{"id":8532,"date":"2018-01-25T08:24:05","date_gmt":"2018-01-25T06:24:05","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=8532"},"modified":"2020-07-22T16:24:02","modified_gmt":"2020-07-22T14:24:02","slug":"comment-la-suisse-est-devenue-une-nation-du-ski","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/comment-la-suisse-est-devenue-une-nation-du-ski\/","title":{"rendered":"Comment la Suisse est devenue une nation du ski"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_8689\" aria-describedby=\"caption-attachment-8689\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-8689\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/01\/ski_1_68.jpg\" alt=\"\" width=\"590\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/01\/ski_1_68.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/01\/ski_1_68-390x260.jpg 390w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8689\" class=\"wp-caption-text\">Beat Feuz. Le skieur suisse aux Championnats du monde de Saint-Moritz.<br \/>\u00a9Jean-Christophe Bott\/Keystone<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>L\u2019histoire du sport N<sup>o<\/sup> 1 dans ce pays reste m\u00e9connue. A quelques jours des JO 2018, en Cor\u00e9e du Sud, Gr\u00e9gory Quin revient sur de nombreux \u00e9pisodes ignor\u00e9s de l\u2019histoire du ski dans nos montagnes.<\/em><\/p>\n<p>\u00ab On ne sait finalement que tr\u00e8s peu de chose sur l\u2019histoire du ski suisse.\u00bb C\u2019est <a href=\"https:\/\/www.unil.ch\/ssp\/fr\/home\/menuinst\/enseignantes\/nouveaux-mer-2015\/gregory-quin.html\">Gr\u00e9gory Quin<\/a> qui le dit. Ce ma\u00eetre d\u2019enseignement et de recherche \u00e0 l\u2019UNIL rappelle volontiers que, au pays du schuss, \u00ables cursus universitaires sportifs sont enti\u00e8rement orient\u00e9s vers la formation des ma\u00eetres d\u2019\u00e9ducation physique, des entra\u00eeneurs et, \u00e9ventuellement, des managers\u00bb. L\u2019histoire du sport en g\u00e9n\u00e9ral, et celle du ski en particulier, fait figure de parent pauvre. La lacune est tellement criante qu\u2019un assistant a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment engag\u00e9 \u00e0 l\u2019UNIL pour produire \u00abune premi\u00e8re histoire universitaire et scientifique du ski suisse\u00bb. Sans attendre la fin de ce travail, Gr\u00e9gory Quin raconte volontiers quelques-uns de ces \u00e9pisodes oubli\u00e9s, en remontant jusqu\u2019\u00e0 une \u00e9poque pas si lointaine lorsque nos montagnes n\u2019\u00e9taient pas encore envahies par les adeptes des sports d\u2019hiver.<\/p>\n<p><strong>1 &#8211; Premiers\u00a0moniteurs norv\u00e9giens<\/strong><\/p>\n<p>La Suisse n\u2019\u00e9tait pas le pays du ski. Elle l\u2019est devenue. \u00abComme dans beaucoup d\u2019autres r\u00e9gions du monde, on y a d\u2019abord utilis\u00e9 des douves de tonneau et des raquettes pour se d\u00e9placer dans la neige, jusque dans les ann\u00e9es 1860-70\u00bb, rappelle Gr\u00e9gory Quin. Les plus anciens vestiges de skis datent de 3200 ans av. J.-C., et ils ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s dans un marais scandinave. C\u2019est encore en Norv\u00e8ge, dans des r\u00e9gions qui vont lier leur nom \u00e0 ce sport, comme Telemark et Christiania (deux techniques de virage), que les skis traditionnels des paysans sont partis \u00e0 la conqu\u00eate de la plan\u00e8te. Ce sont enfin des \u00e9tudiants norv\u00e9giens qui ont \u00e9t\u00e9 engag\u00e9s comme moniteurs de ski au d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, quand cette mode gagne la Suisse.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de la comp\u00e9tition, en revanche, est un apport des Britanniques, qu\u2019on retrouve en nombre parmi les fondateurs des premiers skis-clubs en Suisse. \u00abDans certains cas, comme le football, les Anglais ont invent\u00e9 la discipline avant de la diffuser dans le monde. Dans d\u2019autres cas, cette logique de comp\u00e9tition qui \u00e9tait v\u00e9hicul\u00e9e avec les premiers sports a influenc\u00e9 des pratiques locales. C\u2019est notamment le cas du ski. Les Britanniques se sont dit: et si nous organisions des comp\u00e9titions? On pourrait faire courir le postier contre le m\u00e9decin&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 ces influences nordiques et britanniques combin\u00e9es, du mat\u00e9riel de ski arrive dans les montagnes suisses \u00e0 la fin du XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, et les artisans locaux s\u2019en inspirent pour imaginer des variantes <i>Swiss made<\/i>. C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une industrie qui aura ses fleurons, comme Attenhofer, Authier et d\u00e9sormais St\u00f6ckli.<\/p>\n<p><strong><b>2 &#8211; <\/b>Quand la Mob lance le ski&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est un \u00e9pisode peu connu de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Mais la Mob 1914-18 a jou\u00e9 un r\u00f4le dans le d\u00e9veloppement de ce sport. \u00abL\u2019arm\u00e9e suisse a notablement contribu\u00e9 \u00e0 la pratique du ski, raconte Gr\u00e9gory Quin. D\u2019abord parce que de nombreux pionniers sont de hauts grad\u00e9s, ce qui va donner des id\u00e9es dans les r\u00e9giments. On pense alors que, pour prot\u00e9ger la fronti\u00e8re d\u2019un pays de montagne, dans un pr\u00e9-imaginaire de r\u00e9duit alpin, il faudrait pouvoir disposer de troupes capables de se d\u00e9placer dans ce genre de terrain. Du coup, l\u2019arm\u00e9e va s\u2019approvisionner aupr\u00e8s de fabricants suisses, ce qui va acc\u00e9l\u00e9rer le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie locale du ski.\u00bb<\/p>\n<p>Le D\u00e9partement militaire f\u00e9d\u00e9ral et l\u2019anc\u00eatre de la F\u00e9d\u00e9ration suisse de ski se sont encore entendus pour \u00ababandonner\u00bb des milliers de paires de lattes dans les vall\u00e9es \u00e0 la fin de la guerre. \u00abOn ne sait pas avec certitude si ces skis ont \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s sur place, ou si les soldats ont rapport\u00e9 ce mat\u00e9riel \u00e0 la maison. Ce qui est s\u00fbr, en revanche, c\u2019est que ces paires apparaissent en nombre dans les stations, \u00e0 la fin de la guerre, et qu\u2019elles t\u00e9moignent d\u2019une intention claire de promouvoir le ski.\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_8652\" aria-describedby=\"caption-attachment-8652\" style=\"width: 262px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-8652\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/01\/GregoryQuin_68.jpg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/01\/GregoryQuin_68.jpg 262w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2018\/01\/GregoryQuin_68-173x260.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 262px) 100vw, 262px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8652\" class=\"wp-caption-text\">Gr\u00e9gory Quin. Ma\u00eetre d\u2019enseignement et de recherche \u00e0 l\u2019Institut des sciences du sport (Facult\u00e9 des SSP).<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong><b>3 &#8211; <\/b>Trop professionnels pour aller aux JO<\/strong><\/p>\n<p>Jusqu\u2019en 1932, \u00e0 Lake Placid, aux Etats-Unis, le ski de piste ne fait pas partie des \u00e9preuves olympiques. On y pratique le ski de fond, le saut et la patrouille militaire, une sorte de marathon de 50 km en \u00e9quipes avec tout le barda sur le dos. Il faudra attendre 1932, et surtout les JO de 1936 \u00e0 Garmisch, pour que le slalom et la descente figurent aux JO et que cela donne un nouvel essor \u00e0 ces sports.<\/p>\n<p>Et pourtant, cette ann\u00e9e-l\u00e0 reste un mauvais souvenir pour la d\u00e9l\u00e9gation helv\u00e9tique, \u00abpuisque toute l\u2019\u00e9quipe suisse de descente et de slalom n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 admise \u00e0 Garmisch. Comme les athl\u00e8tes \u00e9taient tous moniteurs de ski, ils ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme des professionnels\u00bb, rappelle Gr\u00e9gory Quin.<\/p>\n<p><strong><b>4 &#8211; <\/b>Des camps de ski durant la guerre 39-45<\/strong><\/p>\n<p>La Deuxi\u00e8me Guerre mondiale va, elle aussi, acc\u00e9l\u00e9rer le d\u00e9veloppement du ski. \u00abEn 1939, les h\u00f4teliers constatent que les touristes ne viennent plus, et l\u2019on assiste alors \u00e0 un effort de promotion dans tout le pays, explique Gr\u00e9gory Quin. Des campagnes \u00e0 grande \u00e9chelle tentent d\u2019inciter les Suisses \u00e0 rejoindre les vall\u00e9es d\u00e8s 1941. Et c\u2019est en 1942-43 que sont invent\u00e9s les camps de ski pour les \u00e9coles, gr\u00e2ce \u00e0 un financement du Sport-Toto et de la Conf\u00e9d\u00e9ration.\u00bb<\/p>\n<p>Cette pratique \u00abdevient alors un enjeu dans tous les cantons, y compris \u00e0 B\u00e2le, qui est pourtant \u00e9loign\u00e9e des montagnes, mais qui va investir pour envoyer ses enfants aux sports d\u2019hiver\u00bb.<\/p>\n<p>Le ski va ainsi \u00abs\u2019inscrire durablement dans le quotidien des Suisses, qui vont aller en camp d\u00e8s l\u2019\u00e9cole, et qui retourneront \u00e0 la montagne y faire des s\u00e9jours de week-ends ou des vacances de neige en famille, avant de se donner rendez-vous devant la TV en fin de semaine pour suivre les \u00e9preuves\u00bb.<\/p>\n<p><strong><b>5 &#8211; <\/b>1964, l&rsquo;<em>annus horribilis<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e-l\u00e0, les Jeux olympiques se d\u00e9roulent \u00e0 Innsbruck, en Autriche. \u00abLa d\u00e9l\u00e9gation suisse revient des JO sans aucune m\u00e9daille dans aucun sport. C\u2019est un drame national, et plusieurs motions sont d\u00e9pos\u00e9es au Conseil national pour demander au D\u00e9partement militaire de soutenir le sport d\u2019\u00e9lite.\u00bb Dans les faits, les r\u00e9sultats ne sont pas si mauvais, les skieurs notamment r\u00e9ussissent d\u2019excellentes performances, mais ne se classent qu\u2019au-del\u00e0 de la 4<sup>e<\/sup> place. Si les analyses varient \u00e0 l\u2019\u00e9poque, cet \u00e9chec est surtout celui d\u2019un syst\u00e8me qui repose encore int\u00e9gralement sur l\u2019id\u00e9e de l\u2019amateurisme. En Suisse, \u00able sport, m\u00eame de haut niveau, est vu comme un loisir, un \u00e0-c\u00f4t\u00e9, observe le chercheur de l\u2019UNIL. Pendant longtemps, le pays ne professionnalise ni les athl\u00e8tes, ni les entra\u00eeneurs. Les centres d\u2019entra\u00eenement restent trop rares, pas assez bien \u00e9quip\u00e9s, et l\u2019on assiste \u00e0 de nombreuses rivalit\u00e9s intercantonales.\u00bb Cet amateurisme atteint un sommet de l\u2019absurde dans les semaines qui pr\u00e9c\u00e9dent les JO de 1956. \u00abCette ann\u00e9e-l\u00e0, la Suisse n\u2019a pas particip\u00e9 aux Jeux de Melbourne. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas parce que les dirigeants ont choisi de boycotter l\u2019\u00e9preuve apr\u00e8s l\u2019invasion de la Hongrie par les chars sovi\u00e9tiques, comme l\u2019ont fait de nombreux pays occidentaux. Les dirigeants ont eu besoin de tellement de temps pour d\u00e9cider s\u2019il fallait participer ou non \u00e0 ces JO, que, quand la d\u00e9cision d\u2019y aller a enfin \u00e9t\u00e9 prise, les billets Swissair n\u2019\u00e9taient plus valables. Les Suisses n\u2019ont donc pas boycott\u00e9 ces jeux pour des raisons politiques, mais \u00e0 cause d\u2019un d\u00e9faut de billet. A partir de l\u00e0, les dirigeants r\u00e9alisent qu\u2019ils doivent absolument moderniser le syst\u00e8me.\u00bb<\/p>\n<p><strong><b>6 &#8211; <\/b>1972, l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;une superpuissance<\/strong><\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e-l\u00e0, les Jeux olympiques se d\u00e9roulent \u00e0 Sapporo. Et ils sourient aux Suisses, parce que les skieurs ram\u00e8nent dix m\u00e9dailles du Japon, notamment les plus prestigieuses dans les \u00e9preuves de vitesse. Marie-Th\u00e9r\u00e8se Nadig d\u00e9croche l\u2019or de la descente et du slalom g\u00e9ant. Et Bernhard Russi s\u2019offre, avec Roland Collombin, un doubl\u00e9 dans la descente. \u00abCes m\u00e9dailles sont les r\u00e9sultats des r\u00e9formes effectu\u00e9es depuis 1956, estime Gr\u00e9gory Quin. Le pays est d\u00e9sormais dot\u00e9 de moyens modernes: il a des entra\u00eeneurs mieux form\u00e9s, et il soutient ses athl\u00e8tes. On a encore cr\u00e9\u00e9 des centres d\u2019entra\u00eenement en altitude, parce qu\u2019on a d\u00e9couvert lors des JO de Mexico qu\u2019elle permettait des r\u00e9sultats \u00e9tonnants.\u00bb<\/p>\n<p>Les Jeux de Sapporo ouvrent la grande p\u00e9riode du ski suisse, qui va conna\u00eetre un sommet lors des Championnats du monde de Crans-Montana, en 1987. Cette fois, l\u2019\u00e9quipe nationale d\u00e9croche 14 m\u00e9dailles sur les 30 mises en jeu, en ayant parfois occup\u00e9 les quatre premi\u00e8res places du classement. La Suisse est devenue une superpuissance du ski. Cela se v\u00e9rifie encore l\u2019ann\u00e9e suivante, lors des JO de Calgary, o\u00f9 les athl\u00e8tes helv\u00e9tiques d\u00e9crochent 11 m\u00e9dailles gr\u00e2ce \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration dor\u00e9e des Vreni Schneider, Michela Figini, Brigitte Oertli, Maria Walliser, Pirmin Zurbriggen, Peter M\u00fcller et Paul Accola. Une armada qui \u00abconstitue sans doute la plus belle \u00e9quipe de ski alpin de l\u2019histoire. Cette performance est exceptionnelle, mais ce n\u2019est pas un hasard. C\u2019est la juste r\u00e9compense du bon fonctionnement d\u2019un syst\u00e8me. A partir des ann\u00e9es 60, les Suisses ont notamment syst\u00e9matis\u00e9 les tests en soufflerie, et d\u00e9velopp\u00e9 de nombreuses techniques d\u2019entra\u00eenement, les m\u00eames dans tous les cantons, pour obtenir cette r\u00e9ussite\u00bb, estime le chercheur de l\u2019UNIL.<\/p>\n<p><strong>7 &#8211; Un succ\u00e8s qui marque<\/strong><\/p>\n<p>Durant cette p\u00e9riode dor\u00e9e, de nombreuses firmes s\u2019associent avec des skieurs, et ancrent ce sport encore plus profond\u00e9ment dans l\u2019imaginaire collectif. En t\u00e9moignent plusieurs objets devenus cultes, comme le bonnet de ski du Credit Suisse, qui se vend d\u00e9sormais aux ench\u00e8res sur Internet pour 100 \u00e0 150 francs! Il y aura encore les combinaisons des athl\u00e8tes d\u00e9cor\u00e9es par des fromages, la vache Milka gonflable qui parade dans les aires d\u2019arriv\u00e9e, et les casques Ovomaltine de Didier Cuche. \u00abLes marques ne se sont agr\u00e9g\u00e9es que lorsque le succ\u00e8s a \u00e9t\u00e9 acquis, note Gr\u00e9gory Quin. Et elles l\u2019ont fait avec plus de r\u00e9serve que dans d\u2019autres sports, parce que le ski reste un milieu tr\u00e8s conservateur\u00bb, et parce que ses stars ont souvent d\u00e9cid\u00e9 de se mettre en retrait, pour des raisons personnelles ou professionnelles.<\/p>\n<p>On notera enfin que certaines de ces associations entre le sport et l\u2019\u00e9conomie en disent long sur le syst\u00e8me suisse. \u00abL\u2019actuel directeur de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral du sport \u00e9tait pr\u00e9c\u00e9demment secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Union suisse du commerce de fromage, et a aussi \u00e9t\u00e9 membre de la F\u00e9d\u00e9ration suisse de ski, raconte le chercheur de l\u2019UNIL. C\u2019est l\u2019illustration de cette tradition helv\u00e9tique o\u00f9 les dirigeants du sport sont des dirigeants de milice qui, du coup, se retrouvent un peu partout et d\u00e9veloppent ce maillage.\u00bb<\/p>\n<p><strong>8 &#8211; L&rsquo;\u00e2ge de la concurrence<\/strong><\/p>\n<p>Pourtant, depuis cette \u00e9poque de records, le nombre de licenci\u00e9s diminue, et le nombre de m\u00e9dailles baisse. Plusieurs facteurs expliquent cette banalisation du ski. Notamment l\u2019apparition de nouvelles pratiques, certaines plus fun comme le hors-piste, le snowboard, les bosses, et d\u2019autres plus \u00e9colos, comme la randonn\u00e9e et les raquettes&#8230; Le ski se retrouve encore en concurrence avec d\u2019autres sports, comme le tennis, qui s\u2019est d\u00e9mocratis\u00e9 et qui a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019effet Federer, pendant que le ski devenait un sport de luxe, sans oublier le football, qui est \u00e9galement devenu un concurrent s\u00e9rieux, avec l\u2019\u00e9mergence de cette Suisse qui gagne et qui participe d\u00e9sormais aux phases finales de (presque) tous les grands tournois.<\/p>\n<p>\u00abLe panel des sports propos\u00e9s a explos\u00e9, et la Suisse a fait le choix politique de ne pas se sp\u00e9cialiser, analyse Gr\u00e9gory Quin. Ici, vous pouvez th\u00e9oriquement devenir champion olympique dans toutes les disciplines. Swiss Olympic, qui compte 86 f\u00e9d\u00e9rations membres, les soutient toutes jusqu\u2019\u00e0 tr\u00e8s haut niveau. A cette \u00e9chelle d\u00e9mographique, la Suisse est le seul pays \u00e0 faire ce choix. Si on compare avec la Norv\u00e8ge, on d\u00e9couvre que ce pays pratique autant de sports diff\u00e9rents, mais qu\u2019il n\u2019en soutient qu\u2019une dizaine au niveau de l\u2019\u00e9lite. Cette d\u00e9cision a tr\u00e8s clairement entra\u00een\u00e9 une banalisation du ski. \u00bb<\/p>\n<p><strong>9 &#8211; Quel avenir olympique pour la Suisse ?<\/strong><\/p>\n<p>Plus de concurrence, moins de stars, des bless\u00e9s&#8230; L\u2019ex-superpuissance du ski mondial court d\u00e9sormais le risque de rentrer bredouille des prochains JO d\u2019hiver, entre le 8 et 25 f\u00e9vrier 2018, \u00e0 Pyeongchang, en Cor\u00e9e du Sud. Un tel sc\u00e9nario provoquerait-il un drame comparable \u00e0 celui v\u00e9cu r\u00e9cemment par les Italiens,qui n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 se qualifier pour la Coupe du monde de football? \u00abJe ne suis pas inquiet. M\u00eame en cas de contre-performance, le traumatisme ne devrait pas \u00eatre aussi grand qu\u2019en 1964. Le public est conscient qu\u2019il est devenu plus difficile de l\u2019emporter, notamment parce que de nouvelles nations ont \u00e9merg\u00e9. Et la Suisse arrive toujours \u00e0 trouver un r\u00e9cit positif \u00e0 raconter. Si Lara Gut ne ram\u00e8ne rien aux JO, mais qu\u2019elle remporte la Coupe du monde \u00e0 la fin de la saison, cela donne des motifs de satisfaction. En revanche, dans la perspective d\u2019un ou de plusieurs votes sur l\u2019organisation des Jeux olympiques en Valais en 2026, il vaudrait mieux que les Suisses gagnent des m\u00e9dailles\u00bb, estime le chercheur de l\u2019UNIL, qui verrait bien les Suisses \u00aby aller, pour \u00eatre ce que les Am\u00e9ricains appellent un <i>Game Changer<\/i>. Les institutions internationales ne peuvent pas continuer \u00e9ternellement \u00e0 proposer des Jeux d\u2019hiver comme Sotchi ou P\u00e9kin, o\u00f9 il faut abattre une montagne ou raser une for\u00eat parce que la piste n\u2019est pas assez longue. Et la Suisse pourrait proposer, comme la Norv\u00e8ge \u00e0 Lillehammer, une solution \u00e9cologique, \u00e0 plus petite \u00e9chelle.\u00bb<\/p>\n<p><strong>10 &#8211; Quel avenir dans un pays qui s&rsquo;urbanise ?<\/strong><\/p>\n<p>Plus largement, il y a mati\u00e8re \u00e0 s\u2019inqui\u00e9ter pour l\u2019avenir du ski en Suisse. Ce sport est devenu bien plus co\u00fbteux qu\u2019une semaine \u00e0 Barcelone avec EasyJet. Sans oublier que les \u00e9coles vont moins r\u00e9guli\u00e8rement en classes de neige. \u00abC\u2019est vrai, mais on voit aussi, dans des gares comme celle de Lausanne, ces gens qui arrivent avec leurs skis et qui partent pour les pistes. On s\u2019\u00e9loigne d\u2019un c\u00f4t\u00e9, mais on se rapproche de l\u2019autre. Ce n\u2019est pas parce que les gens habitent d\u00e9sormais en ville, qu\u2019ils oublient que, quelque part, ils restent un peuple de montagnards. Il suffit de lever les yeux, et vous voyez des sommets partout.\u00bb C\u2019est ce qui fait dire \u00e0 Gr\u00e9gory Quin que, malgr\u00e9 tout, \u00abla montagne reste dans notre imaginaire, et que cela jouera toujours en faveur de sports comme le ski\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/unil.ch\/issul\">L&rsquo;Institut des sciences du sport<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019histoire du sport No 1 dans ce pays reste m\u00e9connue. 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