{"id":9014,"date":"2018-05-24T08:15:05","date_gmt":"2018-05-24T06:15:05","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=9014"},"modified":"2020-07-22T16:09:37","modified_gmt":"2020-07-22T14:09:37","slug":"lincroyable-affaire-du-sadique-des-champs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/lincroyable-affaire-du-sadique-des-champs\/","title":{"rendered":"L&rsquo;incroyable affaire du sadique des champs"},"content":{"rendered":"<p><em>Des dizaines d\u2019animaux mutil\u00e9s et tu\u00e9s, un sadique \u00e0 l\u2019\u0153uvre durant tout un \u00e9t\u00e9, des patrouilles de police surveillant les champs 24 heures sur 24 et une presse d\u00e9cha\u00een\u00e9e. Retour sur un fait divers qui s\u2019est transform\u00e9 en une \u00e9difiante \u00e9tude de cas.<\/em><\/p>\n<p>Il s\u2019appelait <em>Coca<\/em> et chaque ann\u00e9e, aux c\u00f4t\u00e9s du P\u00e8re No\u00ebl, cet \u00e2ne faisait la joie de dizaines d\u2019enfants \u00e0 Couvet, dans le canton de Neuch\u00e2tel. Impassible, il laissait d\u2019innombrables petites mains, souvent maladroites, caresser sa crini\u00e8re et son museau. Coca vivait paisiblement avec deux autres chevaux. Les trois \u00e9quid\u00e9s formaient un trio tr\u00e8s uni jusqu\u2019\u00e0 ce funeste mardi du 23 ao\u00fbt 2005. Ce jour-l\u00e0, en fin d\u2019apr\u00e8s-midi, le propri\u00e9taire de Coca, un solide agriculteur, retrouve l\u2019innocente b\u00eate couch\u00e9e sur le flanc, \u00e9mascul\u00e9e et les oreilles coup\u00e9es. Intrigu\u00e9, il avertit la gendarmerie de M\u00f4tiers.<\/p>\n<p><strong>Une s\u00e9rie d\u2019animaux mutil\u00e9s<\/strong><br \/>\nUn officier se rend sur les lieux. Peu apr\u00e8s, ce dernier \u00e9crit un communiqu\u00e9 interne qui sera envoy\u00e9 aux autres polices romandes. \u00abA l\u2019aide d\u2019un couteau, l\u2019auteur a fait des s\u00e9vices abominables sur un pauvre \u00e2ne \u00e2g\u00e9 de 30 ans (&#8230;). Cette b\u00eate a crev\u00e9 sur place et l\u2019auteur a quitt\u00e9 les lieux en emportant les oreilles et le sexe de cette b\u00eate (&#8230;). Ce cas est tr\u00e8s certainement li\u00e9 avec la s\u00e9rie d\u2019animaux mutil\u00e9s dans la r\u00e9gion.\u00bb<\/p>\n<p>Que d\u2019\u00e9motion dans un communiqu\u00e9 cens\u00e9 retranscrire les faits. Quelle mouche a donc piqu\u00e9 ce fonctionnaire pour s\u2019apitoyer sur un vieux bourriquet? Pour comprendre cet \u00e9moi, rembobinons les \u00e9v\u00e9nements de cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0. Professeur et directeur de l\u2019Ecole des sciences criminelles de l\u2019UNIL, Olivier Ribaux a racont\u00e9 l\u2019affaire du tueur d\u2019animaux \u00e0 maintes reprises, lors de colloques ou de conf\u00e9rences. Elle repr\u00e9sente une \u00e9tude de cas exemplaire. \u00abCette affaire est d\u00e9finitivement r\u00e9v\u00e9latrice du genre d\u2019emballement incroyable que peut susciter une parfaite alliance entre la police, le public et les m\u00e9dias pour partager une conception commune de ce qu\u2019on veut croire \u00e0 un moment donn\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p><strong>La presse s\u2019emballe<\/strong><br \/>\nTout commence par trois cas de chevaux mutil\u00e9s report\u00e9s sur les sites Internet de la police des cantons de B\u00e2le-Campagne et de Soleure, le 30 mai et le 3 juin 2005. Les m\u00e9dias font vite le lien entre ces trois faits divers et le 4 juin, le quotidien <em>Blick<\/em> publie un bref article. Son titre est \u00e0 l\u2019aune de son ADN sensationnaliste: \u00abInimaginable! Des animaux tortur\u00e9s brutalement\u00bb. Le journaliste se demande si c\u2019est le m\u00eame individu qui agit de la sorte. Si, d\u00e9but juin, l\u2019int\u00e9r\u00eat m\u00e9diatique est d\u2019abord r\u00e9gional, \u00e0 la fin du mois, les m\u00e9dias al\u00e9maniques du pays se sont empar\u00e9s de l\u2019affaire. Il faut dire que cinq communiqu\u00e9s de presse suppl\u00e9mentaires mentionnant des vaches et un chat maltrait\u00e9s sont venus s\u2019ajouter aux autres. Et un troisi\u00e8me canton est sur le qui-vive: celui d\u2019Argovie.<\/p>\n<p>La presse s\u2019emballe et chaque communiqu\u00e9 de presse de la police est suivi par un pic de publications. C\u00f4t\u00e9 al\u00e9manique, les polices cantonales concern\u00e9es ont mis sur pied une cellule d\u2019enqu\u00eate d\u2019une vingtaine d\u2019hommes, une v\u00e9ritable <em>task force<\/em> pour d\u00e9masquer l\u2019affreux individu. Pour mettre toutes les chances de leur c\u00f4t\u00e9, les polices ont m\u00eame engag\u00e9 un <em>profileur<\/em>, Marc Graf, psychiatre et professeur d\u2019universit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Dans les champs, la d\u00e9fense s\u2019organise<\/strong><br \/>\nLes jours passent, mais les enqu\u00eateurs font chou blanc et des victimes broutantes continuent de tomber. Nous sommes en juillet et c\u2019est la consternation. Mais qui est ce d\u00e9traqu\u00e9 qui s\u2019en prend aux animaux domestiques? Il faut l\u2019arr\u00eater! Tout le monde s\u2019agite: la police patrouille 24 heures sur 24 dans les champs. Fourche ou fusil \u00e0 la main, les agriculteurs, eux, s\u2019organisent pour d\u00e9fendre leurs b\u00eates.<\/p>\n<p>Quelques promeneurs imprudents passent un sale quart d\u2019heure; ils ont eu le malheur d\u2019observer, avec un peu trop d\u2019insistance, les vaches dans les champs. Fin juillet, l\u2019emballement m\u00e9diatique est tel que la police de B\u00e2le-Campagne d\u00e9cide de ne plus donner d\u2019informations. Ce black-out ne persistera pas longtemps, car la pression ambiante est trop forte.<\/p>\n<p><strong>Premi\u00e8re b\u00eate touch\u00e9e en Suisse romande<\/strong><br \/>\nD\u00e9but ao\u00fbt, le sadique, qui n\u2019a vraiment peur de rien, traverse la barri\u00e8re de r\u00f6sti. Un premier cas est recens\u00e9 en Suisse romande. La police jurassienne communique qu\u2019\u00e0 Movelier, une ch\u00e8vre a \u00e9t\u00e9 mutil\u00e9e et a subi l\u2019ablation de la mamelle. Une vache meurt dans les champs et ce sont des dizaines de journalistes qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 elle.<\/p>\n<p>Les journaux tiennent leur feuilleton de l\u2019\u00e9t\u00e9 et les titres claquent: \u00abLe zoophile assoiff\u00e9 de sang\u00bb, \u00abtraque au sadique des animaux\u00bb, \u00able sadique ferait mieux de se rendre\u00bb. Il faut dire que son tableau de chasse donne les frissons: chevaux bless\u00e9s aux parties g\u00e9nitales, vaches maltrait\u00e9es et mutil\u00e9es, chat tondu et meurtri, mouton retrouv\u00e9 avec des perforations, agneau de deux semaines d\u00e9capit\u00e9 et mutil\u00e9 ou encore veau retrouv\u00e9 mort avec la queue coup\u00e9e. Une r\u00e9compense de 26?000 francs est offerte \u00e0 qui attrapera le sinistre individu.<\/p>\n<p>A la Police cantonale vaudoise cependant, la cellule d\u2019analyse charg\u00e9e de synth\u00e9tiser et reporter les informations g\u00e9n\u00e9rales pour les polices romandes, ne c\u00e8de pas \u00e0 la fr\u00e9n\u00e9sie collective. Olivier Ribaux m\u00e8ne alors une double carri\u00e8re de chercheur et d\u2019analyste criminel au profit des polices de Suisse romande. Il se souvient bien de cet \u00e9t\u00e9 2005. Il a m\u00eame consacr\u00e9 un chapitre de son avant-dernier ouvrage \u00e0 l\u2019affaire des animaux mutil\u00e9s. \u00abA ma connaissance, nous n\u2019avons jamais diffus\u00e9 d\u2019informations sur cette affaire. Dans notre groupe d\u2019analyse, nous avions un enqu\u00eateur fantastique et extr\u00eamement intuitif. C\u2019est lui qui arrivait \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 la pression ambiante. Il se posait des tas de questions sur l\u2019affaire et ses incoh\u00e9rences.\u00bb La suite des \u00e9v\u00e9nements allait lui donner raison.<\/p>\n<p><strong>Un peu de calme dans l\u2019hyst\u00e9rie collective<\/strong><br \/>\nLes victimes de tout poil continuent de tomber en ce mois d\u2019ao\u00fbt 2005. Mais la mort de Coca, le \u00abpauvre\u00bb \u00e2ne de Couvet, va marquer un tournant dans cette affaire. Un homme va jouer un r\u00f4le d\u00e9terminant pour stopper l\u2019hyst\u00e9rie collective qui s\u2019est empar\u00e9e de la Suisse: Olivier Gu\u00e9niat, chef de la police judiciaire du canton de Neuch\u00e2tel, aujourd\u2019hui d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Nous sommes le 23 ao\u00fbt et le trentenaire rentre de ses vacances en France, \u00e0 bord d\u2019une p\u00e9niche. Olivier Ribaux raconte: \u00abLorsqu\u2019il reprend le travail, il d\u00e9couvre que ses hommes sont submerg\u00e9s de demandes de tous les c\u00f4t\u00e9s.\u00bb De plus, des policiers neuch\u00e2telois ont int\u00e9gr\u00e9 la cellule d\u2019enqu\u00eate al\u00e9manique. L\u2019ordre est clair: mettez-vous en ligne et apportez vos \u00e9l\u00e9ments. Outre-Sarine, il y a un c\u00f4t\u00e9 p\u00e9remptoire dans la conduite de cette affaire, et il ne fait pas bon douter de l\u2019existence du sadique. D\u2019ailleurs, la police re\u00e7oit des centaines d\u2019indices de la part de la population r\u00e9volt\u00e9e par ce qui arrive.<\/p>\n<p>Dans ce brouhaha g\u00e9n\u00e9ral, Olivier Gu\u00e9niat, docteur en Sciences forensiques de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne, a le courage de tout remettre en cause. \u00abC\u2019est l\u00e0 que l\u2019on peut ressentir toute la force manag\u00e9riale qui \u00e9tait celle d\u2019Olivier, ainsi que son pouvoir de conviction pour faire changer le paradigme \u00e0 ce moment-l\u00e0, appr\u00e9cie Olivier Ribaux. Car personne ne voulait entendre une hypoth\u00e8se alternative.\u00bb Le Neuch\u00e2telois remontait toujours aux donn\u00e9es de base pour reconstruire tous les raisonnements et d\u00e9cortiquer la logique. \u00abIl adoptait une approche critique pour voir o\u00f9 il y avait des risques de pollution et de contamination psychologique dans les raisonnements. C\u2019\u00e9tait sa marque de fabrique.\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_8889\" aria-describedby=\"caption-attachment-8889\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-8889\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/05\/OlivierRibaux_69.jpg\" alt=\"\" width=\"260\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/05\/OlivierRibaux_69.jpg 260w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/05\/OlivierRibaux_69-172x260.jpg 172w\" sizes=\"auto, (max-width: 260px) 100vw, 260px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8889\" class=\"wp-caption-text\">Olivier Ribaux<br \/>Professeur et directeur de l\u2019Ecole des sciences criminelles (Facult\u00e9 de droit, des sciences criminelles et d\u2019administration publique).<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Aux abattoirs pour tester les d\u00e9coupes au couteau<\/strong><br \/>\nLe chef de la police judiciaire neuch\u00e2teloise reprend donc tout \u00e0 z\u00e9ro pour le cas Coca. Et pose les bonnes questions. L\u2019officier de police qui a r\u00e9dig\u00e9 le fichet de communication affirme que l\u2019\u00e2ne a \u00e9t\u00e9 d\u00e9coup\u00e9 avec un couteau. Mais comment peut-on certifier une telle affirmation si l\u2019on n\u2019a pas retrouv\u00e9 le couteau? Et pourquoi la police a-t-elle li\u00e9 le cas \u00e0 la s\u00e9rie des animaux victimes du sadique? Sur quels \u00e9l\u00e9ments objectifs peut-on se baser pour affirmer que l\u2019\u00e2ne a \u00e9t\u00e9 mutil\u00e9? Olivier Gu\u00e9niat d\u00e9cide de rassembler un petit groupe d\u2019experts charg\u00e9s d\u2019\u00e9laborer des hypoth\u00e8ses alternatives et les tester. La liste? Intervention humaine \u2013 fraude \u00e0 l\u2019assurance ou tueur en s\u00e9rie \u2013, automutilation accidentelle ou intermutilation car les animaux se sont battus, ou encore mort naturelle suivie du passage de charognards.<\/p>\n<p>On le sait, les experts ne font pas les choses \u00e0 moiti\u00e9. Commencent alors les exp\u00e9rimentations. Une analyse r\u00e9trospective sur cinq ans est effectu\u00e9e sur les cas de cadavres d\u2019animaux retrouv\u00e9s en for\u00eat ou dans les champs. Des stigmates observ\u00e9s sur les six animaux d\u00e9c\u00e9d\u00e9s sont compar\u00e9s avec ceux d\u2019animaux d\u00e9vor\u00e9s par des carnivores. Des analyses toxicologiques sont effectu\u00e9es pour tester l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019empoisonnement ou de l\u2019anesth\u00e9sie, des autopsies sont pratiqu\u00e9es pour chercher la cause de la mort. Des poils sont pr\u00e9lev\u00e9s dans les l\u00e9sions et compar\u00e9s avec ceux provenant de carnivores. Des pr\u00e9l\u00e8vements sont effectu\u00e9s dans les l\u00e9sions en vue d\u2019une extraction de profil ADN pour savoir si un \u00eatre humain ou un animal est entr\u00e9 en contact avec le cadavre. Des carcasses d\u2019animaux sont abandonn\u00e9es et film\u00e9es de nuit pour observer si les charognards s\u2019occupent rapidement d\u2019un animal mort et, <em>last but not least<\/em>, des d\u00e9coupes sont effectu\u00e9es avec diff\u00e9rents couteaux aux abattoirs, sur des carcasses d\u2019animaux.<\/p>\n<p>Ces d\u00e9coupes sont ensuite compar\u00e9es \u00e0 celles sur les b\u00eates retrouv\u00e9es mortes, ceci pour tester l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019utilisation d\u2019un couteau ou d\u2019un autre ustensile. Il faut dire que, suite \u00e0 une sordide affaire dans laquelle un Syrien habitant Neuch\u00e2tel avait d\u00e9coup\u00e9 son \u00e9pouse en 69 morceaux, la police neuch\u00e2teloise a une certaine exp\u00e9rience dans l\u2019usage des couteaux. Une exp\u00e9rience qui a eu une influence pour mettre en place cette derni\u00e8re v\u00e9rification.<\/p>\n<p><strong>CNN, Paris Match, TF1 accourent<\/strong><br \/>\nAlors que les experts travaillent d\u2019arrache-pied, l\u2019affaire int\u00e9resse d\u00e9sormais les m\u00e9dias internationaux. De CNN \u00e0 TF1 en passant par Paris Match, c\u2019est la ru\u00e9e m\u00e9diatique dans ce petit coin de Suisse romande. En septembre, interview\u00e9 par un journaliste de TF1 pour un reportage diffus\u00e9 dans l\u2019\u00e9mission <em>Sept \u00e0 Huit<\/em>, le profileur de la cellule d\u2019enqu\u00eate, Marc Graf, explique que l\u2019auteur est \u00abun homme de 20 \u00e0 45 ans, peut-\u00eatre 60 ans, au bord de la soci\u00e9t\u00e9, qui est peut-\u00eatre lui-m\u00eame handicap\u00e9, mais ce n\u2019est pas obligatoire, et qu\u2019il peut avoir une profession tr\u00e8s exigeante, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une perversion tr\u00e8s, tr\u00e8s forte\u00bb. Mais surtout, le psychiatre al\u00e9manique pense que cet homme peut s\u2019en prendre \u00e0 des hommes ou \u00e0 des femmes. Et d\u2019ajouter: \u00abDes criminels comme \u00e7a, ils ne s\u2019arr\u00eatent pas. Il faut les arr\u00eater.\u00bb Egalement interview\u00e9 par TF1, le commandant de la Police cantonale jurassienne parle d\u2019une ou plusieurs personnes ou peut-\u00eatre un groupe qui sont actives et occupent un vaste territoire. Il avertit: \u00abJe n\u2019exclus pas quelques cas du c\u00f4t\u00e9 de la France\u00bb. Ambiance&#8230;<\/p>\n<p>Samedi matin 24 septembre, Olivier Ribaux re\u00e7oit un coup de fil de l\u2019animateur de l\u2019\u00e9mission Forum. Ce dernier cherche un expert qui a une vision d\u2019ensemble de l\u2019affaire des animaux mutil\u00e9s. \u00abJe savais des choses, mais tout \u00e9tait fuyant. De plus, je sais que souvent, les journalistes sont plus int\u00e9ress\u00e9s par ce qu\u2019on peut leur dire sur le profil psychologique d\u2019un auteur, car le c\u00f4t\u00e9 humain est plus fascinant. J\u2019ai donc refus\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Olivier Gu\u00e9niat d\u00e9masque le coupable<\/strong><br \/>\nDans la foul\u00e9e, il appelle Olivier Gu\u00e9niat pour lui signaler qu\u2019une \u00e9mission sera diffus\u00e9e le soir m\u00eame. Au bout du fil, le Neuch\u00e2telois lui annonce tr\u00e8s s\u00e9rieusement: \u00abTu ne sauras jamais&#8230; j\u2019ai trouv\u00e9 l\u2019auteur!\u00bb Olivier Ribaux se souvient de leur dialogue: \u00abJe suis tomb\u00e9 dans le panneau \u00e0 300 \u00e0 l\u2019heure! Je lui ai demand\u00e9: \u201cComment tu as fait? C\u2019est qui, c\u2019est quoi? L\u2019affaire existe alors?\u201d J\u2019\u00e9tais d\u00e9stabilis\u00e9. Et le Neuch\u00e2telois de lui r\u00e9pondre: \u201cOui, oui, j\u2019ai l\u2019auteur. C\u2019est un renard!\u201d\u00bb Le chef de la police judiciaire venait de recevoir les r\u00e9sultats de l\u2019analyse d\u2019un poil retrouv\u00e9 dans le cadavre d\u2019une vache. Et il s\u2019agissait d\u2019un canid\u00e9. \u00ab\u00c7a confirmait tous les sc\u00e9narios alternatifs sur lesquels il travaillait.\u00bb<\/p>\n<p>Trois jours plus tard, la police neuch\u00e2teloise expose donc ses conclusions dans un communiqu\u00e9 de presse. Ce m\u00eame mardi 27 septembre, l\u2019Institut v\u00e9t\u00e9rinaire de l\u2019Universit\u00e9 de Zurich organise une conf\u00e9rence de presse. Les journalistes apprennent que l\u2019intervention humaine a \u00e9t\u00e9 exclue dans une bonne dizaine de cas. Et en fin de compte, sur 63 cas attribu\u00e9s \u00e0 un ou des tueurs d\u2019animaux, l\u2019intervention humaine a pu \u00eatre exclue dans 45 affaires. Quant \u00e0 l\u2019\u00e2ne Coca, comme l\u2019a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019autopsie, il \u00e9tait mort d\u2019une crise cardiaque, sa verge \u00e9tait bel et bien dans son fourreau et il n\u2019avait plus de testicules, car on les lui avait coup\u00e9s lorsqu\u2019il \u00e9tait petit.<\/p>\n<p><strong>Les cinq derni\u00e8res minutes<\/strong><br \/>\nLors des nombreuses conf\u00e9rences qu\u2019Olivier Ribaux a donn\u00e9es sur ce cas d\u2019\u00e9cole, notamment en Australie et au Canada, il n\u2019a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019au cours des cinq derni\u00e8res minutes. \u00abEt \u00e7a a march\u00e9 \u00e0 chaque coup. A la fin, les scientifiques sortaient \u00e9branl\u00e9s de cette d\u00e9monstration. J\u2019ai eu mon petit succ\u00e8s.\u00bb Comme le rappelle le professeur de l\u2019UNIL, il y aura toujours des erreurs judiciaires. Le proc\u00e9d\u00e9 d\u2019enqu\u00eate est toujours un proc\u00e9d\u00e9 de reconstruction, et l\u2019incertitude en fera toujours partie. Le probl\u00e8me est de ma\u00eetriser ces incertitudes. Loin de se muer en donneur de le\u00e7ons, il insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9velopper la pens\u00e9e critique, d\u2019adopter une approche acad\u00e9mique et scientifique dans toute affaire, exactement ce que faisait Olivier Gu\u00e9niat.<\/p>\n<figure id=\"attachment_8888\" aria-describedby=\"caption-attachment-8888\" style=\"width: 100px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-8888\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/05\/livre_traces_69.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"145\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8888\" class=\"wp-caption-text\">Police scientifique. Le renseignement par la trace. Par Olivier Ribaux.<br \/>Presses polytechniques et universitaires romandes (2014), 479 p.<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des dizaines d\u2019animaux mutil\u00e9s et tu\u00e9s, un sadique \u00e0 l\u2019\u0153uvre durant tout un \u00e9t\u00e9, des patrouilles de police surveillant les champs 24 heures sur 24 et une presse d\u00e9cha\u00een\u00e9e. Retour &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":8891,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[42175,42172],"tags":[42166],"class_list":{"0":"post-9014","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-no-69","8":"category-sciences-criminelles","9":"tag-sabine-pirolt"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9014","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9014"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9014\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8891"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9014"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9014"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9014"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}