{"id":7591,"date":"2016-09-29T08:14:08","date_gmt":"2016-09-29T06:14:08","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=7591"},"modified":"2020-07-29T14:35:17","modified_gmt":"2020-07-29T12:35:17","slug":"la-nouvelle-carte-de-la-formation-des-medecins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/la-nouvelle-carte-de-la-formation-des-medecins\/","title":{"rendered":"La nouvelle carte de la formation des m\u00e9decins"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_7497\" aria-describedby=\"caption-attachment-7497\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7497\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/medecine_1_64.jpg\" alt=\"Des \u00e9tudes \u00e0 l\u2019universit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exercice du m\u00e9tier, un long chemin attend les \u00e9tudiants en m\u00e9decine. \u00a9 Illustration originale de Tatiana Nazarova\" width=\"590\" height=\"834\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/medecine_1_64.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/medecine_1_64-184x260.jpg 184w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7497\" class=\"wp-caption-text\">Des \u00e9tudes \u00e0 l\u2019universit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exercice du m\u00e9tier, un long chemin attend les \u00e9tudiants en m\u00e9decine. \u00a9 Illustration originale de Tatiana Nazarova<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>La Suisse conna\u00eet une p\u00e9nurie de m\u00e9decins, et en particulier de m\u00e9decins de premier recours. Que faire? Depuis plusieurs ann\u00e9es, l\u2019UNIL augmente le nombre de praticiens qu\u2019elle forme. Ainsi, si l\u2019institution a compt\u00e9 120 dipl\u00f4m\u00e9s en 2010, elle pr\u00e9voit 245 places en master pour 2020. De plus, \u00e0 l\u2019avenir, certains m\u00e9decins seront recrut\u00e9s dans d\u2019autres fili\u00e8res, comme les Sciences de la vie ou les Sciences infirmi\u00e8res. Ces nouveaux profils devront s\u2019occuper d\u2019une population vieillissante.<\/em><\/p>\n<p>D\u00e9but octobre 2028, dans une petite ville du canton de Vaud. Les habitants se f\u00e9licitent de l\u2019ouverture de la \u00abMaison de la sant\u00e9\u00bb. Plusieurs g\u00e9n\u00e9ralistes, principalement des femmes, travaillent dans ce cabinet de groupe. La plupart d\u2019entre elles a men\u00e9 \u00e0 bien la formation universitaire classique de m\u00e9decin. Dipl\u00f4m\u00e9e en Sciences infirmi\u00e8res, l\u2019une des soignantes a fait partie de la premi\u00e8re vol\u00e9e du master de <em>Nurse practitioner<\/em>, mis en place par l\u2019UNIL, l\u2019UNIGE et la HES-SO au d\u00e9but des ann\u00e9es 2020. Sa mission principale consiste \u00e0 suivre et traiter, de mani\u00e8re autonome, certains patients atteints de maladies chroniques. Davantage tourn\u00e9e vers la recherche, une autre coll\u00e8gue, m\u00e9decin, exerce au CHUV. Cette ing\u00e9nieure, qui a prolong\u00e9 ses \u00e9tudes en biotechnologie \u00e0 l\u2019EPFL par un master en M\u00e9decine de l\u2019UNIL, s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019application des nouvelles technologies dans le domaine de la sant\u00e9.<\/p>\n<p>Pour imaginaire qu\u2019elle soit, cette aquarelle du futur s\u2019inspire de l\u2019\u00e9volution possible de la formation m\u00e9dicale en Suisse romande. Une mutation qui s\u2019inscrit dans la dynamique de l\u2019accroissement et du vieillissement de la population, ainsi que de la p\u00e9nurie de m\u00e9decins de premier recours. Des donn\u00e9es r\u00e9centes indiquent que 60% de ces derniers seront \u00e0 la retraite d\u2019ici \u00e0 10 ans. Au niveau suisse, <a href=\"https:\/\/www.medecinsdefamille.ch\/fileadmin\/user_upload\/hausaerzte\u00adschweiz\/Dokumente\/Tag_der_Hausarztmedizin\/mfe_Medien-mitteilung_310316_F.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">il en manque aujourd\u2019hui plus de 2000 \u00e0 plein temps <\/a>pour atteindre la couverture recommand\u00e9e (par l\u2019OCDE) d\u2019un omnipraticien pour 1000 habitants. Cette situation n\u2019est toutefois pas une fatalit\u00e9: des actions ont \u00e9t\u00e9 entreprises depuis quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>Avant d\u2019aller plus loin, il convient de pr\u00e9ciser que les exigeantes \u00e9tudes de m\u00e9decine, dites pr\u00e9gradu\u00e9es, durent six ans en th\u00e9orie (bachelor puis master de dur\u00e9es \u00e9gales). Elles se concluent par un examen f\u00e9d\u00e9ral, dont le contenu est le m\u00eame partout en Suisse. Apr\u00e8s quoi, les dipl\u00f4m\u00e9s choisissent librement la suite de leur carri\u00e8re, parmi les 44 formations postgradu\u00e9es pilot\u00e9es par l\u2019Institut suisse pour la formation m\u00e9dicale postgradu\u00e9e et continue (ISFM). Il s\u2019agit de sp\u00e9cialisations (et de sous-sp\u00e9cialisations), dont la m\u00e9decine de famille fait partie. Ce cursus dure au moins aussi longtemps que le parcours acad\u00e9mique. En moyenne, <a href=\"https:\/\/www.personnelqualifie-suisse.ch\/perch\/resources\/dokumente\/sbfi-fr.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">un professionnel en a termin\u00e9 \u00e0 plus de 37 ans<\/a>.<\/p>\n<p>Revenons au manque de g\u00e9n\u00e9ralistes. \u00abQuatre moyens permettent d\u2019agir sur cette p\u00e9nurie, expose Dominique Arlettaz, recteur de l\u2019UNIL jusqu\u2019\u00e0 fin juillet 2016 et aujourd\u2019hui pr\u00e9sident du Conseil d\u2019administration de l\u2019H\u00f4pital du Valais. D\u2019abord, l\u2019Universit\u00e9 peut former davantage de m\u00e9decins. Ensuite, elle peut contribuer \u00e0 la cr\u00e9ation de nouvelles professions, qui r\u00e9pondent aux besoins des patients, notamment ceux atteints de maladies chroniques.\u00bb Les deux autres points \u00e9chappent par contre \u00e0 l\u2019influence de l\u2019acad\u00e9mie. \u00abIl serait sans doute possible de r\u00e9former la formation postgradu\u00e9e. Enfin, la structure de la profession, c\u2019est-\u00e0-dire, par exemple, la question des r\u00e9mun\u00e9rations ou celle du moratoire de l\u2019ouverture des cabinets m\u00e9dicaux, constitue un levier important.\u00bb<\/p>\n<p>En 2014, les Hautes Ecoles universitaires suisses ont d\u00e9livr\u00e9s 863 titres en M\u00e9decine humaine (dont 148 \u00e0 l\u2019UNIL), soit autant (ou aussi peu) qu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 80. Consciente du probl\u00e8me, la Conf\u00e9d\u00e9ration a lanc\u00e9 en 2016 un \u00abProgramme sp\u00e9cial de M\u00e9decine humaine 2017-2020\u00bb, dot\u00e9 de 100 millions de francs. En \u00e9change de cette somme, ce plan exige 1300 master en M\u00e9decine humaine d\u00e9livr\u00e9s par les universit\u00e9s suisses \u00e0 l\u2019horizon 2025.<\/p>\n<figure id=\"attachment_7448\" aria-describedby=\"caption-attachment-7448\" style=\"width: 386px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7448\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/ArlettazLeyvraz_64.jpg\" alt=\"Dominique Arlettaz et Pierre-Fran\u00e7ois Leyvraz. Pr\u00e9sident du Conseil d\u2019administration de l\u2019H\u00f4pital du Valais, recteur de l\u2019UNIL (?jusqu\u2019\u00e0 fin juillet 2016?). Directeur g\u00e9n\u00e9ral du CHUV. Nicole Chuard \u00a9 UNIL\" width=\"386\" height=\"260\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7448\" class=\"wp-caption-text\">Dominique Arlettaz et Pierre-Fran\u00e7ois Leyvraz. Pr\u00e9sident du Conseil d\u2019administration de l\u2019H\u00f4pital du Valais, recteur de l\u2019UNIL (?jusqu\u2019\u00e0 fin juillet 2016?). Directeur g\u00e9n\u00e9ral du CHUV. Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p>M\u00eame si ce montant ne sera attribu\u00e9 qu\u2019une seule fois et que les cantons devront prendre en charge les co\u00fbts une fois la somme \u00e9puis\u00e9e, l\u2019argent f\u00e9d\u00e9ral suscite des app\u00e9tits et des envies. Ainsi, 100 places en bachelor de M\u00e9decine seront cr\u00e9\u00e9es par l\u2019EPFZ \u00e0 l\u2019automne 2017. Les Universit\u00e9s de Suisse italienne, de Saint-Gall et de Lucerne, en partenariat avec l\u2019Universit\u00e9 de Zurich, vont ouvrir de nombreuses places de master ces prochaines ann\u00e9es, tout comme l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg, qui va en proposer 40. Ces 100 millions auraient pu susciter une foire d\u2019empoigne. Mais un important effort de coordination a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 au sein de la Chambre des Hautes Ecoles universitaires, pr\u00e9sid\u00e9e par Dominique Arlettaz. Les institutions de formation pr\u00e9sentent aux Autorit\u00e9s politiques un plan global au niveau national. Les flux d\u2019\u00e9tudiants entre le bachelor et le master, ainsi que la question des stages cliniques, ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9s \u2013 sur le papier \u2013 au niveau national. En l\u2019\u00e9tat actuel des projets, le but fix\u00e9 par la Conf\u00e9d\u00e9ration pour 2025 sera atteint.<\/p>\n<p>L\u2019UNIL n\u2019a pas attendu les ordres de Berne pour agir. Depuis 2012 d\u00e9j\u00e0, l\u2019institution augmente sa capacit\u00e9 de formation. De mani\u00e8re coordonn\u00e9e, les quatre autres Facult\u00e9s de m\u00e9decine suisses (Gen\u00e8ve, B\u00e2le, Berne et Zurich) ont r\u00e9alis\u00e9 un effort similaire. En 2020, sur le campus lausannois, 220 places de master seront propos\u00e9es. Il convient d\u2019en ajouter 25, ce qui permettra une diversification des profils d\u2019\u00e9tudiants (lire au point 4 ci-dessous). Nous arrivons \u00e0 un total de 245, contre 120 en 2010. Ce chiffre devrait \u00eatre tr\u00e8s proche du nombre final de dipl\u00f4m\u00e9s, car les \u00e9tudiants qui commencent un master m\u00e8nent leur parcours \u00e0 bien et d\u00e9crochent leur titre f\u00e9d\u00e9ral, en tr\u00e8s grande majorit\u00e9. Cette mont\u00e9e en puissance est rapide, car au printemps dernier, pr\u00e8s de 200 d\u2019entre eux effectuaient leur 6e ann\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00abLes m\u00e9decins ne poussent pas aux arbres\u00bb, comme aime \u00e0 le rappeler Dominique Arlettaz. Pour que l\u2019universit\u00e9 puisse en former davantage, \u00e0 qualit\u00e9 au moins \u00e9gale, elle a besoin de davantage d\u2019enseignants, de locaux, d\u2019argent et&#8230; de patients. Les premiers se recrutent principalement dans les h\u00f4pitaux universitaires ou r\u00e9gionaux. D\u00e8s l\u2019automne 2017, la mise en service de deux nouveaux auditoires \u00e0 la rue C\u00e9sar-Roux 19 \u00e0 Lausanne devrait r\u00e9pondre au deuxi\u00e8me souci, conjointement avec d\u2019autres mesures. Le volet financier \u00abdemeure toujours une difficult\u00e9, mais la volont\u00e9 affirm\u00e9e des Autorit\u00e9s politiques vaudoises permet de r\u00e9soudre cette question\u00bb, note le recteur. C\u2019est \u00abl\u2019acc\u00e8s aux malades\u00bb qui cause le plus de difficult\u00e9s&#8230; en Suisse romande.<\/p>\n<p><strong>Au niveau des \u00e9tudes&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>En 3e ann\u00e9e de M\u00e9decine (la derni\u00e8re du bachelor), puis au d\u00e9but de la 4e (la premi\u00e8re du master), l\u2019\u00e9tudiant entre en contact avec les patients\u2013sous la d\u00e9nomination officielle d\u2019enseignement au lit du malade (ELM). Vingt semaines de pr\u00e9-stages en ambulatoire et \u00e0 l\u2019h\u00f4pital (les \u00abcours-blocs\u00bb) jalonnent la suite de la 4e ann\u00e9e et la 5e ann\u00e9e. Enfin, la 6e ann\u00e9e impose 10 mois de stages, avec un s\u00e9jour obligatoire minimal d\u2019un mois en M\u00e9decine interne, de famille, en chirurgie et en psychiatrie. A cette occasion, certains partent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour d\u00e9couvrir d\u2019autres mani\u00e8res de travailler.<\/p>\n<p>Ces parties pratiques se d\u00e9roulent au CHUV et dans les h\u00f4pitaux romands qui collaborent avec l\u2019UNIL. Les cabinets priv\u00e9s sont \u00e9galement mis \u00e0 contribution. Giorgio Zanetti, vice-recteur en charge de l\u2019enseignement, et directeur de l\u2019Ecole de m\u00e9decine jusqu\u2019\u00e0 fin juillet 2016, qualifie de \u00abmagnifiques\u00bb ces p\u00e9riodes d\u2019exposition clinique. \u00abDes efforts sont men\u00e9s afin de les structurer davantage et de les doter d\u2019objectifs p\u00e9dagogiques encore plus clairs.\u00bb<\/p>\n<p>Des moyens financiers suppl\u00e9mentaires ont \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 disposition des h\u00f4pitaux, afin qu\u2019ils puissent faire face \u00e0 l\u2019augmentation du nombre de stagiaires. \u00abCela permet de compenser le temps que les m\u00e9decins-cadres consacrent \u00e0 suivre nos \u00e9tudiants\u00bb, explique le professeur.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des questions financi\u00e8res, ce dernier rel\u00e8ve que les institutions sont souvent demandeuses. \u00abLa p\u00e9nurie leur cause des soucis de recrutement. Des stagiaires avec qui ces h\u00f4pitaux ont tiss\u00e9 des liens peuvent devenir, quelques ann\u00e9es plus tard, les m\u00e9decins qu\u2019ils recherchent\u00bb, remarque Giorgio Zanetti. Cet aspect est \u00e9galement valable pour les praticiens en cabinet, qui rencontrent peut-\u00eatre ainsi la rel\u00e8ve dont ils ont besoin.<\/p>\n<figure id=\"attachment_7506\" aria-describedby=\"caption-attachment-7506\" style=\"width: 284px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7506\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/TissotZanetti_64.jpg\" alt=\"Jean-Daniel Tissot et Giorgio Zanetti. Doyen de la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine. Vice-recteur en charge de l\u2019enseignement, directeur de l\u2019Ecole de m\u00e9decine (jusqu\u2019\u00e0 fin juillet 2016). Nicole Chuard \u00a9 UNIL\" width=\"284\" height=\"386\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/TissotZanetti_64.jpg 284w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/TissotZanetti_64-191x260.jpg 191w\" sizes=\"auto, (max-width: 284px) 100vw, 284px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7506\" class=\"wp-caption-text\">Jean-Daniel Tissot et Giorgio Zanetti. Doyen de la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine. Vice-recteur en charge de l\u2019enseignement, directeur de l\u2019Ecole de m\u00e9decine (jusqu\u2019\u00e0 fin juillet 2016). Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>&#8230; Et apr\u00e8s les \u00e9tudes<\/strong><\/p>\n<p>\u00abLes jeunes m\u00e9decins qui sortent de l\u2019UNIL en savent beaucoup, m\u00eame si la partie pratique de leur bagage est encore restreinte\u00bb, remarque Pierre-Fran\u00e7ois Leyvraz, directeur g\u00e9n\u00e9ral du CHUV. Une fois en possession de leur dipl\u00f4me f\u00e9d\u00e9ral de m\u00e9decin, ils entrent \u00e0 l\u2019h\u00f4pital (universitaire ou r\u00e9gional) en tant que m\u00e9decins assistants. \u00abC\u2019est au contact de leurs a\u00een\u00e9s, un peu sur le mod\u00e8le du compagnonnage, qu\u2019ils m\u00e8nent leur formation postgradu\u00e9e\u00bb, poursuit le professeur. Ce dernier ajoute que l\u2019augmentation progressive de leur nombre incite les h\u00f4pitaux \u00e0 communiquer encore mieux entre eux, afin d\u2019organiser leurs \u00abvoyages\u00bb dans les diff\u00e9rents services.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9tour d\u00e9montre que les \u00e9tudiants et les m\u00e9decins assistants doivent avoir acc\u00e8s aux patients, si l\u2019on veut assurer la qualit\u00e9 de leur formation. Or, m\u00eame s\u2019il faut s\u2019en r\u00e9jouir, ces derniers sont juste assez nombreux en Suisse romande pour permettre suffisamment de pratique. Notre r\u00e9gion forme en effet 35% des m\u00e9decins suisses, alors qu\u2019elle abrite 24,7% de la population du pays. En Suisse al\u00e9manique, et surtout dans sa partie orientale, la situation inverse pr\u00e9vaut, avec des bassins de malades qui ne sont pas mis \u00e0 contribution si l\u2019on peut utiliser cette expression. C\u2019est \u00e9galement dans cette r\u00e9gion que la p\u00e9nurie de m\u00e9decins de premier recours s\u2019av\u00e8re la plus aigu\u00eb.<\/p>\n<p>A chaque rentr\u00e9e de septembre, plus de 400 jeunes entament des \u00e9tudes de M\u00e9decine \u00e0 l\u2019UNIL. Ce grand int\u00e9r\u00eat n\u2019emp\u00eache toutefois pas la cr\u00e9ation d\u2019autres profils. En partenariat avec l\u2019EPFL, et dans le cadre du \u00abProgramme sp\u00e9cial\u00bb de la Conf\u00e9d\u00e9ration, l\u2019UNIL a d\u00e9pos\u00e9 un projet de passerelle d\u2019un an, dot\u00e9 \u00e0 terme de 40 \u00e0 50 places. Il s\u2019adressera d\u00e8s 2017, ou 2018, aux personnes qui ont d\u00e9croch\u00e9 leur bachelor en Biologie ou en Sciences de la vie (comme la Bioing\u00e9nierie par exemple), \u00e0 l\u2019UNIL, \u00e0 l\u2019EPFL ou dans une autre universit\u00e9 suisse, et qui souhaitent poursuivre leur formation en m\u00e9decine.<\/p>\n<p>Pendant ces deux semestres denses comme le platine, les \u00e9tudiants devront \u00abrenforcer leurs connaissances en sciences pr\u00e9-cliniques, comme l\u2019anatomie, l\u2019histologie, la microbiologie ou la physiologie, et \u00e9tudier les sciences cliniques de base\u00bb, explique Giorgio Zanetti. Par contre, ils poss\u00e8dent d\u00e9j\u00e0 un solide bagage en sciences naturelles: biologie, chimie et physique. Ces disciplines figurent justement au programme des premi\u00e8res ann\u00e9es du bachelor en M\u00e9decine.<\/p>\n<p>Une fois leur ann\u00e9e \u00abpasserelle\u00bb r\u00e9ussie, ces grands travailleurs rejoindront leurs camarades en 1re ann\u00e9e de master de m\u00e9decine \u00abclassique\u00bb \u00e0 l\u2019UNIL ou dans d\u2019autres universit\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e sur le march\u00e9 de ces blouses blanches au profil composite r\u00e9pond \u00e0 une demande croissante. \u00abEn trente ans de carri\u00e8re, j\u2019ai constat\u00e9 les progr\u00e8s extraordinaires, et de plus en plus rapides, r\u00e9alis\u00e9s par les technologies m\u00e9dicales. Le pilotage des machines, par exemple en oncologie, demande des comp\u00e9tences en informatique, en physique et en m\u00e9decine\u00bb, note Pierre-Fran\u00e7ois Leyvraz. M\u00eame si la passerelle s\u2019adresse \u00e0 un nombre limit\u00e9 de personnes, elle va contribuer \u00e0 la cr\u00e9ation de nouveaux profils de m\u00e9decins et \u00ab\u00e0 renforcer la recherche dans les h\u00f4pitaux universitaires\u00bb ajoute le directeur g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Une autre piste va \u00eatre explor\u00e9e. En partenariat avec la HES-SO, l\u2019UNIL propose d\u00e9j\u00e0 depuis 2009 un master en Sciences infirmi\u00e8res. A moyen terme, les deux hautes \u00e9coles envisagent de cr\u00e9er avec l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve un master donnant acc\u00e8s \u00e0 une pratique avanc\u00e9e. Sur quelle profession va-t-il d\u00e9boucher? \u00abEn Occident, les m\u00e9decins s\u2019occupent beaucoup de patients atteints de maladies chroniques, constate Dominique Arlettaz. Une fois que le diagnostic a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 et le traitement entam\u00e9, d\u2019autres professionnels, que l\u2019on appelle par exemple des <em>Nurse practitioners<\/em> aux USA ou au Canada, pourraient prendre le relais de mani\u00e8re autonome, mais en collaboration avec des m\u00e9decins, afin d\u2019assurer le suivi des soins.\u00bb<br \/>\nLe professeur est bien conscient que l\u2019apparition d\u2019une telle fonction bousculerait les mondes m\u00e9dical et politique, et surprendrait les patients. Le cadre l\u00e9gal devrait \u00e9galement changer, afin que ces <em>Nurse practitioners<\/em> obtiennent le droit d\u2019exercer avec une certaine autonomie. Le chemin \u00e0 parcourir est long, mais prometteur. Sa r\u00e9ussite aura besoin du soutien et de la d\u00e9termination des Autorit\u00e9s politiques cantonales et f\u00e9d\u00e9rales.<\/p>\n<p>Une fois leur titre f\u00e9d\u00e9ral en poche, \u00ables dipl\u00f4m\u00e9s sont enti\u00e8rement libres de choisir la sp\u00e9cialisation qu\u2019ils souhaitent\u00bb, rel\u00e8ve Pierre-Fran\u00e7ois Leyvraz. Mais si, d\u2019aventure, peu d\u2019entre eux se d\u00e9cident \u00e0 devenir m\u00e9decins de premier recours, les efforts actuels risquent d\u2019\u00eatre inutiles. <em>Allez savoir!<\/em> a men\u00e9 l\u2019enqu\u00eate afin de mieux conna\u00eetre les intentions des premiers concern\u00e9s (lire l&rsquo;article).<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, c\u2019est par une bonne information et par des stages que l\u2019UNIL cherche \u00e0 rendre attractive la \u00abm\u00e9decine interne g\u00e9n\u00e9rale\u00bb. Des cours d\u00e9di\u00e9s, un forum \u00abCarri\u00e8res m\u00e9dicales\u00bb et des ateliers la mettent particuli\u00e8rement en valeur. \u00abM\u00eame au d\u00e9but de leur master, peu d\u2019\u00e9tudiants ont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9termin\u00e9 leur sp\u00e9cialisation. Ils sont assez ouverts. Notre r\u00f4le consiste \u00e0 les inciter \u00e0 des choix plus pr\u00e9coces, et en particulier \u00e0 les sensibiliser \u00e0 la m\u00e9decine de premier recours\u00bb, note Giorgio Zanetti. Afin de les inciter \u00e0 clarifier leur choix, un suivi plus serr\u00e9 des projets professionnels va \u00eatre mis en place.<\/p>\n<p>M\u00eame si l\u2019institution s\u2019efforce de faire aimer le m\u00e9tier, les personnes interrog\u00e9es par <em>Allez savoir!<\/em> indiquent que c\u2019est bien souvent la rencontre avec un g\u00e9n\u00e9raliste, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un stage, qui motive\u2013ou non\u2013un jeune \u00e0 se d\u00e9cider pour cette fili\u00e8re. Car les conditions de travail (horaires, permanences, salaires, embrouilles avec les assurances-maladie?) p\u00e8sent lourd.<\/p>\n<p>Au niveau postgradu\u00e9, le patchwork \u00e9clat\u00e9 des 44 sp\u00e9cialisations et sous-sp\u00e9cialisations (alors que le dipl\u00f4me f\u00e9d\u00e9ral est unique), permet aux jeunes m\u00e9decins assistants de butiner pendant quelque temps avant de se d\u00e9cider. \u00abTout le monde s\u2019accorde \u00e0 dire que leur choix devrait se faire plus t\u00f4t. Le syst\u00e8me actuel co\u00fbte trop cher, en temps et en argent\u00bb, note Giorgio Zanetti. Un pas plus loin, Jean-Daniel Tissot, doyen de la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine, estime que le catalogue propos\u00e9 \u00abest davantage li\u00e9 \u00e0 des questions syndicales et de facturation des prestations qu\u2019aux besoins r\u00e9els de la soci\u00e9t\u00e9\u00bb. Pour lui, la formation postgradu\u00e9e est \u00abdensifiable, mais pas avec la trop courte semaine de 50 heures qui pr\u00e9vaut actuellement\u00bb. Enfin, \u00ables Autorit\u00e9s en charge de la sant\u00e9 publique souhaitent avoir davantage d\u2019influence sur l\u2019orientation vers les diff\u00e9rentes sp\u00e9cialisations\u00bb, dit Pierre-Fran\u00e7ois Leyvraz. Tout cela signifie que la libert\u00e9 actuelle pourrait se voir quelque peu remise en question, \u00e0 terme, \u00e0 moins que les Autorit\u00e9s politiques cr\u00e9ent des conditions suffisamment incitatives.<\/p>\n<p>Jean-Daniel Tissot souhaite que les \u00e9volutions en cours repr\u00e9sentent l\u2019occasion d\u2019observer la pratique m\u00e9dicale\u2013et ses progr\u00e8s technologiques impressionnants\u2013d\u2019un \u0153il ext\u00e9rieur. Pour lui, \u00abun m\u00e9decin doit \u00eatre capable de penser le soin de mani\u00e8re globale. Il s\u2019agit de prendre en charge la souffrance des patients en consid\u00e9rant ces derniers dans leur ensemble, soit dans leur environnement familial, social et spirituel. C\u2019est-\u00e0-dire bien au-del\u00e0 de leurs maladies ou de leurs g\u00e8nes.\u00bb Une pr\u00e9occupation qui s\u2019inscrit dans le fil des r\u00e9flexions de Montaigne, qui, dans ses <em>Essais<\/em>, mentionne \u00abl\u2019estroite couture de l\u2019esprit et du corps entre-communiquant leurs fortunes\u00bb. (I, 21). Le doyen n\u2019est pas certain qu\u2019un tel \u00e9tat d\u2019esprit soit \u00abenseignable. Est-ce qu\u2019il ne m\u00fbrit pas plut\u00f4t au cours des exp\u00e9riences de vie du praticien?\u00bb<\/p>\n<p>Enfin, la \u00absoci\u00e9t\u00e9 doit \u00e9galement se demander ce qu\u2019elle attend de ses m\u00e9decins\u00bb. Au Moyen Age, les barbiers-chirurgiens \u00e9taient fort mal consid\u00e9r\u00e9s. Leur position dans l\u2019\u00e9chelle sociale a depuis \u00e9t\u00e9 totalement renvers\u00e9e. Au point qu\u2019aujourd\u2019hui, il est l\u00e9gitime de se demander: \u00abNe sommes-nous pas devenus d\u00e9pendants de la m\u00e9decine\u00bb<\/p>\n<p>Article suivant: <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/%E2%80%89en-tout-cas-jespere-que-tu-ne-vas-pas-faire-generaliste%E2%80%89\/\">\u00abEn tout cas, j\u2019esp\u00e8re que tu ne vas pas faire g\u00e9n\u00e9raliste\u00bb<\/a><\/p>\n<p><em>Dans leur effort de revalorisation de la branche, l\u2019IUMF, l\u2019UNIL et le CHUV s\u2019accordent sur le terme de \u00abm\u00e9decin de famille\u00bb ou \u00abm\u00e9decin de premier recours\u00bb, qui inclut le p\u00e9diatre. Mais \u00abg\u00e9n\u00e9raliste\u00bb reste la d\u00e9nomination la plus souvent employ\u00e9e par les \u00e9tudiants et plus g\u00e9n\u00e9ralement par la population.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Suisse conna\u00eet une p\u00e9nurie de m\u00e9decins, et en particulier de m\u00e9decins de premier recours. Que faire? Depuis plusieurs ann\u00e9es, l\u2019UNIL augmente le nombre de praticiens qu\u2019elle forme. Ainsi, si &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":7498,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[42158,8732,35],"tags":[39521],"class_list":{"0":"post-7591","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-no-64","8":"category-sante","9":"category-societe","10":"tag-david-spring"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7591","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7591"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7591\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7498"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7591"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7591"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7591"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}