{"id":8083,"date":"2017-05-11T08:25:36","date_gmt":"2017-05-11T06:25:36","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=8083"},"modified":"2020-07-23T10:24:08","modified_gmt":"2020-07-23T08:24:08","slug":"valerian-et-laureline-des-mythes-plus-vivants-que-jamais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/valerian-et-laureline-des-mythes-plus-vivants-que-jamais\/","title":{"rendered":"Val\u00e9rian et Laureline, des mythes plus vivants que jamais"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_7994\" aria-describedby=\"caption-attachment-7994\" style=\"width: 463px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7994\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/04\/valerian_2_66.jpg\" alt=\"\" width=\"463\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/04\/valerian_2_66.jpg 463w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/04\/valerian_2_66-204x260.jpg 204w\" sizes=\"auto, (max-width: 463px) 100vw, 463px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7994\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Dargaud<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>En juillet sortira \u00abVal\u00e9rian\u00bb, le film le plus cher de l\u2019histoire du cin\u00e9ma europ\u00e9en. 210 millions de francs de budget ont \u00e9t\u00e9 investis dans l\u2019adaptation sur grand \u00e9cran d\u2019une BD n\u00e9e en 1967. Mais quel est donc ce h\u00e9ros qui traverse aussi bien le temps? Les explications d\u2019Alain Boillat et de Rapha\u00ebl Baroni, membres du Groupe d\u2019\u00e9tude sur la bande dessin\u00e9e de l\u2019UNIL.<\/em><\/p>\n<p>Articles, interviews, analyses, lancements, bandes-annonces, photos soi-disant fuit\u00e9es, tweets et petites nouvelles savamment distill\u00e9es au quotidien sur le Net&#8230; Il faudrait vraiment venir d\u2019une galaxie lointaine, tr\u00e8s lointaine, pour ignorer que le film <em>Val\u00e9rian et la Cit\u00e9 des mille plan\u00e8tes<\/em> sortira le 26 juillet prochain. Car oui, Luc Besson a os\u00e9 se lancer dans l\u2019adaptation de la s\u00e9rie BD Val\u00e9rian (et Laureline), n\u00e9e il y a 50 ans de l\u2019imagination d\u00e9brid\u00e9e du sc\u00e9nariste Pierre Christin et du dessinateur Jean-Claude M\u00e9zi\u00e8res. Pour le meilleur ou pour le pire? Le cin\u00e9aste saura-t-il capter la po\u00e9sie et l\u2019humanisme de l\u2019album <em>L\u2019ambassadeur des ombres<\/em>, dont il s\u2019est principalement inspir\u00e9 <em>Allez savoir!<\/em><\/p>\n<p>En attendant de pouvoir juger sur \u00e9cran, Alain Boillat, doyen de la Facult\u00e9 des lettres de l\u2019UNIL et professeur en Histoire et Esth\u00e9tique du cin\u00e9ma, ainsi que Rapha\u00ebl Baroni, narratologue et professeur de Fran\u00e7ais, tous deux membres du Groupe d\u2019\u00e9tude sur la bande dessin\u00e9e (GrEBD), livrent quelques \u00e9l\u00e9ments-cl\u00e9s afin de comprendre comment et pourquoi cette \u00e9pop\u00e9e spatio-temporelle dessin\u00e9e est devenue culte.<\/p>\n<p><strong>50 ans d\u2019histoires, ou presque<\/strong><br \/>\nComme le rappelle Alain Boillat, la premi\u00e8re apparition de Val\u00e9rian date du 9 novembre 1967, dans le magazine Pilote, tandis que l\u2019album <em>Souvenirs du futur<\/em>, 22e tome de la saga, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 2013. Soit 46 ans plus tard.<\/p>\n<p>En d\u2019autres termes, Pierre Christin et Jean-Claude M\u00e9zi\u00e8res, qui se sont rencontr\u00e9s enfants, pendant la Seconde Guerre mondiale, ont r\u00e9ussi \u00e0 imaginer des aventures spatio-temporelles originales pendant pr\u00e8s de cinquante ans. \u00abCe qui est tout de m\u00eame assez exceptionnel\u00bb, rel\u00e8ve le professeur Boillat, en soulignant que ce d\u00e9veloppement sur une \u00ablongue dur\u00e9e\u00bb participe clairement de la mythification de la s\u00e9rie.<\/p>\n<figure id=\"attachment_8003\" aria-describedby=\"caption-attachment-8003\" style=\"width: 392px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-8003\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/04\/RaphaelBaroni_66.jpg\" alt=\"\" width=\"392\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/04\/RaphaelBaroni_66.jpg 392w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/04\/RaphaelBaroni_66-259x260.jpg 259w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/04\/RaphaelBaroni_66-250x250.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/04\/RaphaelBaroni_66-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 392px) 100vw, 392px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8003\" class=\"wp-caption-text\">Rapha\u00ebl Baroni. Professeur associ\u00e9 \u00e0 l\u2019Ecole de fran\u00e7ais langue \u00e9trang\u00e8re.\u00a0Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>La SF, un genre alors peu explor\u00e9<\/strong><br \/>\n\u00abCette s\u00e9rie a une importance majeure dans l\u2019histoire de la BD de science-fiction (SF) franco-belge. Et notamment parce qu\u2019elle a largement contribu\u00e9 \u00e0 la populariser, note Rapha\u00ebl Baroni.<\/p>\n<p>Contrairement aux Etats-Unis, qui raffolent de ce genre et craquent pour des h\u00e9ros tels que Buck Rogers et Flash Gordon, la France s\u2019int\u00e9resse surtout au genre comique et\/ou d\u2019aventures. Il faut rappeler que, jusque dans les ann\u00e9es 60, la bande dessin\u00e9e est per\u00e7ue comme un art industriel et populaire qui s\u2019adresse aux enfants et n\u2019int\u00e9resse absolument pas les \u00e9lites intellectuelles. Par ailleurs, elle est soumise \u00e0 la Loi de 1949 sur les publications pour la jeunesse qui, en interdisant entre autres la violence ou les allusions \u00e0 connotation sexuelle, \u00e9vacue de fait les th\u00e9matiques SF.\u00bb<\/p>\n<p>Pour sa part, le professeur Boillat rel\u00e8ve qu\u2019\u00e0 l\u2019exception de \u00abquelques rares parutions telles que <em>Futuropolis<\/em>, de Pellos en 1937, puis <em>Barbarella<\/em> de Forest, ou <em>Les Naufrag\u00e9s du temps<\/em> de Paul Gillon, d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 60, la bande dessin\u00e9e de science-fiction est un genre peu pr\u00e9sent dans l\u2019espace franco-belge\u00bb. Pour le coup, quand Christin et M\u00e9zi\u00e8res d\u00e9cident d\u2019unir leurs talents et de lancer une s\u00e9rie \u00e0 para\u00eetre en feuilleton dans l\u2019hebdomadaire Pilote, ils optent assez naturellement pour cet univers o\u00f9 tout reste \u00e0 faire.<\/p>\n<p>Ce d\u2019autant plus facilement, ajoute Alain Boillat, que Christin, d\u00e9fenseur de la \u00abparalitt\u00e9rature\u00bb dont la SF est l\u2019embl\u00e8me, est un grand d\u00e9voreur de romans d\u2019anticipation, dont ceux de Van Vogt, de Jack Vance ou de Poul Anderson.<\/p>\n<p><strong>Un support&#8230; porteur<\/strong><br \/>\nLanc\u00e9 en 1959, l\u2019hebdomadaire <em>Pilote<\/em> s\u2019adresse d\u2019abord aux \u00abjeunes adolescents\u00bb. Toutefois, expliquent tant Alain Boillat que Rapha\u00ebl Baroni, sous l\u2019influence de Ren\u00e9 Goscinny, la revue va rapidement s\u2019attacher \u00e0 \u00e9largir son public et \u00e0 s\u00e9duire des lecteurs un brin plus \u00e2g\u00e9s. Pour ce faire, elle mise sur la SF et l\u2019\u00e9rotisme, et elle ouvre ses pages \u00e0 des th\u00e9matiques plus sophistiqu\u00e9es \u2013 ce qui lui vaut de devenir une r\u00e9f\u00e9rence en mati\u00e8re de BD d\u2019avant-garde. Si bien que, en \u00e9tant publi\u00e9es dans ce magazine d\u00e8s 1967, les aventures de Val\u00e9rian b\u00e9n\u00e9ficient ipso facto de cette aura. Et, du m\u00eame coup, de l\u2019affection d\u2019un lectorat gourmand de nouveaut\u00e9s et d\u2019originalit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Les voyages extraordinaires<\/strong><br \/>\nL\u2019une des cl\u00e9s du succ\u00e8s de Val\u00e9rian tient aussi \u00e0 la th\u00e9matique du voyage extraordinaire et des univers utopiques: \u00abDans les premiers \u00e9pisodes, le sc\u00e9nario a pour but essentiel de d\u00e9placer les personnages dans des endroits fantastiques. La trame sert surtout \u00e0 la d\u00e9couverte de mondes exotiques, d\u2019esp\u00e8ces in\u00e9dites, d\u2019architectures folles, de temp\u00eates de fleurs ou de glace, de monstres&#8230;\u00bb, pr\u00e9cise Rapha\u00ebl Baroni.<\/p>\n<p>Cher \u00e0 Jules Verne au XIXe si\u00e8cle, ou \u00e0 Platon bien avant lui, ce concept onirique hautement d\u00e9paysant a une triple fonction. De fait, il permet \u00e0 Christin de laisser aller son imagination librement, sans limites, \u00e0 M\u00e9zi\u00e8res de l\u2019illustrer avec maestria\u2026 et aux lecteurs de s\u2019envoler vers des ailleurs fascinants souvent merveilleux, parfois inqui\u00e9tants, mais toujours compl\u00e8tement in\u00e9dits.<\/p>\n<p>Ou quasiment toujours. Comme le note le professeur Boillat, dans <em>Les Spectres d\u2019Inverloch<\/em>, paru en 1984, l\u2019artiste s\u2019est en effet amus\u00e9 \u00e0 vouloir reproduire la r\u00e9alit\u00e9. Enfin, quand on dit amus\u00e9&#8230; \u00abM\u00e9zi\u00e8res raconte qu\u2019il s\u2019est lanc\u00e9 l\u00e0-dedans parce qu\u2019il avait envie de faire quelque chose de plus facile et de dessiner le quotidien. Or, il s\u2019est aper\u00e7u que c\u2019\u00e9tait beaucoup plus compliqu\u00e9 parce qu\u2019il avait un souci de r\u00e9alisme qu\u2019il n\u2019avait pas dans ses syst\u00e8mes imaginaires. Il y est donc assez rapidement revenu!\u00bb<\/p>\n<p>Si les sc\u00e9narios de Christin sont pour beaucoup dans la fascination qu\u2019exercent Val\u00e9rian et Laureline, le graphisme de M\u00e9zi\u00e8res est \u00e9galement importantissime, rel\u00e8vent les experts. Un graphisme qui \u00e9volue d\u2019ailleurs au fil des ans: \u00abLa s\u00e9rie part d\u2019un genre assez caricatural pour d\u00e9velopper progressivement un style plus r\u00e9aliste, qui sert surtout \u00e0 repr\u00e9senter richement les univers exotiques visit\u00e9s par les h\u00e9ros. Les mises en page aussi sont tr\u00e8s travaill\u00e9es, s\u2019\u00e9mancipant souvent du standard herg\u00e9en de la page d\u00e9coup\u00e9e en quatre strips pour mettre en valeur des espaces souvent assez monumentaux\u00bb, pr\u00e9cise Rapha\u00ebl Baroni.<\/p>\n<figure id=\"attachment_8000\" aria-describedby=\"caption-attachment-8000\" style=\"width: 386px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-8000\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/04\/valerian_1_66.jpg\" alt=\"\" width=\"386\" height=\"593\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/04\/valerian_1_66.jpg 386w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/04\/valerian_1_66-169x260.jpg 169w\" sizes=\"auto, (max-width: 386px) 100vw, 386px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8000\" class=\"wp-caption-text\">Au cin\u00e9ma. Val\u00e9rian (incarn\u00e9 par Dane DeHaan) et Laureline (Cara Delevingne) encadrent le r\u00e9alisateur Luc Besson. Son film est le plus cher de l\u2019histoire du cin\u00e9ma europ\u00e9en. \u00a9 2016 Valerian SAS \u2013 TF1 Films Production<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Le paradoxe temporel<\/strong><br \/>\nComme l\u2019indique justement son titre original, Val\u00e9rian, agent spatio-temporel, la s\u00e9rie repose sur des voyages dans le temps. Et, corollaire, elle \u00e9voque un redoutable paradoxe temporel. Soit un concept selon lequel remonter dans le pass\u00e9 pour le modifier a des cons\u00e9quences sur le pr\u00e9sent, rendant celui-ci potentiellement impossible\u2026 \u00e0 moins de trouver une astuce pour contourner l\u2019obstacle!<\/p>\n<p>\u00abQuand M\u00e9zi\u00e8res et Christin imaginent en 1968 qu\u2019un accident nucl\u00e9aire va provoquer la fin de la civilisation en 1986, ils ne pensent pas une seconde qu\u2019ils seront encore dans Val\u00e9rian \u00e0 ce moment-l\u00e0 et, pour le coup, ne s\u2019inqui\u00e8tent pas beaucoup du r\u00e9alisme de la chose, pr\u00e9cise le professeur Baroni. Mais le temps passe et Christin voit qu\u2019il y a un probl\u00e8me narratif puisqu\u2019il va falloir expliquer pourquoi le cataclysme racont\u00e9 dans <em>La Cit\u00e9 des eaux mouvantes<\/em> ne s\u2019est pas produit. Il finit par trouver une solution g\u00e9niale: transformer la ligne temporelle en cr\u00e9ant plusieurs univers parall\u00e8les.\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est comme \u00e7a que, \u00abdans le tome 21, <em>L\u2019OuvreTemps<\/em>, Val\u00e9rian et Laureline sortent du paradoxe temporel par le biais d\u2019une \u201cautre\u201d vie et peuvent se voir enfants\u00bb, note de son c\u00f4t\u00e9 le professeur Boillat.<\/p>\n<p><strong>L\u2019effet 1977&#8230;<\/strong><br \/>\nBien que la s\u00e9rie Val\u00e9rian ait \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9e d\u00e8s ses d\u00e9buts, elle a tout de m\u00eame clairement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de \u00abl\u2019effet 1977\u00bb. Ainsi, comme l\u2019analyse Alain Boillat, il faudra attendre cette ann\u00e9e-l\u00e0, \u00e9videmment marqu\u00e9e par la sortie du <em>Star Wars<\/em> de George Lucas, pour que le space opera gagne une vraie dimension \u00abpopulaire\u00bb. Une popularisation qui sera d\u2019ailleurs encore accentu\u00e9e deux ans plus tard par le d\u00e9barquement sur grand \u00e9cran de la saga interstellaire <em>Star Trek<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Des h\u00e9ros en couple? Du jamais vu!<\/strong><br \/>\nAutre facteur int\u00e9ressant qui peut expliquer l\u2019engouement du public pour la s\u00e9rie: elle met en sc\u00e8ne un homme et une femme amoureux et non mari\u00e9s. Une grande nouveaut\u00e9, malgr\u00e9 le contexte libertaire de Mai 68, soulignent aussi bien Alain Boillat que Rapha\u00ebl Baroni. A noter aussi que, tout au long des albums, les auteurs utilisent cette relation pour aborder plus ou moins frontalement des probl\u00e8mes de couple \u2013 tels que la jalousie ou la fid\u00e9lit\u00e9.<\/p>\n<figure id=\"attachment_8009\" aria-describedby=\"caption-attachment-8009\" style=\"width: 265px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-8009\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/04\/AlainBoillat_66.jpg\" alt=\"\" width=\"265\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/04\/AlainBoillat_66.jpg 265w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2017\/04\/AlainBoillat_66-175x260.jpg 175w\" sizes=\"auto, (max-width: 265px) 100vw, 265px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8009\" class=\"wp-caption-text\">Alain Boillat. Doyen de la Facult\u00e9 des lettres. Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Vous avez dit f\u00e9minisme?<\/strong><br \/>\nDerri\u00e8re tout grand homme se cache toujours une femme. Et cette s\u00e9rie ne fait pas exception. Car m\u00eame si de nombreuses aventures sont plut\u00f4t focalis\u00e9es sur lui, rappelle Alain Boillat, Laureline est loin de n\u2019\u00eatre qu\u2019une jolie faire-valoir. Au contraire, elle est m\u00eame plut\u00f4t l\u2019\u00e9l\u00e9ment moteur du duo et a m\u00e9chamment tendance \u00e0 remettre en question les points de vue souvent ringards de son compagnon.<\/p>\n<p>\u00abElle a du caract\u00e8re et, contrairement \u00e0 Val\u00e9rian, qui se contente g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019\u00eatre dans l\u2019action, elle est dans la r\u00e9flexion et la distance\u00bb, note le professeur. Cependant, m\u00eame si Laureline est plus fine et a d\u2019ind\u00e9niables qualit\u00e9s, il ne faut pas oublier que la s\u00e9rie s\u2019appelle <em>Val\u00e9rian agent spatio-temporel<\/em> \u2013 il faudra attendre 2007 pour qu\u2019elle soit rebaptis\u00e9e Val\u00e9rian et Laureline \u2013 et qu\u2019elle est l\u2019\u0153uvre d\u2019auteurs masculins.<\/p>\n<p>Au fond, il y a une vraie ambigu\u00eft\u00e9. Parce que, m\u00eame si elle est tr\u00e8s li\u00e9e aux mouvements d\u2019\u00e9mancipation des femmes, auxquels Pierre Christin \u00e9tait tr\u00e8s sensible, Laureline est tout de m\u00eame tr\u00e8s sexu\u00e9e et son corps peut \u00eatre parfois exhib\u00e9 comme objet d\u2019attraction. \u00abM\u00e9zi\u00e8res ne s\u2019est par exemple pas beaucoup inqui\u00e9t\u00e9 de r\u00e9alisme quand il lui a cr\u00e9\u00e9 des combinaisons spatiales! Je crois qu\u2019il ne faut pas se leurrer?: Christin et M\u00e9zi\u00e8res s\u2019adressaient essentiellement aux hommes, l\u2019\u00e9largissement du lectorat aux femmes \u00e9tant bien plus tardif (ann\u00e9es 90, <em>ndlr<\/em>).\u00bb<\/p>\n<p>Un point de vue que partage Rapha\u00ebl Baroni, qui ajoute qu\u2019en cela, Laureline est la digne h\u00e9riti\u00e8re de Barbarella, qui s\u2019inscrivait clairement dans le registre de l\u2019\u00e9rotisme. \u00abCela dit, il y a aussi des moments de bascule surprenants du point de vue de la trame narrative. L\u2019\u00e9pisode <em>L\u2019ambassadeur des ombres<\/em> inverse par exemple les codes des contes o\u00f9 les princes charmants doivent d\u00e9livrer des princesses. L\u00e0, c\u2019est Laureline qui va sauver Val\u00e9rian, qui reste inactif, puisqu\u2019il est paralys\u00e9 et inconscient pendant presque toute l\u2019aventure!\u00bb<\/p>\n<p><strong>Une optique humaniste, engag\u00e9e et po\u00e9tique<br \/>\n<\/strong>Po\u00e8tes et conteurs hors pair, M\u00e9zi\u00e8res et Christin n\u2019en sont pas moins des hommes engag\u00e9s de leur temps, remarque Alain Boillat. Qui explique qu\u2019en les lisant entre les cases, leurs albums sont tous assez clairement positionn\u00e9s: \u00abPierre Christin, qui avait fait Sciences Po, est vraiment dans une optique de r\u00e9flexion sociologique un peu d\u00e9lur\u00e9e mais tr\u00e8s imaginative. Il est tout \u00e0 fait dans la veine Mai 68, et Val\u00e9rian est donc assez repr\u00e9sentatif des combats sociaux et politiques de cette \u00e9poque. M\u00e9zi\u00e8res et Christin ne cherchaient pas \u00e0 embrigader leurs lecteurs mais leurs histoires sont empreintes d\u2019humanisme et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, de tol\u00e9rance et du refus de toute forme de dictature, de totalitarisme ou de racisme.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Des artistes visionnaires\u2026<\/strong><br \/>\nOutre la fascinante \u00abvision\u00bb d\u2019un accident nucl\u00e9aire qui surviendrait en 1986&#8230; ann\u00e9e o\u00f9 a justement eu lieu la catastrophe de Tchernobyl, Christin et M\u00e9zi\u00e8res ont aussi anticip\u00e9 toutes sortes de probl\u00e9matiques soci\u00e9tales. Dont l\u2019\u00e9cologie ou les dangers de la mondialisation, les risques des manipulations g\u00e9n\u00e9tiques et du clonage.<\/p>\n<p><strong>Star Wars, une saga sous influence<\/strong><br \/>\nGeorges Lucas a-t-il pill\u00e9 Val\u00e9rian? Star Wars n\u2019est-il au fond que la premi\u00e8re adaptation cin\u00e9matographique des aventures des plus adorables agents spatio-temporels de toutes les galaxies? Ni Alain Boillat ni Rapha\u00ebl Baroni ne vont jusque-l\u00e0. Ce qui ne les emp\u00eache pas, chacun de son c\u00f4t\u00e9, de rep\u00e9rer quelques dr\u00f4les de co\u00efncidences entre la franchise hollywoodienne et la BD de Christin et M\u00e9zi\u00e8res: \u00abLucas a toujours revendiqu\u00e9 l\u2019influence de Flash Gordon sur sa saga, jamais celle de Val\u00e9rian\u00bb, note Alain Boillat. Et de citer, alors, des cr\u00e9atures star-war(s)iennes ressemblant \u00e9trangement aux Shingouz, ou le petit bikini de Leia dans <em>Le retour du Jedi<\/em> qu\u2019on dirait venu directement de la garde-robe de Laureline, ainsi que diff\u00e9rents vaisseaux, dont le Faucon Millenium, ou m\u00eame l\u2019allure sombre de Dark Vador qui serait bien inspir\u00e9, en l\u2019occurrence, de remercier ses vrais p\u00e8res&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En juillet sortira \u00abVal\u00e9rian\u00bb, le film le plus cher de l\u2019histoire du cin\u00e9ma europ\u00e9en. 210 millions de francs de budget ont \u00e9t\u00e9 investis dans l\u2019adaptation sur grand \u00e9cran d\u2019une BD &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":8006,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[13144,42162],"tags":[42155],"class_list":{"0":"post-8083","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-art-et-litterature","8":"category-no-66","9":"tag-saskia-galitch"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8083","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8083"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8083\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8006"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8083"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8083"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8083"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}