{"id":795,"date":"2007-05-09T16:06:08","date_gmt":"2007-05-09T14:06:08","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=795"},"modified":"2010-10-26T15:41:39","modified_gmt":"2010-10-26T13:41:39","slug":"pourquoi-lislam-stimule-notre-rapport-a-la-religion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/pourquoi-lislam-stimule-notre-rapport-a-la-religion\/","title":{"rendered":"Pourquoi l\u2019islam stimule notre rapport \u00e0 la religion"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2007\/05\/islam.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-801\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2007\/05\/islam.jpg\" alt=\"Pourquoi l\u2019islam stimule notre rapport \u00e0 la religion\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2007\/05\/islam.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2007\/05\/islam-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>D\u00e9sormais inscrit dans le paysage suisse, l\u2019islam  suscite r\u00e9guli\u00e8rement des r\u00e9actions dont la presse se fait l\u2019\u00e9cho. Mais  au fait, quelles questions? Se pourrait-il que l\u2019islam revivifie la foi  chr\u00e9tienne? Les r\u00e9ponses de trois sp\u00e9cialistes de l\u2019UNIL.<\/em><\/p>\n<p>\u00abLa foi est de retour\u00bb: c\u2019est le titre d\u2019un article paru en mars dernier  dans \u00abUn quart d\u2019heure pour J\u00e9sus\u00bb, le journal gratuit des Evang\u00e9liques  suisses. A l\u2019appui de cette \u00abr\u00e9v\u00e9lation\u00bb, un sondage. Cette \u00e9tude  indiquait notamment qu\u2019un pourcentage important des Suisses interrog\u00e9s  (36%) \u00e9voquait \u00abla confrontation avec l\u2019islam\u00bb parmi les raisons de  leur suppos\u00e9 regain d\u2019int\u00e9r\u00eat pour la spiritualit\u00e9 et le religieux.<\/p>\n<h2>Quel rapport entretenons-nous avec la religion?<\/h2>\n<p>Une lecture attentive des infographies montre que le  chiffre est bien inf\u00e9rieur \u00e0 ce qui appara\u00eet de prime abord dans  l\u2019article (en r\u00e9alit\u00e9, seuls huit Helv\u00e8tes sur cent ont \u00e9t\u00e9 stimul\u00e9s par  la confrontation). Une anomalie int\u00e9ressante en elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, confrontation ou pas, l\u2019islam nous renvoie  effectivement au rapport que nous entretenons avec la religion. Va-t-il  rapprocher les chr\u00e9tiens de leur foi? Pourquoi et comment nous  interroge-t-il? Pour Olivier Favre, chercheur \u00e0 l\u2019Observatoire des religions de l\u2019UNIL,  \u00abdeux ph\u00e9nom\u00e8nes nous poussent au questionnement sur le religieux: le  fait de l\u2019islamisme dans son expression radicale et la rencontre avec  l\u2019islam \u00e0 travers l\u2019immigration (essentiellement balkanique en Suisse).  Mais de l\u00e0 \u00e0 conclure \u00e0 une augmentation de la pratique parmi les  chr\u00e9tiens, c\u2019est tr\u00e8s discutable.\u00bb<\/p>\n<p>Le chercheur lausannois distingue trois types de r\u00e9actions, dont deux  minoritaires mais qui font le plus de bruit, en l\u2019occurrence autour de  la question embl\u00e9matique des minarets. Premi\u00e8rement, la position la plus  ouverte qu\u2019incarne l\u2019\u00e9v\u00eaque de Zurich Kurt Koch qui ne voit aucune  objection \u00e0 ce qu\u2019on en construise. Pour lui, le probl\u00e8me n\u2019est pas  l\u2019islam mais la ti\u00e9deur de notre foi chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p>A l\u2019oppos\u00e9, des protestants conservateurs d\u00e9veloppent un argumentaire  religieux et agissent au niveau politique contre ces constructions,  comme cela s\u2019est produit l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e \u00e0 Langenthal (BE) ou \u00e0 Wangen  (SO), entre autres.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me position, majoritaire, est celle du gros de la population  qui exprime un malaise de mani\u00e8re diffuse. Mais, au fond, quelles sont  les questions que nous pose la pr\u00e9sence de l\u2019islam?<\/p>\n<h2>L\u2019islam attire<\/h2>\n<p>Il nous met en pr\u00e9sence de croyants tr\u00e8s affirm\u00e9s car \u00abil  est souvent pratiqu\u00e9 par des personnes z\u00e9l\u00e9es, dont toute la vie est  impliqu\u00e9e dans un religieux qui lui donne son sens. Ces croyants sont  par ailleurs anim\u00e9s d\u2019une volont\u00e9 de ne pas privatiser Dieu\u00bb, analyse Shafique Keshavjee.<\/p>\n<p>Et le professeur de th\u00e9ologie des religions aux universit\u00e9s de Lausanne  et Gen\u00e8ve de citer ces jeunes femmes occidentales converties \u00e0 l\u2019islam,  qui disent avoir trouv\u00e9 dans la pratique de cette religion un cadre  s\u00e9curisant et une nouvelle force int\u00e9rieure, apr\u00e8s avoir v\u00e9cu une vie  sexuelle libre mais pas tr\u00e8s heureuse.<\/p>\n<h2>Il fait peur<\/h2>\n<p>Pour Jean-Claude Basset, enseignant en islamologie \u00e0 la Facult\u00e9 de th\u00e9ologie et de sciences des religions de l\u2019UNIL, \u00abla conjonction d\u2019un sentiment d\u2019envahissement et d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s s\u00e9cularis\u00e9e am\u00e8ne certains \u00e0 se sentir d\u00e9munis\u00bb. De l\u00e0 \u00e0 \u00e9prouver de la peur, il n\u2019y a qu\u2019un pas que franchissent, par  r\u00e9action, des personnes qui ne se d\u00e9finiraient pas comme chr\u00e9tiennes  dans d\u2019autres circonstances. \u00abLa majorit\u00e9 chr\u00e9tienne ne ressent pas l\u2019agnosticisme ou l\u2019ath\u00e9isme  comme de v\u00e9ritables d\u00e9fis, poursuit-il, mais, face \u00e0 une affirmation  tranch\u00e9e, l\u2019obligation d\u2019en revenir \u00e0 ce que l\u2019on croit ou pas se fait  sentir.\u00bb<\/p>\n<p>Impossible, par ailleurs, de passer sous silence les violences exerc\u00e9es  au nom de l\u2019islam. Shafique Keshavjee rappelle que Mohamed a \u00e9t\u00e9 aussi  un chef guerrier. \u00abLes musulmans les plus litt\u00e9ralistes peuvent se  r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 lui en tant que chef religieux, politique, juridique et  militaire. La violence n\u2019a certes pas \u00e9pargn\u00e9 le christianisme, qui a  sans doute tu\u00e9 avantage que l\u2019islam. Mais son rejet a suscit\u00e9 un  d\u00e9veloppement de l\u2019ath\u00e9isme et de l\u2019humanisme agnostique \u00e0 l\u2019\u00e9poque des  Lumi\u00e8res.\u00bb<\/p>\n<h2>L\u2019islam questionne nos valeurs<\/h2>\n<p>L\u2019islam nous conduit encore \u00e0 nous interroger sur nos  propres valeurs et leurs fondements. Parmi les sujets incontournables,  il y a celui de l\u2019\u00e9galit\u00e9 homme-femme. \u00abUne majorit\u00e9 de musulmans souhaite adopter les valeurs occidentales d\u2019\u00e9galit\u00e9, estime Shafique Keshavjee. Mais pour les litt\u00e9ralistes, la diff\u00e9renciation des r\u00f4les masculin et  f\u00e9minin voulue par Mohamed est cruciale et ne pas la maintenir, c\u2019est  perdre son \u00e2me.\u00bb<\/p>\n<p>Sur ce point, Jean-Claude Basset fait toutefois remarquer que \u00abnous  sommes tous ici pour l\u2019\u00e9galit\u00e9. La preuve c\u2019est que nous d\u00e9non\u00e7ons  l\u2019in\u00e9galit\u00e9 chez les autres! Mais nous ne sommes pas encore parvenus \u00e0  un salaire \u00e9gal pour un travail \u00e9gal.\u00bb<\/p>\n<p>Quant aux valeurs non n\u00e9gociables, Shafique Keshavjee les d\u00e9finit tr\u00e8s  clairement: \u00abLa libert\u00e9 de croire ou pas, le fait de pouvoir entrer dans  une religion et la quitter, l\u2019\u00e9galit\u00e9 homme-femme, le respect des  minorit\u00e9s, un pluralisme r\u00e9el minoritaire utilise pour se faire entendre  tout en le refusant \u00e0 autrui.\u00bb<\/p>\n<h2>Nos valeurs ont aussi une source religieuse<\/h2>\n<p>Et le chercheur de l\u2019UNIL de rappeler que \u00abnos valeurs  sont fond\u00e9es sur la Bible et la philosophie. Elles ont donc aussi une  source religieuse. Certaines de nos lois sont n\u00e9es dans les d\u00e9mocraties  anglaise et am\u00e9ricaine, tr\u00e8s fortement marqu\u00e9es par diverses formes de  protestantisme, plus d\u00e9mocratique que le catholicisme. D\u2019o\u00f9 l\u2019existence  en Occident d\u2019une libert\u00e9 de croyance valorisant cette histoire et une  s\u00e9paration du religieux et du politique.\u00bb<\/p>\n<p>Ce qui n\u2019emp\u00eache pas la religion d\u2019occuper une place tr\u00e8s importante  dans un pays comme les Etats-Unis o\u00f9 chaque r\u00e9union de cabinet \u00e0 la  Maison-Blanche commence actuellement par une pri\u00e8re et o\u00f9 65 % des  personnes se disent croyantes (un chiffre cit\u00e9 dans le hors s\u00e9rie de  \u00abCourrier international\u00bb de mars dernier intitul\u00e9 Au nom de Dieu).<\/p>\n<h2>Il remet la question de la religion sur la place publique<\/h2>\n<p>\u00abLa religion ayant \u00e9t\u00e9 longtemps rel\u00e9gu\u00e9e dans la sph\u00e8re priv\u00e9e et  chacun faisant ce que bon lui semble, le besoin de prendre position  n\u2019existait pas. Du fait de sa diff\u00e9rence, l\u2019islam remet en cause un  accord qui n\u2019\u00e9tait que superficiel\u00bb, fait remarquer Jean-Claude Basset.<\/p>\n<p>Or l\u2019islam conteste le caract\u00e8re priv\u00e9 de la religion \u2013 comme le fait  quiconque a quelques connaissances en sciences des religions. Car il  existe bel et bien une manifestation publique de la religion, et les  discussions autour de la Charia posent d\u2019ailleurs cette question.\u00bb<\/p>\n<p>Preuve de l\u2019importance du th\u00e8me, le Fonds national de la recherche  scientifique (FNRS) a d\u00e9bloqu\u00e9 10 millions sur trois ans pour des  recherches, avec un int\u00e9r\u00eat particulier pour les questions l\u00e9gales.<\/p>\n<p>\u00abA l\u2019occasion de la rencontre avec l\u2019islam, les Europ\u00e9ens voient le religieux r\u00e9appara\u00eetre sur la place publique, constate lui aussi Shafique Keshavjee. En m\u00eame temps, nombreux sont ceux  qui prennent conscience qu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 du processus de la\u00efcisation, une  autre r\u00e9alit\u00e9 existe au niveau mondial. A savoir que politique et  religion sont imbriqu\u00e9es dans de nombreux pays comme l\u2019Iran, l\u2019Inde,  Isra\u00ebl ou la Russie, pour ne citer que ceux-l\u00e0.\u00bb<\/p>\n<h2>L\u2019islam nous interroge sur le fonctionnement du rapport entre religieux et politique<\/h2>\n<p>\u00abSommes-nous aussi clairs que nous le pensons sur la mani\u00e8re dont  fonctionne notre rapport entre politique et religion? s\u2019interroge  Jean-Claude Basset. La probl\u00e9matique des cimeti\u00e8res est, \u00e0 cet \u00e9gard,  int\u00e9ressante et les demandes des musulmans ne sont pas si diff\u00e9rentes de  celles des juifs. Pour ces derniers, la situation s\u2019est r\u00e9solue \u00e0  Lausanne avec le cimeti\u00e8re de Cery. A Gen\u00e8ve, un cimeti\u00e8re a \u00e9t\u00e9  ouvert&#8230; sur territoire fran\u00e7ais, avec un acc\u00e8s situ\u00e9 \u00e0 Veyrier, en  territoire suisse! Les questions soulev\u00e9es par les musulmans mettent  ainsi \u00e0 jour certaines entourloupettes.\u00bb<\/p>\n<h2>Il met \u00e0 jour une forme d\u2019autocensure<\/h2>\n<p>Rappelons encore que sur Vaud, les pasteurs r\u00e9form\u00e9s sont  pay\u00e9s par l\u2019Etat ainsi que les pr\u00eatres catholiques et, depuis peu, le  rabbin. Au niveau de l\u2019\u00e9cole, l\u2019enseignement biblique vaudois se trouve  questionn\u00e9 par la pr\u00e9sence de l\u2019islam, qui, s\u2019il n\u2019est pas seul en  cause, focalise l\u2019attention et impose une approche qui oblige \u00e0 \u00e9largir  cet enseignement.<\/p>\n<p>En mars dernier, la F\u00e9d\u00e9ration \u00e9vang\u00e9lique vaudoise (FEV, 5000 fid\u00e8les) a  d\u00e9pos\u00e9 une demande de reconnaissance d\u2019int\u00e9r\u00eat public aupr\u00e8s des  autorit\u00e9s cantonales.<br \/>\nLes lois vot\u00e9es en janvier par le Grand Conseil attribuent  un statut de droit public (avec subventions) aux Eglises protestante et  catholique et accordent un statut plus limit\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eat public \u00e0 la  communaut\u00e9 isra\u00e9lite.<\/p>\n<p>Mais Olivier Favre explique que \u00ables exigences \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pasteurs  sont tr\u00e8s strictes et toutes sortes d\u2019assurances concernant les droits  de l\u2019homme sont requises. On sent une certaine crainte \u00e0 faire avancer  les dossiers. Derri\u00e8re ces r\u00e9ticences, se profile la peur de l\u2019islam.\u00bb<\/p>\n<p>Selon lui, une forme d\u2019autocensure \u00e0 la fois \u00e0 propos des musulmans et \u00e0  propos de nos racines jud\u00e9o-chr\u00e9tiennes est perceptible. \u00abDans une  tentative de maintenir l\u2019\u00e9quilibre entre les acteurs religieux, ces  racines doivent rester des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 un humanisme permettant la  pluralit\u00e9 et le respect mais ne sont pas assum\u00e9es comme une pens\u00e9e \u00e0  imposer. La question de l\u2019islam fait ici office d\u2019excuses.\u00bb<\/p>\n<h2>L\u2019islam conduit \u00e0 en finir avec le consensus mou<\/h2>\n<p>Une chose est s\u00fbre, l\u2019attitude relativiste n\u2019est plus dans  l\u2019air du temps. \u00abDe nombreux Occidentaux ont longtemps v\u00e9cu avec l\u2019id\u00e9e  plus ou moins explicite que toutes les religions se valent, constate  Shafique Keshavjee. Mais la confrontation entre certains musulmans  religieux, mais inconsciemment irrespectueux et peu pluralistes, et une  soci\u00e9t\u00e9 peu religieuse et inconsciemment assez relativiste change la  donne. Cette conjonction d\u2019absence de pluralisme chez les uns et de  relativisme chez les autres provoque un r\u00e9veil chez certains.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abLa fin du consensus mou entre religion et soci\u00e9t\u00e9 nous confronte \u00e0 la  question de savoir quelle place accorder \u00e0 la diversit\u00e9 religieuse, et  jusqu\u2019o\u00f9 accepter les diff\u00e9rences\u00bb, note pour sa part Jean-Claude  Basset.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, il s\u2019agit de ne pas tomber dans le pi\u00e8ge de la confrontation,  \u00abde ne pas mettre tout le monde dans le m\u00eame sac et de ne pas se  pr\u00e9cipiter sur le premier non-\u00e9v\u00e9nement venu pour l\u2019amplifier  d\u00e9mesur\u00e9ment\u00bb. Allusion \u00e0 l\u2019\u00e9pisode neuch\u00e2telois de d\u00e9cembre 2006, \u00abqui  avait fourni l\u2019occasion de faire de belles Unes de journaux\u00bb avant de se  d\u00e9gonfler compl\u00e8tement.<\/p>\n<h2>Eviter le pi\u00e8ge de la confrontation<\/h2>\n<p>A l\u2019\u00e9poque, des parents musulmans auraient demand\u00e9 que la  f\u00eate de No\u00ebl cesse d\u2019\u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9e dans les \u00e9coles, ce qui s\u2019est av\u00e9r\u00e9  faux. No\u00ebl \u00e9tant pour la majorit\u00e9 d\u2019entre nous affaire de sapin et de  cadeaux plus que de messe de minuit, l\u2019\u00e9pisode illustre \u00e0 quel point  tout peut \u00eatre bon pour susciter la confrontation. Une tentation qui  existe de part et d\u2019autre.<\/p>\n<p>\u00abC\u00f4t\u00e9 musulman, en vertu de valeurs diff\u00e9rentes, certains peuvent  \u00e9prouver le besoin de ne pas se faire compl\u00e8tement assimiler. Le  probl\u00e8me \u00e9tant pour eux de savoir comment poser leur identit\u00e9 dans un  contexte relativiste dans lequel ils ne se retrouvent pas.\u00bb Et cela  alors qu\u2019au sein de nombreux pays musulmans, \u00abl\u2019islam se vit aussi dans  un contexte de consensus mou, sauf en cas de crises comme celle qui  oppose Bush et Ben Laden\u00bb, remarque Jean-Claude Basset.<\/p>\n<h2>Qui revendique ouvertement un islam lib\u00e9ral?<\/h2>\n<p>Pour Shafique Keshavjee, \u00absi le choc peut parfois \u00eatre  frontal, c\u2019est que religion et politique s\u2019articulent chez les  musulmans, d\u2019o\u00f9 la plus grande visibilit\u00e9 de ceux qui ont un discours  sans ambigu\u00eft\u00e9s dans lequel la religion occupe clairement sa place dans  la vie sociale et politique. Il faut toutefois pr\u00e9ciser qu\u2019il existe une  importante diversit\u00e9 de courants et que les plus m\u00e9diatis\u00e9s sont les 10  \u00e0 15% les plus traditionalistes ayant en t\u00eate un islam tr\u00e8s affirm\u00e9.\u00bb<\/p>\n<h2>\u00abLe respect de la diff\u00e9rence n\u2019est pas une valeur en soi\u00bb<\/h2>\n<p>Le go\u00fbt des m\u00e9dias pour la polarisation est ainsi pain b\u00e9nit pour les  traditionalistes, qui ont tout loisir de se faire entendre. \u00abLe probl\u00e8me  actuel est celui du rapport de force entre ce courant minoritaire et  les nombreux musulmans appr\u00e9ciant les valeurs d\u00e9mocratiques  occidentales, qui ne prennent pas la parole. En Suisse romande, il n\u2019y a  pas de personnalit\u00e9s fortes d\u00e9fendant un islam lib\u00e9ral\u00bb, regrette  Shafique Keshavjee.<\/p>\n<p>Il appelle donc de ses voeux un r\u00e9el pluralisme qui permette un vrai  dialogue, tout en pr\u00e9cisant que si le respect de l\u2019autre est  indispensable, il faut aussi savoir r\u00e9sister \u00e0 l\u2019irrespect et le  reconna\u00eetre en soi et chez autrui. \u00abLe respect de la diff\u00e9rence n\u2019est  pas une valeur en soi\u00bb, estime Shafique Keshavjee.<\/p>\n<p>A propos de rapport de force, des questions g\u00e9opolitiques entrent aussi  en jeu: ainsi la longue alliance des Etats-Unis avec l\u2019Arabie saoudite,  forg\u00e9e autour du p\u00e9trole et doubl\u00e9e d\u2019un silence total sur les droits de  l\u2019homme, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 sans cons\u00e9quence. \u00abLes milliards du p\u00e9trole ont  permis au wahhabisme d\u2019essaimer par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019imams qui  transmettent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger l\u2019islam le moins \u00e9clair\u00e9. Nous en subissons le  contrecoup en Occident, mais ce sont d\u2019abord les pays musulmans qui en  p\u00e2tissent.\u00bb<\/p>\n<h2>L\u2019islam va-t-il nous rapprocher de la foi chr\u00e9tienne?<\/h2>\n<p>Pour Olivier Favre, \u00able mouvement vers la s\u00e9cularisation  est certain et ce n\u2019est pas l\u2019islam qui va inverser la tendance. Si davantage de personnes se mettaient \u00e0 pratiquer, ce  serait pour des raisons plus profondes. On constate actuellement une  augmentation de la pri\u00e8re et de la pratique individuelle et une attente  de spiritualit\u00e9. Si d\u00e9veloppement de la religion il y a, il ne se  traduira pas forc\u00e9ment par une augmentation des pratiques  traditionnelles.\u00bb<\/p>\n<p>Plus qu\u2019un regain de foi, c\u2019est une remise en question de la remise en  question de la religion, op\u00e9r\u00e9e au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, qui a lieu selon  lui.<\/p>\n<p>Enfin, si aucun vrai dialogue ne parvenait \u00e0 s\u2019\u00e9tablir, Shafique  Keshavjee envisage quant \u00e0 lui \u00abl\u2019\u00e9mergence de positions plus  exclusivistes chez les musulmans comme chez les chr\u00e9tiens, dans une  spirale d\u2019attitudes agressives. A moins que ce soient les attitudes  ath\u00e9es qui pr\u00e9dominent, si les violences devaient se d\u00e9velopper.\u00bb<\/p>\n<p>En attendant d\u2019\u00eatre fix\u00e9, on pourra bient\u00f4t lire le prochain  best-seller. C\u2019est une nouvelle traduction Coran. Comme elle sera  bient\u00f4t livr\u00e9e par une femme irano-am\u00e9ricaine, elle promet encore de  faire des vagues.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Elisabeth Gilles<\/p>\n<p style=\"text-align: left\"><strong>A lire:<\/strong><br \/>\nShafique Keshavjee, <strong>\u00abLe roi, le sage et le bouffon\u00bb<\/strong>, Seuil, 2000.<br \/>\n\u00abLa princesse et le proph\u00e8te. La mondialisation en roman\u00bb, Seuil, 2004.<br \/>\nJean-Claude Basset, <strong>\u00abLe dialogue interreligieux. Histoire et avenir\u00bb<\/strong>, Editions du Cerf, 1996.<br \/>\nOlivier Favre, <strong>\u00abLes Eglises \u00e9vang\u00e9liques en Suisse, origines et identit\u00e9s\u00bb<\/strong>, Labor et Fides, 2006.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9sormais inscrit dans le paysage suisse, l\u2019islam suscite r\u00e9guli\u00e8rement des r\u00e9actions dont la presse se fait l\u2019\u00e9cho. Mais au fait, quelles questions? Se pourrait-il que l\u2019islam revivifie la foi chr\u00e9tienne? &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":158,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[467,34],"tags":[733],"class_list":{"0":"post-795","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-no-38","7":"category-religion","8":"tag-elisabeth-gilles"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/795","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/158"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=795"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/795\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=795"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=795"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=795"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}