{"id":7547,"date":"2016-09-29T08:23:46","date_gmt":"2016-09-29T06:23:46","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=7547"},"modified":"2020-07-23T11:10:48","modified_gmt":"2020-07-23T09:10:48","slug":"des-animaux-plus-fantastiques-que-nature","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/des-animaux-plus-fantastiques-que-nature\/","title":{"rendered":"Des animaux plus fantastiques que nature!"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_7445\" aria-describedby=\"caption-attachment-7445\" style=\"width: 508px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7445\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/animaux_1_64.jpg\" alt=\"Dragon vu au lieu-dit In der Hauwelen, Frumsenberg, canton de Zurich. Illustration tir\u00e9e de Ouresiphoites Helveticus, sive itinera per Helvetiae alpi-\u00adnas regiones (1723), de Johann Jakob Scheuchzer. \u00a9 Viatimages\/Biblioth\u00e8que cantonale et universitaire \u2013 Lausanne\" width=\"508\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/animaux_1_64.jpg 508w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/animaux_1_64-224x260.jpg 224w\" sizes=\"auto, (max-width: 508px) 100vw, 508px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7445\" class=\"wp-caption-text\">Dragon vu au lieu-dit In der Hauwelen, Frumsenberg, canton de Zurich.<br \/>Illustration tir\u00e9e de Ouresiphoites Helveticus, sive itinera per Helvetiae alpi-\u00adnas regiones (1723), de Johann Jakob Scheuchzer. \u00a9 Viatimages\/Biblioth\u00e8que<br \/>cantonale et universitaire \u2013 Lausanne<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Si le monde de Harry Potter regorge de cr\u00e9atures bizarres, comme on le verra au cin\u00e9ma d\u00e8s le 16 novembre, avec la sortie du film Les animaux fantastiques, les Alpes suisses ont aussi leur lot de monstres, comme on peut le d\u00e9couvrir sur la plateforme multim\u00e9dia Viaticalpes, pilot\u00e9e par des chercheurs de l\u2019UNIL.<\/em><\/p>\n<p>Ils s\u2019appellent serpencendre, occamy, oiseau-tonnerre ou d\u00e9monz\u00e9merveille. Ce ne sont pas des Pok\u00e9mons, mais des h\u00e9ros du film <em>Les animaux fantastiques<\/em>, un d\u00e9riv\u00e9 de la saga Harry Potter qui d\u00e9barquera d\u00e8s le 16 novembre dans les salles de cin\u00e9ma romandes. Tous sortent \u00e9videmment du bestiaire magique imagin\u00e9 par l\u2019auteure britannique J. K. Rowling. Imagin\u00e9? Vraiment? Peut-\u00eatre pas&#8230; ou, du moins, pas compl\u00e8tement.<\/p>\n<p>Car nombre de cr\u00e9atures \u00e9voqu\u00e9es dans la saga Harry Potter, bien que parfois l\u00e9g\u00e8rement modifi\u00e9es par rapport \u00e0 celles qui les ont inspir\u00e9es, ont \u00abexist\u00e9\u00bb dans le monde des simples mortels. Et certaines ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9es en Suisse, comme on le constate en se plongeant dans la <a href=\"https:\/\/www.unil.ch\/viaticalpes\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">plateforme multim\u00e9dia Viaticalpes<\/a> ou dans l\u2019application WonderAlp, qui ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues comme de v\u00e9ritables cabinets de curiosit\u00e9s 2.0, et qui permettent de d\u00e9couvrir toutes sortes de choses admirables et \u00e9tonnantes.<\/p>\n<p>Passage en revue, en compagnie des deux pilotes de ce fabuleux projet, soit Daniela Vaj, responsable de la base de donn\u00e9es Viatimages et coordinatrice scientifique de ce site, ainsi que Claude Reichler, professeur honoraire \u00e0 la Facult\u00e9 des lettres, chercheur et auteur des textes et de l\u2019ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence <em>Les Alpes et leurs imagiers. Voyage et histoire du regard<\/em>.<\/p>\n<p>Si J. K. Rowling donne vie au \u00abNorv\u00e9gien \u00e0 cr\u00eate\u00bb, au \u00abBoutefeu Chinois\u00bb ou au \u00abMagyar \u00e0 pointes\u00bb dans ses livres, les communaut\u00e9s alpines qui ont habit\u00e9 dans les Alpes ont c\u00f4toy\u00e9 pour leur part des bestioles peu am\u00e8nes tels le \u00abVolant de Lucerne\u00bb, le \u00abErlaw\u00e4ldli\u00bb, le \u00abDragon In der Hauwelen\u00bb ou encore le \u00abWangserberg\u00bb.<\/p>\n<p>A en croire le tr\u00e8s s\u00e9rieux naturaliste Johann Jakob Scheuchzer dans son <em>Itinera per Helvetiae alpinas regiones<\/em>, publi\u00e9 en 1723 et qui constitue la documentation principale de WonderAlp, certaines de ces cr\u00e9atures ont m\u00eame provoqu\u00e9 de gros soucis dans les populations. Ainsi le \u00abWellerscher Gang\u00bb, qui, en \u00e9t\u00e9 1658, a presque aveugl\u00e9 un vieux paysan en lui soufflant dessus. Ou le \u00abQuinten\u00bb, jug\u00e9 responsable d\u2019une \u00abtemp\u00eate de gr\u00eale\u00bb en 1670.<\/p>\n<p>\u00abLe dragon est un mythe universel que l\u2019on retrouve aussi bien en Chine que dans la Gr\u00e8ce antique, note le professeur de l\u2019UNIL. Comment est-il n\u00e9 et d\u2019o\u00f9 vient-il? Nous n\u2019avons pas de certitudes concernant sa gen\u00e8se. Ces l\u00e9gendes sont-elles apparues apr\u00e8s qu\u2019on a trouv\u00e9 des ossements de dinosaures? Les naturalistes \u00e9tant fixistes, ils estimaient que chaque esp\u00e8ce \u00e9tait apparue telle quelle au cours des temps g\u00e9ologiques et n\u2019envisageaient donc pas que la nature pouvait changer ni que des esp\u00e8ces pouvaient dispara\u00eetre. Si bien que lorsque l\u2019on retrouvait des ossements pr\u00e9historiques, certains pouvaient parfaitement passer pour des parties de squelettes de dragons!\u00bb Si cette explication la convainc, Daniela Vaj ajoute n\u00e9anmoins: \u00abLeur pr\u00e9sence dans les Alpes peut aussi \u00eatre li\u00e9e aux vip\u00e8res, dont la morsure peut \u00eatre mortelle: a-t-on eu honte de redouter un \u00eatre si petit et, pour le coup, a-t-on amplifi\u00e9 et exag\u00e9r\u00e9 sa taille dans le but de rendre cette peur moins infamante?\u00bb<\/p>\n<p><strong>R\u00e9cits populaires<\/strong><\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, reprend le professeur Reichler, \u00abune chose est s\u00fbre: quand Scheuchzer entend des r\u00e9cits populaires attestant la pr\u00e9sence de ces animaux dans les r\u00e9gions alpines et qu\u2019il sait, par ailleurs, que de grands savants comme Pline s\u2019y sont int\u00e9ress\u00e9s, il ne peut \u00e9videmment pas les ignorer. Il va donc faire l\u2019histoire des dragons sur le mod\u00e8le de Conrad Gessner, avec son fameux <em>Historiae Animalium<\/em>, publi\u00e9 entre 1551 et 1558, un ouvrage fondateur en mati\u00e8re de zoologie.?\u00bb<\/p>\n<p>Concr\u00e8tement, Scheuchzer se d\u00e9place, recueille des t\u00e9moignages de toutes sortes, puise dans une vaste culture scientifique et litt\u00e9raire, r\u00e9unit un corpus de textes qui repr\u00e9sentent pour lui l\u2019ensemble des auteurs faisant autorit\u00e9 en mati\u00e8re de dragons et examine soigneusement les os, les dents ou les griffes qu\u2019on lui dit appartenir \u00e0 ces cr\u00e9atures. Dans sa description du \u00abDragon du mont Pilate, mise en ligne par Claude Reichler, Scheuchzer rapporte: \u00abLe 9 juillet 1689, on m\u2019apporta des ossements qui avaient \u00e9t\u00e9 sortis de terre, et pr\u00e9cis\u00e9ment:<\/p>\n<p>1. la moiti\u00e9 d\u2019une m\u00e2choire inf\u00e9rieure de dragon avec une\u00a0\u00e9norme dent de devant; la longueur fait un quart et demi d\u2019aune plus un demi-douzi\u00e8me, et elle p\u00e8se sept onces et demie.<br \/>\n2. Une sorte de dentition extraordinaire, sortant par paires des m\u00e2choires sup\u00e9rieure et inf\u00e9rieure. Leur longueur est de un quart et demi d\u2019aune, l\u2019\u00e9paisseur d\u2019un demi-quart, le poids s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 2 onces et 3 drachmes. La couleur est blanche et brillante, comme les dents d\u2019un cheval.<br \/>\n3. et 4. Deux molaires, large chacune d\u2019un demi-quart d\u2019aune, et pesant une demi-once plus un drachme. La racine de ces dents-l\u00e0 est jaune, mais leur couronne blanche.<br \/>\n5. et 6. Deux griffes de doigt de pied, \u00e9mouss\u00e9es et de couleur cendre, pesant chacune un drachme.<br \/>\n7. Un os f\u00e9moral de couleur boueuse, ayant perdu ses deux t\u00eates et long d\u2019un quart et demi d\u2019aune, dont le poids atteint deux onces trois drachmes.?\u00bb<\/p>\n<p>Claude Reichler rel\u00e8ve que si \u00abcertains de ces restes apparaissent au naturaliste comme \u00e9tant ceux d\u2019ours g\u00e9ants morts dans leur caverne, il estime tout de m\u00eame que, parfois, il est bel et bien en pr\u00e9sence d\u2019ossements de dragons. En d\u2019autres termes, il valide leur existence.\u00bb<\/p>\n<p>Et le professeur de pr\u00e9ciser: \u00abCela peut para\u00eetre \u00e9trange, aujourd\u2019hui, mais il faut comprendre que les naturalistes, jusqu\u2019au XVIIe et parfois jusqu\u2019au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle, ne mettaient pas en doute les t\u00e9moignages de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs et tenaient leurs d\u00e9couvertes pour certaines. Par ailleurs, il faut imp\u00e9rativement d\u00e9placer la limite mentale et culturelle qui s\u00e9pare l\u2019ordinaire de l\u2019extraordinaire. Notre potentialit\u00e9 d\u2019\u00e9tonnement est maintenant limit\u00e9e par des cadres rationnels tr\u00e8s puissants. A la fin du XVIIe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XVIIIe, cette fronti\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas situ\u00e9e au m\u00eame endroit et la rationalit\u00e9 d\u2019antan accueillait des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00abcurieux\u00bb que nous rejetons compl\u00e8tement de nos jours. Pour comprendre des scientifiques comme Scheuchzer, nous devons accepter de d\u00e9caler la barri\u00e8re qui s\u00e9pare le rationnel du merveilleux!\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_7459\" aria-describedby=\"caption-attachment-7459\" style=\"width: 393px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7459\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/ClaudeReichler_64.jpg\" alt=\"Claude Reichler. Professeur honoraire. Nicole Chuard \u00a9 UNIL\" width=\"393\" height=\"392\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/ClaudeReichler_64.jpg 393w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/ClaudeReichler_64-261x260.jpg 261w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/ClaudeReichler_64-250x250.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/ClaudeReichler_64-150x150.jpg 150w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/ClaudeReichler_64-60x60.jpg 60w\" sizes=\"auto, (max-width: 393px) 100vw, 393px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7459\" class=\"wp-caption-text\">Claude Reichler. Professeur honoraire. Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p>Difficile de ne pas voir des ressemblances entre la marmotte et le veau de lune imagin\u00e9 par J.K. Rowling, puisque ces deux esp\u00e8ces hyperdiscr\u00e8tes se caract\u00e9risent par une capacit\u00e9 \u00e0 dormir hors du commun et une tendance tout \u00e0 fait particuli\u00e8re \u00e0 se dresser sur leurs pattes arri\u00e8re. Cela dit, quand la cr\u00e9ature litt\u00e9raire de la saga Harry Potter n\u2019\u00e9merge de son terrier qu\u2019\u00e0 la pleine lune pour se livrer \u00e0 des danses folles, le rat des montagnes, lui, se montre dot\u00e9 d\u2019un esprit pratique redoutable.<\/p>\n<p>Citant une \u00e9tude men\u00e9e par la Neuch\u00e2teloise Aur\u00e9lie Luther, le professeur Reichler raconte ainsi que les \u00absiffleux\u00bb firent l\u2019objet de l\u00e9gendes surprenantes: \u00abLorsqu\u2019elles sentaient l\u2019hiver arriver, les marmottes devaient construire leur terrier et s\u2019y prenaient de mani\u00e8re tr\u00e8s singuli\u00e8re. En gros, l\u2019une d\u2019elles se couchait sur le dos et les autres lui mettaient sur le ventre du foin, de l\u2019herbe ou tout ce qui pouvait tapisser leur logement hivernal. Ensuite, elle se laissait tra\u00eener jusqu\u2019au terrier par ses cong\u00e9n\u00e8res, servant ainsi de charrette! Renforc\u00e9e par l\u2019assertion que ce comportement avait \u00e9t\u00e9 observ\u00e9, cette croyance a eu cours jusqu\u2019au XVIIIe si\u00e8cle!\u00bb<\/p>\n<p>Croisements \u00e9tranges et m\u00e9langes d\u00e9tonants entre esp\u00e8ces: les innombrables monstres qui peuplent l\u2019univers litt\u00e9raire de J. K. Rowling sont ce que Claude Reichler qualifie de \u00abconstantes du rapport des hommes aux r\u00e8gnes animal et v\u00e9g\u00e9tal\u00bb. Il pr\u00e9cise: \u00abDe grands savants du XVIIIe essayaient de croiser le coq et le lapin, juste pour voir si \u00e7a fonctionnait. A vrai dire, les exp\u00e9riences d\u2019hybridation ont perdur\u00e9 tr\u00e8s longtemps et, d\u2019une certaine mani\u00e8re, se poursuivent aujourd\u2019hui encore avec la g\u00e9n\u00e9tique. Pour en revenir \u00e0 une cr\u00e9ature d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e, le dragon est typiquement un monstre au sens des naturalistes puisqu\u2019il est le fruit d\u2019une copulation qu\u2019on n\u2019a pas pu observer mais que l\u2019on postule entre la vip\u00e8re et l\u2019aigle ou entre le chat et le serpent, par exemple.\u00bb<\/p>\n<p>Dans cette cat\u00e9gorie \u00abmonstrueuse\u00bb, on peut ainsi inclure la b\u00eate de la montagne Joppatsch, rep\u00e9r\u00e9e en ao\u00fbt 1696 et \u00e9videmment r\u00e9pertori\u00e9e dans le bestiaire dragonesque de l\u2019appli WonderAlp: pourvue d\u2019une t\u00eate de chat, un peu chafouine, poilue et rouge, avec des yeux scintillants, une sorte de collier blanc autour du cou et une langue qui ressemble \u00e0 celle d\u2019un serpent, elle a une peau de couleur rouge brillant \u00abmagnifiquement aux rayons du soleil\u00bb. Elle mesure \u00ab\u00e0 peu pr\u00e8s deux aunes\u00bb et, en lieu et place de pieds, est \u00abmunie d\u2019appendices \u00e9cailleux comme un poisson\u00bb et d\u2019une queue fourchue&#8230;<\/p>\n<figure id=\"attachment_7446\" aria-describedby=\"caption-attachment-7446\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7446\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/animaux_2_64.jpg\" alt=\"\u00a9 2016 Warner Bros. Ent. All Rights Reserved.\" width=\"590\" height=\"246\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/animaux_2_64.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/animaux_2_64-530x221.jpg 530w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7446\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 2016 Warner Bros. Ent. All Rights Reserved.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Revisit\u00e9 par J. K. Rowling dans <em>La chambre des secrets<\/em>, deuxi\u00e8me \u00e9pisode des aventures de Harry Potter, le basilic a vu le jour dans l\u2019Antiquit\u00e9. R\u00e9put\u00e9, selon Pline, pour son venin et son regard mortels, il a \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9 d\u00e8s le XIIIe si\u00e8cle au-dessus du village de Wyl (Unterwald), comme en atteste ce passage de l\u2019ouvrage<em> Itinera per Helvetiae alpinas regiones<\/em>: \u00abCe monstre tuait le b\u00e9tail comme les hommes, si bien qu\u2019on appelait le bourg Oedwyler, ce qui signifie le village d\u00e9sert. Un nomm\u00e9 Winkelried, qui venait de ce village, mais en avait \u00e9t\u00e9 banni pour meurtre, s\u2019engagea \u00e0 le tuer si on le graciait et qu\u2019on lui permette de revenir dans sa patrie. Cela lui fut accord\u00e9 avec joie. Il r\u00e9ussit \u00e0 le vaincre. Sit\u00f4t le combat fini, il leva son bras qui tenait encore l\u2019\u00e9p\u00e9e sanglante, pour se f\u00e9liciter de sa prouesse, et avec lui ses compatriotes. C\u2019est alors que quelques gouttes du sang du basilic, qui tomb\u00e8rent sur son corps, le firent mourir sur place.\u00bb<\/p>\n<p>Bizarrement non mentionn\u00e9e dans <em>Les Animaux fantastiques<\/em>, comme d\u00e9daign\u00e9e par J. K. Rowling, l\u2019hydre n\u2019en a pas moins hant\u00e9 Lucerne, ainsi que l\u2019ont trouv\u00e9 Daniela Vaj et Claude Reichler au fil de leurs recherches textuelles et iconographiques. De fait, selon Scheuchzer, qui se base sur diff\u00e9rentes chroniques suisses du XVIe si\u00e8cle, la b\u00eate, d\u2019une longueur de pr\u00e8s de 4 m, avec de grandes oreilles et un corps \u00abgros comme un veau\u00bb, a \u00e9t\u00e9 vue le 26 mai 1499 \u00e0 Lucerne, alors qu\u2019elle \u00absuivait le courant en quittant le lac en direction du pont sur la Reuss\u00bb.<\/p>\n<p>D\u00e9crit avec ce que Claude Reichler qualifie de \u00absens du merveilleux\u00bb dans l\u2019ouvrage <em>De la cosmographie universelle<\/em>, le roi des montagnes \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 pour de pr\u00e9tendues \u00abpropri\u00e9t\u00e9s th\u00e9rapeutiques\u00bb. Il \u00e9tait aussi, surtout, par\u00e9 du pouvoir quasi magique de grimper n\u2019importe o\u00f9. Dans le texte r\u00e9dig\u00e9 par Sebastien M\u00fcnster, dont les premi\u00e8res \u00e9ditions remontent \u00e0 1544, il est dit de lui: qu\u2019il \u00abn\u2019y a ro\u00adcher si haut et si raide auquel cette b\u00eate ne puisse parvenir par un saut\u00bb. Cette caract\u00e9ristique, il la partage d\u2019ailleurs avec son fr\u00e8re de fiction, le Grapcorne, un bovid\u00e9 au caract\u00e8re \u00e9galement irascible et indomptable.<\/p>\n<p>Entre ph\u00e9nix, hippogriffes et d\u00e9monz\u00e9merveilles, l\u2019univers pott\u00e9rien ne manque pas de cr\u00e9atures ail\u00e9es et g\u00e9n\u00e9ralement majestueuses. Dans le catalogue animalier \u00e9labor\u00e9 par Daniela Vaj et Claude Reichler, les volatiles ne sont en revanche que peu repr\u00e9sent\u00e9s. Outre le somptueux gypa\u00e8te barbu ou le ravissant pinson, on peut toutefois mentionner la gelinotte \u2013 un \u00eatre d\u00e9licieux (\u00e0 tout point de vue!) si l\u2019on en juge par la description po\u00e9tique dont elle fait l\u2019objet dans De la cosmographie universelle.<\/p>\n<p>Visiblement arachno- et insectophobe, J. K. Rowling donne une image peu glorieuse des araign\u00e9es et divers grouillants qui hantent ses histoires: nuisibles, laids et venimeux, ils n\u2019ont rien pour plaire.<\/p>\n<p>Et dans la r\u00e9alit\u00e9? S\u2019ils sont souvent mal aim\u00e9s aujourd\u2019hui, \u00ables insectes ont fait autrefois l\u2019objet de recherches curieuses, souvent inspir\u00e9es par l\u2019Histoire naturelle de Pline. L\u2019ouvrage le plus connu, d\u00fb \u00e0 l\u2019artiste et naturaliste Anna Maria Sibylla Merian, porte sur les insectes du Surinam. Paru en 1705, il est illustr\u00e9 d\u2019aquarelles superbes de style rococo. A l\u2019\u00e9poque des Lumi\u00e8res, le grand naturaliste que fut R\u00e9aumur publia un M\u00e9moires pour servir \u00e0 l\u2019histoire des insectes. Scheuchzer s\u2019int\u00e9resse, quant \u00e0 lui, aux insectes fossiles dont on trouvait des restes dans les cristaux, les dendrites ou les ambres.\u00bb<\/p>\n<p>Quant aux loups-garous, goules, griffons et autres vouivres, on attend impatiemment les t\u00e9moignages iconographiques originaux et les manuscrits incontestables qui seront s\u00fbrement exhum\u00e9s bient\u00f4t: comme on le voit, les d\u00e9mons \u00e9merveillent&#8230;<\/p>\n<figure id=\"attachment_7477\" aria-describedby=\"caption-attachment-7477\" style=\"width: 100px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7477\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/09\/livre_alpes_64.jpg\" alt=\"Les Alpes et leurs imagiers. Voyage et histoire du regard. Par Claude Reichler. Presses polytechniques et universitaires romandes \u2013 Le savoir suisse (2013), 144 p.\" width=\"100\" height=\"151\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7477\" class=\"wp-caption-text\">Les Alpes et leurs imagiers. Voyage et histoire du regard. 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