{"id":7272,"date":"2016-05-19T07:39:19","date_gmt":"2016-05-19T05:39:19","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=7272"},"modified":"2020-07-23T11:37:40","modified_gmt":"2020-07-23T09:37:40","slug":"les-nouvelles-villes-vertes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/les-nouvelles-villes-vertes\/","title":{"rendered":"Les nouvelles villes vertes"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_7140\" aria-describedby=\"caption-attachment-7140\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_63.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7140\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_63.jpg\" alt=\"\u00a9 Casarsa \/ iStock\" width=\"590\" height=\"388\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_63.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_63-395x260.jpg 395w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-7140\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Casarsa \/ iStock<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, la nature semble reprendre ses droits dans les milieux urbains, qui aiment \u00e0 la red\u00e9couvrir, \u00e0 coups de potagers urbains, pelouses en friche et autres r\u00e9alisations v\u00e9g\u00e9talo-architecturales tape-\u00e0-l\u2019\u0153il. Le point avec Jo\u00eblle Salomon Cavin, sp\u00e9cialiste en Am\u00e9nagement du territoire, et le biologiste Daniel Cherix.<\/em><\/p>\n<p>Rat des villes ou rat de champs? Longtemps, il fallait choisir son camp. Les amoureux de la nature se d\u00e9cidaient souvent \u00e0 prendre le large pour la campagne, tandis que les \u00e2mes citadines se rendaient dans les grandes villes, abandonnant leur bout de terre familial pour un mode de vie jug\u00e9 plus moderne.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la s\u00e9paration entre milieu urbain et paysan n\u2019est plus aussi radicale. Alors qu\u2019il y a encore quelques d\u00e9cennies, on cantonnait la nature en ville \u00e0 quelques pelouses de ronds-points fleuries et millim\u00e9tr\u00e9es, \u00e0 pr\u00e9sent les villes s\u2019amourachent des espaces verts \u00e0 gogo, entre talus laiss\u00e9s en friche, potagers urbains et autres cr\u00e9ations architecturales invitant le v\u00e9g\u00e9tal au c\u0153ur m\u00eame de leur concept.<\/p>\n<p>Sur ce point, l\u2019exemple le plus r\u00e9cent et notoire n\u2019est autre que ce gratte-ciel qui devrait prochainement \u00eatre \u00e9rig\u00e9 \u00e0 Chavannes, dans le quartier des C\u00e8dres, soit une tour de 117 m\u00e8tres de haut, avec 35 \u00e9tages, mais aussi 80 arbres et 3000 m\u00e8tres carr\u00e9s d\u2019arbustes sur ses terrasses! A noter encore que cette \u00abtour-for\u00eat\u00bb, imagin\u00e9e par l\u2019architecte Stefano Boeri, a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9e \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, et ce m\u00eame face aux projets pr\u00e9sent\u00e9s par des noms illustres comme Mario Botta \u2013 c\u2019est dire l\u2019engouement actuel pour ce genre de r\u00e9alisations vertes.<\/p>\n<figure id=\"attachment_7148\" aria-describedby=\"caption-attachment-7148\" style=\"width: 386px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_JoelleSalomonCavin_63.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7148\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_JoelleSalomonCavin_63.jpg\" alt=\"Jo\u00eblle Salomon Cavin. Ma\u00eetre d\u2019enseignement et de recherche \u00e0 l\u2019Institut de g\u00e9ographie et durabilit\u00e9. Nicole Chuard \u00a9 UNIL\" width=\"386\" height=\"387\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_JoelleSalomonCavin_63.jpg 386w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_JoelleSalomonCavin_63-259x260.jpg 259w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_JoelleSalomonCavin_63-250x250.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_JoelleSalomonCavin_63-150x150.jpg 150w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_JoelleSalomonCavin_63-60x60.jpg 60w\" sizes=\"auto, (max-width: 386px) 100vw, 386px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-7148\" class=\"wp-caption-text\">Jo\u00eblle Salomon Cavin. Ma\u00eetre d\u2019enseignement et de recherche \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.unil.ch\/igd\">l\u2019Institut de g\u00e9ographie et durabilit\u00e9<\/a>.<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Une \u00abvraie\u00bb nature?<\/strong><br \/>\nMais que penser de cette tendance actuelle? Augure-t-elle d\u2019un vrai retour de la nature en ville, ou ne faut-il n\u2019y voir qu\u2019un attrait purement esth\u00e9tique, et donc forc\u00e9ment passager?<\/p>\n<p>Pour Jo\u00eblle Salomon Cavin, ma\u00eetre d\u2019enseignement et de recherche en Politiques territoriales \u00e0 l\u2019UNIL, il est important de pr\u00e9ciser que \u00abla nature en ville a toujours exist\u00e9, mais elle a longtemps \u00e9t\u00e9 ni\u00e9e\u00bb. La sp\u00e9cialiste en veut pour preuve le cas probant des naturalistes (biologistes, \u00e9cologues, etc.) qui ne s\u2019\u00e9taient jusque-l\u00e0 jamais int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 cette nature au c\u0153ur des villes: \u00abCelle-ci ne leur paraissait tout simplement pas digne d\u2019int\u00e9r\u00eat, en tout cas pas comme pouvait l\u2019\u00eatre celle que l\u2019on trouve dans des espaces sauvages.\u00bb<\/p>\n<p>Or, depuis quelques ann\u00e9es, fait remarquer la chercheuse, \u00ables protecteurs de la nature reviennent en ville. Des acteurs comme Pro Natura se soucient de cette \u00absous-nature\u00bb urbaine qu\u2019ils avaient toujours jug\u00e9e sans valeur, soit parce qu\u2019ils la consid\u00e9raient inint\u00e9ressante en soi ou comme trop modifi\u00e9e par l\u2019homme.\u00bb Jo\u00eblle Salomon Cavin \u00e9voque alors les pionniers de l\u2019\u00e9cole d\u2019\u00e9cologie urbaine, \u00e0 Berlin, dans les ann\u00e9es 80: \u00abIls ont \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la nature en ville et \u00e0 d\u00e9montrer qu\u2019il y avait de la biodiversit\u00e9 en milieu urbain.\u00bb Mieux: \u00abQue la ville pouvait m\u00eame \u00eatre un refuge pour certaines esp\u00e8ces chass\u00e9es des p\u00e9riph\u00e9ries urbaines par l\u2019agriculture intensive!\u00bb<\/p>\n<p>La chercheuse cite alors l\u2019exemple embl\u00e9matique du faucon p\u00e8lerin: \u00abCet oiseau est un chasseur de mulots, mais ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9s par l\u2019agriculture. Le rapace s\u2019est donc d\u00e9plac\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es en ville, o\u00f9 il a pu trouver d\u2019autres petits animaux \u00e0 manger. Il est d\u00e8s lors devenu une esp\u00e8ce urbaine.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Changement de perspective<\/strong><br \/>\nEst-ce \u00e0 dire que l\u2019on aurait sous-estim\u00e9 les villes en tant que terres d\u2019accueil de la biodiversit\u00e9? \u00abTotalement\u00bb, r\u00e9pond Jo\u00eblle Salomon Cavin qui cite encore \u00abla vari\u00e9t\u00e9 de mousses et lichens apparemment exceptionnelle en milieu urbain\u00bb. Et de conclure: \u00abCette prise de conscience a boulevers\u00e9 notre imaginaire traditionnel selon lequel il n\u2019y aurait pas de nature en ville, ou qu\u2019une pauvre nature, et que la campagne serait le lieu de la nature par excellence. Or il y a des zones extr\u00eamement pollu\u00e9es et st\u00e9rilis\u00e9es dans les espaces agricoles, et de r\u00e9els \u00e9cosyst\u00e8mes en milieux urbains. La distinction entre la ville qui serait st\u00e9rile et la campagne fertile est aujourd\u2019hui totalement d\u00e9pass\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>Ce changement de perception appara\u00eet en effet des plus radical, et n\u2019allait de ce fait pas manquer de modifier la mani\u00e8re m\u00eame de g\u00e9rer ces espaces de nature en plein c\u0153ur de nos cit\u00e9s, comme nous le confirme Daniel Cherix, professeur honoraire au D\u00e9partement d\u2019\u00e9cologie et d\u2019\u00e9volution: \u00abDepuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, beaucoup de choses ont chang\u00e9. Principalement, on est pass\u00e9 de l\u2019obsession de la tondeuse \u00e0 gazon \u00e0 un entretien diff\u00e9renci\u00e9.\u00bb Soit \u00e0 des interventions qui se veulent aujourd\u2019hui respectueuses des particularit\u00e9s de chaque site.<\/p>\n<p>M\u00eame observation du c\u00f4t\u00e9 de la sp\u00e9cialiste en Politiques territoriales de l\u2019UNIL: \u00abDans les services de gestion des espaces verts, on a largement abandonn\u00e9 une perspective tr\u00e8s horticole pour une vision plus orient\u00e9e sur l\u2019\u00e9cologie et la gestion des biotopes. De nouvelles pr\u00e9occupations ont \u00e9merg\u00e9, en lien avec des soucis de conservation de la nature, alors qu\u2019auparavant on ne consid\u00e9rait les espaces verts urbains que comme des espaces \u00e0 am\u00e9nager.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Le grand retour du \u00abnaturel\u00bb<\/strong><br \/>\nR\u00e9volu d\u00e9sormais, le penchant tr\u00e8s helv\u00e8te d\u2019entretenir tous les espaces verts d\u2019une ville de mani\u00e8re standardis\u00e9e! Aujourd\u2019hui, les villes souhaitent prendre en compte les sp\u00e9cificit\u00e9s de chaque zone verte, pour mieux les accompagner dans ce qu\u2019elles nomment dor\u00e9navant \u00ableur vocation\u00bb. \u00abDans la pratique, et en caricaturant un peu, un jardinier ne sera plus amen\u00e9 \u00e0 entretenir de la m\u00eame mani\u00e8re le gazon d\u2019une piscine et, \u00e0 l\u2019autre extr\u00eame, un talus en bord de route\u00bb, expose, de fa\u00e7on des plus limpide, la brochure sur le sujet \u00e9dit\u00e9 par la Ville de Lausanne, \u00abv\u00e9ritable pr\u00e9curseur en la mati\u00e8re\u00bb, selon le professeur.<\/p>\n<p>Outre la mise en place d\u2019une fauche tardive de ses talus en vue de pr\u00e9server la biodiversit\u00e9 de leur flore et petite faune, la capitale vaudoise s\u2019est \u00e9galement engag\u00e9e \u00e0 stopper toute utilisation de pesticides, se r\u00e9jouit le biologiste. A cela s\u2019ajoute encore, pr\u00e9cise-t-il, la participation de la ville \u00e0 des programmes europ\u00e9ens, comme le \u00abUrban bees\u00bb. Soit l\u2019am\u00e9nagement d\u2019\u00abh\u00f4tels pour les abeilles sauvages\u00bb, qui jouent un r\u00f4le essentiel dans la pollinisation de toutes sortes de plantes, sauvages ou cultiv\u00e9es, et aussi des arbres fruitiers. Des actions qui marquent, on ne peut que le constater, un r\u00e9el progr\u00e8s en mati\u00e8re de biodiversit\u00e9. Ce d\u2019autant plus que les initiatives des collectivit\u00e9s se conjuguent avec une r\u00e9elle prise de conscience au niveau de la population, qui se r\u00e9v\u00e8le toujours davantage soucieuse de ces questions.<\/p>\n<p>\u00abToutes les \u00e9tudes montrent aujourd\u2019hui que les gens, s\u2019ils ont le choix, optent toujours pour un am\u00e9nagement plus naturel\u00bb, note le biologiste. \u00abIl y a une v\u00e9ritable prise de conscience qui fait que la majeure partie des mesures prises par les diff\u00e9rents services en faveur de l\u2019environnement vont \u00eatre bien accept\u00e9es.\u00bb Mieux: de plus en plus de particuliers se lancent dans des projets en lien avec ce retour de la nature en ville. Les jardins urbains et autres potagers associatifs sont dans ce sens en pleine expansion dans les villes. \u00abLes citadins veulent aujourd\u2019hui de la nature \u00e0 leurs portes\u00bb, rel\u00e8ve Jo\u00eblle Salomon Cavin. \u00abCes potagers et pratiques jardini\u00e8res urbaines sont, pour beaucoup de gens, une mani\u00e8re de retrouver un lien avec la terre et les saisons, qui leur manquait.\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_7137\" aria-describedby=\"caption-attachment-7137\" style=\"width: 386px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_DanielCherix_63.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7137\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_DanielCherix_63.jpg\" alt=\"Daniel Cherix. Professeur honoraire au D\u00e9partement d\u2019\u00e9cologie et d\u2019\u00e9volution. Nicole Chuard \u00a9 UNIL\" width=\"386\" height=\"385\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_DanielCherix_63.jpg 386w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_DanielCherix_63-261x260.jpg 261w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_DanielCherix_63-250x250.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_DanielCherix_63-150x150.jpg 150w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/05\/villes_DanielCherix_63-60x60.jpg 60w\" sizes=\"auto, (max-width: 386px) 100vw, 386px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-7137\" class=\"wp-caption-text\">Daniel Cherix. Professeur honoraire au D\u00e9partement d\u2019\u00e9cologie et d\u2019\u00e9volution. Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>La biodiversit\u00e9 en f\u00eate?<\/strong><br \/>\nVille et nature seraient donc aujourd\u2019hui \u00e0 nouveau r\u00e9unies pour le meilleur? \u00abTout n\u2019est pas aussi rose que cela\u00bb, nuance Daniel Cherix. Car si la pr\u00e9servation de la biodiversit\u00e9 est le principal avantage de cette r\u00e9volution, \u00abil faut encore habituer les gens aux cons\u00e9quences de ces changements\u00bb, souligne-t-il. \u00abSi un talus fleuri para\u00eet spontan\u00e9ment tr\u00e8s sympathique, le changement est plus difficile \u00e0 accepter pour ce qui est des parcs et autres zones de d\u00e9lassement&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Certes, selon les diff\u00e9rentes \u00e9tudes, nous relate Daniel Cherix, une tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des citadins se d\u00e9clarent en faveur de la protection de l\u2019environnement. Mais le fait est que souvent ces derniers id\u00e9alisent cette nature qu\u2019ils veulent \u00e0 tout prix remettre dans leur quotidien. \u00abPrenez l\u2019exemple du loup\u00bb, expose le biologiste. \u00abEn ville, pr\u00e8s des deux tiers de la population sont favorables au loup, tandis qu\u2019\u00e0 la campagne vous n\u2019en trouverez \u00e0 peine que 2?% en sa faveur.\u00bb Le cas de figure est certes extr\u00eame, mais il illustre bien la diff\u00e9rence de mentalit\u00e9s entre citoyens des villes et citoyens des champs, certainement plus conscients des probl\u00e8mes que peut aussi poser la nature.<\/p>\n<p>Le biologiste cite un exemple plus r\u00e9pandu pour illustrer son propos: celui de cette mode des ann\u00e9es 80 qui \u00e9tait de cr\u00e9er ce que les gens appelaient \u00e0 tort des biotopes, soit un petit \u00e9tang dans leur jardin. \u00abEn th\u00e9orie, ces initiatives \u00e9taient des plus heureuses car en Suisse, pr\u00e8s de 70?% des zones humides avaient disparu en moins d\u2019un si\u00e8cle.\u00bb Pourtant, la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas celle escompt\u00e9e par les propri\u00e9taires de ces jardins: \u00abIls s\u2019imaginaient avec des libellules, des col\u00e9opt\u00e8res aquatiques et n\u2019avaient \u00e0 aucun moment song\u00e9 aux grenouilles qui viendraient chanter au printemps sous leurs fen\u00eatres.\u00bb Et d\u2019ajouter: \u00abIls ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 alors mettre dans leur mare des poissons rouges et des tortues qui n\u2019ont rien \u00e0 faire dans cet environnement. Le fait est que les gens adoptent une attitude nature, mais ne sont pas pr\u00eats \u00e0 accepter les cons\u00e9quences qui vont avec. Ils veulent bien d\u2019une gouille d\u2019eau dans leur jardin mais ne veulent pas les esp\u00e8ces locales qui vont s\u2019y inviter parce qu\u2019elles font du bruit ou en tout cas d\u00e9rangent d\u2019une mani\u00e8re qui ne leur est pas supportable.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Probl\u00e8mes de cohabitation<\/strong><br \/>\nHommes et faune sauvage ne font peut-\u00eatre pas si bon m\u00e9nage que \u00e7a, n\u2019en d\u00e9plaise aux utopistes. \u00abCertains probl\u00e8mes de cette cohabitation ne sont clairement pas r\u00e9gl\u00e9s\u00bb, expose le biologiste, en citant notamment les d\u00e9g\u00e2ts importants caus\u00e9s par certaines esp\u00e8ces comme les \u00e9tourneaux, les corneilles ou encore les fouines: souillures d\u2019excr\u00e9ments, c\u00e2bles rong\u00e9s, graines d\u00e9terr\u00e9es, etc. Et le probl\u00e8me se pose \u00e9galement dans l\u2019autre sens: l\u2019arriv\u00e9e (ou la prolif\u00e9ration) de certaines esp\u00e8ces en ville ne signifie pas pour autant qu\u2019elles y trouvent un habitat qui leur soit b\u00e9n\u00e9fique&#8230;<\/p>\n<p>\u00abIl ne faut pas oublier qu\u2019en ville, on demeure dans un \u00e9cosyst\u00e8me en partie artificiel\u00bb, rappelle Daniel Cherix. \u00abLa lumi\u00e8re et le bruit repr\u00e9sentent d\u2019importants facteurs de stress sur certaines populations, notamment sur les passereaux. Car s\u2019il y a de la lumi\u00e8re, cela signifie qu\u2019il peut y avoir un pr\u00e9dateur\u00bb, explique-t-il. \u00abLes oiseaux ne vont donc dormir que d\u2019un \u0153il et cela va avoir des impacts n\u00e9gatifs sur leur physiologie.\u00bb<\/p>\n<p>Autre probl\u00e9matique urbaine, la nourriture trop grasse ingurgit\u00e9e par les moineaux des villes: \u00abCe facteur graisseux trop important chez les jeunes individus va avoir des cons\u00e9quences sur leurs capacit\u00e9s \u00e0 pondre des \u0153ufs \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. Ce qui au final va aller dans le sens d\u2019un d\u00e9clin de cette population urbaine\u00bb, note encore le biologiste.<\/p>\n<p>Mais alors, au final, que faut-il en d\u00e9duire de ce rapprochement entre le vert et le bitume? \u00abLa cohabitation a ses limites. On n\u2019a pas encore r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9soudre un certain nombre de probl\u00e8mes.\u00bb Et surtout: sera-t-on pr\u00eat \u00e0 y apporter les solutions qui s\u2019imposent? \u00abIl y a des am\u00e9nagements possibles pour limiter la lumi\u00e8re dans les villes par exemple, comme avec le syst\u00e8me test\u00e9 \u00e0 Yverdon o\u00f9 les r\u00e9verb\u00e8res ne s\u2019allument qu\u2019au passage des promeneurs.\u00bb S\u2019en donnera-t-on les moyens? L\u2019avenir nous le dira. Quant aux d\u00e9sagr\u00e9ments de la nature sauvage, le biologiste reste lucide mais confiant: \u00abIl y aura encore tout un travail \u00e0 faire pour expliquer aux gens qu\u2019on ne peut pas vouloir un jardin naturel sans moustiques ni araign\u00e9es. C\u2019est difficile pour nos g\u00e9n\u00e9rations de changer de mentalit\u00e9s, mais nos enfants grandissent avec ces id\u00e9es. Nous avons fait le premier pas, ils feront s\u00fbrement le deuxi\u00e8me.\u00bb<\/p>\n<h3>De l\u2019agriculture au c\u0153ur de nos cit\u00e9s<\/h3>\n<p><em>La demande pour des produits locaux et des circuits courts stimule le m\u00e9lange entre urbain et rural. M\u00eame si nous sommes encore loin de transformer tous les espaces verts en champs.<\/em><\/p>\n<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es, le monde agricole s\u2019est \u00e9galement rapproch\u00e9 des villes. \u00abPhysiquement, c\u2019est une \u00e9vidence\u00bb, l\u00e2che Jo\u00eblle Salomon Cavin. \u00abEn p\u00e9riph\u00e9rie des villes, il y a de plus en plus de champs c\u00f4toyant des constructions. Ce m\u00e9lange entre urbanisation et agriculture se fait pour le pire et le meilleur.\u00bb Car si voitures et tracteurs ne font pas bon m\u00e9nage et qu\u2019il n\u2019est jamais agr\u00e9able de voir son champ enclav\u00e9 par des b\u00e2timents, \u00abcette proximit\u00e9 favorise les circuits courts\u00bb, note la sp\u00e9cialiste. \u00abIl y a une demande urbaine tr\u00e8s forte pour l\u2019agriculture de proximit\u00e9, notamment ce qu\u2019on appelle l\u2019agriculture contractuelle de proximit\u00e9 avec ces fameux paniers mara\u00eechers\u00bb, souligne la chercheuse. \u00abC\u2019est une mani\u00e8re de rapprocher le consommateur et le producteur, mais aussi un engagement de la part du consommateur \u00e0 soutenir un certain type d\u2019agriculture.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Sur les toits<\/strong><br \/>\nQue pense-t-elle de ces sp\u00e9culations quant \u00e0 ces \u00abEdible Cities\u00bb, soit litt\u00e9ralement ces \u00abvilles consommables\u00bb? \u00abIl y a beaucoup de fantasmes autour de cette notion de villes productives. Beaucoup de d\u00e9lires d\u2019architectes ou de paysagistes aussi qui nous donnent \u00e0 voir des villes o\u00f9 l\u2019on transformerait tous les toits et parcs en champs. Mais il y a aussi des choses concr\u00e8tes qui se font.\u00bb Avec les \u00e9tudiants du s\u00e9minaire d\u2019\u00abagriculture urbaine\u00bb, elle m\u00e8ne justement \u00abdes r\u00e9flexions quant aux possibilit\u00e9s r\u00e9elles de d\u00e9velopper en ville une agriculture sur les toits\u00bb. Et de citer encore \u00abdes projets, comme \u00e0 Gen\u00e8ve, d\u2019int\u00e9gration de fermes dans les espaces publics, ces fameux parcs agro-urbains, qui sont une autre mani\u00e8re d\u2019int\u00e9grer concr\u00e8tement l\u2019agriculture dans la fabrique d\u2019une ville. 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