{"id":7068,"date":"2016-01-21T08:12:06","date_gmt":"2016-01-21T06:12:06","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=7068"},"modified":"2020-07-27T11:35:28","modified_gmt":"2020-07-27T09:35:28","slug":"comment-etudier-les-hippopotames-sans-se-faire-tuer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/comment-etudier-les-hippopotames-sans-se-faire-tuer\/","title":{"rendered":"Comment \u00e9tudier les hippopotames sans se faire tuer"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_6921\" aria-describedby=\"caption-attachment-6921\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/hippopotame_62.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6921\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6921\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/hippopotame_62.jpg\" alt=\"Les hippopotames tuent des centaines de personnes chaque ann\u00e9e. \u00a9 GP232 \/ iStock by Getty Images\" width=\"590\" height=\"390\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/hippopotame_62.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/hippopotame_62-393x260.jpg 393w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-6921\" class=\"wp-caption-text\">Les hippopotames tuent des centaines de personnes chaque ann\u00e9e.<br \/>\u00a9 GP232 \/ iStock by Getty Images<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Sous leur air paisible, ces mammif\u00e8res attaquent quelque 500 humains chaque ann\u00e9e. Du coup, pour les conna\u00eetre sans \u00e9nerver tout un troupeau, des chercheurs de l\u2019UNIL ont travaill\u00e9 sur des \u00e9chantillons de crottes et autres os des mus\u00e9es. Cela permettra peut-\u00eatre de sauver ces colosses menac\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y a le Disney des ann\u00e9es 40, <em>Fantasia<\/em>, et ses danseuses hippopotames dodues en tutu qui \u00e9voluent avec gr\u00e2ce sur un air d\u2019op\u00e9ra de Ponchielli. Ou encore la sympathique et bedonnante Gloria du film d\u2019animation <em>Madagascar<\/em>. De l\u2019autre, la dure r\u00e9alit\u00e9 de la savane africaine et sa rubrique faits divers beaucoup moins \u00e9dulcor\u00e9e. En 2014, 12 enfants nig\u00e9rians ont disparu lors du renversement de leur pirogue alors qu\u2019ils passaient sur le territoire d\u2019un hippopotame amphibie.<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e d\u2019avant, l\u2019un de ses cong\u00e9n\u00e8res col\u00e9riques a pi\u00e9tin\u00e9 22 personnes en l\u2019espace de deux mois en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo. Et en 2011, l&rsquo;inconscient Marius, un Sud-africain de 40 ans qui se vantait d\u2019avoir apprivois\u00e9 un hippopotame dans son milieu naturel a p\u00e9ri noy\u00e9, mordu par son \u00abami\u00bb sauvage qui l\u2019a ensuite entra\u00een\u00e9 sous les flots.<\/p>\n<p>Plusieurs centaines d\u2019hommes subissent ainsi chaque ann\u00e9e l\u2019emportement des \u00abchevaux du fleuve\u00bb. Pour comparaison, les requins attaquent en moyenne 10 personnes par an, les lions et les \u00e9l\u00e9phants 100.<\/p>\n<p>Eh oui, s\u2019il barbote toute la journ\u00e9e pacifiquement, le gros mammif\u00e8re qui p\u00e8se en moyenne 3 tonnes, n\u2019aime pas la venue d\u2019intrus sur son domaine. Et surtout pas des humains qui sont ses seuls pr\u00e9dateurs s\u00e9rieux \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. \u00abL\u2019hippopotame reste un animal hyper-agressif. C\u2019est pour cette raison que tr\u00e8s peu d\u2019\u00e9tudes ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es sur lui.<\/p>\n<p>Extr\u00eamement farouche, il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 s\u2019attaquer \u00e0 celui qui l\u2019approche. Il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9action de d\u00e9fense naturelle. Les autres animaux ne sont pas fous, ils le laissent tranquille\u00bb, commente Christophe Dufresnes, chercheur FNS au D\u00e9partement d\u2019\u00e9cologie et \u00e9volution (DEE) de la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine de l\u2019UNIL.<\/p>\n<figure id=\"attachment_6912\" aria-describedby=\"caption-attachment-6912\" style=\"width: 386px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/Fumagalli_62.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6912\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6912\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/Fumagalli_62.jpg\" alt=\"LUCA FUMAGALLI Ma\u00eetre d'enseignement et de recherche au D\u00e9partement d\u2019\u00e9cologie et \u00e9volution, ainsi qu\u2019au Centre universitaire romand de m\u00e9decine l\u00e9gale (CURML). Nicole Chuard \u00a9 UNIL\" width=\"386\" height=\"385\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/Fumagalli_62.jpg 386w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/Fumagalli_62-261x260.jpg 261w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/Fumagalli_62-250x250.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/Fumagalli_62-150x150.jpg 150w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/Fumagalli_62-60x60.jpg 60w\" sizes=\"auto, (max-width: 386px) 100vw, 386px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-6912\" class=\"wp-caption-text\">LUCA FUMAGALLI<br \/>Ma\u00eetre d&rsquo;enseignement et de recherche au D\u00e9partement d\u2019\u00e9cologie et \u00e9volution, ainsi qu\u2019au Centre universitaire romand de m\u00e9decine l\u00e9gale (CURML).<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>R\u00e9aliser l\u2019arbre g\u00e9n\u00e9alogique des hippopotames<\/strong><\/p>\n<p>Le biologiste de la g\u00e9n\u00e9tique des populations a co\u00e9crit un article paru en 2015 dans la revue <em>Molecular Ecology<\/em>* sur l\u2019histoire \u00e9volutive de l\u2019hippopotame commun de la fin du Pl\u00e9istoc\u00e8ne (p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e: \u2013 300\u2019000 \u00e0 \u2013 30\u2019000 ans) \u00e0 nos jours. But de l\u2019op\u00e9ration : tenter de construire un arbre phylog\u00e9n\u00e9tique. Autrement dit, un arbre g\u00e9n\u00e9alogique qui montre les liens de parent\u00e9s entre diff\u00e9rents groupes d\u2019hippopotames gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019observation de leurs g\u00e8nes. Le tout sous la direction du docteur Luca Fumagalli, dont le laboratoire est sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019analyse g\u00e9n\u00e9tique non invasive.<\/p>\n<p>\u00abNous travaillons sur la salive retrouv\u00e9e sur les proies, les poils, les crottes, tout ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9 sur le terrain par la faune, que ce soient par des loups dans les Alpes ou des hippopotames en Afrique, explique le directeur de la recherche, ma\u00eetre d&rsquo;enseignement et de recherche au DEE et au Centre universitaire romand de m\u00e9decine l\u00e9gale (CURML). Cette fa\u00e7on de faire est tr\u00e8s pratique, surtout avec un mammif\u00e8re tel que l\u2019hippopotame, car cela ne n\u00e9cessite ni de capturer ni m\u00eame d\u2019observer les individus.\u00bb<\/p>\n<p>Le gros des analyses a donc \u00e9t\u00e9 accompli sur des crottes ou s\u00e9ch\u00e9es, ou conserv\u00e9es dans l\u2019alcool, ou dans du gel de silice, enferm\u00e9es dans des tubes de 50 ml et envoy\u00e9es par avion depuis le continent africain.<\/p>\n<p>Des excr\u00e9ments qui, d\u2019ailleurs, sont de tr\u00e8s bons fertilisants des bassins dans lesquels les grassouillets mammif\u00e8res s\u2019\u00e9panouissent. En outre, ils s\u2019en servent aussi, tel le Petit Poucet muni de cailloux blancs, pour ne pas se perdre, comme l\u2019observe C\u00e9line Stoffel, auteure d\u2019un master qui a permis la publication de l\u2019article dans <em>Molecular Ecology<\/em> et qui est aujourd\u2019hui technicienne de laboratoire au DEE.<\/p>\n<p>\u00abQuand un hippopotame va \u00e0 selle, il fait tourner sa queue pour disperser ses crottes. Vu qu\u2019il cherche sa nourriture sur la terre ferme pendant la nuit, il sait qu\u2019il s\u2019\u00e9loigne de son espace aquatique. Son territoire se situe uniquement dans l\u2019eau. A l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019eau, il n\u2019est pas territorial. L\u2019hypoth\u00e8se \u00e9mise est qu\u2019il \u00e9parpille ses excr\u00e9ments, tel un marquage, afin de retrouver le chemin de sa zone.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Les indispensables crottes b\u00e2loises<\/strong><\/p>\n<p>Les seuls excr\u00e9ments frais arriv\u00e9s \u00e0 Lausanne venaient de Namibie et de&#8230; B\u00e2le! En effet, C\u00e9line Stoffel a eu besoin du fameux zoo b\u00e2lois. \u00abActuellement, de la famille des hippopotamid\u00e9s, il reste uniquement l\u2019<em>Hippopotamus amphibius<\/em> et l\u2019<em>Hexaprotodon liberiensis<\/em> (hippopotame nain). Nous n\u2019avons \u00e9tudi\u00e9 que la g\u00e9n\u00e9tique de l\u2019amphibie, mais il nous fallait un autre groupe de comparaison, assez similaire tout en restant diff\u00e9rent, pour r\u00e9aliser l\u2019arbre phylog\u00e9n\u00e9tique et aider \u00e0 dater les embranchements. Le zoo de B\u00e2le nous a donc envoy\u00e9 par la poste des crottes fra\u00eeches d\u2019hippopotame nain.\u00bb Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il s\u2019agissait des selles d\u2019Aldo, le compagnon d\u2019Ashaki, heureux parents de la petite Lani, n\u00e9e en Suisse en 2014.<\/p>\n<p>L\u2019extraction, puis l\u2019amplification de l\u2019ADN \u00e0 partir de crottes est un travail d\u2019une extr\u00eame minutie qui contraint \u00e0 l\u2019utilisation d\u2019un laboratoire \u00e0 la logistique particuli\u00e8re, afin d\u2019\u00e9viter toute contamination. \u00abJ\u2019ai utilis\u00e9 des produits chimiques pour les excr\u00e9ments, pr\u00e9cise la biologiste. En ce qui concerne les os, je me suis servie de machines sophistiqu\u00e9es pour les broyer. Quant aux quelques biopsies re\u00e7ues, les peaux s\u00e8ches ont d\u00fb \u00eatre r\u00e9hydrat\u00e9es avant d\u2019\u00eatre analys\u00e9es. Au final, ce type de m\u00e9thode non invasive, encore peu utilis\u00e9e, pourra servir de mod\u00e8le \u00e0 d\u2019autres \u00e9tudes.\u00bb<\/p>\n<p><strong>De l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une esp\u00e8ce semi-aquatique<\/strong><\/p>\n<p>Et pourquoi donc se pencher sur la g\u00e9n\u00e9alogie de ce mammif\u00e8re polygyne \u2013 chaque m\u00e2le poss\u00e8de son harem \u2013 certes iconique, mais aussi terriblement compliqu\u00e9 \u00e0 aborder ? Luca Fumagalli donne trois raisons. \u00abPremi\u00e8rement, nous nous attendions \u00e0 des conclusions originales puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une esp\u00e8ce semi-aquatique, contrairement aux autres esp\u00e8ces africaines de la savane dont la g\u00e9n\u00e9tique des populations a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9e \u00e0 ce jour. Deuxi\u00e8mement, les hippopotames sont sous-\u00e9tudi\u00e9s, ce qui les rend attractifs. M\u00eame si le manque de donn\u00e9es \u00e9cologiques complique l\u2019interpr\u00e9tation des r\u00e9sultats. Enfin, cette esp\u00e8ce menac\u00e9e d\u00e9cline fortement. Depuis quelques ann\u00e9es, la population s\u2019est r\u00e9duite de 20%. Par rapport \u00e0 la diminution historique, c\u2019est une catastrophe.\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s le site de l\u2019IUCN (International Union for Conservation of Nature), on recense entre 125\u2019000 et 148\u2019000 hippopotames aujourd\u2019hui. Christophe Dufresnes note ici que selon l\u2019analyse des donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9tiques r\u00e9colt\u00e9es, une simulation indique une population actuelle \u00abd\u2019un peu moins de 200\u2019000 individus. On peut donc dire que nous sommes assez pr\u00e9cis\u00bb. D\u2019o\u00f9 la valeur des r\u00e9sultats obtenus gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019analyse des g\u00e8nes ramass\u00e9s en Afrique. \u00abNous avons pu estimer l&rsquo;expansion des hippopotames vers la fin du Pl\u00e9istoc\u00e8ne \u00e0 500\u2019000 individus, signale C\u00e9line Stoffel. La chute de la population date d\u2019apr\u00e8s cette p\u00e9riode, \u00e0 partir d\u2019il y a 15\u2019000 ans. Elle est due \u00e0 l\u2019aridification du territoire africain et, plus r\u00e9cemment, \u00e0 l\u2019intervention de l\u2019homme dans la fragmentation de son habitat.\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_6945\" aria-describedby=\"caption-attachment-6945\" style=\"width: 386px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/StoffelDufresnes_62.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6945\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6945\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/StoffelDufresnes_62.jpg\" alt=\"C\u00e9line Stoffel et Christophe Dufresnes Technicienne de laboratoire. Chercheur FNS. Tous deux au D\u00e9partement d\u2019\u00e9cologie et \u00e9volution. Nicole Chuard \u00a9 UNIL\" width=\"386\" height=\"385\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/StoffelDufresnes_62.jpg 386w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/StoffelDufresnes_62-261x260.jpg 261w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/StoffelDufresnes_62-250x250.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/StoffelDufresnes_62-150x150.jpg 150w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/StoffelDufresnes_62-60x60.jpg 60w\" sizes=\"auto, (max-width: 386px) 100vw, 386px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-6945\" class=\"wp-caption-text\">C\u00e9line Stoffel et Christophe Dufresnes<br \/>Technicienne de laboratoire. Chercheur FNS. Tous deux au D\u00e9partement d\u2019\u00e9cologie et \u00e9volution.<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Quand l\u2019Europe g\u00e8le, l\u2019Afrique se dess\u00e8che<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Europe a subi les glaciations, en moyenne tous les 100\u2019000 ans, suivies de p\u00e9riodes interglaciaires d\u2019environ 20\u2019000 ans, durant lesquelles les temp\u00e9ratures \u00e9taient plus cl\u00e9mentes. \u00abL\u2019Afrique a v\u00e9cu les m\u00eames processus astronomiques, li\u00e9s \u00e0 des cycles de la Terre autour du Soleil, mais qui se sont traduits par des phases s\u00e8ches, puis des phases humides, relate le chercheur Christophe Dufresnes. Cela a eu un fort impact sur la distribution des esp\u00e8ces au cours des derni\u00e8res centaines de milliers d\u2019ann\u00e9es.\u00bb Jusqu\u2019\u00e0 ce jour, les rares animaux \u00e9tudi\u00e9s en Afrique, li\u00e9s \u00e0 la savane \u2013 gazelles, antilopes, \u00e9l\u00e9phants, girafes, lions, hy\u00e8nes \u2013 d\u00e9montraient que pendant les cycles secs, ils \u00e9taient contraints de se confiner dans des zones refuges.<\/p>\n<p>\u00abDurant les p\u00e9riodes d\u2019aridification, la zone de savane s\u2019\u00e9tend, d\u00e9crit C\u00e9line Stoffel. Ce qui signifie que les animaux n\u2019ont plus d\u2019endroit pour boire. Ils vont donc se rendre o\u00f9 se trouvent des r\u00e9servoirs d\u2019eau. L\u00e0, ils se stabilisent, le temps que la p\u00e9riode s\u00e8che se termine. Ainsi, dans ces zones refuges, la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique augmente, car les populations ont surv\u00e9cu plus longtemps. De plus, ces lieux \u00e9tant \u00e9loign\u00e9s les uns des autres, cela am\u00e8ne parfois \u00e0 des diff\u00e9renciations g\u00e9n\u00e9tiques de groupes.\u00bb La technicienne de laboratoire a pu \u00e9tablir que les hippopotames, eux, totalement d\u00e9pendants de l\u2019eau pour se d\u00e9placer, n\u2019ont rien de comparable avec les autres ongul\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>L\u2019exception hippopotamesque<\/strong><\/p>\n<p>\u00abIl est impossible de mettre en \u00e9vidence une structuration g\u00e9n\u00e9tique significative entre les populations de C\u00f4te d\u2019Ivoire, d\u2019Afrique du Sud ou du Kenya, souligne Luca Fumagalli. La seule explication plausible est que ces populations ont \u00e9t\u00e9 fortement connect\u00e9es dans le pass\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 de fr\u00e9quents d\u00e9bordements des r\u00e9seaux hydrographiques lors des p\u00e9riodes humides. Ce qui a permis une dispersion massive de ces animaux au niveau continental.\u00bb<\/p>\n<p>Christophe Dufresnes ajoute qu\u2019il y a 100\u2019000 \u00e0 200\u2019000 ans, on voyait des hippopotames partout en Afrique, suite \u00e0 l\u2019explosion des rivi\u00e8res. \u00abA cette \u00e9poque-l\u00e0 existaient des m\u00e9ga-lacs, par exemple au Tchad, qui est maintenant en train de s\u2019ass\u00e9cher. Le \u00abpal\u00e9o-lac M\u00e9ga-Tchad\u00bb d\u2019alors \u00e9tait beaucoup plus grand que la mer Caspienne. Il couvrait une grosse partie du continent africain, ce qui aidait les hippopotames dans leurs d\u00e9placements. D\u2019ailleurs, au cours des derniers millions d\u2019ann\u00e9es, on estime qu\u2019une petite vingtaine d\u2019esp\u00e8ces \u00e9taient distribu\u00e9es en Afrique, en Asie et en Europe.\u00bb<\/p>\n<p>De la sorte, toutes les populations se sont m\u00e9lang\u00e9es et les diff\u00e9renciations g\u00e9n\u00e9tiques se sont faites plus r\u00e9cemment au niveau r\u00e9gional. Vraisemblablement suite \u00e0 l\u2019aridification du continent africain et \u00e0 l\u2019intensification des activit\u00e9s humaines : tout le contraire des autres mammif\u00e8res. Telle est l\u2019exception hippopotamesque. \u00abAu niveau local, les populations actuelles sont fragment\u00e9es et fortement diff\u00e9renci\u00e9es d\u2019un point de vue g\u00e9n\u00e9tique. Alors qu\u2019au niveau continental, il n\u2019y a pas de distinction entre les populations d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, de l\u2019Est ou du Sud\u00bb, rel\u00e8ve Luca Fumagalli. L\u2019aridification du Sahara, et du continent africain, il y a environ 10\u2019000 \u00e0 15\u2019000 ans, a cependant forc\u00e9 les hippopotames \u00e0 la d\u00e9connexion. Et aujourd\u2019hui, ils risquent de souffrir de probl\u00e8mes de consanguinit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Une piste pour la sauvegarde du grand mammif\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>\u00abNotre \u00e9tude aide \u00e0 d\u00e9finir des strat\u00e9gies de gestion des populations bas\u00e9es sur la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique\u00bb, se r\u00e9jouit Luca Fumagalli. Concr\u00e8tement, l\u2019Homme peut encore agir pour \u00e9viter la disparition des hippopotames qui sont pr\u00e9sents sur la \u00abListe rouge\u00bb de la Convention sur le commerce international des esp\u00e8ces de faune et de flore sauvages menac\u00e9es d&rsquo;extinction (CITES) depuis 2006. Selon Luca Fumagalli, la diminution des effectifs vient en partie du braconnage \u2013 leurs dents sont recherch\u00e9es pour l\u2019ivoire \u2013 mais est surtout li\u00e9e aux perturbations des r\u00e9seaux hydrographiques et \u00e0 l\u2019ass\u00e8chement de leurs zones d\u2019habitat.<\/p>\n<p>\u00abD\u2019apr\u00e8s les r\u00e9sultats de nos recherches, nous pensons que pour avoir une m\u00e9thode de conservation efficace, il faut favoriser les \u00e9changes entre les individus d\u2019un m\u00eame bassin hydrographique, plut\u00f4t que de prendre un individu d\u2019Afrique du Sud pour l\u2019amener au Congo\u00bb, affirme C\u00e9line Stoffel. Par exemple en am\u00e9nageant des couloirs d\u2019eau entre deux zones fragment\u00e9es, car les espaces aquatiques sont des voies de passages permettant une mixit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique. Et aussi bien dans les eaux douces, rivi\u00e8res ou fleuves, que sur les bords de mer, puisqu\u2019il existe une population marine en Guin\u00e9e &#8211; Bissau, dans l\u2019archipel des Bijagos.<\/p>\n<p><strong>Un cousin de la baleine<\/strong><\/p>\n<p>Cr\u00e9ature d\u00e9cid\u00e9ment \u00e9trange, l\u2019hippopotame est un cousin de la baleine, comme l\u2019ont d\u00e9couvert quasiment simultan\u00e9ment les g\u00e9n\u00e9ticiens et les pal\u00e9ontologues (on peut le voir dans le tout r\u00e9cent <em>Atlas des vert\u00e9br\u00e9s<\/em>, <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/quand-la-vie-joue-ses-meilleures-cartes\/\">Lire ici<\/a>). Leur anc\u00eatre commun a m\u00eame un nom depuis 2015, gr\u00e2ce aux recherches de pal\u00e9ontologues fran\u00e7ais au Kenya : <em>Epirigenys lokonensis<\/em>. L\u2019hippopotame demeure donc aussi imposant que surprenant. \u00abC\u2019est presque une anomalie au sein des mammif\u00e8res, rigole Christophe Dufresnes, un animal venu d\u2019ailleurs.\u00bb<\/p>\n<p>Article suivant: <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/quand-les-hippopotames-trottinaient-a-pully\/\">Quand les hippopotames trottinaient \u00e0 Pully<\/a><\/p>\n<p>* Stoffel C., Dufresnes C., Okello J.B., Noirard C., Joly P., Nyakaana S., Muwanika V.B., Alcala N., Vuilleumier S., Siegismund H.R. et al., 2015. \u00abGenetic consequences of population expansions and contractions in the common hippopotamus (Hippopotamus amphibius) since the Late Pleistocene\u00bb. Molecular Ecology 24 (10), pp. 2507-2520<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sous leur air paisible, ces mammif\u00e8res attaquent quelque 500 humains chaque ann\u00e9e. 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