{"id":7291,"date":"2016-05-19T07:35:43","date_gmt":"2016-05-19T05:35:43","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=7291"},"modified":"2020-07-29T14:36:07","modified_gmt":"2020-07-29T12:36:07","slug":"sous-les-paves-le-plagiat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/sous-les-paves-le-plagiat\/","title":{"rendered":"Sous les pav\u00e9s, le plagiat ?"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_7133\" aria-describedby=\"caption-attachment-7133\" style=\"width: 417px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/plagiat_63.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7133\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/plagiat_63.jpg\" alt=\"\u00a9 Jehan Khodl \" width=\"417\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/plagiat_63.jpg 417w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/plagiat_63-184x260.jpg 184w\" sizes=\"auto, (max-width: 417px) 100vw, 417px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-7133\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Jehan Khodl<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>A Dorigny comme ailleurs, le pillage de la pens\u00e9e d\u2019autrui existe, m\u00eame s\u2019il est rare. Dans un esprit de pr\u00e9vention, l\u2019UNIL vient de se doter de nouveaux outils r\u00e9glementaires, p\u00e9dagogiques et techniques afin de lutter plus efficacement contre le plagiat.<\/em><\/p>\n<p>Le 1er mars 2011, le populaire ministre allemand de la D\u00e9fense d\u00e9missionna. La th\u00e8se en droit de Karl-Theodor zu Guttenberg, rebaptis\u00e9 \u00abBaron zu Googleberg\u00bb, contenait en effet de nombreux passages copi\u00e9s ailleurs. Le politicien se fit m\u00eame retirer son titre de docteur. En avril 2012, ce fut au tour du pr\u00e9sident hongrois P\u00e1l Schmitt de tomber pour la m\u00eame raison. Et moins d\u2019un an plus tard, c\u2019est la ministre allemande de l\u2019Education et de la Recherche, Annette Schavan, qui quitta ses fonctions suite \u00e0 un scandale de plagiat concernant son doctorat. Dans un autre registre, Michel Houellebecq se vit reprocher d\u2019avoir retravaill\u00e9 des extraits de Wikipedia ou de sites internet pour son roman <em>La carte et le territoire<\/em>.<\/p>\n<p>Ces affaires r\u00e9centes ont mis en lumi\u00e8re le plagiat, \u00abune vraie question dans le monde universitaire contemporain\u00bb, estime J\u00e9r\u00f4me Jacquin, ma\u00eetre assistant en Sections de fran\u00e7ais et des sciences du langage et de l\u2019information, et pr\u00e9sident de la Commission de l\u2019enseignement de l\u2019UNIL. D\u00e8s 2013, cette derni\u00e8re a entam\u00e9 une r\u00e9flexion et des travaux \u00e0 ce sujet, en rassemblant des enseignants, des chercheurs et des \u00e9tudiants de toutes disciplines. Depuis, l\u2019institution s\u2019est dot\u00e9e d\u2019un nouveau r\u00e8glement concernant l\u2019enseignement, de moyens p\u00e9dagogiques de sensibilisation, ainsi que d\u2019un logiciel de d\u00e9tection.<\/p>\n<p><strong>Voler les esclaves<\/strong><br \/>\nDe quoi parle-t-on? \u00abLe plagiat est la reprise \u2013 m\u00eame ponctuelle, partielle ou reformul\u00e9e \u2013 d\u2019un texte d\u2019autrui, en le faisant passer pour sien ou sans en indiquer la source\u00bb, peut-on lire dans la <a href=\"https:\/\/www.unil.ch\/cdl\/files\/live\/sites\/cdl\/files\/Documents\/Directives_Direction\/dir3_15_plagiat-5.pdf\">directive ad hoc<\/a>. La racine latine du terme, <em>plagiarius<\/em>, signifie \u00abcelui qui vole les esclaves d\u2019autrui ou qui vend comme esclave une personne libre qu\u2019il a kidnapp\u00e9e\u00bb. Si l\u2019id\u00e9e de larcin persiste \u00e0 travers les si\u00e8cles, \u00abaujourd\u2019hui, ce sont les mots qu\u2019on vole\u00bb, note J\u00e9r\u00f4me Jacquin.<\/p>\n<p>Quelle est la r\u00e9alit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 l\u2019UNIL? \u00abChaque ann\u00e9e, nous traitons une poign\u00e9e de cas\u00bb, constate Danielle Chaperon, vice-rectrice en charge de l\u2019Enseignement et des Affaires \u00e9tudiantes. A sa suite, toutes les personnes interrog\u00e9es par <em>Allez savoir!<\/em> confirment que Dorigny n\u2019est pas \u00abNotre-Dame du copier-coller\u00bb. Na\u00efvet\u00e9? Le professeur Marius Br\u00fclhart, vice-doyen de la Facult\u00e9 des HEC, r\u00e9fute l\u2019objection classique \u00e0 ce constat rassurant. \u00abNos \u00e9tudiants travaillent-ils correctement dans leur immense majorit\u00e9, ou n\u2019est-on pas capables de rep\u00e9rer les plagiaires? Je suis certain de la premi\u00e8re hypoth\u00e8se.\u00bb<\/p>\n<p>Il faut toutefois pr\u00e9ciser que, avant l\u2019entr\u00e9e en vigueur du nouveau cadre l\u00e9gislatif en juillet 2014, les enseignants n\u2019osaient pas toujours signaler leurs doutes face \u00e0 certains textes remis par des \u00e9tudiants, notamment au niveau du bachelor. Ils craignaient d\u2019activer une machinerie administrative et de faire tomber une sanction trop lourde sur des jeunes en formation. Afin d\u2019\u00e9viter cette autocensure sans pour autant verser dans le laxisme, la directive pr\u00e9voit justement une gradation des infractions (lire ci-dessous).<\/p>\n<figure id=\"attachment_7162\" aria-describedby=\"caption-attachment-7162\" style=\"width: 386px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/plagiat_JeromeJacquin_63.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7162\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/plagiat_JeromeJacquin_63.jpg\" alt=\"J\u00e9r\u00f4me Jacquin. Ma\u00eetre assistant en Sections de fran\u00e7ais et des sciences du langage et de l\u2019information, pr\u00e9sident de la Commission de l\u2019enseignement de l\u2019UNIL. Nicole Chuard \u00a9 UNIL\" width=\"386\" height=\"390\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/plagiat_JeromeJacquin_63.jpg 386w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/plagiat_JeromeJacquin_63-257x260.jpg 257w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/plagiat_JeromeJacquin_63-60x60.jpg 60w\" sizes=\"auto, (max-width: 386px) 100vw, 386px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-7162\" class=\"wp-caption-text\">J\u00e9r\u00f4me Jacquin. Ma\u00eetre assistant en Sections de fran\u00e7ais et des sciences du langage et de l\u2019information, pr\u00e9sident de la Commission de l\u2019enseignement de l\u2019UNIL. Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>C\u2019est grave, docteur?<\/strong><br \/>\nUne question fondamentale se pose d\u2019embl\u00e9e: copier, est-ce si grave que cela? Dans l\u2019institution, les r\u00e9ponses varient selon les sensibilit\u00e9s et les disciplines. Mais \u00abde mani\u00e8re axiomatique, le monde acad\u00e9mique consid\u00e8re le plagiat tr\u00e8s n\u00e9gativement. Notre culture a \u00e9volu\u00e9 vers le respect de la cr\u00e9ativit\u00e9, du travail et du droit d\u2019auteur\u00bb, pose J\u00e9r\u00f4me Jacquin.<\/p>\n<p>Les raisons de cette d\u00e9testation sont tr\u00e8s nombreuses. \u00abNous cherchons \u00e0 produire des individus autonomes, capables de construire des postures critiques propres. Le plagiat revient \u00e0 abjurer cette possibilit\u00e9 de penser par soi-m\u00eame\u00bb, note Christian Grosse, professeur et vice-doyen de la Facult\u00e9 de th\u00e9ologie et de sciences des religions. Etudiant en bachelor et membre de la Commission de l\u2019enseignement, Eric Girodet estime \u00e9galement que \u00abpratiquer le plagiat revient \u00e0 se maltraiter soi-m\u00eame. De plus, on court le risque de devenir une fabrique de tautologies.\u00bb<\/p>\n<p>Outre un d\u00e9ni de soi, le tricheur ne remplit pas la part du contrat qu\u2019il a pass\u00e9 avec l\u2019Universit\u00e9. \u00abCette personne prouve seulement qu\u2019elle sait trouver de l\u2019information, parfois habilement, mais en aucun cas qu\u2019elle l\u2019a comprise et int\u00e9gr\u00e9e\u00bb, ajoute J\u00e9r\u00f4me Jacquin. En effet, certaines \u00e9tapes du cursus acad\u00e9mique imposent la r\u00e9alisation d\u2019exercices bien particuliers, comme les m\u00e9moires de master. A cette occasion, \u00abil ne s\u2019agit pas seulement de faire la preuve que l\u2019on s\u2019est appropri\u00e9 les outils, les mod\u00e8les et les th\u00e9ories de la discipline \u00e9tudi\u00e9e, mais \u00e9galement que l\u2019on ma\u00eetrise des comp\u00e9tences, comme la capacit\u00e9 \u00e0 appliquer son savoir\u00bb, ajoute Danielle Chaperon.<\/p>\n<p>Christian Grosse est particuli\u00e8rement allergique au plagiat entre \u00e9tudiants. \u00abIl est normal que ces derniers s\u2019entraident. Mais l\u2019exploitation du travail des autres grippe la confiance et g\u00e9n\u00e8re de la m\u00e9fiance. Celle-ci est d\u00e9j\u00e0 bien assez pr\u00e9sente dans le milieu de la recherche sans en introduire dans les auditoires.\u00bb<\/p>\n<p>Le \u00abcopier-coller\u00bb pose un probl\u00e8me d\u00e9ontologique, voire moral. \u00abEn tant que scientifiques, nous devons accorder une grande importance \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 intellectuelle\u00bb, affirme Manuel Pascual, professeur et vice-doyen de la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine. De son c\u00f4t\u00e9, Marius Br\u00fclhart qualifie le plagiat de \u00abvol intellectuel\u00bb, une pratique pour laquelle il n\u2019exprime pas davantage de compr\u00e9hension que pour la fraude ou la tricherie aux examens.<\/p>\n<p>Pour l\u2019institution, il est dommageable de d\u00e9cerner des dipl\u00f4mes \u00e0 des personnes qui ont emprunt\u00e9 leurs talents \u00e0 d\u2019autres. \u00abLe savoir est collectif par son essence m\u00eame. Mais il est injuste de ne pas reconna\u00eetre quelle est sa propre place dans cet ensemble\u00bb, remarque Danielle Chaperon.<\/p>\n<p>Enfin, si le r\u00e8glement pr\u00e9voit des sanctions parfois s\u00e9v\u00e8res, le doyen de la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine, Jean-Daniel Tissot, a sa propre id\u00e9e. \u00abA titre de peine, j\u2019obligerais les coupables \u00e0 lire Montaigne. Sa mani\u00e8re d\u2019utiliser la pens\u00e9e d\u2019autrui pour parvenir \u00e0 d\u00e9velopper la sienne touche au g\u00e9nie.\u00bb<\/p>\n<p><strong>C\u2019est si simple de citer<\/strong><br \/>\nFace \u00e0 cette avalanche de r\u00e9probation, la solution para\u00eet simple. Il suffit de citer correctement ses sources, d\u2019attribuer aux auteurs leurs id\u00e9es et leurs citations. La paraphrase, r\u00e9dig\u00e9e correctement, est \u00e9galement accept\u00e9e. Tous les \u00e9tudiants apprennent ces r\u00e8gles tr\u00e8s t\u00f4t dans leur cursus.<\/p>\n<p>De plus, ils ne doivent pas avoir peur de rendre un texte truff\u00e9 de guillemets (\u00e0 l\u2019exemple de cet article). Les enseignants interrog\u00e9s par <em>Allez savoir!<\/em> confirment qu\u2019il est tout \u00e0 fait l\u00e9gitime de ne pas avoir uniquement des pens\u00e9es \u00e0 soi. Un m\u00e9moire peupl\u00e9 de citations, de notes et de r\u00e9f\u00e9rences, dans lequel les id\u00e9es d\u2019autres auteurs sont articul\u00e9es entre elles de mani\u00e8re coh\u00e9rente, est parfaitement normal. La science s\u2019est toujours construite sur les contributions de pr\u00e9d\u00e9cesseurs. \u00abCiter, c\u2019est montrer une vaste \u00e9tendue de lectures. Lire, c\u2019est le premier travail de l\u2019\u00e9tudiant\u00bb, synth\u00e9tise Christian Grosse.<\/p>\n<p><strong>Plagiat involontaire<\/strong><br \/>\nToutefois, des nuances s\u2019imposent. Contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues, il est possible de plagier sans le faire expr\u00e8s. C\u2019est le cas classique de l\u2019\u00e9tudiant qui copie, dans un\u00a0document provisoire, une phrase int\u00e9ressante d\u00e9nich\u00e9e dans un article scientifique. Il oublie de reporter la r\u00e9f\u00e9rence, ou l\u2019indique seulement dans sa bibliographie. Plus tard, cette citation peut se retrouver incluse \u2013 sans guillemets ni note \u2013 dans un travail rendu. En l\u2019occurrence, cette situation est davantage un probl\u00e8me de m\u00e9thode qu\u2019une tentative de tricherie. Gr\u00e2ce \u00e0 la nouvelle directive, elle pourra \u00eatre r\u00e9solue par l\u2019enseignant entre quatre yeux (lire ci-dessous).<\/p>\n<p>La situation devient plus complexe si l\u2019on s\u2019int\u00e9resse aux pens\u00e9es et non aux textes eux-m\u00eames. \u00abIl peut arriver \u00e0 tout le monde d\u2019\u00eatre persuad\u00e9 d\u2019avoir eu une id\u00e9e lumineuse, alors qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9mise par quelqu\u2019un bien avant vous!\u00bb, constate Eric Girodet. Un enjeu pour des \u00e9tudiants qui baignent dans les mots d\u2019autrui, un cours apr\u00e8s l\u2019autre. \u00abIl est n\u00e9cessaire de mettre en place un flux de travail rigoureux, qui garantisse une certaine vigilance\u00bb, conseille J\u00e9r\u00f4me Jacquin.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, le professeur Jean-Daniel Tissot confesse une \u00abintol\u00e9rance raisonn\u00e9e au plagiat\u00bb. La pression pour publier toujours davantage, additionn\u00e9e de l\u2019emploi de la langue anglaise dans son domaine, constituent des dangers. \u00abSi vous \u00eates Shakespeare, la richesse de votre vocabulaire vous permet de vous en sortir. Dans le cas contraire, avec vos quelques centaines de mots, vous allez rapidement faire tourner vos id\u00e9es en rond! Il n\u2019est pas possible d\u2019\u00eatre cr\u00e9atif \u00e0 l\u2019infini.\u00bb Le m\u00e9lange d\u2019une tr\u00e8s grande sp\u00e9cialisation et d\u2019un lexique aussi pointu que limit\u00e9 constituent des s\u00e9rieuses emb\u00fbches \u00e0 l\u2019originalit\u00e9.<\/p>\n<figure id=\"attachment_7163\" aria-describedby=\"caption-attachment-7163\" style=\"width: 257px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/plagiat_chaperon_63.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7163\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/plagiat_chaperon_63.jpg\" alt=\"Danielle Chaperon. Professeure et vice-rectrice en charge de l\u2019enseignement et des affaires \u00e9tudiantes. F\u00e9lix Imhof \u00a9 UNIL\" width=\"257\" height=\"386\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/plagiat_chaperon_63.jpg 257w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/plagiat_chaperon_63-173x260.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 257px) 100vw, 257px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-7163\" class=\"wp-caption-text\">Danielle Chaperon. Professeure et vice-rectrice en charge de l\u2019enseignement et des affaires \u00e9tudiantes. F\u00e9lix Imhof \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Des copistes<\/strong><br \/>\nJ\u00e9r\u00f4me Jacquin reconna\u00eet que la r\u00e9pulsion du monde acad\u00e9mique pour le plagiat est propre \u00e0 notre \u00e9poque et \u00e0 notre contexte. Elle est difficile \u00e0 faire comprendre dans un monde o\u00f9 tout est fait pour faciliter la circulation (et donc la copie) des informations et des id\u00e9es! \u00abNous sortons d\u2019une p\u00e9riode de cons\u00e9cration du droit d\u2019auteur, soutient Christian Grosse. Les liens entre le texte, l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019autorialit\u00e9 se recomposent.\u00bb Ainsi, la page de titre d\u2019un livre, \u00abmonumentalis\u00e9e, indique que vous entrez dans un texte par une porte marqu\u00e9e du nom d\u2019un auteur. Lorsque vous trouvez des informations sur le Net, vous y acc\u00e9dez directement, sans ce passage\u00bb, ajoute le professeur.<\/p>\n<p>A la Renaissance, il \u00e9tait largement accept\u00e9, et m\u00eame souhaitable, de couturer un \u00e9crit de fragments issus de travaux plus anciens. Cette situation a dur\u00e9 assez longtemps: le professeur cite le cas d\u2019<a href=\"https:\/\/lumieres.unil.ch\/projets\/chavannes\">Alexandre C\u00e9sar Chavannes<\/a> (1731-1800), qui fut recteur et biblioth\u00e9caire de l\u2019Acad\u00e9mie de Lausanne. Dans l\u2019\u0153uvre de sa vie, <em>Anthropologie ou science g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019homme<\/em>, cet auteur respectable ne cite pas souvent ses sources et n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 reprendre la pens\u00e9e d\u2019autrui \u00e0 son compte!<\/p>\n<p><strong>Les trois r\u00e9ponses de l\u2019UNIL<\/strong><br \/>\nLe plagiat n\u2019est donc pas une question simple. Comme mentionn\u00e9 plus haut, l\u2019UNIL s\u2019est dot\u00e9e de trois outils: un r\u00e8glement, une formation en ligne et un logiciel de d\u00e9tection. Ce trio fonctionne de concert. La directive s\u2019applique \u00e0 tous les \u00e9tudiants (du bachelor au doctorat), ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019enseignement (c\u2019est-\u00e0-dire au contenu des cours donn\u00e9s). La recherche n\u2019est pas concern\u00e9e par ce document. \u00abUn esprit de pr\u00e9vention gouverne ces mesures, affirme Danielle Chaperon. Il ne s\u2019agit en aucun cas de faire penser que l\u2019Universit\u00e9 est pleine de plagiaires en puissance.\u00bb Le but consiste \u00e0 ce que tous les \u00e9tudiants, au terme de leur cursus, sachent comment \u00e9viter le plagiat.<\/p>\n<p>Un module de formation en ligne, d\u00e9velopp\u00e9 par une soci\u00e9t\u00e9 issue du Imperial College de Londres, va \u00eatre d\u00e9ploy\u00e9 dans les facult\u00e9s ces prochains mois. Enrichi de nombreux exemples, d\u2019exercices, d\u2019entretiens en vid\u00e9o et d\u2019articles de presse, il propose de plus des quizz de r\u00e9vision. Quelques heures de lecture permettent ainsi d\u2019obtenir une vision claire du probl\u00e8me et de b\u00fbcher sur certains aspects \u00ablimites\u00bb, autour de la paraphrase par exemple. Ainsi, personne ne pourra plaider l\u2019ignorance.<\/p>\n<p><strong>On sensibilise d\u00e9j\u00e0<\/strong><br \/>\nAujourd\u2019hui d\u00e9j\u00e0, une mauvaise foi en tungst\u00e8ne est n\u00e9cessaire pour oser soutenir une ignorance totale du sujet. \u00abDes cours de sensibilisation sur le plagiat et la fraude sont donn\u00e9s au d\u00e9but des cursus de bachelor, indique par exemple Elena Martinez, adjointe au vice-d\u00e9canat de l\u2019enseignement en Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine. Nous effectuons de plus des rappels \u00e0 certains moments-cl\u00e9s, comme par exemple lors de l\u2019introduction au travail de master.\u00bb A ce sujet, il est tr\u00e8s fr\u00e9quent de devoir signer un engagement de non-plagiat avant de se lancer dans la r\u00e9daction d\u2019un m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Le logiciel de d\u00e9tection Compilatio vient compl\u00e9ter la palette des mesures prises. Son fonctionnement est simple. Il suffit \u00e0 l\u2019enseignant de charger les contributions des \u00e9tudiants dans le syst\u00e8me et ce dernier va les comparer avec le web en quelques minutes. Lorsque des similitudes (copies ou paraphrases) avec du contenu existant sont d\u00e9tect\u00e9es, les sources apparaissent. Mais attention! Cela ne signifie pas qu\u2019un plagiat a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9, loin de l\u00e0: il peut s\u2019agir de citations effectu\u00e9es dans les r\u00e8gles de l\u2019art. \u00abCet outil est destin\u00e9 \u00e0 aider l\u2019enseignant dans sa d\u00e9cision\u00bb, pr\u00e9cise Catherine El Bez, ing\u00e9nieure p\u00e9dagogique au dicast\u00e8re Qualit\u00e9 et Ressources humaines. Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019une cam\u00e9ra de surveillance.<\/p>\n<p>Souvent pr\u00e9sent\u00e9s comme la panac\u00e9e par les m\u00e9dias, les programmes de d\u00e9tection sont tr\u00e8s peu employ\u00e9s. Les enseignants utilisent plut\u00f4t leur propre connaissance de la mati\u00e8re (et leur astuce) pour rep\u00e9rer les faussaires. Ainsi, avec un certain humour, un chercheur avoue \u00abcopier-coller les paragraphes d\u00e9pourvus de fautes d\u2019orthographe dans Google, juste pour voir\u00bb. Pour J\u00e9r\u00f4me Jacquin, les ruptures stylistiques ou la pr\u00e9sence de notions \u00abtomb\u00e9es du ciel\u00bb constituent des indices. Tout comme \u00abl\u2019apparition d\u2019un vocabulaire saugrenu ou de phrases jargonnantes\u00bb, compl\u00e8te Christian Grosse. Dans le cadre d\u2019analyses de textes, un enseignant en Lettres r\u00e9agit \u00e0 l\u2019irruption d\u2019auteurs ou de citations non pertinents.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, certains faussaires rev\u00eatent les atours de v\u00e9ritables artistes. Un exemple? La traduction d\u2019un document qui n\u2019existe que sous forme papier en de rares exemplaires, r\u00e9dig\u00e9 de plus dans une langue exotique. Mais \u00e0 ce niveau-l\u00e0 de complexit\u00e9, n\u2019est-il pas plus simple de r\u00e9aliser soi-m\u00eame le travail demand\u00e9 par l\u2019universit\u00e9? \u00abLes \u00e9tudiants ne doivent pas tricher. S\u2019ils s\u2019y risquent, je leur conseille d\u2019\u00eatre inventifs!\u00bb, sourit Jean-Daniel Tissot.<\/p>\n<p>La cr\u00e9ativit\u00e9 trouve toutefois un meilleur champ d\u2019application dans la r\u00e9alisation d\u2019un m\u00e9moire personnel, et plus tard dans une recherche originale et de qualit\u00e9. A long terme, ce sont \u00e9galement les buts poursuivis par les dispositifs p\u00e9dagogiques de lutte contre le plagiat mis en place \u00e0 l\u2019UNIL.<\/p>\n<p><em>Cet article a \u00e9t\u00e9 pass\u00e9 au crible du logiciel Compilatio\u00a0et ne contient aucune trace de plagiat.<\/em><\/p>\n<h3>Trois nuances de plagiat<\/h3>\n<p>La directive adopt\u00e9e par l\u2019UNIL propose une gradation des fautes. Cette \u00e9chelle, adapt\u00e9e du mod\u00e8le mis en place par le College of William and Mary (Virginie), am\u00e9liore l\u2019efficacit\u00e9 de la lutte contre la copie. Supprimant la question de l\u2019intentionnalit\u00e9, souvent impossible \u00e0 r\u00e9soudre, elle donne une place centrale aux enseignants, qui d\u00e9cident si une infraction peut \u00eatre qualifi\u00e9e de plagiat ou non. Ainsi, on \u00e9vite de mobiliser des instances lourdes pour des \u00e9tourderies, sans pour autant sombrer dans le laxisme.<\/p>\n<p>Selon ce cadre, une infraction est une <em>faute l\u00e9g\u00e8re<\/em> si elle est unique, et que la source est mentionn\u00e9e par ailleurs dans le document (par exemple en bibliographie). Les cons\u00e9quences sont laiss\u00e9es \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019enseignant, qui peut par exemple rappeler les r\u00e8gles du travail scientifique.<\/p>\n<p>Ensuite, les choses se g\u00e2tent. Si l\u2019infraction est unique et que la source n\u2019est mentionn\u00e9e nulle part dans le document examin\u00e9, ou que l\u2019infraction est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e et la source est mentionn\u00e9e ailleurs, il s\u2019agit d\u2019un <em>plagiat de faible gravit\u00e9<\/em>. Dans ce cas, comme dans le suivant, le d\u00e9canat de la Facult\u00e9 est inform\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, si l\u2019infraction est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e et que la source n\u2019est pas mentionn\u00e9e dans le document examin\u00e9, ou qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un cas de r\u00e9cidive de la part de l\u2019\u00e9tudiant (dans un autre texte rendu), il s\u2019agit d\u2019un <em>plagiat de forte gravit\u00e9<\/em>.\u00a0Dans les deux derni\u00e8res situations, une palette de sanctions est pr\u00e9vue. Elle part de l\u2019\u00e9chec \u00e0 l\u2019\u00e9valuation et va jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exclusion de l\u2019UNIL.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/le-plagiat-et-la-recherche\/\">Article compl\u00e9mentaire sur le plagiat dans la recherche<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A Dorigny comme ailleurs, le pillage de la pens\u00e9e d\u2019autrui existe, m\u00eame s\u2019il est rare. 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