{"id":8384,"date":"2017-09-20T08:08:50","date_gmt":"2017-09-20T06:08:50","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=8384"},"modified":"2020-07-23T10:11:08","modified_gmt":"2020-07-23T08:11:08","slug":"cuntbittin-crawdoun-wanfukkit-funling","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/cuntbittin-crawdoun-wanfukkit-funling\/","title":{"rendered":"\u00abCuntbittin crawdoun! Wanfukkit funling!\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><em>Notre XXIe si\u00e8cle n\u2019a pas invent\u00e9 les insultes. Dans ce domaine, une grande cr\u00e9ativit\u00e9 a r\u00e9gn\u00e9 pendant le Moyen Age britannique. La scatologie ou les allusions sexuelles choquaient moins que la calomnie ou le blasph\u00e8me.<\/em><\/p>\n<p>Pleutre impotent! Mioche mal foutu! Les injures du titre de cet article figurent dans un po\u00e8me du Moyen Age tardif \u00e9cossais, <em>The Flyting of Dunbar and Kennedy<\/em>. Si le sens exact de ces grossi\u00e8ret\u00e9s reste myst\u00e9rieux, leur sonorit\u00e9 est d\u00e9licieuse (il convient de rouler le \u00abR\u00bb). Et pour cause.<\/p>\n<p>\u00abCe texte est un exemple c\u00e9l\u00e8bre de <em>flyting<\/em>, une joute oratoire pr\u00e9sent\u00e9e en public. A cette occasion, les adversaires d\u00e9montraient leur inventivit\u00e9 en s\u2019insultant. Cette tradition d\u2019origine nordique fut vivace en Irlande et en Ecosse\u00bb explique Mary Flannery, ma\u00eetre-assistante en Section d\u2019anglais. A l\u2019UNIL, cette chercheuse a donn\u00e9 plusieurs cours sur les jurons et les obsc\u00e9nit\u00e9s au Moyen Age britannique.<\/p>\n<p>Alors, les gros mots \u00ab\u00e9taient ressentis diff\u00e9remment. Des termes comme <em>cunt<\/em>, <em>shit<\/em> ou <em>fuck<\/em> faisaient partie d\u2019un langage de bas niveau certes, mais sans \u00eatre tr\u00e8s offensants. Nous poss\u00e9dons la trace de noms de famille qui comportent <em>cunt<\/em> (con). C\u2019\u00e9tait descriptif!\u00bb <em>Les Contes de Canterbury<\/em> de Geoffrey Chaucer (v. 1340 \u2013 v. 1400) sont peupl\u00e9s de grossi\u00e8ret\u00e9s et nous renseignent sur les diff\u00e9rents et riches argots en vigueur.<\/p>\n<figure id=\"attachment_8299\" aria-describedby=\"caption-attachment-8299\" style=\"width: 262px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-8299\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/09\/MaryFlannery_67.jpg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/09\/MaryFlannery_67.jpg 262w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/09\/MaryFlannery_67-173x260.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 262px) 100vw, 262px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8299\" class=\"wp-caption-text\">Mary Flannery. Ma\u00eetre-assistante en Section d\u2019anglais.<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Injures et <em>injuries<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les choses changent vers le d\u00e9but du XVIe si\u00e8cle. Lors de proc\u00e8s, \u00ables avocats de personnes invectiv\u00e9es ont jou\u00e9 sur les blessures \u00e9motionnelles ressenties par leurs clients\u00bb, d\u00e9taille Mary Flannery. Ainsi, dans un cas, un homme de loi a indiqu\u00e9 que l\u2019accus\u00e9 \u00aba vomi son discours injurieux de la mani\u00e8re la plus venimeuse\u00bb.<\/p>\n<p>Des centaines de documents l\u00e9gaux narrent ces querelles. Bien que r\u00e9dig\u00e9s en latin, ils mentionnent les insultes telles quelles, en anglais. Ainsi, dans le dioc\u00e8se de Chichester, en 1507, un homme en a trait\u00e9 un autre de \u00abb\u00e2tard de pr\u00eatre\u00bb (horson prest en VO de l\u2019\u00e9poque).<\/p>\n<p>Comme aujourd\u2019hui, la diffamation et la calomnie \u00e9taient des d\u00e9lits plus s\u00e9rieux. En se basant sur des cas document\u00e9s, Mary Flannery donne l\u2019exemple r\u00e9current d\u2019un aubergiste accus\u00e9 d\u2019allonger sa bi\u00e8re avec de l\u2019eau. En cons\u00e9quence, il perdit des clients et se lan\u00e7a dans un proc\u00e8s contre les mauvaises langues. Ces derni\u00e8res durent payer une amende au commer\u00e7ant, en mani\u00e8re de d\u00e9dommagement. Toutefois, une d\u00e9fense possible consistait \u00e0 dire que la rumeur faisait partie du savoir commun: \u00abTout le monde le dit, pas seulement moi!\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019un des ragots classiques revenait \u00e0 dire que tel homme avait une maladie contagieuse ou qu\u2019il \u00e9tait prox\u00e9n\u00e8te, donc de faible moralit\u00e9. Mauvais pour les affaires. Les femmes \u00e9taient accus\u00e9es de se prostituer, ce qui ruinait leurs perspectives de mariage. \u00abCe type de calomnie a donn\u00e9 lieu \u00e0 des proc\u00e8s\u00bb, rel\u00e8ve Mary Flannery.<\/p>\n<p>Le blasph\u00e8me \u00e9tait une tout autre affaire. \u00abUne exclamation comme <em>By God\u2019s bones<\/em> choquait et pouvait vous valoir des ennuis avec l\u2019Eglise\u00bb, note la chercheuse. Ce qui n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 la production de satires dans lesquelles les moines sont accus\u00e9s de tous les maux, de la fornication \u00e0 l\u2019alcoolisme. Enfin, insulter le meunier du coin ou la Couronne, ce n\u2019est pas pareil. \u00abLe texte juridique <em>Scandalum magnatum<\/em> de 1275 influen\u00e7a le <em>Statute of Treasons<\/em>, une loi de 1351. Les paroles per\u00e7ues comme mena\u00e7antes pour le roi, la reine ou leurs h\u00e9ritiers furent consid\u00e9r\u00e9es comme des crimes. L\u2019interpr\u00e9tation de ces textes devint de plus en plus large avec le temps.\u00bb Et l\u00e0, notamment sous Henry VIII (1491-1547), ces quelques mots de trop pouvaient conduire \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud.<\/p>\n<p>Article principal: <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/un-clic-de-trop-et-cest-la-claque\/\">Un clic de trop et c&rsquo;est la claque<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notre XXIe si\u00e8cle n\u2019a pas invent\u00e9 les insultes. Dans ce domaine, une grande cr\u00e9ativit\u00e9 a r\u00e9gn\u00e9 pendant le Moyen Age britannique. 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