand Hodler n\u2019en \u00e9tait pas moins \u00abun angoiss\u00e9\u00bb, formule l\u2019historien. \u00abC\u2019est quelqu\u2019un qui est absolument obs\u00e9d\u00e9 par la mort, de par son histoire familiale.\u00bb<\/p>\n<p>Dans sa premi\u00e8re \u00e9poque genevoise, il va d\u2019ailleurs repr\u00e9senter des cadavres d\u2019ouvriers. \u00abLes derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie seront en outre marqu\u00e9es par le cancer puis le d\u00e9c\u00e8s de son amante Valentine God\u00e9-Darel\u00bb, relate le professeur. \u00abIl va suivre picturalement cette agonie, la cadav\u00e9risation de ce corps de la femme aim\u00e9e, qui devient squelettique, verd\u00e2tre, la bouche de plus en plus ouverte comme pour aspirer son dernier souffle&#8230; Ce t\u00e9moignage graphique et pictural est absolument unique dans l\u2019histoire de la peinture. Cela vient comme point d\u2019orgue de cette fascination pour la vie et la mort.\u00bb Voil\u00e0 un si\u00e8cle que Hodler a quitt\u00e9 ce monde. Sa fureur de vivre est toujours palpable au c\u0153ur de ses toiles.<\/p>\n<h3>Hodler, peintre national<\/h3>\n<p><strong>1) Scandale au mus\u00e9e<\/strong><br \/>\n\u00abC\u2019est la plus grande pol\u00e9mique d\u2019art que la Suisse ait jamais connue!\u00bb rappelle Philippe Kaenel. Et le professeur de revenir sur l\u2019\u00e9pisode chahut\u00e9 du d\u00e9cor du Mus\u00e9e national suisse. \u00abA la fin du XIXe si\u00e8cle, la Conf\u00e9d\u00e9ration se dote d\u2019une politique culturelle et d\u2019un cr\u00e9dit de 100000 francs, qui est accord\u00e9 \u00e0 l\u2019acquisition d\u2019\u0153uvres d\u2019art, mais aussi au d\u00e9cor public. L\u2019un de ces projets \u00e9tait d\u2019orner le Mus\u00e9e national suisse de Zurich, r\u00e9cemment construit\u00bb, explique-t-il.<\/p>\n<p>\u00abEn 1896, Hodler gagne le concours. Mais il se heurte \u00e0 l\u2019opposition farouche du directeur du mus\u00e9e, qui juge inconcevable que ses peintures d\u00e9corent son mus\u00e9e. Le sujet donn\u00e9 est la bataille de Marignan. Certaines sc\u00e8nes sont sanguinolentes, fragmentaires. A la place d\u2019une sc\u00e8ne de bataille avec des mercenaires suisses, ce sont des morceaux de corps, parfois sectionn\u00e9s, que l\u2019artiste choisit de repr\u00e9senter de mani\u00e8re d\u00e9corative et expressive.<\/p>\n<p>La pol\u00e9mique va prendre une telle ampleur que le Conseil f\u00e9d\u00e9ral in corpore devra se d\u00e9placer au Mus\u00e9e, en pr\u00e9sence de Hodler et des cartons, pour donner son feu vert \u00e0 la r\u00e9alisation finale de ces \u0153uvres.\u00bb<\/p>\n<p><strong>2) Billets de banque<\/strong><br \/>\nPeu apr\u00e8s 1900, la Banque nationale suisse d\u00e9cide de lancer de nouvelles coupures avec la volont\u00e9 que celles-ci soient belles artistiquement. Le comit\u00e9 se tourne alors vers les artistes les plus connus de l\u2019\u00e9poque: Hodler, L\u00e9o-Paul Robert, Albert Welti, puis enfin Eug\u00e8ne Burnand, \u00abune figure ennemie, pr\u00e9cise Philippe Kaenel. Or, Burnand pratique l\u2019illustration, le dessin et la gravure; il conna\u00eet les exigences des arts appliqu\u00e9s, contrairement \u00e0 Hodler\u00bb, explique le sp\u00e9cialiste. \u00abHodler va repr\u00e9senter un b\u00fbcheron, un faucheur, qui, graphiquement et esth\u00e9tiquement, ne sont pas en ad\u00e9quation avec le m\u00e9dium.\u00bb Pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9, le motif d\u2019un billet de banque doit en effet \u00eatre hautement complexe pour ne pas \u00eatre falsifiable.<\/p>\n<p>Les dessins originaux de Hodler seront donc largement transform\u00e9s par les graveurs, provoquant ainsi leur rejet par le peintre, \u00abqui a d\u00e9daign\u00e9 de consid\u00e9rer que cela faisait partie de son \u0153uvre.\u00bb Il faut dire que d\u00e9j\u00e0, \u00abHodler avait trait\u00e9 avec une certaine distance ces menus travaux, cette \u00e9poque co\u00efncidant avec sa reconnaissance internationale et notamment germanique\u00bb. Un de ses mod\u00e8les aurait d\u2019ailleurs rapport\u00e9 que Hodler lui aurait donn\u00e9 ses esquisses \u00e0 br\u00fbler pour se r\u00e9chauffer. Le professeur reste sceptique. \u00abIl faut \u00eatre prudent avec de telles anecdotes&#8230;\u00bb<\/p>\n<p><strong>3) R\u00e9cup\u00e9ration patriotique<\/strong><br \/>\nPour Philippe Kaenel, il ne fait aucun doute que Ferdinand Hodler \u00abreste la r\u00e9f\u00e9rence du peintre suisse\u00bb. Ce qui explique d\u2019ailleurs une partie de son succ\u00e8s: \u00abCe caract\u00e8re \u00e9minemment national mais aussi tr\u00e8s international de l\u2019artiste lui a rendu service\u00bb, selon lui. \u00abD\u2019ailleurs, c\u2019est sans doute ce qui a incit\u00e9 Christoph Blocher \u00e0 acqu\u00e9rir une collection, qui est certainement la collection priv\u00e9e la plus importante de l\u2019\u0153uvre de Hodler. On peut ainsi dire que l\u2019appropriation nationale puis nationaliste du peintre perdure \u00e0 travers la collection du patron de l\u2019UDC&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Notons encore le regain d\u2019int\u00e9r\u00eat actuel pour les \u0153uvres du peintre. \u00abAujourd\u2019hui, les prix ont flamb\u00e9\u00bb, confirme le sp\u00e9cialiste. La raison? \u00abLa multiplication des expositions ces quinze derni\u00e8res ann\u00e9es, combin\u00e9e avec la raret\u00e9 des \u0153uvres majeures de Hodler mises en vente publique. L\u2019essentiel des toiles est conserv\u00e9 en Suisse, en mains publique et priv\u00e9e.\u00bb En 1914, Hodler est en effet subitement exclu du march\u00e9 allemand: \u00abAu lendemain du bombardement de la cath\u00e9drale de Reims par les Allemands, il a sign\u00e9 une p\u00e9tition condamnant cet acte. D\u00e8s lors, ses toiles sont jug\u00e9es non grata et vont venir enrichir les collections suisses.\u00bb Ce qui explique que les mus\u00e9es fran\u00e7ais, allemands et autrichiens en aient peu. \u00abEt comme c\u2019est une figure montante, \u00e7a cr\u00e9e une demande de la part de grandes institutions pour des pi\u00e8ces de mus\u00e9e&#8230;\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce printemps 2018 est marqu\u00e9 par de nombreuses expositions et manifestations c\u00e9l\u00e9brant le centenaire de la mort du c\u00e9l\u00e8bre peintre suisse Ferdinand Hodler. Mais que sait-on de l\u2019homme? 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