{"id":764,"date":"2007-05-09T19:25:33","date_gmt":"2007-05-09T17:25:33","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=764"},"modified":"2010-10-26T15:40:14","modified_gmt":"2010-10-26T13:40:14","slug":"dans-le-couple-en-famille-au-travail-voici-ce-qui-a-un-peu-change-depuis-les-annees-1960","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/dans-le-couple-en-famille-au-travail-voici-ce-qui-a-un-peu-change-depuis-les-annees-1960\/","title":{"rendered":"Dans le couple, en famille, au travail\u2026 voici ce qui a (un peu) chang\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1960"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2007\/05\/pere1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-768\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2007\/05\/pere1.jpg\" alt=\"Dans le couple, en famille, au travail\u2026 voici ce qui a (un peu) chang\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1960\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2007\/05\/pere1.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2007\/05\/pere1-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>En 2007, les hommes au foyer ne sont plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, mais ils restent rares. Ces \u00abexceptions statistiques\u00bb seront n\u00e9anmoins  r\u00e9compens\u00e9es le 17 juin prochain, puisque la Suisse c\u00e9l\u00e9brera la  premi\u00e8re F\u00eate des p\u00e8res. Quant aux femmes qui dirigent des entreprises,  une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 l\u2019UNIL montre qu\u2019elles sont exag\u00e9r\u00e9ment f\u00e9licit\u00e9es  quand \u00e7a marche, et exag\u00e9r\u00e9ment critiqu\u00e9es lorsque les objectifs ne sont  pas atteints&#8230;<\/em><\/p>\n<p>Papa est au travail, maman \u00e0 la maison. Elle \u00e9l\u00e8ve ses deux enfants et  s\u2019occupe de son m\u00e9nage. Quand il rentre le soir, il plonge sur son  journal et dans ses charentaises. Il sirote son ap\u00e9ritif tandis que le  poulet r\u00f4tit gentiment dans le four. Les enfants sont en robe de  chambre, d\u00e9j\u00e0 baign\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 la diligence de leur m\u00e8re.<\/p>\n<p>Cette image de la famille traditionnelle a \u00e9t\u00e9 glorifi\u00e9e aux Etats-Unis  dans les ann\u00e9es 1950 et 60, puis import\u00e9e chez nous. Elle atteint son  sommet dans les publicit\u00e9s de l\u2019\u00e9poque pour les appareils m\u00e9nagers,  ceux-l\u00e0 m\u00eames qui permettaient \u00e0 Maman d\u2019accomplir sa destin\u00e9e avec  efficacit\u00e9.<\/p>\n<h2>Le quotidien des ann\u00e9es 1960<\/h2>\n<p>A l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne, l\u2019\u00e9dition 2007 des \u00abMyst\u00e8res  de l\u2019UNIL\u00bb permettra aux enfants \u2013 et \u00e0 leurs parents \u2013 de se plonger  dans les ann\u00e9es 1960, par le biais de divers stands et animations. Au  programme, on trouve notamment une exposition, \u00abDans la peau de  Jeanne&#8230; dans la peau de Jean\u00bb, au gr\u00e9 de laquelle chacun pourra  revisiter sa vie en prenant conscience de ce qui aurait \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rent  s\u2019il, ou si elle, avait appartenu \u00e0 l\u2019autre genre.<\/p>\n<p>Des \u00e9v\u00e9nements historiques, l\u2019introduction du droit de vote pour les  femmes par exemple, ou l\u2019arriv\u00e9e de la pilule sur le march\u00e9,  rappelleront ce qu\u2019\u00e9tait le quotidien du \u00absexe faible\u00bb, comme on disait  alors.<\/p>\n<p>On peut \u00e0 l\u2019occasion de ce retour dans le pass\u00e9 se pencher sur le chemin  parcouru. En un peu plus de 45 ans, tout n\u2019a-t-il pas radicalement  chang\u00e9 dans les rapports hommes \/ femmes et dans la vie de ces  derni\u00e8res? Gar\u00e7ons et filles n\u2019ont-ils pas aujourd\u2019hui la m\u00eame vie, les  m\u00eames opportunit\u00e9s, les m\u00eames choix?<\/p>\n<h2>Business women et nouveaux p\u00e8res<\/h2>\n<p>Il suffit pour s\u2019en convaincre de lire dans les m\u00e9dias actuels les  exploits de ces businesswomen qui dirigent d\u2019une main leur entreprise et  changent les couches du cadet de l\u2019autre. Ou de ce p\u00e8re qui a r\u00e9duit  son temps de travail pour s\u2019impliquer compl\u00e8tement dans l\u2019\u00e9ducation de  ses enfants \u2013 pour lui rendre hommage, on a m\u00eame cr\u00e9\u00e9 la F\u00eate des p\u00e8res  (le 17 juin cette ann\u00e9e en Suisse).<\/p>\n<p>Abus\u00e9 par ces exemples tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9s, le citoyen de l\u2019an 2007 pourrait  penser que les ann\u00e9es 1960 sont bien loin et que les r\u00f4les respectifs  de l\u2019homme et de la femme ont fondamentalement \u00e9volu\u00e9 aussi bien au  travail qu\u2019\u00e0 la maison. \u00abCe n\u2019est de loin pas le cas pour la majorit\u00e9  des gens\u00bb, nuance Eric Widmer, sociologue \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne.  Le chercheur rappelle en effet que dans 70% des familles avec enfant,  c\u2019est le mod\u00e8le traditionnel qui pr\u00e9vaut: \u00abLa femme ne travaille pas (36%) ou tr\u00e8s peu (33%), et c\u2019est l\u2019homme qui ram\u00e8ne l\u2019essentiel du  salaire.\u00bb<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9galit\u00e9, c\u2019est avant les enfants. Mais apr\u00e8s&#8230;<\/h2>\n<p>Eric Widmer explique le parcours classique: \u00abAvant d\u2019avoir  des enfants, le couple est relativement \u00e9galitaire: la femme et l\u2019homme  travaillent tous deux, g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 temps plein, et les t\u00e2ches  domestiques sont assez bien r\u00e9parties. C\u2019est clairement au moment o\u00f9 ils  deviennent parents que le d\u00e9s\u00e9quilibre appara\u00eet. Car, d\u00e8s que l\u2019enfant na\u00eet, la m\u00e8re abandonne son emploi ou r\u00e9duit drastiquement son taux d\u2019occupation.\u00bb<\/p>\n<p>Ensuite, elle assume, forc\u00e9ment, l\u2019essentiel des soins aux enfants,  surtout tout ce qui concerne les soins de type hygi\u00e8ne ou nourriture. Et  elle se retrouve bien plus impliqu\u00e9e que son conjoint dans l\u2019entretien  de l\u2019appartement ou de la maison, la lessive, la pr\u00e9paration des repas,  etc.<\/p>\n<h2>Beaucoup de m\u00e8res de 2007 ressemblent \u00e0 celles de 1960<\/h2>\n<p>Les chiffres de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique parlent d\u2019eux-m\u00eames:  dans les familles avec enfant, les femmes consacrent en moyenne pr\u00e8s de  60 heures par semaine aux t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res ou \u00e9ducatives, contre 33  heures pour les hommes. Lesquels se r\u00e9servent d\u2019ailleurs plus volontiers  la partie de foot au parc le samedi apr\u00e8s-midi que les devoirs au  quotidien&#8230;<\/p>\n<p>Bref, apr\u00e8s quelques ann\u00e9es d\u2019ind\u00e9pendance, la femme devient m\u00e8re et fait&#8230; exactement comme dans les ann\u00e9es 1960. \u00abPour ces m\u00e8res qui ne sont pas engag\u00e9es dans la vie professionnelle, ou  tr\u00e8s peu, il est difficile, m\u00eame une fois les enfants grandis, de  retrouver un emploi avec des responsabilit\u00e9s et de renouer avec une  v\u00e9ritable carri\u00e8re\u00bb, poursuit Eric Widmer, avant de souligner que les  femmes qui concilient emploi cons\u00e9quent et maternit\u00e9 ne sont que 5%  environ.<\/p>\n<h2>Les \u00abnouveaux p\u00e8res\u00bb? Ils sont moins de 2%<\/h2>\n<p>Peu de choses ont donc chang\u00e9 pour elles. Et pour les hommes? Les  \u00abnouveaux p\u00e8res\u00bb ont-ils boulevers\u00e9 le r\u00f4le traditionnellement d\u00e9volu au  mari? Pas vraiment. Ils sont en r\u00e9alit\u00e9 \u00absi peu signifiants statistiquement\u00bb, comme le dit  Eric Widmer, que c\u2019est comme si on les avait r\u00eav\u00e9s: ces \u00abnouveaux p\u00e8res\u00bb  sont moins de 2% et appartiennent aux couches sup\u00e9rieures de la  population, les plus \u00e9duqu\u00e9es.<\/p>\n<p>Autant dire qu\u2019ils sont rares, tout comme sont singuliers les foyers  dans lesquels les r\u00f4les sont invers\u00e9s \u2013 la m\u00e8re au boulot, le p\u00e8re aux  fourneaux. \u00abMais il serait abusif de dire, sous pr\u00e9texte que la  r\u00e9partition des t\u00e2ches est toujours tr\u00e8s traditionnelle, que l\u2019homme n\u2019a  pas du tout \u00e9volu\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1960, rectifie Eric Widmer. Sa  relation affective avec l\u2019enfant et son implication sont compl\u00e8tement  diff\u00e9rentes. C\u2019est dans ce registre que le changement est profond.\u00bb<\/p>\n<h2>Ces p\u00e8res qui restent au foyer<\/h2>\n<p>Etudiante en sociologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne,  Anne-Laure Georges a consacr\u00e9 son m\u00e9moire, r\u00e9alis\u00e9 sous la conduite  d\u2019Eric Widmer, \u00e0 ces familles peu ordinaires dans lesquelles le p\u00e8re  reste au foyer, histoire de voir si un changement plus complet est \u00e0  l\u2019oeuvre.<\/p>\n<p>Premier constat: ce n\u2019est pas un souci d\u2019\u00e9galit\u00e9 qui a conduit les  couples \u00e0 ce choix, mais un m\u00e9lange de deux causes. La premi\u00e8re est  affective et d\u00e9coule de leur repr\u00e9sentation de l\u2019enfant.<\/p>\n<p>Pour tous les parents qui ont fait ce choix original, il \u00e9tait en effet  exclu de confier la chair de leur chair \u00e0 des mains \u00e9trang\u00e8res. Maman de  jour ou institution, rien ne leur semble ad\u00e9quat. Leur priorit\u00e9: que  ce soit le p\u00e8re ou la m\u00e8re qui s\u2019occupe de l\u2019enfant de fa\u00e7on exclusive.<\/p>\n<p>Le choix du parent qui restera aupr\u00e8s des bambins est quant \u00e0 lui dict\u00e9  par la raison: \u00abLe p\u00e8re est rest\u00e9 au foyer dans les familles  interrog\u00e9es par Anne-Laure Georges parce qu\u2019il \u00e9tait dans une situation  professionnelle instable, parce qu\u2019il gagnait moins que sa femme, ou  parce qu\u2019il traversait une p\u00e9riode de ch\u00f4mage, bref, parce que son  revenu paraissait \u00e0 ce moment pr\u00e9cis moins int\u00e9ressant que celui de la  m\u00e8re.\u00bb<\/p>\n<h2>\u00abOn a quand m\u00eame parcouru bien du chemin depuis 1960\u00bb<\/h2>\n<p>Si elle reste souvent au foyer, comme dans les ann\u00e9es 60, la femme doit  pourtant, modernit\u00e9 oblige, combler d\u2019autres attentes. Sociologue  ind\u00e9pendante, Ir\u00e8ne Jonas s\u2019int\u00e9resse depuis quelques ann\u00e9es aux  questions d\u2019\u00e9galit\u00e9. Elle a d\u2019ailleurs donn\u00e9 une conf\u00e9rence \u00e0  l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne dans le cadre du colloque \u00abLe travail, outil de  lib\u00e9ration de la femme?\u00bb organis\u00e9 le 21 avril dernier par les Nouvelles  Questions F\u00e9ministes.<\/p>\n<p>\u00abOn n\u2019arrive plus \u00e0 l\u2019imaginer aujourd\u2019hui, mais il faut tout de m\u00eame se  souvenir que dans les ann\u00e9es 1960, la femme ne pouvait pas ouvrir son  propre compte en banque ou avoir un ch\u00e9quier \u00e0 son nom, note en  pr\u00e9ambule la chercheuse. On a quand m\u00eame parcouru bien du chemin.\u00bb<\/p>\n<p>Ces progr\u00e8s constat\u00e9s, Ir\u00e8ne Jonas rejoint l\u2019analyse d\u2019Eric Widmer:  fondamentalement, les femmes assument l\u2019essentiel de la charge li\u00e9e au  quotidien des enfants et de la maisonn\u00e9e. \u00abOn dit que les p\u00e8res  partagent aujourd\u2019hui plus de t\u00e2ches, et l\u2019on cite l\u2019exemple de la  cr\u00e8che, o\u00f9 ils d\u00e9posent r\u00e9guli\u00e8rement leur prog\u00e9niture. Certes. Mais le geste qui fait la diff\u00e9rence, c\u2019est d\u2019aller rechercher  l\u2019enfant: c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il faut courir, partir m\u00eame si une r\u00e9union est en  cours. C\u2019est l\u00e0 que l\u2019on manque ces moments informels entre coll\u00e8gues si  importants pour la carri\u00e8re. Et, comme par hasard, qui fait les sorties  de garderies? Les m\u00e8res.\u00bb<\/p>\n<h2>Les nouveaux pi\u00e8ges<\/h2>\n<p>Mais, plus que sur les in\u00e9galit\u00e9s h\u00e9rit\u00e9es du pass\u00e9, Ir\u00e8ne  Jonas se penche sur les nouveaux pi\u00e8ges dans lesquels on veut enfermer  les femmes, souvent sous couvert de modernit\u00e9 et d\u2019\u00e9mancipation. Un  exemple? \u00abToute la litt\u00e9rature de conseils plus ou moins psychologiques  pour \u00abr\u00e9ussir son couple\u00bb, litt\u00e9rature dont le succ\u00e8s est \u00e9norme, milite  en fait pour le maintien de l\u2019ordre traditionnel.\u00bb<\/p>\n<p>Le message de base: l\u2019homme et la femme sont des \u00eatres fondamentalement  diff\u00e9rents. Pour que leurs relations soient bonnes, il faut absolument  en tenir compte. D\u2019o\u00f9 une nouvelle fonction assign\u00e9e \u00e0 la femme, bas\u00e9e  sur ses comp\u00e9tences soi-disant naturelles: l\u2019\u00e9coute, le dialogue.<\/p>\n<h2>Les hommes de Mars<\/h2>\n<p>Les relations humaines dans la famille sont d\u00e9sormais de son ressort  exclusif \u2013 l\u2019homme n\u2019a pas les bonnes cases pour \u00e7a, c\u2019est bien connu.  Et si tout ne se passe pas bien, \u00e0 qui la faute? A Madame, parce que les  hommes viennent de Mars et qu\u2019il ne faut pas attendre d\u2019eux qu\u2019ils  sortent de leur caverne pour dialoguer.<\/p>\n<p>\u00abCes livres sont tr\u00e8s bien faits, souvent \u00e9crits par des couples, avec  une forte dimension psychologique, analyse Ir\u00e8ne Jonas. Il y a des  conseils aussi bien pour les hommes que pour les femmes, des exp\u00e9riences  v\u00e9cues, des petites \u00e9tudes de cas dans lesquelles chacun ne peut que se  reconna\u00eetre. Bref, on y adh\u00e8re volontiers.\u00bb<\/p>\n<p>Probl\u00e8me: en pla\u00e7ant la r\u00e9ussite de la famille sous la responsabilit\u00e9  des femmes, ils disent \u00e0 mots couverts que la malheureuse qui voit son  couple p\u00e9ricliter, qui n\u2019arrive pas \u00e0 concilier vie priv\u00e9e et  professionnelle, ou qui est exploit\u00e9e par son conjoint dans le partage  des t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res, a un probl\u00e8me psychologique, ou en tout cas manque  de comp\u00e9tences relationnelles. \u00abOr le probl\u00e8me de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 n\u2019est pas  individuel ou psychologique, il est social\u00bb, s\u2019insurge Ir\u00e8ne Jonas.<\/p>\n<h2>Fausse ouverture<\/h2>\n<p>Comme il fallait s\u2019y attendre, ce glissement vers une  distinction essentialiste entre hommes et femmes s\u2019op\u00e8re \u00e9galement dans  le monde professionnel. Djaouida Sehili, sociologue du travail, collabore avec  Ir\u00e8ne Jonas sur diff\u00e9rents plans. Les deux chercheuses ont d\u2019ailleurs  pr\u00e9sent\u00e9 une contribution commune lors du colloque organis\u00e9 \u00e0 l\u2019UNIL.<\/p>\n<p>\u00abLes responsables des ressources humaines ou les patrons de grandes  entreprises tiennent tous le m\u00eame discours, en apparence flatteur et  favorable \u00e0 une \u00e9mancipation des femmes, note Djaouida Sehili. Mais  quand on l\u2019analyse de plus pr\u00e8s, on se rend compte qu\u2019il est ali\u00e9nant.\u00bb<\/p>\n<p>Quel est donc ce discours dominant? En substance, il faut plus de femmes aux postes \u00e0 responsabilit\u00e9 pour  accro\u00eetre les performances \u00e9conomiques des entreprises, car elles ont  des comp\u00e9tences (relationnelles et organisationnelles, en g\u00e9n\u00e9ral) qui  n\u2019appartiennent qu\u2019\u00e0 elles, les m\u00eames comp\u00e9tences d\u2019ailleurs que se  plaisent \u00e0 leur attribuer les livres de d\u00e9veloppement personnel si \u00e0 la  mode.<\/p>\n<h2>Engag\u00e9e en janvier, insuffisante en d\u00e9cembre?<\/h2>\n<p>\u00abC\u2019est un vrai pi\u00e8ge parce que ces comp\u00e9tences sont tr\u00e8s difficilement  objectivables, donc difficiles \u00e0 \u00e9valuer, note la sociologue. En outre,  leur d\u00e9finition peut changer d\u2019un trimestre \u00e0 l\u2019autre: qu\u2019est-ce que  cela signifie que d\u2019avoir du \u00absavoir-\u00eatre\u00bb ou de \u00abgrandes qualit\u00e9s  interpersonnelles\u00bb?<\/p>\n<p>Avec ce type de crit\u00e8re, une femme jug\u00e9e comp\u00e9tente lors de son  engagement en janvier peut facilement \u00eatre \u00e9valu\u00e9e insuffisante \u00e0 la fin  de l\u2019ann\u00e9e. \u00abMieux vaudrait donc, dans le monde du travail, s\u2019en tenir  aux qualifications mesurables par les dipl\u00f4mes et \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience  professionnelle\u00bb, conclut la sociologue.<\/p>\n<p>Qui note que, malgr\u00e9 les comp\u00e9tences et m\u00e9rites attribu\u00e9s aux femmes  depuis peu, \u00abon n\u2019en voit pas franchement davantage aux postes \u00e0  responsabilit\u00e9. Loin de les lib\u00e9rer ou au moins de leur rendre service,  ce discours les enferme dans des particularit\u00e9s que l\u2019on naturalise.  Elles n\u2019ont ensuite plus de moyen d\u2019en sortir pour \u00eatre autre chose ou  faire reconna\u00eetre d\u2019autres atouts.\u00bb<\/p>\n<p>Pas franchement sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9 \u00e0 la maison, les tr\u00e8s rares  femmes qui r\u00e9ussissent dans le monde du travail y sont donc aussi  victimes de discrimination et de pr\u00e9jug\u00e9s \u2013 et ce aussi bien de la part  des hommes que de leurs semblables.<\/p>\n<h2>Hommes et femmes ne sont pas \u00e9valu\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re<\/h2>\n<p>Marika Angerfelt, psychologue du travail, pr\u00e9pare une  th\u00e8se au D\u00e9partement de management de la Facult\u00e9 des HEC de l\u2019Universit\u00e9  de Lausanne, o\u00f9 elle est pour l\u2019heure assistante dipl\u00f4m\u00e9e. Pour son  travail de m\u00e9moire, elle a r\u00e9alis\u00e9 une enqu\u00eate qui montre bien que les  performances des hommes et des femmes ne sont pas du tout \u00e9valu\u00e9es de la  m\u00eame mani\u00e8re.<\/p>\n<p>Cr\u00e9ant des curricula et des performances compl\u00e8tement fictifs, elle a  \u00e9crit des petits sc\u00e9narios dans lesquels trois variables \u00e9voluaient : le  genre du dirigeant de l\u2019entreprise (homme ou femme), le domaine  d\u2019activit\u00e9 (finance ou mode), enfin les r\u00e9sultats de l\u2019entreprise (bons  et croissants ou mauvais et d\u00e9croissants).<\/p>\n<p>Conclusion: les femmes leaders qui ont de bons r\u00e9sultats comme  dirigeantes sontlargement sur\u00e9valu\u00e9es par les jeunes sp\u00e9cialistes en  \u00e9conomie qui devaient les noter. Par contre, si elles obtiennent de  mauvais chiffres, elles sont not\u00e9es plus s\u00e9v\u00e8rement que les messieurs.<\/p>\n<h2>\u00abComme si les comp\u00e9tences des femmes \u00e9taient inattendues\u00bb<\/h2>\n<p>\u00abOn voit clairement se manifester les st\u00e9r\u00e9otypes derri\u00e8re ces  r\u00e9sultats, analyse la chercheuse. C\u2019est comme si les comp\u00e9tences des  femmes \u00e9taient tellement inattendues que leur r\u00e9ussite entra\u00eene un  enthousiasme disproportionn\u00e9: elle a bien r\u00e9ussi, wouaou, elle doit  \u00eatre vraiment cal\u00e9e\u00bb, analyse la chercheuse.<\/p>\n<p>La dimension culturelle joue un r\u00f4le \u00e9vident dans ces appr\u00e9ciations:  Marika Angerfelt a relev\u00e9 des diff\u00e9rences de jugement entre les  Etats-Unis et la Suisse. Outre-Atlantique, les hommes qui obtiennent exactement les m\u00eames  r\u00e9sultats financiers que les femmes dans une banque sont consid\u00e9r\u00e9s  comme moins comp\u00e9tents et sont moins bien not\u00e9s qu\u2019elles. S\u2019ils font  aussi bien qu\u2019elles \u00e0 la t\u00eate d\u2019une maison de mode, ils sont par contre \u00e0  leur tour sur\u00e9valu\u00e9s. En Suisse, la r\u00e9ussite d\u2019une femme, quel que soit  son domaine d\u2019activit\u00e9, est de toute fa\u00e7on sur\u00e9valu\u00e9e.<\/p>\n<p>Autre \u00e9l\u00e9ment qui fait bien la preuve de la dimension culturelle de ces  st\u00e9r\u00e9otypes: aux Etats-Unis, o\u00f9 l\u2019on trouve davantage de femmes leaders  d\u2019entreprise dans tous les domaines, les cobayes ont jug\u00e9 les  performances respectives des hommes et des femmes avec moins de  distorsion qu\u2019en Suisse. Et Marika Angerfelt de conclure: \u00abLes choses  \u00e9voluent donc, m\u00eame si l\u2019on est encore assez loin du compte. Mais soyons  optimistes: gageons que, dans quarante ans, l\u2019\u00e9galit\u00e9 sera r\u00e9alis\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Sonia Arnal<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 2007, les hommes au foyer ne sont plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, mais ils restent rares. 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