{"id":7057,"date":"2016-01-21T08:14:48","date_gmt":"2016-01-21T06:14:48","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=7057"},"modified":"2020-07-27T11:28:07","modified_gmt":"2020-07-27T09:28:07","slug":"delocaliser-coute-plus-cher-que-rester-en-suisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/delocaliser-coute-plus-cher-que-rester-en-suisse\/","title":{"rendered":"D\u00e9localiser co\u00fbte plus cher que rester en Suisse"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_6899\" aria-describedby=\"caption-attachment-6899\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/delocalisation_62.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6899\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6899\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/delocalisation_62.jpg\" alt=\"Ford a commenc\u00e9 \u00e0 rapa\u00adtrier des emplois depuis le Mexique vers les Etats- Unis. Ici, l\u2019employ\u00e9e Denell Sadler travaille sur une cha\u00eene de montage \u00e0 Kansas City (Missouri). \u00a9 Dave Kaup \/ Reuters.\" width=\"590\" height=\"415\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/delocalisation_62.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/delocalisation_62-370x260.jpg 370w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-6899\" class=\"wp-caption-text\">Ford a commenc\u00e9 \u00e0 rapa\u00adtrier des emplois depuis le Mexique vers les Etats-Unis. Ici, l\u2019employ\u00e9e Denell Sadler travaille sur une cha\u00eene de montage \u00e0 Kansas City (Missouri). \u00a9 Dave Kaup \/ Reuters.<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Apr\u00e8s des ann\u00e9es de d\u00e9localisations, certaines entreprises reviennent au pays. Et pour cause : un nouvel outil d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 l\u2019UNIL prouve qu\u2019une migration co\u00fbte souvent plus cher que les patrons ne l\u2019imaginent.<\/em><\/p>\n<p>De Barack Obama \u00e0 Fran\u00e7ois Hollande, et en passant notre ministre de l\u2019Economie Johann Schneider-Ammann, tous les leaders politiques vantent les bienfaits de la r\u00e9industrialisation de la nation. Apr\u00e8s l\u2019\u00e8re de la d\u00e9localisation en Chine ou au Bangladesh, l\u2019heure du retour des industries en Europe et aux Etats-Unis pourrait bient\u00f4t sonner. Pas seulement parce qu\u2019avoir des usines dans le pays permet de limiter le ch\u00f4mage, mais aussi parce que des chercheurs, dont Suzanne de Treville, professeure au d\u00e9partement des op\u00e9rations de la Facult\u00e9 des Hautes \u00e9tudes commerciales (HEC) de l\u2019UNIL, ont d\u00e9velopp\u00e9 des outils qui prouvent que d\u00e9localiser co\u00fbte beaucoup plus cher que ne le pensaient jusqu\u2019ici les patrons. Cela serait m\u00eame, souvent, plus co\u00fbteux que rester sur place. L\u2019administration Obama a d\u2019ailleurs vant\u00e9 les m\u00e9rites du logiciel d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 Lausanne.<\/p>\n<p><strong>Aujourd\u2019hui encore, on d\u00e9localise<\/strong><\/p>\n<p>Longtemps, la mode fut \u00e0 la d\u00e9localisation. Comme l\u2019explique Suzanne de Treville, \u00abc\u2019est un r\u00e9flexe qui a toujours exist\u00e9 parce qu\u2019il est tr\u00e8s naturel \u2013 on le voit bien au niveau des individus qui passent r\u00e9guli\u00e8rement la fronti\u00e8re pour aller faire leurs courses en France ou en Allemagne, simplement parce que c\u2019est moins cher\u00bb.<\/p>\n<p>Naturel et donc aujourd\u2019hui encore tr\u00e8s pratiqu\u00e9. Quelques exemples en vrac: Sonova, soci\u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialis\u00e9e dans les appareils auditifs, a annonc\u00e9 la suppression d\u2019une centaine de postes et la relocalisation d\u2019une partie de ses activit\u00e9s en Chine. Wifag, active dans la conception et la construction d\u2019installations d\u2019impression pour l\u2019industrie de l\u2019emballage, va supprimer dans les prochains mois 85 emplois sur son site fribourgeois \u2013 une partie de la production va \u00eatre d\u00e9localis\u00e9e en Tha\u00eflande et en Europe de l\u2019Est.<\/p>\n<p>En novembre, c\u2019est Tetra Pak qui annon\u00e7ait la probable suppression de 123 emplois sur son site de production de Romont et la d\u00e9localisation vers la Hongrie de ses activit\u00e9s. La responsable de la communication soulignant au moment de l\u2019annonce que le salaire d\u2019un ouvrier travaillant en \u00e9quipe dans ce pays de l\u2019Est co\u00fbte 70% moins cher qu\u2019en Suisse.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9localiser, \u00e7a co\u00fbte aussi<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est ce gain, et lui seulement que voient les patrons, comme les particuliers voient uniquement le prix auquel est affich\u00e9 le steak ou le pain. Ils oublient tous les frais cach\u00e9s, comme l\u2019essence par exemple, ou le temps perdu \u00e0 gagner l\u2019\u00e9tranger pour les familles \u2013 pour les entreprises, il y a des dizaines d\u2019autres montants jamais totalement pris en compte au moment de d\u00e9cider une d\u00e9localisation.<\/p>\n<p>Les dirigeants politiques sont sensibles aux co\u00fbts sociaux de ces d\u00e9m\u00e9nagements, qui se traduisent notamment par du ch\u00f4mage. \u00abDans certaines villes des Etats-Unis, qui ont perdu en quelques ann\u00e9es toutes leurs industries, on voit des gens qui gagnaient tr\u00e8s d\u00e9cemment leur vie comme ouvrier cumuler deux ou trois Mac Jobs pour r\u00e9ussir \u00e0 survivre \u2013 des villes enti\u00e8res sont en voie de paup\u00e9risation, c\u2019est terrible\u00bb, raconte Suzanne de Treville, qui souligne que \u00abpour un emploi dans l\u2019industrie, vous cr\u00e9ez autour huit emplois dans les services \u2013 c\u2019est l\u2019industrie qui soutient ce secteur, il ne faut pas l\u2019oublier\u00bb. Au temps donc pour la vision d\u2019une Suisse enti\u00e8rement universitaire, tourn\u00e9e uniquement vers le secteur tertiaire, la recherche, l\u2019innovation et le d\u00e9veloppement.<\/p>\n<figure id=\"attachment_6946\" aria-describedby=\"caption-attachment-6946\" style=\"width: 386px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/SuzannedeTreville_62.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6946\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6946\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/SuzannedeTreville_62.jpg\" alt=\"Suzanne de Tr\u00e9ville Professeure au d\u00e9partement des op\u00e9rations de la Facult\u00e9 des HEC. Nicole Chuard \u00a9 UNIL\" width=\"386\" height=\"385\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/SuzannedeTreville_62.jpg 386w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/SuzannedeTreville_62-261x260.jpg 261w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/SuzannedeTreville_62-250x250.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/SuzannedeTreville_62-150x150.jpg 150w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/SuzannedeTreville_62-60x60.jpg 60w\" sizes=\"auto, (max-width: 386px) 100vw, 386px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-6946\" class=\"wp-caption-text\">Suzanne de Tr\u00e9ville.<br \/>Professeure au d\u00e9partement des op\u00e9rations de la Facult\u00e9 des HEC.<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Ford, Siemens, Intel ou DuPont sont de retour<\/strong><\/p>\n<p>Johann Schneider-Ammann l\u2019a bien compris, qui plaide r\u00e9guli\u00e8rement pour le maintien des industries en Suisse. Dans un entretien accord\u00e9 en automne \u00e0 la <em>NZZ<\/em>, il a ainsi mis en garde contre \u00ables dangers de la d\u00e9sindustrialisation\u00bb : \u00abLa Suisse ne doit pas suivre l\u2019exemple d\u2019autres pays europ\u00e9ens, comme la France ou la Grande-Bretagne, o\u00f9 il ne reste pratiquement plus que le secteur des services. \u00bb<\/p>\n<p>Comme lui, d\u2019autres dirigeants politiques souhaitent inverser la tendance, freiner les d\u00e9localisations, voire convaincre certaines industries de revenir \u00e0 la maison. C\u2019est un des th\u00e8mes phares du deuxi\u00e8me mandat de Barack Obama sur le plan \u00e9conomique \u2013 la r\u00e9industrialisation de son pays a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 de son discours sur l\u2019Etat de l\u2019Union en 2013. Le pr\u00e9sident met volontiers en avant dans les m\u00e9dias le retour aux Etats-Unis de certaines lignes de montage et autres fabriques li\u00e9es \u00e0 l\u2019automobile. Des entreprises qui avaient d\u00e9localis\u00e9 au Mexique ont ainsi fait, comme Ford, le choix de revenir, le secteur entier ayant cr\u00e9\u00e9 quelque 500\u2019000 places de travail. Mais des entreprises actives dans d\u2019autres domaines reviennent \u00e9galement, comme Siemens, Intel ou DuPont.<\/p>\n<p><strong>Les salaires, ce ne sont que 20% du prix du produit<\/strong><\/p>\n<p>Pour encourager ces retours et \u00e9viter d\u2019autres d\u00e9parts, le pr\u00e9sident am\u00e9ricain a \u00e9labor\u00e9 une strat\u00e9gie qui inclut notamment la mise \u00e0 disposition d\u2019outils \u00e9conomiques qui permettent au patron d\u2019\u00e9valuer le co\u00fbt et les b\u00e9n\u00e9fices r\u00e9els d\u2019une d\u00e9localisation \u00e0 l\u2019autre bout du monde. \u00abIl y a des aspects \u00e9vidents, comme les frais de transport, de douane, d\u2019autres moins, comme les questions de traduction ou d\u2019emballages: vous ne pouvez pas mettre dans des containers de la marine marchande votre produit tel quel\u00bb, pr\u00e9cise Suzanne de Treville. Qui souligne que se focaliser \u00e0 ce point sur les salaires est une erreur de perspective : au final le co\u00fbt de la main-d\u2019\u0153uvre ne repr\u00e9sente que 20% du prix du produit, autant dire que ce n\u2019est pas forc\u00e9ment un param\u00e8tre d\u00e9terminant, juste un parmi les 30 facteurs que le Gouvernement am\u00e9ricain a list\u00e9s.<\/p>\n<p>Elle a pour sa part travaill\u00e9 sur un aspect tr\u00e8s pr\u00e9cis jusqu\u2019ici ignor\u00e9 de tous ces calculs, la cha\u00eene d\u2019approvisionnement et ce qu\u2019il en co\u00fbte de l\u2019allonger par une d\u00e9localisation. Le principe   \u00abLorsqu\u2019une entreprise bas\u00e9e en Suisse d\u00e9pend de pi\u00e8ces fournies par une usine en Chine, les d\u00e9lais de livraison s\u2019allongent consid\u00e9rablement, ce qui oblige l\u2019entreprise \u00e0 passer des commandes plus grosses. Elle est ainsi beaucoup plus expos\u00e9e aux fluctuations de la demande, et doit assumer des probl\u00e8mes de gestion des stocks : elle est soit en situation de rupture, soit de surplus. Et cela lui co\u00fbte cher.\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_6900\" aria-describedby=\"caption-attachment-6900\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/delocalisation_obama_62.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6900\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6900\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/delocalisation_obama_62.jpg\" alt=\"Barack Obama Le pr\u00e9sident am\u00e9ricain en visite sur le site d\u2019Intel \u00e0 Chandler, en Arizona. Le fabricant de micro-processeurs a cr\u00e9\u00e9 des emplois aux Etats-Unis \u00a9 Haraz N. Ghanbari \/ AP \/ Keystone\" width=\"590\" height=\"317\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/delocalisation_obama_62.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/delocalisation_obama_62-484x260.jpg 484w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-6900\" class=\"wp-caption-text\">Barack Obama, Le pr\u00e9sident am\u00e9ricain, en visite sur le site d\u2019Intel \u00e0 Chandler, en Arizona. Le fabricant de micro-processeurs a cr\u00e9\u00e9 des emplois aux Etats-Unis<br \/>\u00a9 Haraz N. Ghanbari \/ AP \/ Keystone<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Lausanne int\u00e9resse Barack Obama<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019analyse de ce type de co\u00fbts se fait d\u00e9sormais plus facilement puisqu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 mod\u00e9lis\u00e9s et que le logiciel d\u00e9velopp\u00e9 par Suzanne de Treville au sein du laboratoire OpLab de la Facult\u00e9 des HEC est ouvert \u00e0 tous (sur Internet, \u00e0 l\u2019adresse <a href=\"https:\/\/cdf-oplab.unil.ch\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/cdf-oplab.unil.ch<\/a>). Cet apport a \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9 par le d\u00e9partement am\u00e9ricain du commerce et par des \u00e9conomistes charg\u00e9s de mettre en \u0153uvre la strat\u00e9gie de r\u00e9industrialisation des Etats-Unis de Barack Obama.<\/p>\n<p>Le CDF, pour <em>Cost-Differential Frontier Calculator<\/em>, est d\u00e9sormais promu par son administration aupr\u00e8s des d\u00e9cideurs et chefs d\u2019entreprise. Il est d\u2019ailleurs \u00e0 leur disposition sur le site du d\u00e9partement am\u00e9ricain du commerce, aux c\u00f4t\u00e9s du <em>Total Cost of Ownership Estimator<\/em>, l\u2019outil qui permet d\u2019\u00e9valuer la trentaine de param\u00e8tres, aux c\u00f4t\u00e9s du simple salaire des ouvriers. Les deux se compl\u00e8tent, ce qui a valu au CDF le qualificatif de \u00abpi\u00e8ce jusqu\u2019ici manquante du puzzle\u00bb par les \u00e9conomistes d\u2019Obama.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9localiser, c\u2019est rarement une bonne affaire<\/strong><\/p>\n<p>Suzanne de Treville a fait forte impression aux Etats-Unis mais est-elle proph\u00e8te en son pays ? Pour l\u2019heure, le CDF int\u00e9resse le SECO (Secr\u00e9tariat d\u2019Etat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie), qui l\u2019a mis \u00e0 disposition, sur son site Internet, des PME qui seraient tent\u00e9es par l\u2019\u00e9tranger. Et des entreprises implant\u00e9es en Suisse romande ont aussi pu profiter de cet outil via des analyses r\u00e9alis\u00e9es par des \u00e9tudiants en HEC de Suzanne de Treville dans le cadre de leur travail de master.<\/p>\n<p>Ces jeunes ont notamment identifi\u00e9 des goulets d\u2019\u00e9tranglement et d\u2019autres probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l\u2019organisation de la cha\u00eene de production. Dans l\u2019une des fabriques \u00e9tudi\u00e9es, ils ont ainsi pu r\u00e9duire de 30 \u00e0 3 jours le d\u00e9lai entre la commande et la livraison de la pi\u00e8ce, permettant une production \u00e0 la demande et r\u00e9alisant de grosses \u00e9conomies \u00e0 la cl\u00e9.<\/p>\n<p>Est-ce \u00e0 dire qu\u2019en rationalisant la cha\u00eene des op\u00e9rations des entreprises suisses, on en arriverait \u00e0 la conclusion que l\u2019on peut r\u00e9aliser sans s\u2019exiler en Asie les \u00e9conomies souhait\u00e9es lors d\u2019une d\u00e9localisation ? \u00abIl y a quelques occasions o\u00f9 d\u00e9localiser peut faire sens, analyse la professeure. Si vous voulez p\u00e9n\u00e9trer le march\u00e9 chinois, \u00e7a n\u2019est pas idiot de produire sur place. Mais dans les autres cas, \u00e7a n\u2019est presque jamais int\u00e9ressant \u00e9conomiquement parlant.\u00bb<\/p>\n<p><strong>La preuve, raquette de tennis \u00e0 la main<\/strong><\/p>\n<p>Mise au d\u00e9fi par son coll\u00e8gue Ari-Pekka Hameri, professeur lui aussi \u00e0 la Facult\u00e9 des HEC, de prouver que produire en Suisse peut s\u2019av\u00e9rer rentable m\u00eame pour des articles de masse au co\u00fbt de revient tr\u00e8s faible, Suzanne de Treville s\u2019est lanc\u00e9e dans les calculs concrets. \u00abIl existe trois usines en Chine qui fabriquent des raquettes de tennis pour toutes les marques. Leur prix de revient est de moins de 10 dollars la pi\u00e8ce et leur prix de vente initial est d\u2019environ 400 francs.\u00bb<\/p>\n<p>Pour \u00eatre comp\u00e9titif en produisant en Suisse, la chercheuse propose de cibler le m\u00eame march\u00e9 mais avec une raquette plusieurs fois plus ch\u00e8re et de qualit\u00e9 radicalement meilleure, profitant notamment de la recherche en termes de nouveaux mat\u00e9riaux. Le fournisseur low-cost offre certes un produit de masse qu\u2019il revend \u00e0 un prix \u00e9lev\u00e9, mais il sera vuln\u00e9rable \u00e0 la concurrence d\u2019un objet plus riche en technologie. Une usine flexible \u00e9tablie \u00e0 proximit\u00e9 \u00e0 la fois du march\u00e9 et du centre de recherche et d\u00e9veloppement peut produire 10\u2019000 raquettes diff\u00e9rentes \u2013 ou m\u00eame un produit fait sur mesure. Pour ces raquettes haut de gamme, qui peuvent \u00eatre vendues plus cher que les 400 dollars de la raquette de masse venant du producteur low cost, il est \u00e9vident que rester en Suisse peut \u00eatre profitable. Ce qui est paradoxal est que pour \u00eatre comp\u00e9titive, cette usine doit \u00e9galement concevoir des raquettes qui seront vendues beaucoup moins cher.<\/p>\n<p><strong>Produire du cher et du bon march\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Suzanne de Treville explique : \u00abLa demande pour les raquettes \u00e0 haut prix sera tr\u00e8s volatile. Si l\u2019usine fabrique seulement des raquettes haut de gamme, soit le d\u00e9lai de production sera tr\u00e8s long, soit la capacit\u00e9 de production sera sous-utilis\u00e9e. L\u2019usine id\u00e9ale sera construite pour la production de raquettes haut de gamme avec une capacit\u00e9 qui assure que toute la demande sera satisfaite. Le co\u00fbt de cette capacit\u00e9 sera attribu\u00e9 \u00e0 ces raquettes. Comme une bonne partie de la capacit\u00e9 ne sera pas n\u00e9cessaire pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande pour ces objets, l\u2019usine va utiliser le surplus de capacit\u00e9 pour produire des raquettes moins ch\u00e8res qui peuvent \u00eatre vendues profitablement au prix des raquettes de masse qui restent apr\u00e8s le d\u00e9but de la saison, soit 200, 100 ou 50 francs. Une simulation montre clairement comment cette strat\u00e9gie peut \u00eatre sup\u00e9rieure \u00e0 une strat\u00e9gie de low cost.\u00bb<\/p>\n<p>Combiner fabrication de produits de masse bon march\u00e9 et produits \u00e0 valeur ajout\u00e9e est un mod\u00e8le qui fonctionne dans des secteurs tr\u00e8s diff\u00e9rents : Suzanne de Treville a utilis\u00e9 ces m\u00eames id\u00e9es pour expliquer pourquoi la soci\u00e9t\u00e9 Flexcell a fait faillite, produisant d\u2019abord seulement des produits haut de gamme, puis seulement des produits de masse \u2013 un portfolio des deux types de produits aurait donn\u00e9 une chance de survivre \u00e0 cette entreprise. Elle reste convaincue que Tetra Pak a la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre plus profitable en restant \u00e0 Romont qu\u2019en partant en Hongrie si cette usine, \u00e9tablie \u00e0 proximit\u00e9 de la recherche et d\u00e9veloppement et dot\u00e9e d\u2019employ\u00e9s exp\u00e9riment\u00e9s, combine produits innovants et standards. Ce mix correspond en outre particuli\u00e8rement \u00e0 l\u2019\u00e9conomie suisse, dans laquelle l\u2019innovation et le d\u00e9veloppement jouent un grand r\u00f4le. \u00abSans oublier qu\u2019en Chine ou dans d\u2019autres pays d\u2019Asie, la question de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle et des brevets est une question sensible, ajoute la professeure. En d\u00e9veloppant les innovations en Suisse, vous \u00eates s\u00fbr de rester propri\u00e9taire de l\u2019id\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9veloppeur a besoin de descendre \u00e0 l\u2019usine<\/strong><\/p>\n<p>Sans compter que la recherche et le d\u00e9veloppement sont vou\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chec si l\u2019usine n\u2019est pas \u00e0 c\u00f4t\u00e9. \u00abVous ne d\u00e9bouchez sur rien de bon si vous travaillez de mani\u00e8re abstraite dans votre laboratoire : en th\u00e9orie, tout fonctionne toujours, analyse Suzanne de Tr\u00e9ville. La r\u00e9alit\u00e9 est plus contrariante et comme d\u00e9veloppeur, vous avez besoin de descendre \u00e0 l\u2019usine poser votre prototype entre les mains des ouvriers pour voir comment la production se passe. Quand l\u2019usine est en Chine, vous ne pouvez pas, et \u00e7a d\u00e9bouche sur beaucoup moins d\u2019innovation dans les firmes.\u00bb Il est donc illusoire de penser garder en Suisse les secteurs \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e comme la recherche et le d\u00e9veloppement pour externaliser la production de masse en Asie : de fait, d\u00e9coupler les deux secteurs comme s\u2019il s\u2019agissait de deux univers \u00e9conomiques ind\u00e9pendants ne marche pas.<\/p>\n<p>Bref, d\u00e9localiser, contrairement \u00e0 ce que l\u2019on pourrait penser au premier coup d\u2019\u0153il, est rarement le meilleur moyen d\u2019augmenter ses b\u00e9n\u00e9fices. Optimiser la cha\u00eene de production est une voie bien plus prometteuse et permet de garder les industries en Suisse.<\/p>\n<p>Ne faudrait-il pas alors cr\u00e9er une entreprise bas\u00e9e sur l\u2019outil d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 Lausanne, qui analyserait les envies de d\u00e9localisation, et proposerait des solutions pour am\u00e9liorer la rentabilit\u00e9 sans d\u00e9m\u00e9nager et tuer l\u2019emploi local ? \u00abIl y a tr\u00e8s clairement un march\u00e9 pour cela, r\u00e9pond Suzanne de Tr\u00e9ville. Mais franchement, lancer une start-up sur ce concept ne m\u2019int\u00e9resse pas vraiment. Mes \u00e9tudiants peuvent d\u00e9ployer les outils d\u00e9j\u00e0 cr\u00e9\u00e9s \u2013 je sais que plusieurs souhaiteraient lancer une telle entreprise. Mon r\u00f4le \u00e0 moi est de conceptualiser les besoins dans mon domaine et de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la fa\u00e7on de les r\u00e9soudre : mon truc \u00e0 moi, c\u2019est la recherche !\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s des ann\u00e9es de d\u00e9localisations, certaines entreprises reviennent au pays. 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