{"id":7032,"date":"2016-01-21T08:18:27","date_gmt":"2016-01-21T06:18:27","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=7032"},"modified":"2020-07-27T10:57:18","modified_gmt":"2020-07-27T08:57:18","slug":"gleyre-raconte-par-ses-eleves-stars","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/gleyre-raconte-par-ses-eleves-stars\/","title":{"rendered":"Gleyre racont\u00e9 par ses \u00e9l\u00e8ves-stars"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_6915\" aria-describedby=\"caption-attachment-6915\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_lesoir_62.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6915\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6915\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_lesoir_62.jpg\" alt=\"\u00abLE SOIR\u00bb Dat\u00e9e de 1843, cette huile sur toile de Charles Gleyre a connu un grand succ\u00e8s. Paris, Mus\u00e9e du Louvre. \u00a9 akg-images \/ Erich Lessing\" width=\"590\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_lesoir_62.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_lesoir_62-461x260.jpg 461w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-6915\" class=\"wp-caption-text\">\u00abLE SOIR\u00bb<br \/>Dat\u00e9e de 1843, cette huile sur toile de Charles Gleyre a connu un grand succ\u00e8s. Paris, Mus\u00e9e du Louvre.<br \/>\u00a9 akg-images \/ Erich Lessing<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Valentine von Fellenberg et ses \u00e9tudiants, Ma\u00e9va Besse, Saskia Lacalamita, Mikhail Smirnov, Daniele Colombo, Elodie Dupas, Lara Margiotta et Valeria Badasci, nous ont fait la faveur de nous d\u00e9voiler en primeur les premiers r\u00e9sultats de leur travail sur les rapports que Charles Gleyre a entretenus avec quatre artistes de renomm\u00e9e internationale. Merci \u00e0 eux.<\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_6920\" aria-describedby=\"caption-attachment-6920\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_renoir_62.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6920\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6920\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_renoir_62.jpg\" alt=\"\u00abR\u00c9UNION AUTOUR D\u2019UN BATEAU\u00bb Huile sur toile d\u2019Auguste Renoir,1862. Montr\u00e9al, Maxwell Cummings. \u00a9 akg-images\" width=\"590\" height=\"488\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_renoir_62.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_renoir_62-314x260.jpg 314w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-6920\" class=\"wp-caption-text\">\u00abR\u00c9UNION AUTOUR D\u2019UN BATEAU\u00bb<br \/>Huile sur toile d\u2019Auguste Renoir,1862. Montr\u00e9al, Maxwell Cummings.<br \/>\u00a9 akg-images<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Pierre-Auguste Renoir<\/strong><\/p>\n<p>Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) a fr\u00e9quent\u00e9 l\u2019atelier de Charles Gleyre de novembre 1861 au plus tard et probablement jusqu\u2019en 1864, ann\u00e9e de la fermeture de l\u2019atelier. Bien qu\u2019il ait aussi suivi les cours de l\u2019Ecole des Beaux-Arts, il a soulign\u00e9 l\u2019importance de l\u2019enseignement re\u00e7u du ma\u00eetre: \u00abC\u2019\u00e9tait chez Gleyre que j\u2019apprenais le m\u00e9tier de peintre.\u00bb Nous avons choisi d\u2019analyser l\u2019influence exerc\u00e9e par Gleyre sur les \u00e9tudes en plein air de Renoir. En effet, le Suisse encourage ses \u00e9l\u00e8ves \u00e0 peindre hors atelier. En 1862, Renoir r\u00e9alise sa premi\u00e8re \u0153uvre en plein air &#8211; <em>R\u00e9union autour d&rsquo;un bateau<\/em> -, reprenant clairement des \u00e9l\u00e9ments de la composition du tableau <em>Le soir<\/em> de 1843, qui avait valu \u00e0 Gleyre un premier grand succ\u00e8s au Salon, avant l\u2019ouverture de son atelier de Paris, la m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Tout comme le pr\u00e9conisait Gleyre, Renoir fera de l\u2019\u00e9tude d\u2019apr\u00e8s nature un \u00e9l\u00e9ment central de son \u0153uvre. Comme il le pr\u00e9cise dans sa <em>Grammaire<\/em> d\u00e9di\u00e9e \u00e0 tous ceux qui aiment l\u2019art et \u00e0 ceux qui veulent en faire leur carri\u00e8re: \u00abTout individu qui veut faire de l\u2019art doit s\u2019inspirer uniquement des \u0153uvres de la nature. Il doit l\u2019aimer plus que la plus belle ma\u00eetresse et s\u2019en nourrir l\u2019esprit et les yeux comme un glouton. Toute \u0153uvre \u00e9manant de l\u2019imagination humaine et qui n\u2019a pas pris son syst\u00e8me vital dans la nature m\u00eame, n\u2019est que n\u00e9ant.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019artiste constate aussi le dilemme qui existe entre \u00able travail sur nature avec tous les r\u00e8glements, les pi\u00e8ges de la lumi\u00e8re du soleil et le travail en atelier avec la froide pr\u00e9cision d\u2019une lumi\u00e8re disciplin\u00e9e\u00bb. Pendant cette p\u00e9riode, Renoir r\u00e9alise des \u0153uvres qui sont encore loin des harmonies claires et color\u00e9es de son style ult\u00e9rieur. Le groupe de recherche analyse ces \u0153uvres peu \u00e9tudi\u00e9es en essayant d\u2019\u00e9claircir la question des divergences de styles. Les sources \u00e9crites et les \u0153uvres montrent que Renoir se reconnaissait \u00e9l\u00e8ve de Gleyre, indiquant m\u00eame avoir eu une place privil\u00e9gi\u00e9e dans l\u2019atelier de son ma\u00eetre. Les changements stylistiques per\u00e7us durant les ann\u00e9es de sa formation chez Gleyre t\u00e9moignent de l\u2019influence directe du ma\u00eetre sur son \u00e9l\u00e8ve. De nombreux \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9sents dans les \u0153uvres de Charles Gleyre se retrouvent dans des peintures tardives de Renoir, soulignant cette parent\u00e9 artistique continue en d\u00e9pit de diff\u00e9rences notoires.<\/p>\n<figure id=\"attachment_6919\" aria-describedby=\"caption-attachment-6919\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_poynter_62.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6919\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6919\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_poynter_62.jpg\" alt=\"\u00abWHISTLER DRAWING POYNTER\u00bb Dessin \u00e0 l\u2019encre de Sir Edward John Poynter, 1860. \u00a9 Freer Sackler - Smithsonian Institution (Washington) \" width=\"590\" height=\"472\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_poynter_62.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_poynter_62-325x260.jpg 325w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-6919\" class=\"wp-caption-text\">\u00abWHISTLER DRAWING POYNTER\u00bb<br \/>Dessin \u00e0 l\u2019encre de Sir Edward John Poynter, 1860.<br \/>\u00a9 Freer Sackler &#8211; Smithsonian Institution (Washington)<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>James Abbott McNeill Whistler<\/strong><\/p>\n<p>Avant de s\u2019\u00e9tablir \u00e0 Paris en novembre 1855, James Abbott McNeill Whistler (1834-1903) s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 fait une image du milieu artistique parisien: il est un admirateur d\u2019Henry Murger et de son roman <em>Sc\u00e8nes de la vie de boh\u00e8me<\/em> qu\u2019il conna\u00eet par c\u0153ur. A peine arriv\u00e9 au Quartier Latin, Whistler commence \u00e0 mettre en pratique les id\u00e9aux boh\u00e9miens en fr\u00e9quentant des caf\u00e9s et des spectacles de danse et de th\u00e9\u00e2tre. En juin 1856, il entre dans l\u2019atelier de Gleyre o\u00f9 il tisse jusqu\u2019\u00e0 son d\u00e9part, en 1859, de nombreuses relations avec des artistes anglais, notamment avec Edward John Poynter (1836-1919), \u00e9l\u00e8ves de Charles Gleyre durant ces m\u00eames ann\u00e9es. Les deux artistes s\u2019approprient plusieurs principes et proc\u00e9d\u00e9s enseign\u00e9s par le ma\u00eetre suisse, analys\u00e9s sur la base de leurs enseignements ult\u00e9rieurs: Whistler dans son manifeste esth\u00e9tique et Poynter dans ses lectures acad\u00e9miques.<\/p>\n<p>L\u2019importance des techniques artistiques et de la composition chez Gleyre prend une tournure particuli\u00e8re chez Whistler. Pour lui, la nature contient dans ses couleurs et dans ses formes les \u00e9l\u00e9ments de tous les tableaux, comme un clavier contient les notes de toutes les musiques. La raison d\u2019\u00eatre de l\u2019artiste est de faire un choix en ordonnant consciemment les \u00e9l\u00e9ments pour atteindre un r\u00e9sultat beau \u2013 comme le musicien qui s\u00e9lectionne ses notes et ses sons jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il atteigne, partant d\u2019un chaos, une harmonie compl\u00e8te. Demander \u00e0 un peintre de prendre la nature comme elle est, c\u2019est comme inviter un pianiste \u00e0 s\u2019asseoir sur le clavier. Alors que Poynter est devenu l\u2019un des porte-parole de la Royal Academy of Arts de Londres, Whistler s\u2019y est d\u00e9marqu\u00e9 comme une personnalit\u00e9 \u00e0 part.<\/p>\n<figure id=\"attachment_6914\" aria-describedby=\"caption-attachment-6914\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_anker_62.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6914\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6914\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_anker_62.jpg\" alt=\"\u00abUNE \u00c9COLE DE VILLAGE DANS LA FOR\u00caT-NOIRE\u00bb Huile sur toile d\u2019Albert Anker, 1858. \u00a9 Gottfried Keller-Stiftung, Bundesamt f\u00fcr Kultur, Bern, Depositum im Kunstmuseum Bern\" width=\"590\" height=\"366\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_anker_62.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_anker_62-419x260.jpg 419w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_anker_62-348x215.jpg 348w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-6914\" class=\"wp-caption-text\">\u00abUNE \u00c9COLE DE VILLAGE DANS LA FOR\u00caT-NOIRE\u00bb<br \/>Huile sur toile d\u2019Albert Anker, 1858. \u00a9 Gottfried Keller-Stiftung, Bundesamt fur Kultur, Bern, Depositum im Kunstmuseum Bern<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Albert Anker<\/strong><\/p>\n<p>Peu de temps apr\u00e8s le succ\u00e8s de Gleyre au Salon de 1843 &#8211; avec l\u2019\u0153uvre <em>Le soir ou Les illusions perdues<\/em> &#8211; et l\u2019ouverture de son atelier, plusieurs artistes suisses choisissent de prendre leur compatriote pour ma\u00eetre d\u2019atelier. Fran\u00e7ois Bocion (1828-1890) le fr\u00e9quente de 1845 \u00e0 1848 et Albert Anker (1831-1910), de 1854 \u00e0 1860. Bocion fait le reste de sa carri\u00e8re en Suisse, tandis qu\u2019Anker vivra jusqu\u2019en 1890 l\u2019hiver \u00e0 Paris et l\u2019\u00e9t\u00e9 en Suisse, entretenant jusqu\u2019\u00e0 sa mort des liens avec Charles Gleyre.<\/p>\n<p>Anker et Bocion r\u00e9alisent quelques \u0153uvres dont les sujets sont proches de ceux de leur ma\u00eetre suisse. Suivant l\u2019affinit\u00e9 de Gleyre pour l\u2019antiquit\u00e9 classique et rejoignant ses \u00e9l\u00e8ves surnomm\u00e9s les \u00abN\u00e9o-grecs\u00bb, Anker peint, en 1864, Les joueurs d\u2019osselets et, en 1866, Le saute-mouton, deux sc\u00e8nes de genre qu\u2019il int\u00e8gre dans un d\u00e9cor grec. Bocion peint des paysages mettant en exergue une atmosph\u00e8re intemporelle. Anker obtient son premier succ\u00e8s \u00e0 Paris en exposant au Salon de 1859 sa peinture <em>Une \u00e9cole de village dans la For\u00eat-Noire<\/em>. D\u00e8s lors il est r\u00e9guli\u00e8rement expos\u00e9 au Salon: il re\u00e7oit des distinctions et ses \u0153uvres sont achet\u00e9es par l\u2019Etat fran\u00e7ais. Les deux artistes s\u2019\u00e9loignent alors des th\u00e8mes mythologiques de Gleyre. Ils leur pr\u00e9f\u00e8rent pour sujets des compositions paisibles et harmonieuses tir\u00e9es de leur entourage imm\u00e9diat \u2013 des paysages du L\u00e9man et des personnages de la campagne bernoise \u2013 en accentuant l\u2019instant pr\u00e9sent.<\/p>\n<figure id=\"attachment_6917\" aria-describedby=\"caption-attachment-6917\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_monet_62.jpg\" rel=\"attachment wp-att-6917\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6917\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_monet_62.jpg\" alt=\"\u00abPORTEURS DE BOIS EN FOR\u00caT DE FONTAINEBLEAU\u00bb Huile de Claude Monet, 1863. Henry H. and Zoe Oliver Sherman Fund. Photograph \u00a9 Museum of Fine Arts, Boston\" width=\"590\" height=\"385\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_monet_62.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2016\/01\/gleyre_monet_62-398x260.jpg 398w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-6917\" class=\"wp-caption-text\">\u00abPORTEURS DE BOIS EN FOR\u00caT DE FONTAINEBLEAU\u00bb<br \/>Huile de Claude Monet, 1863. Henry H. and Zoe Oliver Sherman Fund. Photograph \u00a9 Museum of Fine Arts, Boston<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Claude Monet<\/strong><\/p>\n<p>Claude Monet (1840-1926) se rend \u00e0 Paris en 1859. Il a pour but principal de visiter le Salon et de tisser des liens avec les artistes de la capitale, m\u00eame s\u2019il souhaite \u00e9galement suivre un enseignement. Il peut para\u00eetre surprenant que ce soit l\u2019artiste de genre, Auguste Toulmouche, qui ait conseill\u00e9 \u00e0 Monet d\u2019int\u00e9grer l\u2019atelier de Charles Gleyre: \u00abJe d\u00e9barquai un beau matin chez Toulmouche avec un stock d\u2019\u00e9tudes dont il se d\u00e9clara enchant\u00e9. \u201cVous avez de l\u2019avenir, me dit-il, mais il faut canaliser votre \u00e9lan. Vous allez entrer chez Monsieur Gleyre. C\u2019est le ma\u00eetre rassis et sage qu\u2019il vous faut.\u201d Et j\u2019installai en maugr\u00e9ant mon chevalet dans l\u2019atelier d\u2019\u00e9l\u00e8ves que tenait cet artiste c\u00e9l\u00e8bre.\u00bb<\/p>\n<p>En 1862, Monet entre dans l\u2019atelier du ma\u00eetre suisse. Gleyre t\u00e9moigne un int\u00e9r\u00eat particulier pour le genre du paysage et ses \u00e9l\u00e8ves se distinguent dans cette cat\u00e9gorie du Prix de Rome (une des distinctions les plus prometteuses de l\u2019Acad\u00e9mie). Cependant, Monet ne se contente pas de la nature en tant qu\u2019objet d\u2019\u00e9tude, comme l\u2019enseignait Gleyre; il d\u00e9cide de s\u2019y consacrer enti\u00e8rement: \u00abJ\u2019y travaillai [\u00e0 l\u2019atelier de Gleyre], la premi\u00e8re semaine, en conscience, et j\u2019enlevai avec autant d\u2019application que de fougue mon \u00e9tude de nu d\u2019apr\u00e8s le mod\u00e8le vivant que Monsieur Gleyre corrigeait le lundi. Quand il passa, la semaine d\u2019apr\u00e8s devant moi, il s\u2019assit, et, solidement cal\u00e9 sur ma chaise, regarda attentivement le morceau. Je le vois ensuite se retourner, inclinant d\u2019un air satisfait sa t\u00eate grave, et je l\u2019entends me dire en souriant: \u201cPas mal! Pas mal du tout, cette affaire-l\u00e0, mais c\u2019est trop dans le caract\u00e8re du mod\u00e8le. Vous avez un bonhomme trapu: vous le peignez trapu. Il a des pieds \u00e9normes: vous les rendez tels quels. C\u2019est tr\u00e8s laid, tout \u00e7a. Rappelez-vous donc, jeune homme, que, quand on ex\u00e9cute une figure, on doit toujours penser \u00e0 l\u2019antique. La nature, mon ami, c\u2019est tr\u00e8s bien comme \u00e9l\u00e9ment d\u2019\u00e9tude, mais \u00e7a n\u2019offre pas d\u2019int\u00e9r\u00eat. Le style, voyez-vous, il n\u2019y a que \u00e7a.\u201d J\u2019\u00e9tais fix\u00e9. La v\u00e9rit\u00e9, la vie, la nature, tout ce qui provoquait en moi l\u2019\u00e9motion, tout ce qui constituait \u00e0 mes yeux l\u2019essence m\u00eame, la raison d\u2019\u00eatre unique de l\u2019art, n\u2019existait pas pour cet homme [Gleyre]. Je ne resterais pas chez lui. Je ne me sentais pas n\u00e9 pour recommencer \u00e0 sa suite <em>Les illusions perdues<\/em> et autre balan\u00e7oires. Alors \u00e0 quoi bon persister ?\u00bb<\/p>\n<p>Monet quitte l\u2019atelier une ann\u00e9e apr\u00e8s son entr\u00e9e. N\u00e9anmoins, l\u2019atelier de Gleyre remplit une fonction essentielle pour ce peintre par le r\u00e9seau d\u2019artistes qui s\u2019y construit. Au moment o\u00f9 il fr\u00e9quente l\u2019atelier de Gleyre et de son \u00e9l\u00e8ve Pierre-Auguste Renoir (\u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1862), Fr\u00e9d\u00e9ric Bazille (1841-1870) et Alfred Sisley (1839-1899) y font \u00e9galement leur entr\u00e9e. Ainsi le ma\u00eetre suisse ne pr\u00e9pare pas seulement un terreau propice \u00e0 la peinture en plein air, mais il offre aussi le lieu de rencontres aux artistes que Louis Leroy nommera plus tard les impressionnistes.<\/p>\n<p>Article principal : <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/charles-gleyre-le-vaudois-sans-qui-limpressionnisme-ne-serait-peut-etre-pas-ne\/\">Charles Gleyre, le Vaudois sans qui l&rsquo;impressionnisme ne serait peut-\u00eatre pas n\u00e9<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Valentine von Fellenberg et ses \u00e9tudiants, Ma\u00e9va Besse, Saskia Lacalamita, Mikhail Smirnov, Daniele Colombo, Elodie Dupas, Lara Margiotta et Valeria Badasci, nous ont fait la faveur de nous d\u00e9voiler en &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":6916,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[13144,42154],"tags":[16433],"class_list":{"0":"post-7032","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-art-et-litterature","8":"category-no-62","9":"tag-anne-sylvie-sprenger"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7032","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7032"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7032\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6916"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7032"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7032"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7032"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}