{"id":8571,"date":"2018-01-25T08:19:26","date_gmt":"2018-01-25T06:19:26","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=8571"},"modified":"2020-07-23T09:12:04","modified_gmt":"2020-07-23T07:12:04","slug":"la-preuve-parfaite-nexiste-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/la-preuve-parfaite-nexiste-pas\/","title":{"rendered":"La preuve parfaite n\u2019existe pas"},"content":{"rendered":"<p><em>A force de regarder les \u00abExperts\u00bb ou d\u2019autres s\u00e9ries polici\u00e8res, le commun des mortels pense que les traces digitales ou d\u2019ADN laiss\u00e9es par des criminels sont des preuves infaillibles. C\u2019est faux. Enqu\u00eate et interrogatoires.<\/em><\/p>\n<p>\u00abLes hommes se trompent, les preuves, elles, ne mentent jamais.\u00bb C\u2019est Gil Grissom qui l\u2019affirme, l\u2019expert en chef de la premi\u00e8re s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e \u00e9ponyme, l\u2019impassible chef de la brigade de nuit de la police scientifique de Las Vegas. Qui n\u2019a jamais vu un \u00e9pisode des <i>Experts<\/i> dans lequel une trace d\u2019ADN ou une vague \u00abempreinte\u00bb digitale retrouv\u00e9e sur les lieux du crime est entr\u00e9e dans une banque de donn\u00e9es? Et, \u00f4 miracle, en quelques secondes, l\u2019identit\u00e9 et la bobine de l\u2019individu \u00e0 l\u2019origine des traces apparaissent sur l\u2019\u00e9cran. Dans la r\u00e9alit\u00e9, cependant, on est loin des <i>Experts<\/i>. Vous aviez des soup\u00e7ons? Voici des preuves.<\/p>\n<p>Pour prendre le contre-pied de Gil Grissom, commen\u00e7ons par citer un v\u00e9ritable expert, Christophe Champod, professeur \u00e0 l\u2019<a href=\"https:\/\/www.unil.ch\/esc\/home.html\">Ecole des sciences criminelles (ESC)<\/a> de la Facult\u00e9 de droit, des sciences criminelles et d\u2019administration publique de l\u2019UNIL. \u00abIl n\u2019y a jamais de preuve absolue. M\u00eame l\u2019aveu doit \u00eatre corrobor\u00e9 par d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments.\u00bb Et le professeur de s\u2019\u00e9tonner que, m\u00eame pour certains magistrats, une correspondance entre deux profils ADN \u00e9gale identification absolue. \u00abCe n\u2019est pas le cas et \u00e7a ne devrait pas \u00eatre compris ainsi. Nous sommes conditionn\u00e9s et baign\u00e9s dans cette illusion de certitude. Il est na\u00eff de pr\u00e9tendre que l\u2019on ne fait jamais d\u2019erreurs, m\u00eame dans le domaine scientifique.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Les limites de la police scientifique<\/strong><\/p>\n<p>Fort de ce constat, le professeur et trois de ses coll\u00e8gues<sup>(1)<\/sup> sont en train de mettre sur pied un MOOC \u2013 un cours sur Internet ouvert \u00e0 tous qui d\u00e9butera au premier trimestre 2018 \u2013 consacr\u00e9 aux limites de la police scientifique. Quelques erreurs judiciaires y seront, notamment d\u00e9taill\u00e9es. Le but? Aider le public, mais \u00e9galement les avocats, les journalistes et les magistrats \u00e0 d\u00e9velopper leur sens critique. \u00abJe suis loin de dire qu\u2019il y a dix erreurs judiciaires commises par jour en raison d\u2019\u00e9l\u00e9ments techniques. Il ne s\u2019agit pas non plus d\u2019alarmer les gens, mais de leur faire comprendre que les choses ne se passent pas comme \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision.\u00bb<\/p>\n<p>Les raisons? Elles sont multiples. Avant toute chose, il s\u2019agit de pr\u00e9ciser la diff\u00e9rence entre les traces et les empreintes digitales. Les traces sont les marques visibles ou invisibles que laisse, par inadvertance, un malfaiteur sur le lieu d\u2019une effraction ou d\u2019un crime. Elles sont souvent imparfaites et fragmentaires. Les empreintes, elles, sont recueillies par la police lors d\u2019op\u00e9rations de signalisation, apr\u00e8s encrage ou captation num\u00e9rique des dix doigts. Si l\u2019adjectif exact est papillaire \u2013 il d\u00e9signe les doigts ainsi que les paumes des mains ou des pieds \u2013, dans le langage courant, on parle de trace digitale. On l\u2019aura compris, dans la r\u00e9alit\u00e9, la police scientifique d\u00e9couvre rarement des empreintes.<\/p>\n<figure id=\"attachment_8642\" aria-describedby=\"caption-attachment-8642\" style=\"width: 262px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-8642\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/01\/ChristopheChampod_68.jpg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/01\/ChristopheChampod_68.jpg 262w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/01\/ChristopheChampod_68-173x260.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 262px) 100vw, 262px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8642\" class=\"wp-caption-text\">Christophe Champod. Professeur \u00e0 l\u2019Ecole des sciences criminelles.<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Un avocat am\u00e9ricain est le suspect\u00a0d\u2019un attentat \u00e0 Madrid<\/strong><\/p>\n<p>Professeure associ\u00e9e \u00e0 l\u2019Ecole des sciences criminelles de l\u2019UNIL, C\u00e9line Weyermann constate: \u00abIl peut arriver que l\u2019on retrouve les traces laiss\u00e9es par cinq doigts de la main sur une sc\u00e8ne de crime ou de d\u00e9lit, mais on ne le sait jamais \u00e0 l\u2019avance. Plus on arrive tard, plus il sera difficile de trouver de belles traces.\u00bb Cela dit, le pouvoir discriminant des empreintes digitales est immense. Lorsque la trace est de bonne qualit\u00e9, la probabilit\u00e9 de co\u00efncidence fortuite \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire la probabilit\u00e9 d\u2019observer de nombreux points de concordance entre une trace et l\u2019empreinte d\u2019une personne qui n\u2019aurait pas laiss\u00e9 cette trace \u2013 est d\u2019une chance sur un million, voire d\u2019une chance sur un milliard selon la qualit\u00e9 de la trace, rappelle Christophe Champod. Mais plus la trace est petite, plus elle est distordue et plus le risque de faire une association fortuite augmente.<\/p>\n<p>Et dans ce domaine, les erreurs sont lourdes de cons\u00e9quences sur la vie de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 suspect\u00e9s \u00e0 tort. Dans le monde, on ne d\u00e9nombre pas moins d\u2019une trentaine d\u2019erreurs av\u00e9r\u00e9es li\u00e9es aux empreintes digitales. Dont l\u2019incroyable b\u00e9vue commise par le FBI dans l\u2019affaire Brandon Mayfield, un avocat am\u00e9ricain vivant dans l\u2019Oregon, qui a \u00e9t\u00e9 soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir particip\u00e9 aux attentats de Madrid, en 2004. Heureusement, la police espagnole est arriv\u00e9e \u00e0 relier la trace avec le doigt d\u2019un autre individu. Ce qui fait dire \u00e0 C\u00e9line Weyermann que \u00able degr\u00e9 de certitude n\u2019aurait pas d\u00fb \u00eatre si \u00e9lev\u00e9 par rapport \u00e0 la qualit\u00e9 de la trace\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Les diff\u00e9rentes banques de donn\u00e9es ne sont pas li\u00e9es<\/strong><\/p>\n<p>Contrairement au monde merveilleux des s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, les banques de donn\u00e9es ne livrent pas le nom et la photo d\u2019un suspect en quelques secondes. \u00abIl est rare que les photographies soient dans la m\u00eame banque de donn\u00e9es que l\u2019ADN et les traces digitales, explique C\u00e9line Weyermann. En g\u00e9n\u00e9ral, elles sont s\u00e9par\u00e9es et ne nous donnent pas le nom d\u2019un seul individu, mais une liste de personnes dont les traces peuvent potentiellement correspondre. Nous allons alors devoir contr\u00f4ler.\u00bb En Suisse, c\u2019est l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la police, sis \u00e0 Berne, qui se charge de faire une comparaison avec le Syst\u00e8me automatique d\u2019identification des empreintes digitales (AFIS) et envoie le r\u00e9sultat. L\u2019AFIS est un service national gr\u00e2ce auquel 250000 v\u00e9rifications sont effectu\u00e9es chaque ann\u00e9e. 100000 personnes sont identifi\u00e9es et 2700 de ces identifications pr\u00e9sentent une concordance avec un cas d\u2019infraction.<\/p>\n<p>On l\u2019aura compris, les traces digitales et leur interpr\u00e9tation ne sont pas toujours fiables. Petite parenth\u00e8se pour ceux qui d\u00e9verrouillent leur smartphone avec un capteur pour le doigt. Savent-ils que dans une salle de 2000 personnes, leur appareil pourra rapidement \u00eatre d\u00e9bloqu\u00e9 par une autre personne, vu que le capteur ne prend en compte qu\u2019une partie de l\u2019empreinte ? Heureusement, apr\u00e8s quelques essais infructueux, l\u2019appareil se bloquera.<\/p>\n<figure id=\"attachment_8641\" aria-describedby=\"caption-attachment-8641\" style=\"width: 262px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-8641\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/01\/CelineWeyermann_68.jpg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/01\/CelineWeyermann_68.jpg 262w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/01\/CelineWeyermann_68-173x260.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 262px) 100vw, 262px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8641\" class=\"wp-caption-text\">C\u00e9line Weyermann. Professeure associ\u00e9e \u00e0 l\u2019Ecole des sciences criminelles.<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>L\u2019ADN, lui aussi, est faillible<\/strong><\/p>\n<p>Si la trace digitale est faillible, qu\u2019en est-il de la star des stars, l\u2019ADN? Salive, \u00e9l\u00e9ments pileux, r\u00e9sidus de peau, pellicules, ongles, urine, sang ou sperme, contacts de la peau avec un objet, toutes les traces biologiques sont des sources potentielles d\u2019ADN. C\u00e9line Weyermann a sa petite id\u00e9e sur la question: \u00abOn pense que l\u2019ADN est la trace parfaite par excellence. On parle m\u00eame de <i>gold standard<\/i>. Mais si l\u2019on consid\u00e8re la trace seule, cela devient dangereux. Cela d\u00e9pend de l\u2019information v\u00e9hicul\u00e9e par celle-ci et du degr\u00e9 de certitude qui y est li\u00e9. Par contre, si on a un faisceau d\u2019indices \u00e0 disposition, cela devient int\u00e9ressant. Il faut donc toujours consid\u00e9rer toutes les traces et pas uniquement les plus discriminantes.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019ADN faillible lui aussi? Mais pourquoi donc? Christophe Champod rappelle que, comme les traces papillaires, la police scientifique est parfois en pr\u00e9sence de traces infimes. \u00abNous n\u2019explorons que certaines zones et non la mol\u00e9cule d\u2019ADN dans son entier. Ces zones varient d\u2019un individu \u00e0 l\u2019autre, mais nous n\u2019avons pas l\u2019ensemble du g\u00e9nome \u00e0 disposition. Nous n\u2019avons que des informations partielles sur certains endroits de la mol\u00e9cule. Et comme nous n\u2019avons pas l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de l\u2019information, il existe la possibilit\u00e9 infime, mais pas n\u00e9gligeable, que deux personnes partagent le m\u00eame profil ADN.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Que faut-il r\u00e9pondre \u00e0 la police?<\/strong><\/p>\n<p>Le professeur vaudois rappelle \u00e9galement qu\u2019avec les progr\u00e8s de la science, il est aujourd\u2019hui possible d\u2019analyser des traces de plus en plus petites. \u00abL\u2019\u00e9norme trace de sang ne pose pas de probl\u00e8me. Mais s\u2019il s\u2019agit d\u2019analyser une dizaine de cellules, nous sommes confront\u00e9s \u00e0 un probl\u00e8me: celui du bruit de fond, car tout le monde laisse de l\u2019ADN. On se retrouve donc avec une plus grande quantit\u00e9 de traces. Il faut compter trois jours de travail sur une sc\u00e8ne de meurtre.\u00bb Et de donner le conseil qu\u2019il prodiguera \u00e9galement dans le MOOC. \u00abSi la police vient chez vous et vous annonce: \u201cNous avons retrouv\u00e9 votre profil ADN sur une sc\u00e8ne de crime\u201d, il faut lui r\u00e9pondre: \u201cVous n\u2019avez pas trouv\u00e9 mon profil, mais un profil qui me correspond\u201d, car il y a des chances qu\u2019une autre personne ait le m\u00eame que vous.\u00bb Reste \u00e0 savoir si les policiers appr\u00e9cieront cette petite pr\u00e9cision scientifique&#8230;<\/p>\n<p><strong>Comment votre ADN peut se retrouver\u00a0sur une sc\u00e8ne de crime<\/strong><\/p>\n<p>Autre d\u00e9tail utile \u00e0 conna\u00eetre: retrouver l\u2019ADN d\u2019une personne sur une sc\u00e8ne de crime ne signifie pas que celle-ci l\u2019a laiss\u00e9 lors d\u2019une action directe. Elle est peut-\u00eatre victime d\u2019un transfert \u00absecondaire\u00bb. Le sc\u00e9nario? Il tient en quelques lignes, racont\u00e9es par Christophe Champod: \u00abImaginons que Jean donne la main \u00e0 Pierre pour le saluer. Si Jean est un bon donneur \u2013 sa transpiration \u00e9tant plus abondante que celle de Pierre \u2013, son ADN pourra se retrouver sur ses mains. Et Pierre pourra d\u00e9poser l\u2019ADN de Jean sur les objets qu\u2019il touchera.\u00bb<\/p>\n<p>De m\u00eame, on ne retrouve pas forc\u00e9ment l\u2019ADN d\u2019une personne sur un objet qu\u2019elle aurait touch\u00e9 \u00e0 main nue. La raison? La personne peut \u00eatre un mauvais donneur, c\u2019est-\u00e0-dire laisser peu d\u2019ADN. Autre motif: la police scientifique retrouve tellement d\u2019ADN de Pierre sur un objet \u2013 car ce dernier lui appartient et il l\u2019a toujours sur lui, en contact avec sa peau \u2013 que l\u2019ADN de Jean, qui a touch\u00e9 l\u2019objet, est submerg\u00e9.<\/p>\n<p>Comme pour les empreintes digitales, il existe en Suisse une banque de donn\u00e9es ADN. Son nom: CODIS. Fin 2016, elle contenait 185393 profils de personnes et 71152 traces relev\u00e9es sur les lieux de d\u00e9lits.<\/p>\n<p><strong>Les traces de semelles sont aussi analys\u00e9es<\/strong><\/p>\n<p>Si l\u2019ADN et les traces papillaires sont centralis\u00e9s \u00e0 Berne, les traces de semelles, qui font l\u2019objet d\u2019autres banques de donn\u00e9es, sont collectionn\u00e9es par les polices cantonales et aident \u00e0 confondre les cambrioleurs. Certaines chaussures montrent des signes d\u2019usure ou de coupures caract\u00e9ristiques, alors que d\u2019autres ne portent pas de signes distinctifs. Mais pourquoi ne pas rassembler toutes ces semelles dans une banque de donn\u00e9es nationales? \u00abLes cambrioleurs passent rarement de Lausanne \u00e0 Coire, r\u00e9pond Christophe Champod. Le plus souvent, ils d\u00e9barquent dans une r\u00e9gion qu\u2019ils \u00e9cument durant quelques semaines.\u00bb Les traces sont surtout utiles en termes de lien entre une s\u00e9rie de cambriolages, car il est impossible de ne pas marcher. Elles permettent \u00e9galement de comprendre le d\u00e9roul\u00e9 d\u2019une action. L\u2019expert constate encore: \u00abLes cantons romands ont une culture d\u2019exploitation des traces de semelles. C\u2019est moins le cas en Suisse al\u00e9manique, sauf pour Zurich. En moyenne, dans le canton de Vaud ou celui de Gen\u00e8ve, plus de 1000 nouvelles traces de semelles sont r\u00e9pertori\u00e9es chaque ann\u00e9e. C\u2019est plus qu\u2019avec les banques de donn\u00e9es d\u2019ADN et de traces digitales.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Ecouter aux portes, c\u2019est se trahir un peu<\/strong><\/p>\n<p>Mais la banque de donn\u00e9es la plus \u00e9tonnante reste celle des&#8230; oreilles. En effet, pour \u00e9viter de tomber sur les habitants des lieux, certains cambrioleurs \u00e9coutent aux portes avant de commettre leur forfait. Certaines oreilles sont plus s\u00e9lectives que d\u2019autres, par exemple celles qui sont orn\u00e9es d\u2019un piercing, d\u2019une boucle d\u2019oreilles ou qui portent la trace d\u2019une blessure. Si Christophe Champod trouve les traces d\u2019oreille utiles pour faire le lien entre des cas, pour le forensicien qu\u2019il est, elles occupent une place mineure dans la capacit\u00e9 \u00e0 identifier les individus. \u00abIl ne s\u2019agit pas de la m\u00eame ligue que celle des traces digitales. Le risque de co\u00efncidence fortuite est de 1 sur 10000 voire 1000, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019un attribut peut se retrouver chez 1 personne sur 10000 voire 1000.\u00bb Pas \u00e9tonnant que fin 2014, la police cantonale genevoise se soit fait&#8230; tirer l\u2019oreille. La justice cantonale avait reconnu coupable un individu, gr\u00e2ce \u00e0 une trace d\u2019oreille laiss\u00e9e sur le lieu d\u2019un cambriolage. Elle a \u00e9t\u00e9 pri\u00e9e de revoir sa copie par le Tribunal f\u00e9d\u00e9ral qui a cass\u00e9 le jugement. Jugeant cette m\u00e9thode d\u00e9terminante dans ce cas, il a pri\u00e9 ses confr\u00e8res genevois de mandater un expert pour une \u00e9valuation scientifique. Ce dernier a demand\u00e9 \u00e0 \u00abexaminer avec attention la probl\u00e9matique de la m\u00e9thode utilis\u00e9e et de la validit\u00e9 scientifique de celle-ci dans le cas concret, au besoin, en ayant recours \u00e0 une expertise.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Les traces ne disparaissent jamais totalement<\/strong><\/p>\n<p>On l\u2019aura compris, aucune trace forensique ne tient toute seule, d\u2019o\u00f9 l\u2019importance du contexte et l\u2019existence d\u2019un faisceau d\u2019indices.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019ailleurs cette multiplication des traces, combin\u00e9e \u00e0 des t\u00e9moignages et d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments d\u2019enqu\u00eate qui permettent de faire avancer les enqu\u00eates. Car aussi prudents que soient les cambrioleurs, ils laissent toujours des traces. Certains porteront des gants, mais le stress aidant, essuieront la sueur de leur front sans penser que leur ADN sera ainsi transmis. D\u2019autres auront soif et se serviront dans le frigo de leur h\u00f4te involontaire et laisseront leur ADN sur une bouteille d\u2019eau. D\u2019autres encore se soulageront dans les WC, sans penser aux gouttelettes d\u2019urine qu\u2019ils laisseront derri\u00e8re eux. \u00abEt si le feu, l\u2019eau, la lumi\u00e8re sont les ennemis des traces, elles ne disparaissent jamais totalement\u00bb, pr\u00e9vient C\u00e9line Weyermann. Pour ce qui est des meurtres ou des viols, plus le crime est violent, plus il sera dur de ne pas laisser de traces, vu les contacts avec la victime.<\/p>\n<p>A toutes ces traces physiques s\u2019ajoutent de plus en plus de traces num\u00e9riques. Au sein de l\u2019ESC, on parle aujourd\u2019hui d\u2019un ratio de 80% de traces physiques pour 20% de num\u00e9riques \u2013 dont le tra\u00e7age du t\u00e9l\u00e9phone portable, les cam\u00e9ras de surveillance, les messageries \u00e9lectroniques, l\u2019utilisation d\u2019Internet, les applications de localisation ou les GPS. Christophe Champod pr\u00e9voit que dans quelques ann\u00e9es, les deux types de traces seront \u00e0 parts \u00e9gales. L\u2019Ecole des sciences criminelles offre d\u2019ailleurs d\u00e9j\u00e0 son master en Science forensique avec une orientation \u00abInvestigation et Identification num\u00e9riques\u00bb. Les criminels n\u2019ont qu\u2019\u00e0 bien se tenir! Quant aux experts, ils auront sans doute toujours du pain sur la planche&#8230;<\/p>\n<p><sup>(1)<\/sup>Franco Taroni, Tacha Hicks, Alex Biedermann.<br \/>\nA venir sur <a href=\"https:\/\/fr.coursera.org\/unil\">https:\/\/fr.coursera.org\/unil<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A force de regarder les \u00abExperts\u00bb ou d\u2019autres s\u00e9ries polici\u00e8res, le commun des mortels pense que les traces digitales ou d\u2019ADN laiss\u00e9es par des criminels sont des preuves infaillibles. 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