{"id":8328,"date":"2017-09-20T08:25:05","date_gmt":"2017-09-20T06:25:05","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=8328"},"modified":"2020-07-23T09:52:43","modified_gmt":"2020-07-23T07:52:43","slug":"climat-on-se-calme-et-on-agit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/climat-on-se-calme-et-on-agit\/","title":{"rendered":"Climat, on se calme et on agit"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_8235\" aria-describedby=\"caption-attachment-8235\" style=\"width: 417px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-8235\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/09\/climat_1_67.jpg\" alt=\"\" width=\"417\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/09\/climat_1_67.jpg 417w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/09\/climat_1_67-184x260.jpg 184w\" sizes=\"auto, (max-width: 417px) 100vw, 417px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8235\" class=\"wp-caption-text\">Illustration originale de Kevin Chilon.<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Apr\u00e8s Paris et Marrakech, la COP 23, la conf\u00e9rence internationale sur le climat, fera escale \u00e0 Bonn, en Allemagne, en novembre. Que faut-il en attendre? Et que reste-t-il \u00e0 imaginer face au sc\u00e9nario des changements climatiques? Les r\u00e9ponses de Suren Erkman. Propos recueillis par Sabine Pirolt. Illustration originale de Kevin Chilon<\/em><\/p>\n<p>Apr\u00e8s la COP 21 de Paris, qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9e, il y a eu la COP 22 \u00e0 Marrakech, \u00e0 la fin 2016, qui a donn\u00e9 des r\u00e9sultats moins spectaculaires. Et cette ann\u00e9e, la COP 23 fera escale \u00e0 Bonn, en Allemagne, du 6 au 17 novembre. Que faut-il attendre de cet \u00e9v\u00e8nement qui intervient dans un contexte quasi surr\u00e9aliste, avec, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, des voix innombrables qui pr\u00e9disent l\u2019apocalypse, et de l\u2019autre, un pr\u00e9sident am\u00e9ricain qui a annonc\u00e9 son retrait de l\u2019Accord de Paris? Nous l\u2019avons demand\u00e9 \u00e0 Suren Erkman.<\/p>\n<p>Professeur associ\u00e9 \u00e0 la Facult\u00e9 des g\u00e9osciences et de l\u2019environnement de l\u2019UNIL depuis 2005, il est un sp\u00e9cialiste des questions d\u2019\u00e9cologie industrielle. Suren Erkman suit aussi le dossier climatique depuis 25 ans, comme observateur, mais encore de l\u2019int\u00e9rieur, puisqu\u2019il a notamment travaill\u00e9 en tant que consultant pour la Convention sur le climat.<\/p>\n<p><strong>Que faut-il attendre de la COP 23?<\/strong><br \/>\nSuren Erkman: Rien de spectaculaire, tout simplement la continuation des COP pr\u00e9c\u00e9dentes. Nous entrons dans les d\u00e9tails de la mise en \u0153uvre de l\u2019Accord de Paris.<\/p>\n<p><strong>Cette conf\u00e9rence sur les changements climatiques sera organis\u00e9e \u00e0 Bonn, en Allemagne, par les \u00eeles Fidji. Faut-il y voir une signification particuli\u00e8re?<\/strong><br \/>\nOui, une signification symbolique. D\u00e8s le d\u00e9but des n\u00e9gociations climatiques, plusieurs petits Etats insulaires ont uni leurs forces pour cr\u00e9er un lobby tr\u00e8s efficace. Ils ont fait vibrer une corde sensible qui a re\u00e7u un \u00e9cho consid\u00e9rable, hors de proportion avec leur faible poids d\u00e9mographique et \u00e9conomique. Leur complainte: nous n\u2019\u00e9mettons quasiment rien, mais \u00e0 cause du train de vie des pays riches, nos paradis tropicaux vont dispara\u00eetre sous les eaux! L\u2019argument a fait mouche dans l\u2019imaginaire occidental. Mais les \u00eeles du Pacifique ou des Cara\u00efbes ne sont pas les seules menac\u00e9es. Les zones c\u00f4ti\u00e8res, o\u00f9 vivent des centaines de millions d\u2019habitants, le sont tout autant. On parle beaucoup moins de cet aspect, alors que les cons\u00e9quences sociales et \u00e9conomiques seront bien plus importantes.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9but juin, le pr\u00e9sident am\u00e9ricain Donald Trump a confirm\u00e9 le retrait des Etats-Unis de l\u2019Accord de Paris. Est-ce un drame?<\/strong><br \/>\nCe retrait, malgr\u00e9 le psychodrame qui l\u2019entoure, n\u2019est pas une catastrophe. Mais cette d\u00e9cision laisse perplexe. Si le pr\u00e9sident Trump avait voulu renforcer la Convention sur le climat, il ne s\u2019y serait pas pris autrement, puisqu\u2019il a suscit\u00e9 une mobilisation g\u00e9n\u00e9rale pour le climat. Pourtant, ses conseillers lui avaient plut\u00f4t recommand\u00e9 de sortir rapidement de la Convention sur le climat. Ce processus n\u2019aurait pris qu\u2019un an, entra\u00eenant du m\u00eame coup le retrait de l\u2019Accord de Paris. Alors qu\u2019en d\u00e9non\u00e7ant l\u2019Accord de Paris, compte tenu du d\u00e9lai d\u2019attente, la proc\u00e9dure est nettement plus longue (quatre ans), soit apr\u00e8s la fin du mandat actuel de Donald Trump.<\/p>\n<p><strong>Faut-il comprendre qu\u2019il y a d\u2019autres enjeux derri\u00e8re ces gesticulations?<\/strong><br \/>\nOui! Le v\u00e9ritable enjeu est domestique: il s\u2019agit de recr\u00e9er un cadre favorable aux lobbies des \u00e9nergies fossiles aux Etats-Unis. Pour cela, il faut d\u00e9manteler des l\u00e9gislations souvent tr\u00e8s volontaristes \u00e9labor\u00e9es durant les deux mandats du pr\u00e9sident Obama. Certaines dispositions de ces l\u00e9gislations lient les Etats-Unis \u00e0 des accords internationaux sur l\u2019environnement. Pour \u00e9viter des oppositions internes invoquant des violations de leurs engagements internationaux, les Etats-Unis doivent donc se lib\u00e9rer d\u2019instruments tels que l\u2019Accord de Paris.<\/p>\n<p><strong>A ce stade, il faudrait rappeler que nous ne vivons pas encore \u00e0 l\u2019heure de l\u2019Accord de Paris, dont on parle tous les jours \u00e0 cause du Pr\u00e9sident Trump&#8230;<\/strong><br \/>\nLa situation actuelle est effectivement un peu surr\u00e9aliste. Nous vivons depuis plus de quatre ans sous le r\u00e9gime de l\u2019Amendement de Doha, qui couvre th\u00e9oriquement la p\u00e9riode 2013-2020, mais qui n\u2019est toujours pas entr\u00e9 en vigueur! Pour m\u00e9moire, la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, adopt\u00e9e en 1992, pose, comme son nom l\u2019indique, un cadre g\u00e9n\u00e9ral. Sa mise en \u0153uvre se concr\u00e9tise par le biais de protocoles d\u2019application. Le premier est le Protocole de Kyoto, adopt\u00e9 lors de la COP3 au Japon en d\u00e9cembre 1997 (non ratifi\u00e9 par les Etats-Unis), entr\u00e9 en vigueur en 2005. Cet accord pr\u00e9voyait une \u00abp\u00e9riode d\u2019engagement\u00bb de cinq ans, du 1er janvier 2008 au 31 d\u00e9cembre 2012. Dans ce cadre, seuls 37 pays industrialis\u00e9s ont pris des engagements mod\u00e9r\u00e9s concernant leurs \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre. En d\u00e9cembre 2012, lors de la COP18 au Qatar, les Etats se sont mis d\u2019accord in extremis sur une extension de la p\u00e9riode d\u2019engagement du Protocole de Kyoto: du 1er janvier 2013 au 31 d\u00e9cembre 2020. Pour que cet \u00abAmendement de Doha\u00bb \u2013 \u00abKyoto II\u00bb pour les intimes \u2013 entre en vigueur, il doit avoir \u00e9t\u00e9 ratifi\u00e9 par au moins 144 Etats. Seuls 79 l\u2019ont fait \u00e0 ce jour. A ce rythme, le nombre de ratifications n\u00e9cessaires pourrait n\u2019\u00eatre atteint qu\u2019apr\u00e8s son expiration en 2020!<\/p>\n<figure id=\"attachment_8259\" aria-describedby=\"caption-attachment-8259\" style=\"width: 266px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-8259\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/09\/SurenErkman_67.jpg\" alt=\"\" width=\"266\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/09\/SurenErkman_67.jpg 266w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/09\/SurenErkman_67-176x260.jpg 176w\" sizes=\"auto, (max-width: 266px) 100vw, 266px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8259\" class=\"wp-caption-text\">Suren Erkman. Professeur associ\u00e9 \u00e0 la Facult\u00e9 des g\u00e9o\u00adsciences et\u00a0de l\u2019environnement.<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Pourquoi y a-t-il autant de pays qui ne ratifient pas Kyoto II?<\/strong><br \/>\nD\u2019une part, il n\u2019y a pas de pressions pour le faire et d\u2019autre part, le bilan que l\u2019on tire de Kyoto I est tr\u00e8s mitig\u00e9. Donc, de nombreux Etats ne trouvent pas un grand int\u00e9r\u00eat \u00e0 ratifier un instrument quasiment mort-n\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Est-ce que depuis 1992, lorsque l\u2019ONU s\u2019est dot\u00e9e d\u2019une Convention-cadre sur les changements climatiques, les choses ont beaucoup chang\u00e9?<\/strong><br \/>\nIl faut reconna\u00eetre que 25 ans plus tard, le r\u00e9sultat est peu convaincant\u2026 puisque les concentrations de gaz \u00e0 effet de serre dans l\u2019atmosph\u00e8re ont fortement augment\u00e9. Ce qui est spectaculaire, par contre, c\u2019est le boom des \u00e9nergies renouvelables depuis 1992. Ce d\u00e9veloppement n\u2019est pas uniquement li\u00e9 au climat ou \u00e0 l\u2019environnement. C\u2019est aussi l\u2019essor de nouveaux march\u00e9s. Le syst\u00e8me industriel capitaliste fonctionne ainsi. Mais les \u00e9nergies renouvelables repr\u00e9sentent une proportion encore assez modeste de la consommation \u00e9nerg\u00e9tique globale.<\/p>\n<p><strong>Quand on suit ce d\u00e9bat, on en retire une impression \u00e9trange, parce qu\u2019il y a d\u2019un c\u00f4t\u00e9 des annonces tr\u00e8s alarmistes, et de l\u2019autre des Etats qui tra\u00eenent les pieds. Avons-nous un r\u00e9el probl\u00e8me avec le climat?<\/strong><br \/>\nUne chose est s\u00fbre: le climat est en train de se modifier, comme il l\u2019a d\u2019ailleurs toujours fait. Il \u00e9volue, selon une dynamique propre \u00e0 la p\u00e9riode actuelle. Notamment la rapidit\u00e9 du changement, par comparaison avec des transformations document\u00e9es sur de longues p\u00e9riodes de temps. Une majorit\u00e9 des chercheurs qui travaillent aujourd\u2019hui sur le sujet estiment que les activit\u00e9s humaines jouent un r\u00f4le non n\u00e9gligeable dans ce processus. Mais, sur le plan scientifique, la question climatique est loin d\u2019\u00eatre close. Il reste d\u2019importantes incertitudes et zones d\u2019ombre, il ne faut donc pas en faire un dogme. Qu\u2019ils soient ou non en partie d\u2019origine humaine, les changements climatiques ont des effets sur les soci\u00e9t\u00e9s humaines, notamment sur leur \u00e9conomie, avec des gagnants et des perdants.<\/p>\n<p><strong>Qui sont les gagnants?<\/strong><br \/>\nPlusieurs pays situ\u00e9s dans les zones froides, comme le Canada et surtout la Russie, qui consid\u00e8rent le r\u00e9chauffement comme une opportunit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Et qui sont les perdants?<\/strong><br \/>\nLes pays africains, l\u2019Asie du Sud-Est, tous les pays proches des r\u00e9gions chaudes, o\u00f9 il va faire encore plus chaud, avec parfois plus de s\u00e9cheresse mais aussi plus d\u2019inondations. Mais la question que j\u2019ai envie de poser de fa\u00e7on un peu provocante est: pourquoi les humains n\u2019auraient-ils pas le droit de modifier le climat, alors que l\u2019on consid\u00e8re que c\u2019est tout \u00e0 fait normal que les autres le fassent?<\/p>\n<p><strong>Comment \u00e7a, \u00ables autres\u00bb?<\/strong><br \/>\nCe qu\u2019on appelle les changements \u00abnaturels\u00bb n\u2019ont, d\u2019une certaine mani\u00e8re, rien de naturel. La dynamique climatique r\u00e9sulte des \u00abperturbations\u00bb occasionn\u00e9es par les diverses esp\u00e8ces vivantes. A commencer par les vrais \u00abpatrons\u00bb de la biosph\u00e8re que sont les micro-organismes (bact\u00e9ries, plancton, etc.), en interaction avec des processus physico-chimiques et g\u00e9ologiques, comme par exemple les \u00e9ruptions volcaniques.<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00eatre humain n\u2019a tout de m\u00eame pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 scier la branche sur laquelle il est assis\u2026<\/strong><br \/>\nIl est \u00e9vident que les humains ont tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 veiller \u00e0 ce qu\u2019il y ait une biosph\u00e8re habitable pour le plus grand nombre d\u2019esp\u00e8ces possible, leur permettant de mener une existence digne de ce nom. Ce qui me frappe, c\u2019est qu\u2019il y a une mobilisation ph\u00e9nom\u00e9nale autour d\u2019un aspect particulier qui est le changement climatique, malgr\u00e9 de nombreuses incertitudes, alors que dans le m\u00eame temps, on se pr\u00e9occupe beaucoup moins d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne massif, tel que l\u2019empoisonnement des \u00e9cosyst\u00e8mes par des produits chimiques comme des pesticides, et dont les impacts sont clairement av\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Mais si on \u00e9coute certains climatologues, nous sommes proches de la catastrophe. Est-ce vrai?<\/strong><br \/>\nJ\u2019ai de la peine \u00e0 \u00eatre convaincu par ces discours catastrophistes. Quelques climatologues ont tendance \u00e0 \u00eatre extr\u00eamement alarmistes, mais en g\u00e9n\u00e9ral, ce ne sont pas ces derniers qui tiennent des propos apocalyptiques. C\u2019est un autre aspect extr\u00eamement frappant de ce dossier: les voix qu\u2019on entend le plus dans l\u2019espace public sont fr\u00e9quemment celles des gens qui ne sont pas des experts du climat. Souvent, ils n\u2019ont pas de formation scientifique. Ils ont trouv\u00e9 l\u00e0 une cause \u00e0 d\u00e9fendre, et surtout un levier d\u2019influence pour exercer une forme de pouvoir sur la conscience et le comportement d\u2019autrui. Mon message, ici, c\u2019est de ne pas jeter le b\u00e9b\u00e9 avec l\u2019eau du bain: cela fait sens de prendre un certain nombre de mesures pour limiter la consommation de combustibles fossiles et de r\u00e9duire nos \u00e9missions polluantes. Mais \u00e7a ne veut pas dire pour autant qu\u2019il faille se sentir coupable lorsque l\u2019on prend l\u2019avion.<\/p>\n<p><strong>Vous-m\u00eame, vous ne vous sentez pas coupable?<\/strong><br \/>\nPas le moins du monde. Concern\u00e9 et responsable, certainement. Mais je suis intrigu\u00e9 de voir des gens quasiment rong\u00e9s par la culpabilit\u00e9&#8230;<\/p>\n<p><strong>Seriez-vous climato-sceptique?<\/strong><br \/>\nMa position n\u2019a rien \u00e0 voir avec celle d\u2019un Trump ou d\u2019autres climato-sceptiques, notamment am\u00e9ricains, qui d\u00e9fendent certains int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques. S\u2019il fallait me coller une \u00e9tiquette, j\u2019aimerais mieux celle de climato-critique. En tant que climato-critique, je constate que les chercheurs ayant des approches diff\u00e9rentes ont beaucoup de peine \u00e0 publier dans des revues scientifiques. Il existe un vrai d\u00e9bat scientifique, que les climato-dogmatiques tentent de discr\u00e9diter en l\u2019assimilant aux arguments, incontestablement fallacieux, des climato-sceptiques caricaturaux tels que Trump.<\/p>\n<p><strong>Vous n\u2019avez pas peur des changements climatiques?<\/strong><br \/>\nC\u2019est une affaire \u00e0 prendre au s\u00e9rieux, naturellement, mais il ne sert \u00e0 rien de paniquer. L\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, c\u2019est aussi celle de son adaptation aux changements climatiques. Cette capacit\u00e9 est l\u2019un des plus grands moteurs de l\u2019\u00e9volution de l\u2019humanit\u00e9, et \u00e7a continue de l\u2019\u00eatre. Bien s\u00fbr, les \u00e9conomies modernes sont devenues plus vuln\u00e9rables aux changements climatiques par le fait qu\u2019on a d\u00e9velopp\u00e9 de gigantesques infrastructures qui n\u2019existaient pas il y a quelques milliers d\u2019ann\u00e9es. Il y a donc plus de risques que \u00e7a fasse des d\u00e9g\u00e2ts. Mais nous ne sommes pas d\u00e9munis: l\u2019humanit\u00e9 n\u2019a jamais eu autant de moyens de s\u2019adapter, de prendre des contre-mesures et de s\u2019affranchir dans une certaine mesure des contraintes de son environnement.<\/p>\n<p><strong>A quelles mesures pensez-vous?<\/strong><br \/>\nOn a aujourd\u2019hui des moyens de g\u00e9nie civil gigantesques, si on veut prot\u00e9ger les c\u00f4tes contre la mont\u00e9e des oc\u00e9ans, par exemple. Ou pour construire des infrastructures dimensionn\u00e9es pour r\u00e9sister \u00e0 des crues ou \u00e0 des pluies torrentielles. Par contre, face \u00e0 des \u00e9v\u00e8nements climatiques extr\u00eames, il y a une diff\u00e9rence entre les pays riches, qui ont les moyens de prendre des mesures, et les pays pauvres qui n\u2019en ont pas.<\/p>\n<p><strong>Vous proposez aussi de consid\u00e9rer le CO2 comme une ressource, et pas seulement comme un probl\u00e8me\u2026<\/strong><br \/>\nJe le pense depuis longtemps. Le CO2, il ne faut pas le diaboliser, car il est \u00e9troitement associ\u00e9 \u00e0 la vie: il r\u00e9sulte de toute activit\u00e9 vivante en pr\u00e9sence d\u2019oxyg\u00e8ne. Ce qui se passe, depuis deux si\u00e8cles environ, c\u2019est que les humains cr\u00e9ent involontairement une \u00abmine gazeuse\u00bb en exp\u00e9diant de grandes quantit\u00e9s de CO2 dans l\u2019atmosph\u00e8re. Par rapport aux ambitions affich\u00e9es dans l\u2019Accord de Paris, les mesures de r\u00e9duction des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre ne suffiront pas. En compl\u00e9ment, d\u2019autres approches peuvent contribuer \u00e0 faire baisser la concentration de CO2 dans l\u2019air. Notamment, celle qui consiste \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019exc\u00e8s de gaz accumul\u00e9, soit \u00e0 partir d\u2019effluents concentr\u00e9s (cimenteries, incin\u00e9rateurs, raffineries, aci\u00e9ries, etc.), soit directement dans l\u2019air, ce qui est un peu plus compliqu\u00e9. Ce domaine fait l\u2019objet de recherches consid\u00e9rables depuis quelques ann\u00e9es, et l\u2019on peut dire que nous sommes \u00e0 bout touchant. Du point de vue technologique, nous arrivons \u00e0 la phase de pilotes industriels.<\/p>\n<p><strong>Et ces gaz, on en fait quoi?<\/strong><br \/>\nIl s\u2019agit de les stocker en dehors de l\u2019atmosph\u00e8re. Soit dans le sous-sol (s\u00e9questration g\u00e9ologique), ce qui consiste \u00e0 en enfouir de grandes quantit\u00e9s, mais c\u2019est une strat\u00e9gie co\u00fbteuse, comportant certains risques. Soit on les stocke dans l\u2019\u00e9conomie, sous forme de produits utiles, parfois \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e. Le CO2 capt\u00e9 peut servir de mati\u00e8re premi\u00e8re pour fabriquer des polym\u00e8res plastiques, des mat\u00e9riaux de construction, des m\u00e9dicaments, de nouveaux carburants, etc. Les quantit\u00e9s de CO2 ainsi valoris\u00e9es seraient assez modestes, quelques centaines de millions de tonnes par an, du moins pour commencer. Mais, ces produits ayant une valeur \u00e9conomique, cela permettrait de financer en partie les efforts de r\u00e9duction des \u00e9missions.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi on ne le fait pas?<\/strong><br \/>\nJe constate d\u2019abord une forme de r\u00e9ticence psychologique. Consid\u00e9rer le CO2 comme une ressource et non plus comme un d\u00e9chet dangereux n\u00e9cessite une sorte de \u00absaut cognitif\u00bb. Il y a aussi des r\u00e9ticences id\u00e9ologiques, certains craignant que cela ne serve de pr\u00e9texte pour rel\u00e2cher les efforts, alors qu\u2019il ne s\u2019agit \u00e9videmment pas de cela. Mais, dans les milieux sp\u00e9cialis\u00e9s, en particulier certains secteurs industriels (\u00e9nergie, chimie, m\u00e9tallurgie), on y travaille d\u2019arrache-pied. Je reviens par exemple de Dunkerque o\u00f9 nous discutons avec les autorit\u00e9s du Grand Port Maritime et de la Communaut\u00e9 urbaine de projets \u00e0 grande \u00e9chelle de valorisation du CO2. Par exemple, \u00e0 elle seule, l\u2019aci\u00e9rie ArcelorMittal de Dunkerque rejette 13 millions de tonnes de CO2 par an. Le potentiel est donc consid\u00e9rable, et pour une installation industrielle de ce type, la capture et valorisation du CO2 constituent m\u00eame sans doute une condition de sa survie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s Paris et Marrakech, la COP 23, la conf\u00e9rence internationale sur le climat, fera escale \u00e0 Bonn, en Allemagne, en novembre. Que faut-il en attendre? 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